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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #news

Ce Vendredi 8 juillet 2011, à 20h35, sur France 3, dans la série "Vu du ciel" :

                          " La terre déchaînée "

 

 

Un programme alléchant :

 

Yann Arthus Bertrand, accompagné de Jacques-Marie Bardintzeff, éminent volcanologue français, est allé à la rencontre de ceux qui ont choisi de vivre avec "leur" volcan, source de fertilité, de sagesse et de sérénité malgré les dangers que leur cohabitation comporte.

 

M.Fulle 31.10.2002L’Italie :  là où l'on trouve le plus grand nombre de volcans en activité d'Europe. Un territoire également à part car c'est l'une des zones volcaniques les plus peuplées du monde. Boris Behncke raconte l'éruption de l'Etna en automne 2002.           photo M.Fulle 31.10.2002

 

22.07.1980---The-Oregonian.jpg

 

 

 

Le Mont Saint Helens : L’éruption du Mont St Helens en 1980 aux Etats-Unis est l’équivalent en puissance de 500 bombes atomiques comme celle d’Hiroshima. Cette éruption a anéanti toute forme de vie sur près de 500 km². Depuis 30 ans, les scientifiques américains étudient la renaissance de la nature et ils sont stupéfaits par la vitesse à laquelle ça se passe.

 

photo The Oregonian 22.07.1980

 

 

 

canvas2.pngL'Indonésie : Le volcan qui produit le plus de soufre au monde, c’est le Kawai Ijen sur l’ile de Java  en Indonésie. Son nom « Kawai Ijen » signifie « cratère vert » : il abrite en son centre un petit lac de couleur jade. Ce volcan produit 6 tonnes de soufre par jour, ce qui est énorme! Et des centaines de personnes en vivent. Mais ce soufre, il faut le mériter : grimper sur le volcan, descendre dans le cratère, le couper et redescendre en pleine nuit, ce travail est très difficile.             Le soufre du Kawah-Ijen - photo Canvas

 

Kilauea-basaltic-lava---C.Heliker-USGS.jpgLe Kilauea à Hawaii : Jack Lockwood est américain, et il a fait de sa passion pour les volcans sa vie. Volcanologue depuis près de 50 ans, il parcourt le monde à la recherche des volcans en activité. Mais celui qu’il préfère c’est le Kilauea, l’un des derniers volcans apparus dans l’archipel hawaiien. Et c’est là où il habite avec sa femme, ses animaux, et Pelé, la déesse du volcan.                Lave basaltique du Kilauea - photo C.Heliker HVO / USGS.

 

eyjafjallajokull_097---26.04-P.Bl.jpgL'Islande ...En France nous vivons à des centaines de kilomètres de volcans actifs, on a du mal à croire, ou même à imaginer, qu’on peut subir les conséquences d’une éruption. Et pourtant, au printemps 2010, le réveil du volcan islandais Eyjafjöll, a perturbé toute l’Europe. A ce moment-là, on s’est souvenu que l’Islande est une terre volcanique unique. A l’origine du monde, la Terre devait ressembler à cet incroyable pays.

                                    Eyjafjallajökull - avril 2010 - photo Pascal Blondé

 


 

Bonne soirée à tous !

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

 

 

 

Ce 5 juillet à 2h45 GMT, le Stromboli a connu une crise éruptive, localisée sur la partie méridionale de la terrasse cratérique, avec des projections de matériaux pyroclastiques  et des retombées sur le Pizzo supra La Fossa et sur le haut des flancs externes. La sismicité confirme l'arrêt de cette séquence explosive à 3h32. 

Les retombées incandescentes ont causé des incendies de brousailles attisés par le vent, qui ont nécessité l'intervention de Canadairs et de pompiers. Les régions habitées de l'île-volcan n'ont pas été concernées.

Sur les images prises par la caméra thermique de l'INGV, 14 petites secondes marquent l'intervalle entre le début de l'explosion et les abondantes retombées de matériaux pyroclastiques autour de la caméra ... il valait mieux en être éloigné !

 

 

Stromboli_20110705_SPI_sequence

 

Immagini registrate dalla telecamera termica posta sul Pizzo sopra la Fossa (SPT) dell'INGV, che mostrano tre momenti durante la forte esplosione dello Stromboli avvenuta alle 02:45 GMT del 5 luglio 2011.

 

 

 

L'Etna présente lui aussi un regain d'activité : Alors que la Bocca Nuova poursuit ses émissions de cendres, le pit crater du cône sud-est a présenté une petite activité strombolienne, d'abord entendue le 4 juillet, puis vue par les caméras le 5 juillet à partir de 2h.

Boris Behncke signale que "certaines émissions étaient plus sombres que celles des jours précédents ... sans doute à cause de la présence de matériel magmatique récent. A partir de 4h, les explosions stromboliennes sont devenues plus fréquentes."

Cette activité fait suite à divers paroxysmes cette année, les précédents ayant eu lieu les 12 janvier, le 18 février, le 10 avril et le 12 mai ... va-t-elle annoncer un épisode suivant ?


 

05.07.2011-3h3-INGV.jpg                                Etna - webcam ESV du 05.07.2011 3h03 - INGV Catania

 

Sources:

- INGV Catania

- Boris Behncke, via Facebook et Flickr.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

El Chichon , appelé aussi El Chichonal, est un petit cône de tuff trachyandésitique et un complexe de dômes de lave, situé dans une région isolée du Chiapas, à distance du champ volcanique trans-mexicain.

 

El Chichon 06.1982 - W.Duffield USGS

                           El Chichon, le cratère en juin 1982, après l'éruption - photo W.Duffield / USGS

L'éruption de 1982 :

En fin 1981, les indiens Zoque vivant dans la région commencent à ressentir des séismes , à entendre des grondements souterrains et à percevoir une odeur d’œufs pourris. L’eau des rivières se réchauffe.

En mars 1982, on compte 10 à 25 séismes de magnitude 4 par jour , localisés à 5 km. de profondeur. Le 27 mars, c’est soixante séismes par heure , et à 2 km. seulement sous la surface.

Le dimanche 28 mars, les séismes s’arrêtent vers 21 h.30 … mais à 23h.32, une colossale explosion fait sauter un quart du dôme sommital et ouvre une bouche d’où fusent gaz et cendres durant six heures ; le panache atteint, en 40 minutes, une hauteur de 17 km. et un diamètre de 40 km. L’énorme onde de choc est perçue au Texas, en Alaska et jusqu’en Antarctique. C’est la panique … puis le volcan semble se calmer.

Le 3 avril, deux explosions agrandissent le conduit éruptif du dôme. Et Le 4 avril, entre 1h35 et 5h30, c’est le paroxysme ! Le reste du dôme est pulvérisé ; un panache monte à 24 km. de hauteur et sous l’effet du souffle, tout est balayé dans un zone allant jusqu’à 8.000 mètres du cratère. Les surges pyroclastiques ont sauté des crêtes de 300 m. de hauteur.

Une deuxième vague paroxysmale commence vers 11 h10, et le volcan crache pendant 7 heures un panache, qui va monter à 18 km. et recouvrir de cendres 50.000 km² à l’est du volcan.

Quand s’arrête le cataclysme, le volcan a perdu une hauteur de 260 mètres, et à la place du dôme, s’ouvre un cratère de 1.000 m. de diamètre, profond de 230m. Près d’un milliards de tonnes de produits volcanique ont été crachés par El Chichon.

 

Influences globales de l'éruption sur les températures et les circulations atmosphérique et océanique.

Cette éruption, à haute teneur en soufre, a injecté dans la stratosphère  une masse de poussières volcaniques mêlée à des gouttelettes d’acide sulfurique estimée à 20 millions de tonnes. Ce nuage est entraîné vers l’ouest par les vents d’altitude et fait un premier tour du globe en 21 jours, s’étalant sur une bande de 2.000 km. de large. Il va, durant trois ans, arrêter, par réflexion, 25% du rayonnement solaire en haute altitude et faire baisser ainsi la température annuelle globale de presque un degré.


 

Dossier-23-0279.JPG  Un tour du monde en 21 jours pour le nuage éruptif du Chichon - doc. in Volcanism by HU.Schmincke

 

Mauna_Loa_atmospheric_transmission---El-Chichon.pngDiminution de la radiation solaire due aux éruptions du Chichon  (76% transmis contre 90-92 habituellement) et du Pinatubo (82% transmis) - doc. HVO

 

volcantemp.jpg

Diminution en corollaire de la température de la troposphère comprise entre 0,2 à 0,4°C entre les années 1982 et 1987 - doc. NOAA / Intellicast.

 

En France, en 1982,83 et 84, de violentes tempêtes frappent l'hexagone.

L'hiver 84/85 est marqué par une vague de froid, avec des pointes jusqu'à -27°C dans la région Rouennaise.

L'observatoire régional de la santé de Haute-Normandie constate, pour janvier 1985, une surmortalité de 16% avec des maladies respiratoires en surnombre. L'institut de veille sanitaire enregistre pour l'ensemble du territoire une surmortalité de 13%, en janvier 85. (Michel Lecouteur / LAVE)

 

 

Meteo-Belge-01.1985.gifCarte des températures le 15.01.1985 - une "goutte bleue" indique les basses températures (moins 15-16°C) sur les Pays-Bas, la Belgique et une bande centrale allant du nord de la France aux Pyrénées - doc. Météo Belge.

 

L'éruption du Chichon aurait influencé le phénomène El Nino. Le nuage d'aérosols sulfatés en réchauffant la haute atmosphère au dessus des tropiques aurait perturbé la circulation atmosphérique et océanique, créant une anomalie lors de l'apparition d'El Nino en mai au lieu d'octobre. Sur les neufs épisodes d'El Nino survenus depuis 1950, deux seulement n'ont pas suivi le modèle habituel : ceux de 82-83 et de 1963, coïncidant respectivement avec les éruptions du Chichon et de l'Agung (S.Self, via Michel Lecouteur)

 

Utilisation de nouvells technologies de détection et de suivi :

Depuis 1979, le mise au point de nouveaux appareils de détection du SO2 attendait ce genre d'évènement avec action sur le climat pour montrer leur pertinence.


Le TOMS - Total Ozone Mapping Spectrometer - embarqué à bord du satellite Nimbus-7 a fourni pour la première fois des mesures en direct du taux de dioxyde de soufre émis par le volcan, et a permis de suivre en direct la dispersion du panache autour du globe, en trois semaines.

Quelques données pour l'éruption du Chichon :

- 28.03, à l'éruption : 1,6Tg

- 03.04 : production de plus de 0,3 Tg

- 04.04 : addition de 5,6 Tg                      pour un total de 7,5 Tg.

Tg - Téragramme : unité de mesure égale à 1012 grammes.

 

SO2_time---TOMS.gif

  Tableau récapitulatif des émissions de SO2 en kilotonnes (échelle logarithmique) de 1979 à 2002.

 

 

El-chichon---SO2-29.03.82.gif                             Mesures TOMS des taux de SO2 - Doc. Nasa / Goddard Space Center


Ces données ont permis un suivi des retombées rapides de cendres denses à l'est et au sud du volcan, confirmé par AVHRR - Advanced Very high Reolution Radiometer -, un autre instrument.

 

Une autre technique développée dans les années 1970 pour le monitoring du SO2 et autres gaz est la technique COSPEC - Correlation spectrometer - dont le plus récent, qui est un spectromètre infra-rouge, mesurant les quantités d'IR absorbés par les gaz émis. Ces appareils peuvent être facilement embarqués à bord d'avions légers, d'hélicoptères ou de voitures.

 

 Sources :

- OMI - TOMS / Ozone Monitoring Instrument - Total Ozone Mapping spectrometer - http://toms.umbc.edu/ link

- Oregonstate - Measuring the volcanic gases - link

- Impact climatique des éruptions volcaniques - conséquences sur la vie et la santé des Français du 18°au 20° siècle - par Michel Lecouteur / L.A.V.E.

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Deux nouvelles brèves fournies par Volcano Discovery :

 

- Troubles sismiques sur Santorin

- Stromboli : une forte éruption s'est produite ce matin à 3h et a couvert le sommet de lapilli, ce qui a mis le feu à la végétation. Les cratères sommitaux sont fermés au public pour raisons de sécurité.

 

Des détails dès que possible.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

 Un groupe d'îles volcaniques couvertes de végétation tropicale situées dans le détroit de la Sonde entre Java et Sumatra ... paysage idyllique. Personne ne se souvient ici du cataclysme qui secoua l'endroit en 535, personne ne se doute de celui qui menace !

 

30051.jpg

L'éruption de 1833 :

 

Entre le 20 avril et le 10 mai 1833, de nombreux séismes de faible intensité affectent ce petit archipel. L'activité sismique s'amplifie ensuite jusqu'au 19 mai.

 

krakatau_02.jpg"Le groupe Krakatau" , avec ses trois volcans Perboewatan, Danan et Rakata - situation avant l'éruption - doc. Admiralty Chart. Le cercle en pointillé indique les limites approximative du cratère du Proto-Krakatau.

 

 A 10 heures le 20 mai, le Capitaine de navire Hollman observe une éruption de son bateau. Le volcan Perboewatan émet un panache montant à 6.000 mètres avec un son audible jusqu'à Batavia. L'activité décroît ensuite, avec un panache oscillant entre 1000 et 1500 mètres. Le 19 juin, de nouvelles explosions se produisent et le 20 juillet, un nouveau cône se forme entre Perboewatan et Danan.

Le 11 août, nouveau regain d'activité avec des panaches s'élevant en onze points distincts. Ce jour là, un capitaine du service topographique de l'armée hollandaise, H.Ferzenaar se rend sur l'île dévastée ... ce sera la dernière personne à fouler le sol de l'île.

 

c.jpg

Le 26 août, Van Sandick, un ingénieur des Ponts et chaussées, embarqué à bord du steamer Gouverneur Loudon, note "Partout un brouillard épais dans la nuit ! Partout, un ciel sans étoiles ! Et cette terrible nuit qui a duré dix-huit heures ! ".

A 13 h 06, une explosion plus forte que les autres marque le début de la catastrophe qui va s'abattre sur Java et Sumatra. Du matériel éruptif est projeté à 21.000 mètres d'altitude et le bruit des explosions est entendu à 600 kilomètres du lieu de l'éruption.
A 14 heures, une grande partie des côtes ouest et nord de Java se retrouve plongée dans l'obscurité la plus totale.
Vers 15 heures, le panache éruptif atteint la hauteur de 26.000 mètres. Des morceaux de ponces d'une taille de 10 à 15 centimètres retombent sur des bateaux situés à plus de 20 kilomètres du centre éruptif. En fin d'après-midi, un premier tsunami frappe la baie de Lampong située au sud de Sumatra. La côte javanaise subit l'assaut des premières vagues destructrices entre 19 et 21 heures.

 

Dans la nuit du 26 au 27 août,  l'air saturé en électricité, favorise l'apparition de feux de Saint-Elme et d'éclairs qui foudroient plusieurs marins. A bord du "  Gouverneur Generaal Loudon ", Van Sandick note : " De temps en temps, la foudre s'abattait sur le mât et chaque fois suivait le fil conducteur du paratonnerre, par-dessus le vaisseau, pour se perdre dans les abîmes de la mer, en faisant entendre une crépitation satanique. Pendant la durée de l'éclair, on pouvait constater partout, sur les visages et les mains, sur les cordages et le pont, une teinte gris cendré, couleur de boue " .

A 23 h 32, les ondes de choc provoquées par les explosions bloquent l'horloge astronomique de Batavia. Le bruit des explosions est alors perçu à Singapour, une ville située à 900 kilomètres du Krakatau. D'autres ondes de choc seront également enregistrées à 1 h 55 et 4 h 56.

 

-Krakatoa_eruption-1883-_lithograph-1888---Twinsday.jpg                                 L'éruption du Krakatau en 1883 - lithographie de 1888

Krakatau erupting on May 27, 1883. From Symons, G., 1888, The Eruption of Krakatau and Subsequent phenomena: Reports of the Krakatau Committee of the Royal Society, Trubner, London.

 

Le 27 août, à 5 h 30, 6 h 44 et 8 h 20, trois violentes explosions sont perçues dans un rayon de 3.000 kilomètres autour du centre éruptif. Vers 6 heures du matin, des tsunamis dévastent les villes d'Anjer à Java et de Ketimbang à Sumatra. À 7 heures du matin, la colonne éruptive atteint maintenant l'altitude de 43.000 mètres. Entre 7 h 30 et 8 h 30, de nouveaux tsunamis déferlent sur Sumatra détruisant les villes de Tjiringin et de Telok Betong tandis qu'à 9 heures, une vague géante dont la hauteur est estimée entre 30 et 40 mètres frappe Merak à Java où 2 700 personnes périssent noyées. À Telok Betong, seuls survivront une poignée d'européens dont la maison était située sur une colline haute de 37 mètres.   

La violence du Krakatau atteint son apogée à 10 heures du matin le lundi 27 août 1883. La quatrième grosse explosion de la matinée est entendue à Ceylan, aux Indes, en Australie et dans une grande partie de l'Océan Indien. Au Timor et à Makassar, le bruit fut perçu comme étant celui d'un combat naval tandis qu'à Ceylan, il fut interprété comme étant celui d'une bataille à l'arme lourde. À 4.800 kilomètres du volcan, les habitants de l'île Rodrigues perçoivent la détonation 4 heures après l'explosion. On considère que le son produit par cette déflagration fut le plus puissant jamais entendu par une oreille humaine. Une estimation tend également à prouver qu'elle fut entendue sur 1/14ème de la superficie totale du globe terrestre.

Cette explosion fut accompagnée par un tsunami qui rasa le phare de Fourth Point à Java. À Telok Betong, une petite ville de Sumatra située à 70 kilomètres au nord-ouest du Krakatau, la mer monta de 22 mètres, jetant le voilier " Marie " sur la plage et entraînant la canonnière  " Berouw ". On retrouvera plus tard la " Berouw ", posée à une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer et à une distance de 3 kilomètres à l'intérieur des terres. Le " Marie " aura plus de chance car une vague le remettra ultérieurement à flot. Ce sera l'un des rares navires rescapés de ce drame avec le " Gouverneur Generaal Loudon ".

 

Krakatoa_Tsunami_1883.jpgEffect-Krakatau-1883-Eruption.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, les ondes du tsunami généré par l'éruption.

A droite, en beige, la zone affectée par le surge - en rouge, la direction et la distance parcourue par les coulées pyroclastiques.

 

L'onde de choc fit trois fois le tour du globe terrestre faisant voler en éclat toutes les vitres dans un rayon de 500 kilomètres. À Tokyo, une ville pourtant située à 5.860 kilomètres du lieu de l'éruption, on enregistra une augmentation de pression de 1,45 millibar tandis qu'à Batavia la température chutait brutalement de 8°C. La première onde de choc, venant de l'est, mit une dizaine d'heures pour arriver à Paris après avoir parcourue près de 11.600 kilomètres. La seconde, qui arriva par l'ouest, mit environ 24 h 30 pour parcourir la distance séparant le détroit de la Sonde à Paris en passant par l'Amérique soit un trajet de plus de 28.500 kilomètres. Des enregistrements barométriques montrent que les ondes de choc firent donc le tour de la planète en moins de 35 heures à une vitesse moyenne estimée à 1.150 km/heure soit 328 mètres par seconde.

Vers midi, le tsunami est observé à Batavia. Le panache éruptif atteint désormais les 48.000 mètres d'altitude et l'obscurité est totale dans un rayon de 400 kilomètres autour du volcan.

 

Des coulées pyroclastiques commencent à progresser à la surface de la mer sur de très grandes distances. Certaines d'entres elles vont parcourir 48 kilomètres en direction du nord-est et de l'île de Sumatra (voir la carte ci-dessus). Dans la baie de Lampong sur la côte sud de Sumatra à plus de 46 kilomètres du lieu de l'éruption des corps seront retrouvés enfouis sous 2 mètres de cendre mortellement chaude. Plusieurs survivants de la région de Katimbang, évoqueront des gaz et des cendres brûlantes jaillissant des planchers de leurs maisons. Ainsi, le contrôleur de Katimbang, monsieur Beijerinck, réfugié avec sa femme et ses enfants sur les pentes du Radja Bassa sera grièvement brûlé tandis que leur fils cadet succombera à ses brûlures. Les survivants devront leur salut à une pluie froide, providentielle mais boueuse, qui leur permettra d'échapper à une mort atroce. Ces quelques rescapés ne pourront être secourus que le 1er septembre 1883.

Vers 14 h 30, la nuit est totale dans un rayon de 1.000 kilomètres autour du centre éruptif. Certains endroits du détroit de la Sonde, profonds de 20 à 60 mètres, sont maintenant comblés par des dépôts de cendres, de ponces et d'ignimbrites dacitiques.

 

Les cendres en suspension dans l'atmosphère retomberont sur Terre durant plusieurs mois. À Lausanne, Secretan de Beaulieu note : " En date du 12 décembre, la neige du Mont-Blanc paraissait teintée de rose depuis plusieurs jours " . En Allemagne et en Suisse, entre septembre et décembre 1883, on observera à plusieurs reprises des pluies ou des chutes de neige accompagnées "d'une fine couche de poussière de couleur noire ".

         

À partir de 16 heures, la violence de l'éruption décroît. L'éruption s'arrête dans la matinée du 28 août 1883 après avoir expulsée entre 18 et 21 km³ de matériaux volcaniques. Le Krakatau n'existe plus et 70% de l'île de Rakata s'est volatilisée au cours de cette éruption. Le bilan humain et matériel de cette catastrophe est également très lourd : 36.417 morts (dont 35.000 tués par les tsunamis et l'autre millier par les coulées pyroclastiques de Sumatra), 165 villages totalement détruits et 132 autres sérieusement endommagés.

 

Krakatau-pre_eruption.jpgKrakatau-post_eruption.jpg

Avant l'éruption, une île qui abrite trois volcans

 

Après l'éruption, le Perboewatan et le Danan ont été pulvérisé, et il ne reste que 30% du Rakata.

 

De plus faibles éruptions se déroulent encore jusqu'à mi-octobre. Verbeek dément les témoignages selon lesquels le volcan aurait été actif des mois après l'explosion principale, en les mettant sur le compte des vapeurs provenant de roches encore chaudes, des glissements de terrain causés par une mousson particulièrement intense et des hallucinations provoquées par des phénomènes électriques. Au final, aucune nouvelle éruption ne se produit avant 1913.

 

CarteKrakatau---Verbeek-1885.jpg         Carte du Krakatau et des îles environnantes, établis par R.Verbeek, 2 ans après l'éruption.

 

Phénomènes optiques inhabituels couplés à l'éruption

 
Durant plusieurs années après l'explosion de 1883, des couleurs inhabituelles furent observées dans le ciel, un halo autour de la lune et du soleil, et des couchers de soleil "surréalistes"; ces effets chromatiques ne laissèrent pas les artistes indifférents.

Un tableau de Munch, "le cri" - 1893 -, puise son inspiration dans les effets optiques générés en Europe par le Krakatau.

 

The_Scream---EdMunch.jpg                                      " Le Cri "  -  "The scream" - Edouard Münch

L'artiste s'en explique lui-même : "je me promenais sur un sentier avec deux amis - le soleil se couchait; tout à coup, le ciel devint rouge sang - il y avait du sang et des langues de feu au dessus du fjord bleu noir - mes amis continuèrent et j'y restais, tremblant d'anxiété - je sentais un cri infini qui passait au travers de l'univers"


William Ashcroft fut aussi particulièrement productif, avec des centaines de chromolithographies.

 

W.Ashcroft--3----Real-Distan-Flickr.jpgW.Ashcroft--2----Real-Distan-Flickr.jpg                       Deux lithographies de William Ashcroft - doc. Real Distan / Flickr

Celle du bas est intitulée "On the banks of the Thames river" ; elle fut réalisée trois mois après l'éruption du Krakatau.

 

Divers témoignages parlants de "soleil bleu" proviennent des Caraïbes et d'Amérique du sud : "Le 2 septembre, le soleil a perdu presque soudainement son éclat à 3 heures de l'après-midi, de sorte qu'on pouvait le regarder en face. D'abord, c'était un globe d'argent mat, puis, assez rapidement, il est devenu bleu clair, puis bleu ciel. À 5 heures, nous nous voyions tous bleus, et la nature entière parut revêtir cette nuance, ainsi que les nuages qui se trouvaient aux environs du soleil " 


Dans plusieurs villes des Etats-unis, des lueurs rougeoyantes sont prises pour des incendies, et génèrent de nombreux appels aux pompiers : ces phénomènes de nuages noctulescents. Ces nuages sont des formations atmosphériques de très haute altitude (dans la mésosphère) se présentant sous forme de brillants filaments ou de nappes visibles seulement quand ils sont illuminés par dessous par le soleil, celui-ci n'éclairant plus le sol et les basses couches atmosphériques étant dans l'ombre de la terre.

 

nuage-noctulescent---explo-flickr.jpg                        Nuage noctulescent (en latin, "qui brille la nuit" ) - photo Explo / Flickr.


Un autre phénomène optique, un anneau de Bishop, dû à la diffraction de la lumière par les fines poussières volcaniques, est un cercle blanchâtre, centré sur le soleil ou la lune, et présentant une teinte bleuâtre à l'intérieur et brun-rouge à l'extérieur. - photo. La première observation historique de ce phénomène est attribuée au révérend S. Bishop et fut réalisée à Honolulu en 1883.

 

Deuxième renaissance du volcan :

Le 29 décembre 1927, à l'emplacement approximatif de l'ancien cône du Perboewatan débute une activité volcanique sous-marine.

Le 26 janvier 1928, une petite île volcanique de 3 mètres de haut et longue de 150 mètres émerge de la mer. Elle est baptisée Anak Krakatau, le " fils du Krakatau ". Par trois fois, la mer réduira à néant tous les efforts du volcan pour sortir de l'eau entre 1928 et 1930.

Le 11 août 1930, une nouvelle explosion permet enfin au volcan d'émerger définitivement.


Une des premières photos de l'anak Krakatau. photo de C.Stehn -1930- VSI - éruption surtseyenne.
                                          

L'Anak Krakatau va continuer à s'édifier dans les années qui suivent. Le volcan atteint 67 mètres d'altitude en 1933, 132 mètres en 1941, 181 mètres en 1977 et 199 mètres en 1981. Après un bref repos entre 1988 et 1992, le volcan reprend une activité constante qui perdure aujourd'hui. En 1998, il culmine à 270 mètres. Dix ans plus tard, en 2008 son altitude est d'environ 300 mètres.

 

Krakatau-juin-2009---ThB.jpg  L' Anak Krakatau en 2009 - éruption strombolienne - avec l'aimable autorisation de Thorsten Boeckel

 

krakatau--2-T.Pfeiffer-01.09.2009.jpgToute la puissance d'une éruption en photo - avec l'aimable autorisation de Tom Pfeiffer / sept. 2009

 

L'histoire éruptive du Krakatau en deux schémas :

 

Après une première éruption avec effets sur le climat du Proto-Krakatau en 535-536 (schéma du dessus - a), le Rakata s'est développé , puis le Danan et le Perboewatan sont nés et ont crû dans la caldeira  (schéma du dessus - c) pour finalement ne plus former qu'une structure appelée l'île Krakatau, ou le groupe Krakatau (schéma du dessus - d)

 

krakatau-history-2.jpg

 

Puis vint l'éruption de 1883, suivie d'une courte période de calme de 47 ans, et la sortie du turbulent "fils", l'Anak Krakatau, en 1930 et toujours bien actif.

Il devra certainement encore "mûrir" un peu avant de nous gratifier de la prochaine éruption paroxysmale.


Krakatau---Anak-Krak.jpg

 

Sources :

- L.A.V.E. / Fiches scientifiques - Krakatau, 27 août 1883, chronique d'une éruption paroxysmale - par Joël Boyer - link

- Krakatau 2009 - sur le site de Thorsten Boeckel

- Anak Krakatau - Stromboli on line

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

 

 Tambora---Rizal-Dasoeki-VSI.jpg

  Tambora - parois ouest de la caldeira - les strates superposées témoignent de la formation par étapes à partir de 41.000 avant JC -   photo Rizal Dasoeki / VSI

 

787px-Sumbawa_Topography--Sadalmelik.pngSumbawa, une île située dans le groupe des « petites îles de la Sonde » dans l’archipel indonésien, abrite un volcan tristement célèbre dans les annales de la volcanologie : le Tambora, qui forme la péninsule de Sanggar.

Carte topographique de Sumbawa - doc. Sadalmelik

C’est lui qui détient le record du plus grand nombre de victimes lié à une éruption volcanique.

 

tambora01---URI-edu-news.jpg                          La très profonde caldeira du Tambora - doc. University of Rhode Island

 

 

L’éruption de 1815 :

 

L’activité commence à se manifester par des séismes ressentis jusqu’en Australie, un an avant l’éruption. (Self & al. 1989)

Le soir du 5 avril 1815, une courte éruption plinienne de deux heures, accompagnée de détonation entendu à longues distances ( jusque Makassar / Sulawesi et l’antique Batavia / Jakarta, Java) propulsa un premier panache à 33 km. De hauteur.

Le 6 avril, les retombées de cendres sont enregistrées sur Java-est.

Après quelques jours de calme relatif, une seconde phase de l’éruption débute le 10 avril vers 19h., beaucoup plus puissante. Trois colonnes de flammes s’élèvent et fusionnent…puis c’est la montagne entière qui s’embrase. Vers 20 h., ce sont des ponces allant jusqu’à 20 cm. de diamètre qui pleuvent, suivies par des poussières aux alentours de 21-22 h. Des coulées pyroclastiques dévalent les pentes jusqu’à la mer, rayant le village de Tambora de la carte.

Des explosions sourdes sont entendues jusqu’au lendemain.

 

1815_tambora_explosion---Indon-copie-3.pngIsopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. -

 
Source

The base map was taken from NASA picture Image:Indonesia_BMNG.png and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

 

  Cette éruption, qualifiée de VEI 7 (GVP)  équivalente à une explosion de 800 mégatonnes. On estime le volume éjecté à 160 km³ de matériaux pyroclastiques trachy-andésitiques. Pour mieux se rendre compte du volume, les cendres relevés à Makassar /Sulawesi  avait une densité de 636 kg/m². Près du volcan, l’épaisseur des dépôts atteint une trentaine de mètres.

Les cendres recouvrent d’au moins 1 cm. une superficie de 500.000 km², et leur extension est fonction des vents de mousson souflant alors d’est en ouest ( 550 km. Vers l’ouest, 400 vers e nord et 100 vers l’est).

En mer, des îles de ponces et cendres agglomérées atteignent jusqu’à 1 m. d’épaisseur sur plusieurs kilomètres et vont gêner durant plusieurs années la navigation.

 

tambora-volcano-03.06.2009-Nasa-EO.jpgTambora, sa caldeira - La zone stratfiée de la première photo se trouve à 11 h. - photo Nasa EO 06.2009


L’éruption a décapité le volcan : d’environ 4.300 mètres avant le cataclysme, sa hauteur est passée à 2.851 m. ; une caldeira de 6-7 km. de diamètre sur 600 à 700 mètres de profondeur coiffe maintenant le volcan. Toute la végétation de l’île est détruite et la colonne éruptive atteint une altitude record de plus de 43.000 mètres.

H.Sigurdsson et son équipe pensent qu’elle a été six fois plus puissante que celle du Pinatubo en 1991.

Le tsunami consécutif à l’éruption balaye les côtes de l’archipel Indonésien , les vagues atteignant quatre mètres en moyenne.

Pendant 2 à 3 jours l’obscurité est totale dans un rayon de 600 km. accompagnée, sous le nuage troposphérique, d’une poche d’air chaud au début, puis extrêmement froid , comme rapporté de Banjuwangi, à 400 km. du volcan. Ces températures froides furent enregistrées en Inde, deux semaines plus tard.

 

Cendres et gaz ont atteint la stratosphère : les particules de cendres les plus grossières commencent à retomber dans un délai de 1 à 2 semaines, mais les plus fines resteront plusieurs mois à plusieurs années dans l’atmosphère à une altitude comprise entre 10 et 30 km., provoquant dans leur tour du monde d’étranges couchers de soleil observés en Angleterre entre le 28 juin et le 2 juillet, puis le 3 septembre et le 7 octobre. Le ciel prend des couleurs orange à rouge près de la ligne d’horizon pour passer plus haut au pourpre ou au rose.

 

Le nombre de victimes dépend des sources : outre 10.000 victime directes des nuées ardentes, on estime que sur Sumbawa, 38.000 personnes sont mortes de privation et 10.000 sur Lombok.(Zollinger 1855) ; une autre source donne 48.000 et 44.000 morts respectivement pour Sumbawa et Lombok (Petreschevsky 1949) . Des victimes additionnelles se comptent sur Bali et Java-est à cause de la famine.

Oppenheimer modifie le nombre total de victimes en 2003 : au moins 71.000 !

 

Les effets furent globaux  "une année sans été" :

Au printemps et à l’été 1815, un brouillard sec et persistant est observé dans le NE. des Etats-Unis. Le brouillard rougit et affaiblit la lumière solaire, au point qu’on peut en observer les contours à l’œil nu.

L’été 1816 est marqué dans l’hémisphère nord par des conditions extrêmes, au point qu’on qualifie 1816 « d’année sans été » - « The year without a summer ». Les températures baissent globalement de 0,4-0,7°C, suffisamment pour causer des problèmes à l’agriculture mondiale durant deux ans. En juin, des gelées sont rapportées dans le Connecticut et de la neige dans les états de New-York et du Maine. Ces conditions durent les trois mois suivants ce qui réduit la période de croissance des végétaux et aboutit à des récoltes désastreuses..

 

L’Europe  est touchée par cet "hiver volcanique" : temps froid et pluvieux, hivers neigeux suivis d’inondations, récoltes perdues, famine , épidémie de typhus … quelques 200.000 personnes meurent dans l’est et le sud du continent.

 

Cette baisse atteint 1 à 1,5°C sous la normale dans les îles Britanniques. (Oppenheimer 2003), où l’été est froid et humide, menant à un manque de récoltes et la famine. Le typhus frappe de nombreux villages en Angleterre et en Ecosse. En Irlande, près de 800.000 personnes sont infectées par l'épidémie et 4.300 périssent des ravages réunis de la famine, de la dysenterie et de fièvres.


Une anecdote intéressante : cette année là, une villa, proche du lac Léman en Suisse, abrite Lord Byron . Durant l’été, il reçoit la visite de Mary Shelley et de sa famille -Frankenstein-s_monster_-Boris_Karloff-.jpgproche ; retenus à l’intérieur à cause de la pluie incessante, Byron propose à ses hôtes d’écrire chacun une histoire de fantôme. Byron écrit un scénario fragmentaire qui permit à un ami de s’en inspirer pour écrire Dracula. Mary Shelley, inspirée par la lecture des Fantasmagoriana et sous l’influence de l’opium, fait un cachemar où elle a une vision « d’un étudiant pâle penché sur la chose qu’il avait animé ». Elle achève d’écrire Frankestein au printemps 1817.

Frankestein, ou le Prométhée moderne, est considéré comme le roman précurseur de la science-fiction.

Photo de Boris Karloff, dans une interprétation de Frankestein.


Cette période coïncide  avec la publication du poème de lord Byron : " Darkness " , dont voici les premiers vers :

                    I had a dream, which was not all a dream.
                    The bright sun was extinguish'd, and the stars
                    Did wander darkling in the eternal space,
                    Rayless, and pathless, and the icy earth
                    Swung blind and blackening in the moonless air ;   ...

 

En France, en divers endroits, les journaux parlent de "crise de subsistance" et relatent le prix des céréales at autres denrées en hausse spéculative, ainsi que la détresse d'une population dénutrie. 

En 1816, une épidémie de péripneumonie frappe la Mayenne, région pauvre, où les familles s'entassent dans des huttes mal isolées ... les médecins relèvent comme cause présumée de l'épidémie , outre la prédisposition individuelle, les mauvaises nourritures, des logements peu salubres, et l'exposition aux brusques changements de température.

En 1817-18, une épidémie de dysenterie s'étend du Havre à toute la Normandie, en cause les alternatives brusques et fréquentes de température. (Michel Lecouteur - réf.en sources)

 

Découvertes archéologiques :


Un peuple oublié git, carbonisé, sous les cendres du Tambora.

Le volcanologue Haraldur Sigursson, basé à l’université de Rhode Island, va retrouver ses traces grâce à un radar. Les fouilles, réalisées en association avec l’Institut indonésien de volcanologie en 2004, se sont avérées de suite prometteuses.

 

excavation_3---URI-edu-news.jpg                               Tambora , le site de fouilles - doc. University of Rhode Island

 

Sumbawa---Tambora-fouilles---URI-news-bureau.jpg                                     Résultat de fouilles - doc. University of Rhode Island

 

  Il a retrouvé dans une ravine, sous 3 mètres de cendres, les traces d’une habitation et des plats de bronze, des pots de céramique intacts, ainsi qu’une femme carbonisée et enveloppée de lave au moment où elle s’apprêtait à saisir une bouteille en verre, qui a fondu sous l’effet de la chaleur. Les objets présentent une parenté avec ceux circulant à cette époque au Vietnam et au Cambodge et témoignent dun certain niveau de vie. Un autre cadavre est retrouvé figé devant sa porte.

 

Ce village, situé à cinq kilomètres dans les terres, était à l’abri des pirates qui contrôlaient le trafic maritime … et il est plus que probable que ses habitants furent ensevelis et carbonisés par une coulée pyroclastique.

Les trouvailles archéologiques suggèrent une culture propre à Sumbawa, balayée brutalement et complètement par l’éruption de 1815. Les décors retrouvés sur les objets usuels laissent penser à un langage en relation avec celui des groupes Mon-Khmer, et différents des parlers indonésiens. La civilisation de Sumbawa avait d'ailleurs intrigué les explorateurs Hollandais et Britanniques au début des années 1800 ; ils furent surpris d’y entendre un langage parlé nulle part ailleurs en Indonésie.

Cette découverte ouvre en fait une fenêtre sur une culture que Sigurdsson n’hésite pas à appeler " La Pompéï de l’Est ".

 

Chichester_canal_--circa-1828----jmw_turner.jpg                                     J.M.W.Turner - " Chichester canal " circa 1828.

 

L'éruption du Tambora n'a pas laissé que des victimes ... elle a aussi permis l'évolution artistique de William Turner, qui est passé d'une peinture convenue à la magnification de la couleur; son attirance pour la représentation des atmosphères le place comme un des précurseur de "l'impressionnisme". Il ira même plus loin, en supprimant le côté descriptif et se limitant à la juxtaposition colorée, comme dans son "coucher de soleil" de 1840 ... selon certains, "les prémices de l'abstraction lyrique", un autre mouvement de la peinture moderne.

 

coucher-de-soleil---W.Turner-1840.jpg                                          J.M.W.Turner - "Coucher de Soleil" - 1840

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Tambora

- University of Hawaii at Hilo : Climactic effects of the 1815 eruption of Tambora – by Jacob Smith. - link

- Smithsonian magazin - Blast from the past - link

- URI - University of Rhode Island - Lost kingdom of Tambora - link

- Darkness, poème de Lord Byron - link

- Impact climatique des éruptions volcaniques - Conséquence sur la vie et la santé des Français du 18° au 20° siècle - par Michel Lecouteur 2007. (non publié)

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

 

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                                               Localisation du Soputan - carte GVP

Le volcan Soputan, situé dans le nord de Sulawesi, est entré en éruption ce matin, à 6h03 locale, peu après que le PVBMG ait remonté son niveau au stade "alerte".
Selon un fax de l'AFP, le volcan a expulsé des cendres ...et "des gaz chauds" (une coulée pyroclastique ?) dans une zone limitée au cratère. Le panache est monté entre 5 et 6.000 mètres (selon les sources).
La zone d'évacuation a été fixée à 6 km.autour du cratère ... zone uniquement forestière; les habitants n'ont pas été évacués ... la région est en effet peu peuplée, et le village le plus proche est situé à 8 km.sur le versant ouest du soputan, qui culmine à 1.783 m.
La dernière éruption du volcan remonte à 2.008. Elle a été qualifiée, comme celle de 2007, de VEI 3.
Sources :
-The New Zealand Herald / AFP
- Word Press - Fire earth

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

  Lakagigar, en  islandais, ou les cratères du Laki sont situés sur une ligne de fissures qui relie le Katla, au sud, au Grimsvötn au nord : sur cet axe, se situe aussi le volcan Eldgja.

 

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                                Lakagigar , les cratères du Laki  -  © Antony Van Eeten


Cette région de fissures, que les uns rattachent au Katla, d’autres au Grimsvötn, a produit une masse de lave record : sur une distance de 25 km., 130 cratères ont émis, entre 1783 et 1784,  14 milliards de m³ de lave basaltique et de gaz, dioxyde de soufre et acide fluorhydrique principalement. On estime que les fontaines de lave ont atteint une hauteur de 800 à 1.400 mètres. Considérée de VEI 4+ (GVP), on lui attribue cependant la première place quant aux émissions d’aérosols soufrés du dernier millénaire.


 

Cette gigantesque éruption, connue sous le nom « d’éruption du Laki » bien que celui-ci ne soit pas entré en éruption à ce moment, a eu des conséquences catastrophiques pour l’Islande, et aussi pour divers pays européens. Elle est aussi connue sous le nom de Skaftáreldar,  " les feux de la rivière Skafta ", ou encore Síðueldur.

Ce fut la seconde plus grande éruption fissurale basaltique des temps historiques, après celle de l’Eldgja en 935. Après une semaine de séismes, elle débute le 8 juin 1783 pour se terminer huit mois après, en février 1784. Au départ, une fissure s’ouvre au sud-ouest du volcan Laki ; les explosions sont d’abord phréatomagmatiques, puis après quelques jours, l’éruption  devient moins explosive, de type strombolien et ensuite hawaiien : elle déverse d’énormes quantités de lave qui s’engouffrent dans la vallée de Skafta et s’avancent sur 60 km. Au cours des 50 premiers jours , la fissure sud-ouest a vomi 10km³ de lave, soit un débit moyen de 5.000 m³ par seconde (soit deux fois le débit du Rhin à son embouchure). Le 29 juillet, une autre fissure s’ouvre au nord-est du Laki, émettant des coulées dans la vallée de Hverfisfljot ; l’activité se limite alors à cette fissure jusqu’en février 1784, à l’arrêt de l’éruption. (d'après M.Krafft)

 

37469 426367706440 645396440 5110821 384524 n copie                                                 La fissure du Laki - © Antony Van Eeten

 

Une fissure s’étendant sur plus de 25 km. est née, où sont disposés des rangées de cônes de scories, de cônes de tuff et de spatter cones d’une hauteur moyenne de 40-70 mètres. La surface couverte par la lave est de 565 km².  

De plus, le volcan Grimsvötn entra lui aussi en éruption de 1783 à 1785.

 

eldgja laki hraun2                  Les coulées du Lagagigar (en brun) et de l'Eldgja (en rouge) - doc. Eldgos.is


Seuls 2,6% des matériaux d’éruptions furent des tephra ; cependant les chutes de cendres s’étendirent  au continent européen. La colonne éruptive du Laki charria surtout des gaz à une hauteur de 15.000 mètres … ces gaz formèrent dans la stratosphère des aérosols principalement composés d’acide sulfurique, responsable d’une baisse de température affectant l’hémisphère nord de 1 à 3°C.

Ils furent poussés vers l’Europe, sous l’influence d’un puissant anticyclone centré durablement sur le nord de l’atlantique durant cet été 1783.

 

Dossier-23-0263.JPGDistribution troposphérique (15%) et stratosphérique (80%) des émissions du Laki - doc. Thordarson et Self / Rutgers univ. Alan Robock.

 

Dossier-23-0276.JPGTableau des changements de température (en Nouvelle Angleterre) suite à l'éruption du Laki - et concentrations en acides relevées dans les carottes glaciaires du Groenland - in Volcanism, by H-U Schmincke.

 

Les dégâts furent considérables en Islande : la brume toxique fut responsable de la mort d’une grande partie du bétail, contaminé par l’ingestion de fourrages imprégnés de fluor, de la perte des cultures suite aux pluies acides, et de la mort, suite à la famine, de 9.000 personnes, soit un quart de la population.

 

Dossier-23-0266.JPGDates d'apparition du brouillard du Laki  et son extension sur l'hémisphère nord - doc. Rutgers univ. /Alan Robock.

 

 

Les conséquences en Europe:

En Grande-Bretagne, l’été 1783 fut connu comme le « sand summer » à cause des chutes de cendres.

On estime le total des gaz émis à 8 millions de tonnes de fluor, et 120 millions de dioxyde de soufre, à l’origine de ce qu’on appellera « les brumes du Laki » qui se déversèrent sur l’Europe, et causèrent la mort de milliers de personnes durant l’année 1783 et l’hiver 1784.

Prague fut atteint le 17 juin 1783, Berlin le 18 juin, Paris le 20, Le Havre le 22 juin … le brouillard était si épais que les bateaux ne pouvaient naviguer. Le soleil fut décrit comme « coloré par du sang » , teinte qui influença divers peintres.

Un témoignage du curé de Morfontaine, en Meurthe et Moselle, :"L’Europe entière a vu successivement et avec un égal étonnement un brouillard sec qui, pendant une grande partie des mois de juin et juillet, interceptoit les rayons du soleil et de la lune et donnoit à ces deux flambeaux une couleur de sang ; et beaucoup d’épidémies affligeantes, grandes sécheresses, cependant bonne récolte, mais peu abondante."

L’hiver 1784 fut terrible , causant 8.000 morts supplémentaires en Grande-Bretagne ; il fut suivi au printemps d’inondations importantes en Allemagne et en Europe centrale.

 

Michel Lecouteur a spécialement étudié la surmortalité causée par ce brouillard soufré sur un grand nombre de régions Françaises et Belges.

Le tableau ci-dessous reprend un recensement effectué sur 430 paroisses, où on constate une surmortalité au cours des mois d'août à octobre 1783, ainsi qu'en décembre 1783, et janvier-février 1784, après que les brumes aient séjournées sur le territoire entre juin et septembre 1783.


Dossier-23 0283

Histogramme sur 430 paroisses Françaises et belges, pour un total de 76.000 décès - doc. Lecouteur Michel. (année 1782 en bleu, 1783 en bordeau, 1784 en blanc)

 

Un témoignage intéressant du curé de Brulon, dans la Sarthe, extrait de ses annales rédigées en vieux Français : pour l'an 1783, " cette année offre plusieurs évènements dignes d'attention : l'été et l'automne ont été très beaux et très chauds. Il y a eu une récolte abondante en très bons bleds ( blés), grande et bonne vendange, des pommes en si grande quantité que les arbres ploient (...) pendant les mois de juin et juillet, dans presque toute l'Europe, l'atmosphère était remplie d'une espèce de brouillard ou plutôt de vapeurs qui désoloient le soleil, et quand on l'aperçoit, on le regardoit aussi fixement que la lune sans être ébloui. Tout le peuple en étoit épouvanté et disoit que nous allions vers le jugement  (...) dans le mois d'août et le reste de l'automne, les trois quarts du monde ont été malades et on trouvoit  quatre, cinq et même six malades par maison ..."

Le docteur Lepecq, médecin des épidémies en Normandie, mais aussi météorologiste, géographe,géologue et sociologue, décrit des brouillards secs, des "irritations de l'estomac et des entrailles, des coliques vives et des diarrhées fatiguantes". Il ajoute que "les vallées de Seine étaient désolées par les fièvres continues, rémittentes, bilieuses qui prenaient souvent un type malin ". Il constate une recrudescence du scorbut et des fièvres intermittentes (du paludisme, endémique à cette période dans les zones tempérées), frappant surtout les enfants de moins de cinq ans.

Les chroniques françaises rapportent "que le pain et la viande gelaient sur la table, et les corbeaux en plein vol ".

Ag.Desperret 3°éruption du volcan de 1789Le temps resta perturbé les années suivantes : durant l’été 1878, une ligne de grain orageux traversa le pays du sud au nord, détruisant les récoltes … on pesa des grelons de 5 kg. La famine régna et la situation fut si désespérée que ces modifications climatiques furent considérées comme UN des éléments influent sur la révolution française de 1789 et la fin de la royauté.


"Troisième éruption du volcan de 1789" - Lithographie d'Auguste Desperret.

Voir l'article "le volcan de la Révolution", sur ce blog.


En Amérique du nord, ce fut l’hiver le plus long et le plus froid jamais enregistré ; les températures furent mesurées à 4,8°C de moins par rapport à la température moyenne des 200 années antérieures … le Mississipi gela à La Nouvelle Orléans et on trouva des glaces dans le Golfe du Mexique.

Benjamin Franklin, l'inventeur du paratonnerre, fut le premier à faire le rapprochement entre l'hiver 1783-84 particulièrement rigoureux, qu'il passait en Europe, et une éruption, qu'il attribua erronément à l'époque à l'Hekla.

 

Ailleurs dans le monde : l'Afrique est touchée avec une modification du régime des pluies sur le nord du continent , et en conséquence, une baisse du niveau du Nil, qui va induire une famine en 1784 et la perte d'un sixième de la population. On relie aussi à l'éruption une exacerbation de la famine "Tenmei" au Japon.

 

Dossier-23-0270.JPGBaisse du niveau des eaux du Nil de près de 2 mètres en 1783-84 - doc. Rutgers univ. /Alan Robock.

 

Cet épisode illustre que des changements climatiques peuvent être induits, non seulement par des méga-éruptions explosives, mais aussi par des éruptions basaltiques fissurales, qui génèrent beaucoup de gaz, et ont de ce fait une influence climatique supérieure aux premières. (J-M. Bardintzeff / Volcanologie)

 

Un résumé en vidéo : "Laki, l'enfer de 1783"

 

 Sources :

- Global Volcanism Program - Grimsvötn

- Guide des volcans d'Europe - M. Krafft et de Larouzière.

- Volcanism - by H-U Schmincke - éd. Springer

- Impact climatique des éruptions volcaniques - Conséquence sur la vie et la santé des Français du 18° au 20° siècle - par Michel Lecouteur 2007. (non publié)

- LAVE Thématique n° 1, 1993, Les volcans, le climat et la révolution française par Roland Rabartin et Philippe Rocher.

Comptes-Rendus de l'académie des Sciences- série Géosciences (2005), Vol 337, n°7, P 641-651.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Une éruption cataclysmique a frappé une île des Cyclades, Théra, vers 1628 avant JC. laissant une vaste caldeira entourée d’importants dépôts de ponces et de poussières volcaniques.

L'île antique était appelée Kallistè (la plus belle) ou Strongylè (la ronde). Elle a été rebaptisée de Kallistè en Théra, à l'époque archaïque suite à la fondation d'une colonie dorienne par Théras, un héros thébain.
Le nom Santorin fut donné par les Vénitiens au 13°s. en l'honneur de St Irène (Santa Irini).
Après le rattachement de l'archipel à la Grèce en 1840, elle a repris son nom antique de THERA ... mais Santorin est toujours usité.

 

santorini2---bvba-ampersand.de.jpgLa caldeira de Théra, vue de Néa-Kameini, le volcan central - Crédit photo et lien vers Stromboli on line - avec l'aimable permission de Marco Fulle.
 

L’actuelle Santorin / Théra : L'archipel de Santorin est constitué de cinq îles; les deux principales, Santorin (Théra - Thira) et Thirasia sont séparées par une baie constituée d'une caldeira immergée.
Ces îles sont les vestiges d'une unique île - Kallistè - détruite partiellement lors de l'éruption Minoenne vers 1600 av.JC. au centre de l'archipel, Palea Kameni et Néa Kameni, qui constitue la partie active du volcan. La cinquième se nomme Aspronisi.

Le champ volcanique de Santorin est constitué de Santorin, des îles Christiana (20 km. au SO.) et du volcan submergé Columbus (7 km. au NE.)
Il est situé près du horst tectonique appelé "Amorgos ridge".


 

santorini_tectonic.gif                 Situation tectonique de Santorin sur l'arc volcanique des Cyclades. - Friedrich 1994

 

paleo_models_DRUITT91.gif                  Reconstituion de Théra avant l'éruption Minoenne - doc. Druitt & Francaviglia 1991.

 

L’éruption de l’âge de bronze :

 

Près de 40 km² de magma rhyodacitique ont été émis en plusieurs jours, et en quatre grandes phases.


La première phase fut une éruption de type plinien, éjectant poussières et ponces au départ d’un évent probablement situé au centre d’une île volcanique située dans la caldeira de Théra.

La colonne éruptive a atteint entre 36 et 39  km. (Pyle 1990). de hauteur et donc la stratosphère ; le ratio de décharge est estimé à 250.000 tonnes /sec.

 

Depots-er.Santorin---Lee-Siebert.jpg

Stratification des dépôts de l'éruption Minoenne : la couche basal, compacte et rosée, est formée des premières ponces déposées au départ de la colonne éruptive; puis ce sont des dépôts laminés peu colorés de surges pyroclastiques, émis au début de l'effondrement de la caldeira; enfin, la dernière unité, épaisse, est constituée de dépôts de coulées pyroclastiques - photo Lee Siebert / Smithsonian Inst. / GVP.

 

Ponces-sur-Thirasia---Stromb-.jpg

L'érosion a sculpté les ponces, ici sur Thirasia - photo J.Alean / Stromboli on line - avec l'aimable autorisation de Marco Fulle - lien vers d'autres photos

 

Les ponces et poussières retombées sur l’île ont atteint une épaisseur de plus de 6 mètres, pour un volume de magma émis de 2 km³. Les autres retombées se firent en direction est, suivant les vents dominants à cette époque. Les dépôts sont constitués à 90% de ponces rhyodacitique de teinte blanc rosé (70,5 – 71,4 % SiO2 – Druitt 1989).

minoanash1.jpgCette phase éruptive fut « sèche » et conduite par les gaz magmatique. Durant la phase de retombées des cendres, une zone de 300.000 km² fut plongée dans les ténèbres

Les phases suivantes furent  phréatomagmatique, et donnèrent lieu à des surges et coulées pyroclastiques … n’intéressant que la troposphère, malgré leur violence.

 

Retombées de cendres - d'après Friedrich / Decade volcano / Tom Pfeiffer.


Sa datation est encore aujourd’hui un sujet de polémique.

Les datations au radiocarbone la font remonter entre 1650 et 1600 avant JC. Ces dates sont contredites par les données archéologiques, qui situe l’éruption entre 1500 et 1450 avant JC.

Les analyses dendrochronologiques signalent une éruption importante en 1629-1628 avant JC., sans qu’on puisse l’attribuer avec certitude à Théra. Les années 1620 furent traumatiques pour les chênes d’Irlande, d’Angleterre et d’Allemagne, avec une diminution de productivité remarquée autour de 1628 BC.

Une réévaluation de la puissance de l’éruption fut faite en 2003, suite à des études faites sur les retombées de cendres. Elle est classée maintenant de VEI 7.


Certains scientifiques la relient à divers impacts constatés sur les sociétés de l’âge de bronze.

- L’écroulement soudain de la civilisation Minoenne serait due à cette éruption et au tsunami quelle a engendré lors de l’effondrement de la caldeira du volcan. Des traces du tsunami furent identifiée récemment sur la côte nord de la Crête, île située à 70 km. au sud de Santorin.

Les fouilles archéologiques ont mis au jour, à partir de 1969, une importante cité maritime près de Akrotiri, renommée pour ses magnifiques fresques … et appelée depuis "la Pompéï de l’âge de bronze", bien qu’aucun corps humain n’y fut retrouvé suite à l’évacuation préventive des lieux.


Akrotiri---Klearchos-Kapoutsis.jpg

                          Akrotiri - le site des fouilles - photo klearchos Kapoutis.

 

image11.jpg                  Fresques d'Akrotiri - "la cueilleuse de safran" - détail - photo Théra Foundation.



Elle est de plus reliée à divers mythes et légendes : la disparition de l’Atlantide et l’exode biblique; les dix plaies d’Egypte y seraient rattachés… mais ces liens restent du domaine de la spéculation.

 

- L’hiver volcanique déclenché par l’éruption Minoenne peut être rapproché de l’effondrement de la dynastie Xia et l’avènement de la dynastie Shang en Chine. Les écrits de l’époque parlent  "d’un brouillard jaune, d’un soleil pâle, de gelées en juillet, de famine et de dessèchement des cinq sortes de céréales ".


Sources :

- Global Volcanism Program – Santorini

- Decade Volcano – Santorini, The Minoan eruption ( c.a. 1645 BC ?) - link

- The Thera foundation - link

- Photos sur Stromboli on line

-     "       sur Decade Volcano

- Santorin sur ce blog : link 1 - link 2 - link 3 .

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

Dans l’Archipel des Nouvelles Hébrides, la tradition orale relate, depuis plus de 500 ans, dans une légende la disparition, au cours d’un cataclysme volcanique, d’une terre nommée Kuwae qui englobait les îles actuelles d’Epi et Tongoa / Vanuatu.

 

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Cartes des iles sheperd dans la mer de Corail - situation de Kuwae en haut de la carte - doc. wikipedia.

 

De violents séismes et des glissements de terrain ayant précédé l’éruption, une partie des habitants ont pu gagner les îles voisines. Des dépôts épais de cendres et ponces —caractéristiques d’éruptions explosives de grande magnitude — recouvrent en effet ces îles. D’autre part, la découpe concave et l’abrupt des côtes se faisant face soulignent la présence d’une large caldeira sous-marine entre les deux îles. Des relevés bathymétriques ont permis de voir les limites de la caldeira et sa profondeur ; sa datation au radiocarbone, sur base de bois carbonisé, la fixe au 15° siècle.

 

Kuwae-brd-de-la-caldeira---Karoly-Nemeth-Massey-univ-jpgL'actuel rebord de la caldeira en partie sous-marine de Kuwae - photo Karoly Nemeth / Massey university


L’éruption de 1452 :


Au cours de l’année 1452, une éruption de VEI 6, initiallement phréatomagmatique, a détruit l’île de Kuwae – coordonnées 16,83°S – 168,54°E – en créant une caldeira sous-marine de 12 km. sur 6, formée de deux bassins adjacents. Sur base des dimensions de la caldeira et de l’amplitude de l’effondrement, entre 800 et 1.100 m., le volume de magma dacitique éjecté est de 30 à 39 km³ . La magnitude de l’éruption est comparable à celles de Théra / Santorin en 1628 avant JC et de Tambora en 1815.

La formation de la caldeira est caractérisée par un passage du stade initial hydromagmatique à un stade magmatique, avec l'émission d'un  grand volume d'ignimbrite. Elle se résume en trois phases :

- une activité hydromagmatique modérée et une activité magmatique au départ d'un évent central, étalée sur une période de quelques mois à quelques années et affectant une zone plus importante que celle de la présente caldeira.

- une activité hydromagmatique, avec production de dacite, suivie de deux coulées pyroclastiques et élargissement de l'évent. Un début d'effondrement de la caldeira marque le secteur sud-est de la caldeira.

- émission d'ignimbrites dacitiques soudées et extension de l'effondrement à la partie nord de la caldeira.

 

Cette éruption est enregistrée dans les glaces du Groenland et de l’Antarctique, sous forme d’un pic d’acidité correspondant aux années 1452-1457. Il reflète les retombées dues à la sédimentation des aérosols sulfuriques. Les calculs récents indiquent une quantité dépassant les 100 Tg.  d’H2SO4, la plus grande part des gaz relâchés au cours de l’éruption étant probablement contenue dans une phase fluide, séparée et riche en substances volatiles. Ces émissions sulfuriques dépassent celles produites par léruption du Tambora (1815) et du Laki (1783).


 

Kuwae2727.jpgComparaison des taux de sulfates émis par le Kuwae et le Tambora, dans les carottes glaciaires de l'antarctique (en haut) et du Groenland (en bas)  - doc. Gao-Robock-Self & al.


Les changements climatiques provoqués furent perceptibles à l’échelle planétaire pendant plusieurs années, comme le montrent de nombreux écrits relatant un climat anormalement froid en Asie et en Europe, et les études dendrochronologiques réalisées par le Jet Propulsion Laboratory.


- En Chine, les récits historiques du temps de la dynastie Ming rapportent , qu’en 1453,«  des chutes de neige incessantes qui ont endommagé les champ de blé au printemps » . Plus tard dans l’année, avec l’obscurcissement du soleil par la poussière volcanique, « plusieurs pieds de neige sont tombés sur six provinces, et des dizaines de milliers de personnes sont mortes de froid ». Au début 1954, « il neige durant 40 jours au sud de la rivière Yangtze et un nombre incalculables de personnes sont mortes de froid et de faim » . Lacs et rivières sont gelés , ainsi que la mer jaune jusqu’à 20 kilomètres de la côte.


- En Asie Mineure, l’éruption coïncide avec la chute de Constantinople ; les Ottomans, conduit par le sultan Mehmed II, commencent à assiéger la ville en avril 1453 , pour la conquérir le 29 mai.

Divers évènements étranges précédent la chute de Constantinople.

Les chroniques racontent que dans la nuit du 22 mai, la lune, symbôle de la ville, s’éclipse, accomplissant une prophétie sur la réddition de la ville. Le 25 mai, un orage s’abbat sur la cité … « il est impossible de se tenir debout sous la grêle, et la pluie tombe à torrents , inondant toutes les rues ». Le 26, tout Constantinople est noyée dans un épais brouillard … du jamais vu en mai dans cette partie du monde. Et le soir, quand le brouillard se dissipe, « des flammes s’engouffrent dans le dôme de Sainte Sophie, et leur lueur peut être vu des murailles »… d’après une interprétation moderne, il s’agit d’une comet_halley---08.03.1986-Ile-de-Paques--W.Liller-Nasa-gal.jpgillusion d’optique, due à l’intense réflexion de la teinte rouge des nuages au crépuscule, causée par la présence de cendres volcaniques.


- L’éruption du Kuwae, début 1453, magnifie l’apparition de la comète de Halley, en juin 1456: les astronomes de l’époque relatent la vision apocalyptique d’une comète rouge avec une queue dorée. 

Photo de la comète de Halley lors de son passage au dessus de l'île de Pâques le 08.06.1986, par W. Liller / Nasa gallery

 

Après l’éruption :


Le volcan sous-marin de Karua s’est installé et développé dans l’immense caldeira (60 km²) qui résulta du cataclysme de Kuwae . Ce volcan, dont l’ancrage sous-marin se situe vers 400 mètres de profondeur, affleure en 1897 et 1900/1901 suivi par de nouvelles manifestations en 1923 et 1925 ; il émerge en 1948 avec la construction d’une île d’environ 1,5 km de diamètre et 100 mètres de hauteur et disparaît en 1950. Il réémerge en 1959 et en 1971 et forme une île jusqu’en 1975. Entre ces périodes, des bouillonnements et des colorations sont assez régulièrement observés.

 

karua1---02.0971-IRD--Nat-Geo-New-Hebrides.jpg                   Karua, l'île yoyo, en 1971 - © National Geographic Society, New Hebrides / IRD


En 1997 à l’occasion d’une campagne d’observation de l’IRD dans le cadre du programme "d’étude et de surveillance des volcans du Vanuatu", le sommet du Karua, qui forme un large plateau au relief peu important, a été photographié et filmé par le sous-marin Pluto. Le dégazage du volcan sous-marin sous une douzaine de mètres d’eau confirme le maintien de son activité. Les plongeurs n’ont remarqué que la présence de quelques algues et de nombreux petits invertébrés (alcyonaires, ascidies, astéries) fixés sur des roches de quelques dizaines de centimètres de diamètre posés sur des cendres grises ou rougeâtres.

 

karua2---IRD-G.Bargibnt.jpg              Chapelet de bulles émises depuis la zone sommitale du Karua -  © IRD/ G. Bargibant 1997


Sources:

- Global Volcanism Program - Kuwae

- IRD - Kuwae - link

- Futura-Environnement : Karua, le volcan né d'un cataclysme - link

- The 1452 or 153 A.D. Kuwae eruption signal derived from multiple ice core records : greatest volcanic sulfate event of the past 700 years -  by C.Gao, A.Robock, S.Self & al. / Rutgers univ.

- Formation of the mid-fifteenth century Kuwae caldera b an initial hydroclastic ans subsequent ignimbritic erupion - by C.Robin, M.Monzier et JP.Eissen.

 

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