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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

 

Mount-Etna-spews09.02.2012----lava-on-the-southern-Italian-.jpg

                         Etna - le paroxysme du 09.02.2012 - photo agence Reuters.


Depuis une douzaine de jours, le cratère sud-est présentait une activité de type strombolien, croissante dans le temps : des explosions se sont succédées à un rythme de une à trois par minutes jusqu'à une ou deux toutes les cinq minutes.

Certaines explosions plus fortes ont projeté des matériaux incandescents à plus de cent mètres au dessus du bord du cratère, et on a pu voir des bombes de taille métrique atteindre la base du cône.

 

06.02.2012--activite-strombolienne-Etna-EBELZ.gif                    Etna - diagramme du trémor entre le 30.01 et le 06.02.2012 - doc. INGV Catania

 

Dans la nuit du 8 au 9 février, a débuté le 20 épisode paroxystique depuis janvier 2011 - le second de l'année 2012 :

Vers 20h.30, un léger débordement de lave marque la partie orientale du cratère. Aux alentours de minuit, l'activité strombolienne a commencé à alterner avec des fontaines de lave pulsatilles; celles-ci ont pris le pas à partir de 0h.50.

 

08.02.2012 20h44                                           Etna - webcam du 08.02.2012 / 20h.44


La fontaine de lave a formé une colonne de matériaux pyroclastiques, qui s'est élevée verticalement pendant quelques kilomètres (8 km. selon le VAAC Toulouse) étant donné l'absence de forts vents en altitude, puis s'est déplacée vers le sud-ouest.

Simultanément, un second débordement de lave a chevauché le premier, pour rejoindre le bord de la Valle del Bove.

L'activité s'est maintenue constante jusqu'à 4h.30, où de pulsatille, elle est devenue soutenue. Elle a concerné deux bouches à l'intérieur du cratère et une troisième située en amont sur la fissure éruptive placée sur le flanc sud du cône. Cette activité s'est maintenue avec force durant plus d'une heure, avant de diminuer graduellement vers 5h.45.

La bouche située sur la fissure de flanc a produit, durant cette phase de baisse d'activité, de fortes explosions stromboliennes avec émission de grosses bombes incandescentes à plusieurs dizaines de mètres et en toutes directions.

 

09.02.2012---B.Behncke-Facebook.jpgEtna - fontaine de lave et ramifications des coulées dans la Valle del Bove vers 4h.00 le 09.02.2012 - photo Boris Behncke / Flickr via Facebook.


La coulée de lave s'est épanchée sur la partie occidentale de la Valle del Bove, et son front s'est avancé jusqu'à la quote 1950 ... Boris Behncke, d'astreinte cette nuit à l'INGV, a photographié la coulée aux environs de 4h à proximité du village de Milo, sur le flanc Est de l'Etna. On peut y voir une nette croissance du nouveau cône sud-est.

 

09.02.2012-6h39-INGV.jpg                     Etna - webcam thermique de l'INGV 09.02.2012 / 6h.39 locale

 

08-09.02.2012-tremor-EBELZ.gifEtna - diagramme du trémor du second paroxysme 08-09.02.2012 - le pic d'intensité est moins élevé que pour les autres évènements - doc. INGV Catania.

 

Ce second épisode 2012 fut moins violent que ses prédécesseurs, plus progressif, mais a duré plus de cinq heures.

 

 

 

 

Sources :

- INGV Catania et boris Behncke

- Etna Walk - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

La Toscane, ou étymologiquement l'Etrurie - la terre des Etrusques - est une région italienne connue pour les civilisations diverses qui s'y sont suucédées depuis le 8° siècle avant JC., pour ses paysages valonnés ponctués d'ifs gigantesques, et de villes d'art médiévales, Pise, Florence, Sienne, pour ne citer que les plus connues.

 

Dossier-30-4197.jpg           Monterotondo Maritimo, sur un avant-plan de champs géothermiques - ©Jean-Michel Mestdagh 

 

"Toscane " dérive de l'antique "Tuscia ", dénomination de l'Etrurie dès le 3° siècle. Les Etrusques ont utilisé l'acide borique déposé par les vapeurs et les eaux chaudes de la zone, de nature volcanique, pour la fabrication d'émaux.

Les Romains annexèrent l'Etrurie en 351 avant JC. et apprécièrent à leur tour les bienfaits thermaux et les propriétés médicinales des sources chaudes et des soufrières.

Des documents de l'an 1000 mentionnent les eaux chaudes de Val di Comia, et l'apparaition du "Lago Sulfureo " consécutivement à  un séisme.

D'aucuns ont supposé que Dante pensait aux lagoni en écrivant ce passage de "La Divine comédie" :

« Versan le rene le fumifere acque
Per li vapor che la terra ha nel ventre
Che d'abisso le tira suso in alto »
(Les eaux fumifères épanchent leur rein
Par les vapeurs que la terre a dans le ventre
Qui des abîmes les tirent vers le haut)

 

sassopisano---thermes-etrusques---fototoscana.jpg                      Les thermes etruques de Sassopisano - photo fotostoscana.

 

Mais les champs géothermiques toscans ne furent vraiment découverts qu'au 18° siècle.

En 1777, Uberto Francesco Hoefler, directeur des pharmacies du Grand Duc de Toscane Pietro Leopoldo di Lorena, identifie l'acide borique, dénommé à l'époque "sel sédatif", dans les eaux sulfureuses de Monterotondo.

 

L'industrie de l'acide borique :

En 1812 débute la production industrielle d'acide borique. Après quelques balbutiements, le comte François de Larderel, un français, développe l'idée de création de lacs artificiels autour des sources de vapeur, et utilise les calories de la vapeur pour faire évaporer l'eau enrichie en acide borique.

Entre 1818 et 1846, il crée huit usines et en 1846, une ville, fondée pour accueillir les ouvriers, est baptisée Larderello, en hommage à l'action de l'industriel.

Larderel fut promu comte de Montecerboli, lieu-dit qui fait référence à erbère, le chien de la mythologie gardien des enfers.

La production de dérivés boriques et ammoniacaux prospère jusqu'à la fin du 19° siècle.

 

Larderello_1868.jpg            Gravure de 1868 illustrant les "lacs boracifères" de Larderello - doc. wikipédia

 

Dossier-30-4200.jpg                      ©Jean-Michel Mestdagh

Dossier-30-4223.jpg

                        ©Jean-Michel Mestdagh

 

Dossier-30-4236-copie.jpg          "Lagone Cerchiaio" - anciens bassins de rétention -  ©Jean-Michel Mestdagh

 

-Hoefer---Lagone-Cerchiaio---ph.aerospike.jpg Une plaque commémorative placée en bordure d'un bassin d'évaporation au lieu dit " Lagone Cerchiaio" - ce  nom dérive d'une tradition datant du moyen-âge, constituant à utiliser les eaux chaudes pour courber les branches de noisetiers entourant les tonneaux - photo Aerospike

 

 

De l'industrie du bore à la production géothermique d'électricité :

 A la mort de Larderel en 1904, le prince Ginori Conti prend sa succession. larderello 1°centrale géothermique au monde 1911Suite à des ennuis, dès 1905, avec la sociéte produisant localement l'électricité, l'entreprise décide de produire elle-même l'énergie nécessaire à l'éclairage des usines et des habitations de Larderello.

La création d'une turbine actionnée par la vapeur constitue une "première mondiale" de production électrique par la géothermie. - photo de 1911.

 

Après la seconde guerre mondiale, la société est rachetée par les chemins de fer de l'Etat Italien, qui vont utiliser cette énergie pour l'électrification des voies ferrées.

La production, sous l'actuelle direction de l'ENEL, va ne faire que croître pour arriver à une puissance de 390 mégawatts.

 

Larderello années 50 - US National archives

Les tours de la centrale géothermique de Larderello dans les années 50 - doc. U.S. Nationa archives.

 

Sources :

- Global volcanism Program - Larderello

- Guide des volcans d'Europe et des Canaries - par M. Krafft & de Larouzière - éd. Delachaux & Niestlé.

- Le champ géothermique de Larderello (Toscane, Italie) : situation géologique, utilisations industrielles, rôle de la famille de Larderel
par Michel Durand-Delga, Enrico Pandeli et Giovanni Bertini.

- Le Biancane, the geothermal path of Monterotondo Maritimo - "From the middle of the earth to the sky - doc. syndicat d'initiative local.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

Gulf_of_Guinea_-English-.jpgBioko,  Principe, São Tomé, et Annobón forment les îles volcaniques offshore de la Cameroon volcanic line.

 

 

La ligne du Cameroun se prolonge dans le golfe de Guinée et émerge avec les îles de Bioko, São Tomé, Principe, et Annobón à son extrémité Sud- ouest.

Bioko, appelée Fernando Po par les européens d’après le nom du navigateur Portugais, constitue la partie la plus nordique de la Guinée équatoriale : cette île volcanique d’une superficie de 2.017 km² abrite 124.000 personnes, qui vivent de diverses cultures : copra, cacao, bananes et café. Sa situation stratégique lui valut d’être jadis tour à tour occupée par les britanniques, les portugais et les espagnols.
40% de l’île sont peu praticables, étant donné la dense couverture d’arbres tropicaux. Sa biodiversité est exceptionnelle, et abrite quatre espèces de galago, sept de singes, dont six sous-espèces uniques et menacées.

538px-Bioko_BMNG-copie.jpgBioko - sur cette vue satellitaire, seuls les volcans du sud sont bien visibles : le San Carlos et sa caldeira, à gauche, et le San Joaquin et ses deux lacs, à droite - Doc. Nasa

 
Elle est formée de trois volcans-boucliers coalescents, situés sur le plateau continental le long de la ligne volcanique du Cameroun :
Le plus grand et le plus haut des trois volcans est le Santa Isabel ; il culmine à 3.007 m au Pico Basile et comporte de nombreux cônes de cendres satellites. C’est le seul volcan à avoir eu une activité historique, bien que peu documentée : trois éruptions marquent la fin du 19° et le début du 20° siècle, attribuées à des évents du flanc SE., la dernière datée de 1923.
Le San Joaquin, 2.009 m., connu aussi sous la dénomination de Pico Bio ou Pico do Moka, est situé au SE de Bioko. Il est caractérisé par la présence de deux lacs : le premier emplit la caldeira sommitale, le Lago Moka, tandis que le second , le Lago Loreto, est situé dans un cratère du flanc NE. Le San Joaquin fut actif au cours des deux derniers milliénaires.
Le San Carlos, surmonté d’une caldeira culminant à 2.260 m., la caldera de Luba, constitue la partie sud-ouest de Bioko. Il fut lui aussi actif durant les derniers 2000 ans.

 

Bioko-Island.jpg

                               Offshore Cameroon volcanic line - Bioko / Fernando Po.

 

Malabo_a_13-oct-01---ph-Frokor.jpg                                  Malabo, la capitale de Fernando Po - photo Frakor.



São Tomé et Príncipe, officiellement la République démocratique de São Tomé et Príncipe,  sont deux îles, séparées de 140 km. au large de la côte du Gabon, qui ont acquis leur indépendance en 1975, accordée par le Portugal.

São Tomé  est formée d’un volcan-bouclier d’une hauteur appréciable , de près de 5.000 m. depuis le fond de l’océan, et culminant à 2.024 m. au dessus du niveau marin au Pico de São Tomé.

 

Sao-Tome-et-Principe---vumagazine.jpg                              São Tomé - une côte paradisiaque - photo vumagazine.


Les laves à prédominance basaltique qui la forme sont datées entre 15,7  Ma  (Deruelle 1991) et 100.000 ans. Les éruptions sous-marines ont laissé des tuffs palagonitisés et des pillow lavas, recouverts de laves subaériennes.
Les parties sud et ouest de l’île sont plus découpées et la forêt équatoriale est percée de quelques necks ou épines phonolitiques à trachytiques, tels que le Pico Cão Grande qui la surmonte de 300 mètres. Le sud-est de l’île est  ponctuée de cinder cones de morphologie récente.

 

Sao-Tome----2---vu-mag.jpg                       São Tomé - les environs du Pico Cão Grande - photo vumagazine.

 

Principe culmine à 948 m. au dessus du niveau marin , pour une hauteur totale de 3.948 m. L’île est composée de basalte, phonolite et téphrite.

Annobon, ou encore appelée localement Pagalu, est située à 160 km. au sud-ouest de São Tomé ; elle est sous gouvernement de la Guinée équatoriale, après avoir obtenu son indépendance de l’Espagne.
Cette petite île montagneuse, de 8 km. sur 3 et d’une superficie de 17 km², possède trois pics :
Le Pico del Fuego, 454 m., au nord, le Pico del Centreo, 630 m. et le Pico Surcado, au sud, d’une hauteur similaire.(d'autres sources ne renseignent que le Quioveo)

 

annobon---ph.jpg

Annobon et son lac de cratère, le "Lago a Pot" - La capitale, San Antonio de Palé, et l'aéroport sont confinés sur les seules parties plates de l'île - photoSkyscrapercity

 

 

L’île volcanique est entouré de nombreux îlets rocheux.

Les Isletas Yebatelu au nord près de la Punta d’Ave, aux hautes falaises. Islote Piramide est un petit îlet conique, proche de la Punta del Palmar, surmontée d’un phare.
La Punta del Paso sur le côté ouest, est proche des Islote Tortuga, Bayala et del Paso.

 

Annobon---ph.-Sobolev-Dima-Panoramio.jpg                           Annobon - isletas et falaises - photo Sobolev Dima Panoramio

 

L'avifaune de ces îles est à la mesure de leur isolement; à l'exemple de ce paradisier, à la tête noire et au corps et queue châtains, barre alaire noire.

( Black-eaded / red-bellied Paradise-Flycatcher)

 

Black-headed_Paradise_Flycatcher---Terpsiphone-rufiventer--.jpg                              Terpsiphone rufiventer mâle - photo Steve G / BirdForum

 

Sources :

- Global Volcanism Program - volcanoes of africa - 

- Birds of São Tomé and Principe, with Annobón - by Jones, Peter and Alan Tye. 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Trois champs volcaniques caractérisent le nord-est de ligne volcanique Cameroun : le champ Ngaoundéré, les monts Mandara, et le champ Biu.

 

CVL---Fitton---Dunlop-1985.gif

Situation des champs volcaniques étudiés ce jour sur la CVL - Cameroon Volcanic Line - doc. Fitton & Dunlop 1985

 

Le champ volcanique Ngaoundéré -Adamaoua est situé dans un large plateau basaltique, où l’activité magmatique du Pléistocène est représentée par une 1000px-Ngaoundere_Plateau.svg.pngsoixantaine de centres éruptifs disperses dans un rayon de 25 km. autour de Ngaoundéré, la capitale régionale. Le densité des évents est maximale au sud-est de la ville, dans le secteur de Wakwa-Dibi, où sont alignés en direction nord 135° des cônes stromboliens, des appareils d’origine phréato-magmatique – maars ou tuff cones - et des volcans mixtes, montrant successivement les deux types de volcanisme.

 

mt_Ngaoundere---Monist.-Tourisme---loisirs.jpg                     Le mont Ngaoundéré - photo Ministère du Tourisme et des Loisirs Camerounais.


Le Tchabal Nganha est le seul stratovolcan de ce champ; sa nature est basanitique à trachytique. Haut de 1.000 mètres environ, il s'est développé en plusieurs phases, entre 9,8 et 7 Ma : de nombreuses coulées de basalte ont construit le gros de la structure, recouverte ensuite de brèches fortement érodées. Par la suite, on a des éruptions de trachyte et phonolite en coulées épaisses et finalement, une activité sommitale de type basaltique.

Une dizaine de cratères abritent des lacs, non datés directement, mais de facture récentes, présentant des cratères et des anneaux de pyroclastes bien conservés.
Le lac Tison est un lac de cratère situé à 10 km. seulement du centre de Ngaoundéré ; il est bordé d’arbres aux essences multiples, ce qui explique les variations de couleurs des eaux plus sûrement que ne le font les légendes.

 

lacTizon-pres-de-Ngaoundere---Y.Boulvert-IRD.jpg                                              Le lac Tison - photo Y. Boulvert / IRD

 
Les Monts Mandara, plus particulièrement les environs de Rhumsiki, abritent un extraordinaire paysage, fait de necks volcaniques et d’affleurements basaltiques.

 

Mandara_Mountains_from_Yola---Leigh-Bowden.jpg

                                     Les monts Mandara - photo Leigh Bowden


Le plus photogénique est le pic Kapsiki, un neck volcanique qui culmine à 1.224 m.
Ces formations rocheuses ont bien évidemment une signification phallique traditionnelle -les femmes stériles de faire des sacrifices à ses pieds - mais aussi moderne – on recommande un hôtel local comme destination idéale pour une lune de miel.

La tribu Kapsiki est réputée pour ses armes aux lames "en crête de coq" et autres objets usuels forgés.

 

Rhumsiki_Peak---ph-Amcaja.jpg                            Les necks volcaniques du Rhumsiki - photo Amcaja

 

Lakka-Kapsiki-Falli-Throwing-Knife-01.JPGArmlets-Kapsiki-Cameroun-02.jpg

Armes de jet avec lame en crête de coq 

à gauche

bracelets à droite -

Tribu Kapsiki


 

 

 

Petite sortie du Territoire du Cameroun :

Le plateau volcanique Biu est situé au nord-est du Nigeria, couvrant une zone de 5.200 km² , surélevée de 700 mètres. Les points culminants sont Wade Hill (775 m.) et Wiga  Hill ( plus de 800 m.). Ce plateau est considéré par certains géologues comme ayant une activité liée à la ligne volcanique Cameroun.
L’activité volcanique primaire démarre au Crétacé ; mais le plateau s’est construit entre la fin du Miocène et le pliocène, dont la majeure partie des roches basaltiques, provenant de petits évents ou de fissures qui ont nappé des surfaces étendues, sont datées. L’activité volcanique s’est terminée au quaternaire, avec des coulées en provenance de petits cônes de cendres qui ont rempli les vallées.
La majorité des basaltes est daté entre 7 et 2 Ma, mais certains sont vieux de moins d’un million d’années.
Le plateau compte des cônes bien préservés et alignés sur un axe NNO-SSE dans la zone de Miringa, ainsi que des cônes pyroclastiques résultant d’explosions phréatomagmatiques.

 

Biu-plateau.jpg

                                    Le plateau volcanique Biu - photo Delmar Thomas.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Ngaoundere plateau

- Global Volcanism Program - Biu plateau

- Crustal structure of the Adamaoua plateau - Cameroon - G.W. Stuart & J.D. Fairhead / Leeds univ.

- Petrology of the Mio-Pliocene volcanism to the Northand East of Ngaoundéré (Adamawa, Cameroon) - Oumarou F. Nkouandou,  Ismaïla Ngounouno, Bernard Déruelle, Daniel Ohnenstetter, Raymond Montigny, Daniel Demaiffe.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Le champ volcanique Oku est formé d’un groupe de volcans situés sur un bombement de la ligne volcanique du Cameroun, dans la région des hauts-plateaux de l’ouest du pays.
Ce massif a un diamètre d’une centaine de kilomètres. Il se compose de rhyolite et trachyte, et contient de nombreux cônes basaltiques et maars. Quatre stratovolcans majeurs le caractérise : le Mont Oku, le Mont Babanki, le Nyos et le Nkambe.

 

-Cameroon line - Aymatth2 copie

            Situation du champ volcanique Oku sur la CVL - Cameroon Volcanic Line - doc. aymathh2


Le Mont Oku est un grand stratovolcan, d’une altitude de 3.011 mètres au dessus du niveau de la mer, et coupé par une grande caldeira. Les roches les plus anciennes sont datées de 24,9 à 22,1 millions d’années. Le volcan est successivement constitué par des basaltes et des hawaiites, suivis par des trachytes, recouvert ensuite par de volumes importants d’ignimbrites trachytiques et rhyolitiques, épais de plus d’un kilomètre. Par après, des laves trachytiques, des tuffs et des brèches furent produites ; la phase d’activité la plus récente concerne des cônes pyroclastiques et des cratères d’explosion.
L’un de ces cratères d’explosion, duquel se sont écoulées des coulées de basalte au nord et des laves rhyolitiques et phonolitique au sud, est occupé par le lac Oku.

Deux lacs de cratère, les "lacs tueurs", ont fait la triste renommée de ce champ volcanique : le lac Nyos au nord, et le lac Monoun au sud


Le lac Monoun – 5°58N / 10°59E – photo en cliquant sur ce lien

Il explosa dans une éruption limnique le 15 août 1984 ; cette évènement causa la mort de 37 personnes, suite à un relâchement massif de dioxyde de carbone, attribué à un retournement de ce lac, induit par un séisme et un glissement de terrain.

Une éruption limnique est un type d'éruption volcanique caractérisé par le dégazage brutal d'un lac méromictique, relargant les gaz volcaniques émis en continu par un volcan et accumulés durant des années dans les couches profondes du lac.
Un lac méromictique étant un lac dont les eaux de surface et de profondeur se mélangent moins d'une fois par an  ( à moins d'une fois par décennie ou siècle). C'est le cas de lacs profonds et peu étendus, abrités des vents entre des parois rocheuses.

 

Lac-Nyos-1.jpgLac Nyos 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                          Schémas éruption limnique - avec l'aimable autorisation d'Eric Reitter.

 

 

La cause de ces décès ne fut pas immédiatement identifiée, et on parla de lacs tueurs, de diverses légendes ou même d’acte terroriste.

nyos-section - viu.caLe lac Nyos – 6°26N / 10°18E :
Ce lac est situé au sein d’un maar formé par une explosion, il y a 400 ans ; c’est un lac de barrage, situé à une altitude de 1200 m. sur le flanc d’un volcan inactif, et appelé jadis lac Lwi, et devenu populaire sous le nom de lac Nyos, du nom du village voisin de celui-ci.
Il a une forme elliptique d’environ 1.800 m. de grand axe pour une profondeur de 208 mètres. Son fond est plat et ses eaux retenues par un barrage naturel de roches volcaniques.

 

Coupe schématique du diatrème du lac Nyos -doc. viu.ca

 

lake_nyos---Thierry-Orban-Corbis-Sygma.jpg                                Le lac Nyos - photo Thierry Orban / Corbis Sygma.

 
La tragédie du lac Nyos :
Le 21 août 1986, le lac Nyos émet une nappe de CO2 massive qui tue 1.746 Cow_killed_by_Lake_Nyos_gasses---J.Lockwood-USGSS.jpgpersonnes, 1.200 à Nyos, et plus de 500 dans les villages de Cha, Subum et Fang, jusqu’à 16 km. en aval. En plus des humains , cet évènement cause la mort de tous les êtres vivants dans cette zone : 3000 têtes de bétail, les oiseaux, les insectes …seuls les végétaux résistent.

Vache morte de suffocation - Lac Nyos 86 - J.Lockwood / USGS


Les premières constatations vont permettre une analyse du phénomène :
Les corps des victimes paraissent peu lésés.

A part quelques arbres soufflés, tout est resté en place ; on ne constate pas d’effets chimiques , ni thermiques.
La distribution des cadavres de bétail prouve que la concentration léthale du gaz a atteint 120 mètres au dessus du niveau du lac.
Le niveau du lac a baissé de 1 mètre et une tache couleur rouille a été observée en son centre.
L’énorme nuage de CO2, estimé à un kilomètre-cube, plus lourd que l’air, a parcouru 25 km. en respectant et suivant la topographie des environs.
Les humains survivants souffrent de problème pulmonaires (œdème) et oculaires (conjonctivite).

 

 


Quelle est la cause de ce relargage massif de dioxyde de carbone ?
Du CO2 magmatique ou hydrothermal, dissous à haute pression en profondeur, ou piégé sous forme de bicarbonate, voire de sidérite (carbonate de fer - réaction avec Fe2+) à un niveau proche de la saturation a été brutalement relâché.
La cause de l’instabilité à la base de ce relargage est toujours discutée :
-  un glissement de terrain subaquatique, en relation on non (selon les experts américains) avec un séisme de M5 le long de la Foumban shear zone courant sous le massif, serait à l’origine d’un bouleversement de la stratification des eaux, de la nucléation et la libération du CO2.

Des bulles de gaz volcaniques se forment dans la couche inférieure du lac, l'allégeant ainsi ce qui provoque sa remontée de plus en plus rapide vers la surface par emballement du système. Les bulles de gaz volcaniques percent alors la surface en créant parfois des petits tsunamis. Lorsque ce gaz est plus dense que l'air comme le dioxyde de carbone qui est un des principaux composants des gaz volcaniques, la nappe de gaz volcaniques reste plaquée au sol et peut s'écouler par dessus les rebords du cratère en empruntant le fond des vallées. Cette hypothèse est soutenue par Sigurdsson,  Schmincke et Bardintzeff.

 

Nyos-29.08.86---USGS.jpg

                  Le lac Nyos , quelques jours après le drame - photo USGS 29.08.1986


-  Une éruption phréatique serait à la base du drame selon une autre hypothèse défendue par des scientifiques Français (Tazieff) et italiens. Leurs analyses confirmeraient la permanence de la stratification du lac, infirmant son retournement. Une éruption aurait provoqué un jaillissement puissant d’eau, créant une vague inégale (1m. au nord, 80 m. au centre et 20 m au sud) ; la retombée d’une importante masse d’eau depuis une hauteur conséquente , 100 à 200 m au dessus du niveau du lac, serait ainsi responsable du décapage du granite des bords du lac sur une bande.

Le mécanisme invoqué par le team Tazieff, Le Guern, Chevrier et Faivre-Pierret, est une relâche de gaz emprisonné dans un réservoir en profondeur, par des fissures étroites dans le toit rocheux de celui-ci. A cause de la pression interne et de l’étroitesse de la section des fissures, la vitesse d’échappement a été supersonique, dans un premier temps très court. Puis une abrasion mécanique a élargit les orifices de sortie permettant une libération rapide de grandes quantités de gaz dans un second temps. Selon Olivier Leenhardt, on parle d’éruption phréatique lorsque la pression dans le diatrème dépasse la charge cumulée de l’eau du lac et des sédiments.


Enep maar - JGeorges Kling (US) avait identifié 31 lacs de cratères et maars dans le N.O. du Cameroun. Les principaux ont fait depuis l’objet d’une expertise et tous ne constituent pas le même risque que les lacs Monoun et Nyos, qui seuls ont une capacité de stockage conséquente.

            Le maar Enep, dans le champ volcanique Oku - photo J. Lockwood / USGS.

 

La décarburation des lacs Monoun et Nyos :
Le MNDP – Nyos and Monoun Degassing Program – a été initié, en collaboration avec le gouvernement Camerounais, pour vider les lacs nyos-degasser - viu.caméromictiques de leur excédent de gaz.
L’installation d’une pipe de mise à l’air libre a nécessité dans un premier temps l’usage d’une pompe pour l’extraction de l’eau et du gaz ; une fois le processus amorcé, le gaz a entrainé seul le mélange vers la surface, où il sort à vitesse supersonique créant un geyser artificiel d’une hauteur de cinquante mètres.
Une étude en septembre 2005 par George Kling et d'autres chercheurs au Université du Michigan constaté que le gaz n'était pas enlevé du lac assez rapidement pour s'assurer que le désastre ne se produise plus jamais. Kling a recommandé l'abaissement de la pipe existante et l'addition d'une neuve afin de libérer plus de CO2.

Schéma de la pipe de dégazage - doc. viu.ca

 

Michel Halbwachs, professeur de physique à l'université de Savoie à Chambéry, qui a installé les systèmes d'extraction existant actuellement, et trois chercheurs du Swiss Federal Institute of Aquatic Science and Technology de Seestrass (Suisse), spécialistes de la structure et du comportement des lacs, sont en désaccord complet avec George Kling. Ils estiment qu'une colonne de dégazage en plus à Nyos et deux à Monoun sont suffisantes.
Quoiqu’il en soit, ce programme a permis de développer une technologie et des méthodes de simulation dans un domaine inexploré jusque là. Cette technologie va permettre un projet d’extraction du méthane dans le lac Kivu (RDC).

 

 

Lac_Nyos--Google.jpg                        Le geyser de décarburation - photo Google - date et auteur non identifiés.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Oku volcanic field

- Volcanism - H-U. Schmincke - éd. Springer

- Volcanologie - JM. Bardintzeff - éd. Dunod

- Michel Halbwachs - page personnelle

- Vidéo sur les lacs de cratère meurtriers - link

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