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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #L'art sur les chemins du feu

Quelques grandes éruptions au 19° siècle ont été responsables d’émanations de cendres et d’aérosols sulfurés qui sont montées dans la stratosphère et ont fait plusieurs fois le tour du monde. Ces éruptions ont été de ce fait responsables de répercussions sur le climat, mais aussi de phénomènes optiques : ce voile d’aérosols a été cause des couleurs orangées à rouges du ciel. 

Ces répercussions atmosphériques ont été peintes par de grands maîtres, sans que ceux-ci se soient rendu compte de la cause de ces colorations.

William Turner - "Dido building Carthage" -  1815 - National Gallery London.

William Turner - "Dido building Carthage" - 1815 - National Gallery London.

Une explication est donnée par le Pr. Zerefos, et ses collaborateurs, dans un article du Journal of the European Geosciences Union : " Dans la coloration des couchers de soleil, c'est la façon dont le cerveau perçoit les verts et les rouges qui renferme des informations importantes sur l'environnement ".

Les particules en suspension dans l’air (poussières et microgouttelettes d’acide sulfurique) dévient une partie de la lumière émise par le soleil, modifiant les nuances du spectre lumineux visible par l’œil humain.

Les maîtres du 19° siècle, témoins de ce phénomène sans en comprendre la cause, ont peint ces couleurs spécifiques.

Parmi eux, William Turner, célèbre pour sa maitrise des couleurs, était en vie lors de trois éruptions majeures : celle du Tambora en Indonésie en 1815 (VEI 7), celle du Babuyan Claro aux Philippines en 1831 (VEI 4?), et celle du Coseguina au Nicaragua en 1835 (VEI 5).

Il a peint de spectaculaires couchers de soleil, notamment dans son tableau " Dido building Carthage " en 1815, conservé à la National Gallery de Londres ou dans "The Lake, Petworth ".

William Turner - " The Lake, Petworth "  1829

William Turner - " The Lake, Petworth " 1829

Ce phénomène est lisible également dans certains tableaux d’Edgar Degas, réalisés dans les deux ans suivant l’éruption du Krakatoa en Indonésie datant de 1883.

Edgar Degas - "Course de cheveaux" -  1885 - ciel normand - �The Walter H. and Leonore Annenberg Collection  // ratio R/G 1,65

Edgar Degas - "Course de cheveaux" - 1885 - ciel normand - �The Walter H. and Leonore Annenberg Collection // ratio R/G 1,65

Christos Zerefos et ses collègues ont analysé des centaines de couchers de soleil peints entre les années 1500 et 2000, de potentiels témoins d’une cinquantaine d’éruptions majeures répertoriées de par le monde, cherchant à identifier la présence de polluants atmosphériques dans ces paysages.

Ils affirment dans leur étude, quel que soit le peintre ou son style, avoir découvert " que le rapport entre la proportion de rouges et de verts dans les crépuscules peints par ces maîtres correspond avec la quantité d’aérosols volcaniques dans l’atmosphère ".

Les observations de Zerefos, spécialiste des sciences atmosphériques à l’Université d’Athènes, sont cohérentes avec l’analyse des carottes glaciaires contemporaines de ces évènements et avec les constatations faites sur le lieu des éruptions.

Validation du modèle : Photos du dessus : peintures de P.Tetsis à Hydra sous conditions  AOD – Aerosol Optical Depth – forte, à gauche et faible, à droite. Photos du dessous : photos digitales du paysage dans les mêmes conditions atmosphériques, prises au milieu da laps de temps imparti pour la réalisation du tableau. / Etudes de Zerefos & al.

Validation du modèle : Photos du dessus : peintures de P.Tetsis à Hydra sous conditions AOD – Aerosol Optical Depth – forte, à gauche et faible, à droite. Photos du dessous : photos digitales du paysage dans les mêmes conditions atmosphériques, prises au milieu da laps de temps imparti pour la réalisation du tableau. / Etudes de Zerefos & al.

La validation de ce modèle d'analyse des tableaux pour une utilisation directe dans les modèles climatiques destinés à avoir une idée plus précise de la façon dont les aérosols et les pollutions atmosphériques ont affecté le climat au cours des siècles derniers, a été faite grâce à la contribution du peintre Panayiotis Tetsis, un coloriste réputé. On lui a demandé de peindre des couchers de soleil pendant et après le passage d’un nuage de poussières venant du Sahara au-dessus de l’île grecque d’Hydra en juin 2010.Le peintre n’avait pas été averti de ce passage de nuage de poussières, et l’analyse colorimétrique de ses paysages correspond aux prélèvements atmosphériques effectués.

 

Sources :

- European Geosciences Union - Famous paintings help study the Earth’s past atmosphere - 25.03.2014 - link

- Further evidence of important environmental information content in red-to-green ratios as depicted in paintings by great masters - C. S. Zerefos & al. - link

- Zerefos, C. S., Gerogiannis, V. T., Balis, D., Zerefos, S. C., and Kazantzidis, A.: Atmospheric effects of volcanic eruptions as seen by famous artists and depicted in their paintings, Atmos. Chem. Phys., 7, 4027-4042, doi:10.5194/acp-7-4027-2007, 2007.

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