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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Après quelques jours de faible activité strombolienne, le nouveau cratère sud-est a été le siège d'un important épisode de fontaines de lave ce 19 février vers 5h.

Les fontaines, qui ont atteint par moment un millier de mètres de hauteur, étaient produites par différentes bouches alignées grosso modo est-ouest; elles ont été accompagnées d'un panache de cendres soutenu de plusieurs kilomètres au dessus du volcan, et de coulées de lave qui se sont déversées sur les parois occidentales de la Valle del Bove.

C'est le premier épisode de fontaining depuis le 24 avril 2012.

L'activité explosive a cessé après l'aube, ce qui est reflété par le diagramme de trémor de l'INGV.

 


After a few days of low strombolian activity, the new southeast crater was the seat of an important episode of lava fountains on February 19 about 5 am.
Fountains, which at times reached a thousand meters high, were produced by different mouths aligned roughly east-west and were accompanied by a sustained ash plume several kilometers above the volcano, and lava flows spilled on the western walls of the Valle del Bove.
This is the first episode of fontaining since April 24, 2012.
The explosive activity ceased after dawn, which is reflected by the tremor diagram of INGV.

 

20013.02.19-4h15.jpg

Etna 19.02.2013  - ci dessous, à gauche, débuts du fontaining sur la webcam LAVE vers 5h - puis, à droite, sur la webcam thermique INGV 4h06 loc / 5h06 - Ci dessus : fontaines de lave via la webcam INGV 4h15 locale / 5h15.

 

2013.02.19-5h01-LAve.jpg2013.02.19-4h-06-cam-therm.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

2013.02.19-EBELZ.gif

                                           diagramme de trémor du 19.02.20013 - INGV Catania

 

2013.02.19---6h24-NSEC-in-VB.jpg

                       Etna - coulée de lave dans la Valle del Bove - Webcam SM 19.02.2013 6h24

 

 

Superbe vidéo de Klaus Dorschfeldt : (http://www.youtube.com/watch?v=VYbgR_C1HLs&feature=share)

 

 

 

 

Sources :

- Webcam LAVE - SM - INGV Catania

- Commentaires Etna Walk news - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Eruptions historiques

L’article précédent clôturait l’influence des éruptions du Laki et de l’Asama sur le climat de la fin du 18°siècle.

Je rappelle quelques grandes éruptions à incidence climatique vues auparavant : Toba, Kuwae, Tambora, Krakatau, El Chichon, et Pinatubo.

 

Pour permettre une comparaison d’ordre de grandeur et ramener les idées à une échelle plus paléo-géologique, quelques mots sur


                           les basaltes de la Columbia river.


columbia-basalt---Andrew-alden-geology-about.com.jpg             Les basaltes de la Columbia river - photo Andrew Alden / About geology.com

 

721px-3-Devils-grade-Moses-Coulee--Williamborg.JPG Columbia river flood basalts - A l'avant-plan, Moses Coulee et Three Devils grade - dans le canyon, Frenchman Springs Member basalt / et au dessus, Roza member basalt. Les installations de nourrissage de bétail, en carrés, donnent l'échelle - photo Williamborg

 

Entre la fin du Miocène et le début du Pliocène, soit entre 17 et 6 Ma, une des plus grandes inondations par des laves basaltiques – 170.000 km³ selon l’USGS – recouvre les états de Washington et de l’Orégon en Amérique du nord.

Sur une période d’une dizaine de millions d’années, plus de 300 coulées de lave importante sont émises, parfois avec une épaisseur de plus de 1800 mètres, recouvrant 160.000 km². De nombreux évents, pour certains disposés linéairement sur plus de 140 km., montrent encore les lieux d’origine de ces laves ; les plus anciens ont été probablement enfouis sous les nouvelles coulées.

 

 

 

Example de mise en place des coulées fluides basaltiques : le cas du champ de lave composite Roza - sa mise en place est estimée entre 5 et 15 ans seulement. Les barres en gras représentant les lignes d'évents - doc. S. Self & al. 1997 / Oregonstate univ.

 

Difficile de s’imaginer l’énormité de ces éruptions … quand on ne peut déjà pas le faire avec celles du Laki !

(Des laves ont recouvert 565 km², émises par une fissure de 25 km. de long en environ une année lors de l’épisode du Laki en 1783)

 

rosaus.jpgColumbia river flood basalt province : comparaison entre la composante Roza (datée de 14,5 Ma - volume 1300 km³ - mise en place 5-15 ans ) - et 

1. les coulées du Kilauea / Kupaianaha ( datées de 1986-1992 - volume 0,5 km³ - en 5,6 ans)

2. Les coulées du Mauna Loa ( 1859 - volume 0,27 km³ - en 10 mois)

3. les coulées du Laki (1783-84 - volume 14,7 km³ - en 8 mois)

doc. S. Self & al. 1997 / Oregonstate univ.

 

map_columbia_river_flood_basalts.gif

 Columbia river flood basalts- surfaces couvertes et position via l'actuelle Columbia river - localisation des stratovolcans de la Chaine des Cascades - carte USGS.


Au fur et à mesure de l’arrivée de la roche en fusion à la surface, la croûte terrestre a graduellement sombré dans l’espace laissé vide. La subsidence de la croûte a produit une vaste plaine de lave légèrement déprimée, connue aujourd’hui sous le nom de Plateau de la Columbia river.

Un soulèvement général des régions montagneuses au nord force le plateau à s'incliner vers le sud.

L’ancienne rivière Columbia a vu son cours modifié par l’avancée  des laves en direction du nord-ouest.

 

800px-Grande_Ronde_River_and_Grande_Ronde_Basalt_--Williamb.jpg    Columbia river flood basalts - Grande Ronde river coupant Grande ronde basalt - photo Williamborg

 

Dikes_above_Basalt_as_bridge_over_Grande_Ronde_--Williambor.jpg Columbia river flood basalts - dykes de Saddle mountains pénétrant les coulées Grande Ronde basalt - photo Williamborg.

 

Le groupe des basaltes de la Columbia river a été divisé en cinq formations principales, à leur tour coupées en entités formelles ou informelles. (Swanson & al 1979 – Camp 1981), dates par les méthodes K-Ar et Ar40-Ar39

-        de 17,5 à 17 Ma : les basalts Imnaha au sud-est de la province.

-        entre 17 et 15,5 Ma, formation des basaltes Grande ronde et de la Picture Gorge basalt, délimitée géographiquement

-        de 15,5 à 14,5 Ma, les basaltes Wanapum

-        entre 14 et 6 Ma, les basaltes de Saddle Mountains

 

extentof-basalt-formation-of-CRB-group---Reidel---al.-2002.jpg

             L'extension des basaltes de la Columbia river - doc. Reidel & al. 2002

 

volage.jpg

Columbia river flood basalt province : volume cumulatifs et rapidité de mise en place des coulées ; volume des coulées en km³ entre parenthèses - La majorité du volume érupté, 85%, s'est mis en place sur 1,5 Ma (entre 17 et 15,5 Ma)  - Data from Tolan and others (in press) presented in Swanson and others (1989).


Sauf durant la période Saddle Mountains, l’érosion a peu marqué la province, et permis ainsi un ratio rapide d’accumulation des laves.

Cependant, on retrouve, par places, un sol fossile sédimentaire séparant les basaltes Grande Ronde et Wanapum.

 

Saddle_Mountains-John_Wayne_Trail---Williamborg.JPGColumbia river flood basalt province - le John Wayne Pioneer trail et les Saddle mountains, bien érodées. - photo Williamborg

 

Au début du Pléistocène, l’érosion glaciaire va mettre en évidence les différentes couches de basalte …

Pour poursuivre demain, les inondations glaciaires.

 

Sources :

- USGS - the Columbia plateau - the Columbia river flood basalts - link

- Volcano Oregonstate - columbia river flood basalt province, Idaho, washington, Oregon, USA - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Concilier deux passions n’est pas toujours facile, ni possible … un scientifique belge, coauteur d’une publication récente, Philippe Verbelen, va ma le permettre avec la découverte d’une nouvelle espèce de hibou, du genre Otus (Strigidae) sur l’île de Lombok en Indonésie.

L’avifaune indonésienne est l’une des plus riche au monde, mais la taxonomie de certaines espèces reste peu documentée. C’est ainsi que la seule espèce de hibou connue sur Lombok a longtemps été assimilée, sur base de similitudes morphologiques à l’espèce Otus magicus – Petit-duc mystérieux – Moluccan scops owl , à la distribution plus grande.

Rinjani-2008-AV-copie.jpg                      La caldeira du Gunung Rinjani - photo Antony Van Eeten 2008.

 

Rinjani---Nasa-SRTM3---Crisp.nus.edu.jpg   Le Gunung Rinjani - la caldeira Segara Anak et le Gunung Barujari -  image satellite Nasa SRTM3 / crisp.nus.edu

Otus jolandae :
Un travail de terrain en 2003 a permis de distinguer le chant territorial spécifique du hibou vivant sur les pentes du volcan Rinjani, sur Lombok, de celui d’Otus magicus.
Une nouvelle espèce a ainsi pu être décrite : Otus jolandae – Rinjani scops owl - (Petit-duc du Rinjani)

journal.pone

Lombok / Gunung Rinjani Nationa Park : Otus jolandae - Rinjani scops owl - photo Philippe Verbelen août 2008.

 Pour l’anecdote, son "petit nom " est à lié à Jolanda A. Luksenburg qui accompagnait George Sangster dans le Parc national du Gunung Rinjani. En 2008, Philippe Verbelen et Bram Demelemeester ont pu le photographier et l’enregistrer dans deux localités situées sur les pentes du volcan, Sapit et Senaru. Ils rapportent que ce hibou est localement connu sous le nom "burung pok ", une onomatopée rappelant le chant du rapace " pok ou poook "
Otus jolandae représente la première espèce d’oiseau endémique de Lombok. Une description scientifique précise est donnée dans l’article en source. Il se retrouve à des altitudes comprises entre 25 et 1.350 mètres, aussi bien dans des zones forestières que dans des groupes d’arbres en paysage plus ouvert.

carte-de-situation-territoires-Otus-ds.Wallacea---Plos.pngCarte de la zone Wallace et des îles environnantes - distribution des espèces (traits pleins) et sous-espèces (traits pointillés) du genre Otus -  doc. A New Owl Species of the Genus Otus (Aves: Strigidae) from Lombok, Indonesia. PLoS ONE10.1371/journal.pone.0053712.g002

Situation particulière de l’île de Lombok :
L’Australasie peut se subdiviser en trois zone zoogéographiques : Sunda, Wallacea et Sahul.
RD_Wallacea_3.gif
Au cours de l’âge glaciaire, de grandes quantités d’eau ont été prises par la couverture polaire, et le niveau marin s’est trouvé 180 mètres plus bas qu’actuellement, découvrant la plate-forme continentale et laissant connectés Bornéo, Sumatra, Java et Bali d’un côté, et de l’autre la Nouvelle-Guinée et l’Australie.
Les Célèbes (Sulawesi), Timor et Flores restèrent isolées même avec un niveau marin bas, et furent appelées Wallacea, d’après le nom du naturaliste Alfred Russel Wallace, qui définit une ligne de démarcation entre les faunes animales et aviaire indomalaises et australasiennes. La ligne Wallace définit la zone à l’ouest. A l’est, la zone Wallace est délimitée par la ligne Lydekker, limite de la faune australienne. La ligne Weber est une ligne marquant l’égale représentation des faune et flore Asiatique et Australienne, et suit les détroits profonds traversant l’archipel indonésien.
Lombok pourrait avoir été la seule île de la chaîne Sumatra-Flores a demeurer isolée au cours du maximum glaciaire du Pléistocène. Cette limite de distribution des différentes espèces de hiboux a pu être aussi influencée par des phénomènes d’extinction d’espèces dans les petites îles de la Sonde.

Sources :

- Sangster G, King BF, Verbelen P, Trainor CR (2013) - A New Owl Species of the Genus Otus (Aves: Strigidae) from Lombok, Indonesia.  -  PLoS ONE 8(2): e53712. doi:10.1371/journal.pone.0053712 - link

- Global Volcanism Program - Rinjani

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

Une autre éruption a été mise en cause dans les perturbations climatiques de 1783-84 : celle de l’Asama au Japon.

L’éruption du volcan Asama de 1783 est considérée comme l’une des éruptions parmi les plus destructrices ayant frappé l’archipel Nippon au cours du dernier millénaire.

Asama---crat.-Kamayama---coulee-Onioshidashi---M.Shirao.JPG L'Asama - le cratère Kamayama et la coulée Onioshidashi (de 1783) vers la droite de la photo - photo M.Shirao

 

Asama---Topogr.---K.Nakajima.JPG                                    Carte topographique de l'Asama - doc. GSJ / N. Nakajima

 

L'éruption de 1783 :

L’éruption débute le 9 mai avec l’éjection sporadique de cendres et ponces, accompagnée d’une coulée scoriacée. Après fin juillet, l’activité devient continu , avec la formation d’un panache de cendres plinien, obscurcissant le ciel et barré de nombreux éclairs.
Le 4 août, le climax est atteint avec une série d’explosions puissantes. Dans l’après-midi du 4 août, 0,1 km³ de matériaux pyroclastiques débordent du cratère et forment une nuée ardente, la coulée pyroclastique Agatsuma, qui dévaste 18 km² d’une forêt dense.
Le 5 août, vers 10 h., une explosion cataclysmique marque le sommet, entendu à plus de 300 km. de distance. Elle éjecte des blocs de lave incandescente de plus de 35 mètres de diamètre, qui retombent sur les flancs nord, formant une avalanche pyroclastique, la nuée de Kambara. Elle atteint la vallée de la rivière Agatsuma, causant un lahar, qui va détruire plus de 1200 habitations et tuer des centaines de personnes.
De suite après le paroxysme, une coulée de lave estimée à 170 millions de m³ descend le flanc nord sur 5500 mètres, c’est la coulée Oni-Oshidashi qui marque l’arrêt de l’éruption.

Ci-dessous : carte des zones sinistrées lors de l'éruption de l'Asama de 1783 - en rouge, nombre de victimes suite aux avalanches de débris / pyroclastiques et lahars - isopack des retombées de cendres au sud-est du volcan. - doc. Inoue 1995, 2009

Debris-flows-and-flood-induced-disasaters-asama-178302.jpg  

Debris-flows-and-flood-induced-disasaters-asama-178306.jpg         Carte historique de l'éruption de l'Asama en 1783 - doc d'Eiichiro Iijima / in Inoue 2009

 

asama---utexas.edu.jpg

 

                "Séisme et éruption de la montagne Asama-yama, dans la province de Sinano" 

d'après   “Illustrations of Japan consisting of private memoirs and anecdotes of the reigning dynasty of the Djogouns, or sovereigns of Japan…” by Isaac Titsingh, London: R. Ackermann, 1822 – University of Texas Libraries.

 

Titsingh était un haut fonctionnaire de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (le Vereenigde Oostindische Compagnie ou VOC), en poste au Japon en 1779-80, 1781-83 et 1784. A une période d’isolation du Japon, le poste commercial du VOC sur l’île de Dejima, dans la Baie de Nagasaki, était la seule exception à cette interdiction d’entrée ou de sortie sous peine de mort.

 

Quel fut son impact climatique ?

" Ses effets locaux sont importants : outre les milliers de morts attribués directement à l’éruption et ses coulées pyroclastiques et boueuses, ce cataclysme exacerbe la grande famine Tenmei (1782-89) au nord du Japon, faisant entre 300.000 et un million de victimes.

Par contre, la part prise par cette éruption dans le refroidissement climatique de 1783 sur l’hémisphère nord a été depuis fortement relativisée.

Il faut remarquer quelques caractéristiques différentes : l’éruption de l’Asama est de type sub-plinien, qualifiée de VEI 4 ; de plus, sur analyse des carottes glaciaires du Groenland, on estime la charge stratosphérique en ac.sulfurique de l’éruption du Laki à 100-200 Tg, alors que les émissions de l’Asama tournent autour de 3,5 Tg … ce qui laisse suspecter une influence prépondérante du Laki sur le refroidissement induit volcaniquement. (G. A. Zielinski & al.)

 

hiroshigeii1859-Asama.jpgLe Mont Asama - Estampe d'Hiroshige II (élève et beau-fils d'Utagawa Hiroshige) extraite de la série "One hundred views of famous places in the provinces" publiée entre 1859 et 1861 ; elle représente vraisemblablement l'éruption de 1815.

 

Sources :

- Climatic Impact of the A.D. 1783 Asama (Japan) eruption was Minimal: Evidence from the GISP2 Ice Core – by G. A. Zielinski & al. / AGU 1994.

- Sequence and eruptive style of the 1783 eruption of Asama Volcano,

central Japan: a case study of an andesitic explosive eruption generating fountain-fed lava flow, pumice fall, scoria flow and forming a cone - by Maya Yasui · Takehiro Koyaguchi

- Debris flows and flood induced disasters caused by the eruption of Asama volcano in 1783 abd restration projects thereafter - by Kimio Inoue (Sabo Frontier Foundation)

- Atmospheric impact of the 1783–1784 Laki Eruption: Part II

Climatic effect of sulphate aerosol - by E. J. Highwood and D. S. Stevenson

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

Les laves du Laki recouvrent au cours des premiers mois plus de 370 km², engloutissant deux églises, quatorze fermes et endommageant trente habitations … pourtant la vraie catastrophe est à attribuer aux cendres et aux gaz : moins de 15 % de la masse volatile se répand sur l’Islande, et 80 % environ parviennent en altitude, entre 9 et 15 km., propulsés au sein du panache éruptif.

 

Dossier-43-0263.JPGLes émanations de gaz et cendres furent à la fois troposphérique et stratosphérique - Doc. Thodarson & Self 2003 / via Alan Robock - Rutgers

 

Atmospheric-and-environmental-effects-of-Laki-eruption---th.jpgEffets de l'éruption du Laki : les dix périodes d'éruption entre juin 1783 et février 1784, avec respectivement la décharge en magma, les différentes phases explosives - Doc. Thodarson & Self 2003

 

Le premier effet Laki : le VOG

 

Les conditions atmosphériques sont spéciales sur l’Islande en 1783 : les vents, qui soufflent d’habitude en direction du nord, véhiculent le nuage volcanique en direction de l’est puis du sud-est, sous l’action de courants anticycloniques tournant dans le sens des aiguilles d’une montre (de la Scandinavie vers l’Allemagne, puis la France, ensuite l’Angleterre et l’Ecosse)

Suite à la convergence de flux d’air au niveau de la tropopause, les aérosols du Laki sont aspirés dans une grande cellule de haute-pression quasi stationnaire localisée sur le continent européen, et réintroduits dans les couches basses de l’atmosphère par les masses d’air en subsidence, diffusant en spirale sur différents pays.

 

Atmospheric-and-environmental-effects-of-Laki-erup-copie-1.jpgEruption du Laki - la colonne éruptive des premiers épisodes et la subsidence des aérosols fin juin début juillet - Doc. Thodarson & Self 2003

 

Ici encore, la présence d’un brouillard sec et odorant, son aspect et ses conséquences sont relatés dans les registres officiels et dans la correspondance … par des ministres du culte, et quelques médecins.

Voici quelques témoignages provenant de France :


Extrait du registre paroissial de Morfontaine (Meurthe et Moselle)

" L’Europe entière a vu successivement et avec un égal étonnement un brouillard sec qui, pendant une grande partie des mois de juin et juillet, interceptoit les rayons du soleil et de la lune et donnoit à ces deux flambeaux une couleur de sang ; et beaucoup d’épidémies affligeantes, grandes sécheresses, cependant bonne récolte, mais peu abondante."

Signé illisible,  curé de Morfontaine.

 

Le curé de Douy (Eure et Loire) signale dans les registres : " Le 9 juin 1873, a paru un brouillard sec semblable à une fumée qui s'est épaissie de plus en plus. Elle a duré ainsi jusqu'au 6 du mois de juillet; quelques jours cependant, elle étoit moins épaisse que les autres. Elle a recommencé le jeudi 9 juillet et a continué jusqu'aux environs du mois de septembre; il y avoit cependant quelques jours clairs. "

 

En Angleterre, atteinte par le nuage le 22 juin, il est décrit par Gilbert White, ecclésiastique et naturaliste demeurant à Selborne dans le Hampshire, dans une lettre à son ami, Daines Barrington, membre de la Royal Society : " La brume d’un aspect particulier ou le brouillard cotonneux qui s’est imposé sur notre île et au-delà de ses frontières était d’une apparence des plus extraordinaires, sans égal connu dans la mémoire de l’humanité. "

Il expliquait également que les cendres exerçaient un effet spectaculaire sur la lumière du jour : " À midi, le soleil était aussi pâle qu’une lune nuageuse. Il envoyait un rayon de lumière ferrugineuse sur la terre et les sols des maisons. Il était particulièrement rougeoyant et de la couleur du sang au moment du lever et du coucher. "

Il note également que l’été 1783 fut inhabituellement chaud et sec .

 

D’autres érudits de l’époque relatent les faits, et on les retrouve entre autres dans les archives de la Société Royale de Médecine Française, créée en 1778. La société lance une enquête visant à déterminer une corrélation entre la morbidité et le climat ; de nombreux correspondants remplissent des bordereaux mensuels, comportant d’une part des observations météorologiques, d’autre part des rapports nosologiques (La nosologie
est l’étude des caractéristiques des maladies en vue de les classer systématiquement).

Un peu partout en Europe, on mentionne un brouillard sec à l’odeur " sulfurée ", accompagné d’un air " fort affligeant ".

(Ces documents sont malheureusement toujours trop peu exploités)

 

A Montpellier, le naturaliste Mourgue de Montrédon est le premier à établir un rapport de causalité entre le brouillard et l’éruption dès le 17 juin. Benjamin Franklin, qui se trouvait en Europe à l’époque, avait identifié la forte odeur comme émanant certainement d’un volcan.

 

 

extension-brouillard-Laki---the-economist.jpgExtension sur l'hémisphère nord du "brouillard du Laki" et dates de première apparition de celui-ci sur le continent européen - doc. Thodarson & Self / The Economist.

 

Au-delà du continent européen, le nuage atteint le Moyen-orient où il est renseigné à Tripoli le 30 juin, et à Bagdad le 1° juillet. Il est repéré par un notaire Québecquois, vers le milieu octobre :

"Vers trois heures un quart nous eûmes une obscurité extraordinaire, si bien que l’atmosphère fut d’un jaune lumineux au dessus des campagnes ; il vint ensuite des rafales de vent et de pluye... on attribua ce phénomène à quelques mines de souffre en feu... cette obscurité s’est faite sentir jusqu’à Niagara, et non plus loin ".

 

 

Les principaux effets délétères sur la santé des brouillards d’acide sulfurique sont l’érosion dentaire, l’irritation des voies respiratoires, de la peau et des yeux et une altération sensible de la fonction pulmonaire, principalement chez les très jeunes enfants (les gaz soufrés se combinent avec l’humidité interne pour former de l’ac. sulfurique dans les poumons). À ces différents maux, le "brouillard sec " provoque en raison de la chaleur, la pollution de l’eau qui favorise également la transmission de maladies intestinales.

 

Le bilan est très lourd :

En Islande, une surmortalité de 24% suite à la famine, se double de la perte de 50% du cheptel bovin, 79% du cheptel ovin et 76 % du cheptel équin (Krafft) .

En Angleterre, le géographe John Grattan note une surmortalité de plus de 10.000 unités en 1783.

En France, Les registres paroissiaux portent traces de l’éruption, évoquant une surmortalité de l’ordre de 30 à 40% selon les régions, les plus touchées étant au nord et à l’est où le brouillard se fit sentir plus longtemps, alors qu’une large part méridionale fut moins exposée sur la durée.

La période la plus mortifère correspond à la présence du brouillard (entre le 15 juillet et le 20 septembre en France).

 

Sumortalite-ete-1783-France---Laki---unicaen.fr.jpgSurmortalité de l'été 1783 pour certaines villes Françaises suite à l'éruption du Laki - doc. Unicaen.fr

 

Le second effet Laki : le refroidissement du climat.

Passée la catastrophe estivale, une rémission est accordée en automne.

Suite à l’effet de dispersion du rayonnement solaire engendré par la présence des aérosols sulfatés dans l’atmosphère, une réduction de l’énergie solaire atteignant le sol s’est produite, ainsi qu’une perturbation des relations entre les températures des basses couches et des couches supérieures … ceci débouche sur un hiver très sévère en 1784, tant pour l’Europe que pour l’Amérique du Nord.

L'hiver qui suivit fut particulièrement rude … Gilbert White de Selborne rapporta 28 jours de gel continu. On estime que l'hiver extrême causa 8.000 décès supplémentaires au Royaume-Uni. Au printemps, l'Allemagne et l'Europe centrale connurent d'importantes inondations en février 1874 ... on parle de "tsunami fluvial " touchant tous les grands fleuves européens.

La force et la densité de ce nuage de gaz volcanique a donc totalement déréglé le climat durant l’année 1783-1784 et va également avoir un impact sur les cinq années suivantes qui verront s’alterner sécheresse et grand froid provocant disette et famine pour les populations européennes.

  Laki une catastrophe européenne - Em

  Dates d'observations du nuage du Laki en 1783 - et des villes touchées par les inondations en hiver 1784 - doc. Emmanuël Garnier / Le Laki, une catastrophe eruropéenne. - Dans La Recherche.

 

Sources :

 

 - LAVE Thématique n° 1, 1993, Les volcans, le climat et la révolution française par Roland Rabartin et Philippe Rocher. - link

- Atmospheric and environmental effects of the 1783–1784 Laki
eruption: A review and reassessment - by Thorvaldur Thordarson and Stephen Self
 

-  Volcanic air pollution and mortality in France 1783–1784 / Pollution atmosphérique volcanique et mortalité en France de 1783–1784 - par John Grattan, Roland Rabartin, Stephen Self, et Thorvaldur Thordarson.

- La Recherche - Le Laki, une catastrophe Européenne – par Emmanuël Garnier

- Histclime / Univ.Caen - les brouillards d'Islande, évènements extrêmes et mortalités - link

- Guide des volcans d'Europe - M. Krafft et de Larouzière.

- Volcanism - by H-U Schmincke - éd. Springer

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

Les hommes d’église ont été de grands observateurs des cataclysmes volcaniques jusqu’au milieu du 19° siècle.

En 1783, le réverend Jon Steingrimsson officie à Prest Bakki. Ce pasteur luthérien se retrouve ainsi aux premières loges pour rapporter l’éruption fissurale du Laki.

 

Pasteur-Jon-Steingrimsson.jpg                         Le révérend Jon Steingrimsson - photo du film " Nuage mortel 1783 "

                                   un clic sur la photo vous donne accès aau film - 47 min.

 

« Le 8 juin 1783, par une claire matinée de Pentecôte, un épais nuage de sable apparut au nord des montagnes. La nuée était si vaste qu’elle recouvrit rapidement toute la région, et si épaisse qu’elle obscurcit complètement le ciel. Cette nuit-là, de violentes secousses sismiques se firent ressentir ».


Le drame débute ce matin-là, à neuf heures précises, lorsque la terre s’ouvre dans la région de Sida, au sud de l’Islande, sur une longueur de 25 km., formant une fissure constellée de 135 cratères. Le " feu de la rivière Skafta " va produire près de 10 km³ de lave durant les 50 premiers jours de l’éruption, avec un débit moyen de 2.200m³ par seconde.

Bref récit de l'éruption sur ce blog en cliquant sur ce lien

 

37469_426367706440_645396440_5110821_384524_n-copie.jpg                     La fissure éruptive du Laki et sa centaine de cratères - photo © Antony Van Eeten


Mais revenons au récit du révérend Steingrimsson :

« Avec mes compagnons, je me rendis à la crevasse. Le fleuve de feu avait maintenant pris une extension comparable à celle de nos grandes rivières lors de la débâcle de printemps. Au milieu de ce fleuve se précipitaient et déboulaient des rochers et des blocs de pierre comme s’il y avait d’énormes roues en train de nager, le tout d’un rouge ardent. Quand ils heurtaient sur leur passage quelque chose de dur, devant ou sur le côté, ou quand des rochers se heurtaient en faisant des étincelles sous le choc, il en volait ça et là des flammèches et des langues de feu si grandes que le spectacle était affreux.

Je regardais aussi l’éruption souterraine, comme beaucoup la connaissent également. D’abord la terre se gonfla, dans un concert de hurlements, pleine d’un vacarme qui la fit éclater en morceaux, la déchira et l’éventra comme lorsqu’un animal enragé met en pièces quelque chose. Alors, flamme et feu sortaient du moindre trou dans la lave. De grands blocs de pierre et des mottes de gazon étaient projetés en l’air à une hauteur indicible, de temps à autre avec de grands claquements, éclairs, jets de sable, fumées claires ou denses. Oh ! quelle épouvante c’était de contempler de tels signes de colère, de telles manifestations divines.

 


Le 9, de la cendre dériva sur tout le Sida, de la sorte que la terre était noire. Le 10, la même chute de cendre se maintint.

Le 11 et le 12 survinrent une grosse pluie et du vent : ils harcelaient ces cendres et les dispersaient de sorte que l’on réapercevait le sol. Là où l’on apprit qu’il n’y avait pas eu de chute de sable dans le Medalland et que le bétail avait survécu, quelques paysans se rendirent et allèrent aussi loin à l’ouest qu’il le fallait pour se mettre à l’abri avec leur bétail, bien que cela ne servit guère. (…) » 

 

800px-Laki_fissure_-2-.jpg                Lakagigar - Cônes sur la fissure éruptive - photo © Antony Van Eeten

 

Le révérend Steingrimsson fit le 20 juillet son fameux " sermon de feu " - Eldmessa – qui a, selon la légende, stopper la coulée de lave.

  

« Le 20 juillet, qui était le cinquième dimanche après la Trinité, il y eut le même temps couvert, avec des coups de tonnerre, des éclairs, des grondements et des mouvements souterrains. Et comme le temps était passable, j’allai, moi et tous ceux qui étaient dans le Sida, à l’église, dans la pensée craintive et affligée que ce pourrait bien être la dernière fois que l’on y célébrerait les offices, sous l’empire de la crainte qu’approchât le moment où elle serait dévastée.

Coups de tonnerre et éclairs se succédaient avec une telle force que tout flamboyait dans l’église et qu’il y avait comme des échos dans les cloches, le sol tremblant fréquemment. (…)

Après l’office, on alla contempler les progrès qu’avait fait le feu : il  n’avait pas progressé sensiblement depuis notre arrivée, il avait préféré, pendant ce temps, s’entasser et gonfler dans les mêmes limites, couche sur couche, là dans le lit de la rivière en pente, d’environ soixante-dix toises de large et vingt de profondeur – tel qu’il restera visible jusqu’à la fin du monde s’il ne se produit pas d’autres changements.

La Holsta et la Fjadara (deux rivières) débordaient des endiguements que la lave nouvelle leur avait faits, les vagues déferlantes et impétueuses étouffaient le feu qui s’étalait dans sa course dans le lit de la rivière et progressait depuis l’entassement, formant des cascades et courant parmi les coulées de lave. »

(Texte traduit de l’islandais par Régis Boyer / extrait de :" Les feux de la Terre, histoires de volcans " / M. Krafft) 

 

Kirkjubaejarklaustur-copie.jpg        Le site de Kirkjubaejarklaustur - sur le panneau informatif local - photo © Antony Van Eeten

 

Kirkjubaejarklaustur-1974---klaustur.is.jpg               L'église nouvelle de Kirkjubaejarklaustur, édifiée en 1974 - photo klaustur.is

 

37882_426366781440_645396440_5110764_4521212_n-copie.jpg               Lakagigar - les eaux recoupent le basalte et cascadent - photo © Antony Van Eeten

 

 

 Sources :

- Les feux de la terre, histoires de volcans - par M. Krafft - éd. Découvertes Gallimard

- Global Volcanism Program - Grimsvötn

- Guide des volcans d'Europe - M. Krafft et de Larouzière.

- Volcanism - by H-U Schmincke - éd. Springer

 - LAVE Thématique n° 1, 1993, Les volcans, le climat et la révolution française par Roland Rabartin et Philippe Rocher.

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Publié le par Bernard Duyck
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Effets des volcans sur le climat :

Une éruption volcanique peut avoir de nombreux  effets sur l’atmosphère et la météorologie. 

Il convient de distinguer

 - les effets sur la troposphère, qui sont généralement limités dans l’espace et le temps

- des effets stratosphériques, qui peuvent concerner l’entièreté du globe et durer des mois voire des années ; seuls ces effets sont responsable d’un refroidissement et de la création "d’hiver volcanique".


Les gaz et poussières éjectés dans la stratosphère se répartissent rapidement sur une grande surface, en raisons des courants aériens. Certains gaz réagissent avec l’air et l’humidité pour former des aérosols qui perturbent la transmission du rayonnement solaire. Le dioxyde de soufre e.a. réagit avec l’eau atmosphérique et forme des micro-gouttelettes d’acide sulfurique.

 

556.jpg

 

  Effets troposphériques et stratosphériques des éruptions volcaniques sur le climat - d'après Simarski [1992], remanié par L. Walter and R. Turco.


 

Cette perturbation de la transmission du rayonnement solaire a un double effet :

- à basse altitude, on observe une diminution des températures  

- dans la stratosphère, les aérosols déclenchent, par effet de serre, une augmentation de température et une perturbation des courants de la haute atmosphère.

  Ces effets, en général limités dans le temps, peuvent perdurer quelques années, dans le cas d’éruptions puissantes.


Une éruption volcanique agit donc sur le climat en fonction

-  de la violence de l'éruption, de VEI > 4 au moins.

-  de la composition des éjectats,

-  mais aussi de la position du volcan. Un volcan situé dans la zone équatoriale disperse plus largement et plus rapidement ses aérosols dans l'atmosphère et a donc plus facilement un effet global sur l'atmosphère.

-  de la date d'éruption dans l'année

-  de l'état du système climatique au moment de l'éruption.

 

Des éruptions moins importantes peuvent aussi refroidir le climat :

Une récente étude d’équipes scientifiques des universités du New Jersey, du Colorado et du Wyoming, grâce aux mesures des aérosols effectuées par le satellite Odin / Osiris, a montré que l’éruption du Nabro en juin 2011 et le nuage soufré émis dans la troposphère … se sont trouvés sur le chemin de la mousson asiatique annuelle. Celle-ci a poussé les gaz volcaniques et les aérosols dans la stratosphère, formant la plus grande charge en aérosols observée par Osiris durant les dernières 10 années.

 

2011-Nabro-SO2--OMI---GVP.jpgNuage de SO2 émis le 19.06.2011 par le Nabro / Erythrée - image satellite Nasa- Aura/ OMI

(masse de SO2 ~103 kilotons (kt); the area of cloud was ~591,000 km2)

Effet du climat sur les volcans :

S’il est largement établi que l’activité volcanique influe sur le climat, la relation inverse n’est pas évidente. Pourtant, une étude conjointe du Geomar / Kiel Allemagne et de l’Univ. De Harvard a récemment montré que le climat modifiait la fréquence des éruptions volcaniques.

2010-01-10 Ash-layers in core pacfic seafloor -GEOMAR S.KutL’étude des carottes du plancher océanique (photo Geomar - S. Kutterolf ) au niveau de l’Amérique centrale, sur 460.000 ans d’activité volcanique, démontre que chaque hausse d’activité volcanique a été précédée d’une augmentation de la température moyenne de l’atmosphère associée à la fonte glaciaire.

Un ajustement isostatique, lié à une moindre charge des plaques continentales (diminution de la charge glaciaire) et une augmentation corrélée de la charge supportée par les plaques océaniques (niveau marin augmenté suite à la fonte glaciaire), induit la formation de failles et permet des remontées magmatiques.

 

La datation des isotopes du soufre dans les carottes glaciaires:

Cette nouvelle méthode, mise au point par l'université de Copenhagen et l'institut de technologie de Tokyo, va permettre une avancée dans l'attribution ou non d'épisodes de refroidissements globaux historiques à des éruptions volcaniques. La balance des différents isotopes dans les carottes glaciaires va donner un moyen de prouver si une éruption explosive donnée a émis un panache stratosphérique, capable d'affecter le climat mondialement, et d'influencer les civilisations, ou si ces effets ont été limités à la troposphère et plus locaux.

 

 

Sources : 

- Rutgers university - Volcanic eruptions and climate - by Alan Robock, professor dept. Environmental sciences and Clive Oppenheimer - 11.2009 - link - link 2.

- U of Saskatchewan-led satellite research reveals smaller volcanoes could cool climate - July 05, 2012  - link

- Geomar - When the ice melts, the earth spews fire - link 

- GSA - A detection of Milankovitch frequencies in global volcanic activity - by S.Kutterolf & al. -  link

- Science 2.0 - Climate Controversy Solved By Chemistry? Which Volcanic Eruptions Caused Global Cooling - 02.2013  

 

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Quelques précisions sur la climatologie avant de parler de volcano-climatologie :

 

La climatologie, branche de la géographie physique, est l'étude du climat, c'est-à-dire la succession des conditions météorologiques sur de longues périodes dans le temps … versus la météorologie, qui étudie le climat à court terme.


En règle générale, le climat ne varie pas, ou assez peu, en un endroit donné du globe, sur une durée de l'échelle du siècle. Mais sur des temps géologiques, le climat peut changer considérablement. L'étude des climats passés est la paléoclimatologie. Cette étude en fonction de l'histoire humaine s'appelle climatologie historique.


La climatologie … une science pluridisciplinaire :

 

climat_fonctionnement_coolingfactors-2.jpgFonctionnement du climat - facteurs de refroidissement - doc. Climate and global environmental changes /Pearson education, Harlow, UK 2000


La production de modèles climatiques numériques, nécessaires à la compréhension de la variabilité du climat et l’anticipation de ses changements à moyen et long terme, exige la maîtrise des nombreux paramètres qui influencent le système climatique :

- connaissance de l’atmosphère et de sa structure


atmosphere.jpg

– maîtrise des caractéristiques de la circulation atmosphérique.
– connaissance des interactions entre océan et atmosphère, soit les différents courants marins, l’IOD – Indian Ocean Dipole, l’ENSO – El Nino Southern Oscillation, la NAO - North Atlantic Oscillation..

 

GEOS5_Climat.jpgCe modèle atmosphérique en haute résolution a été créé par le superordinateur Discover du centre de simulation climatique au Goddard Space Flight Center de la NASA, en utilisant le Modèle Goddard du Système d'Observation (climatique) de la Terre, Version 5 (satellites météorologiques GOES-5) et présente ainsi la distribution globale des aérosols.

La poussière (rouge) est soulevée de la surface, le sel marin (bleus) tourbillonne à l'intérieur des cyclones, les fumées (vertes) s'élèvent des feux et des particules de sulfate (blanches) sont relâchées par les volcans et les émissions de combustible fossile.- Image credit: William Putman, NASA/Goddard


 

– l’énergie solaire, ses apports et variations

– l’effet de serre et les implications des activités humaines sur celui-ci.

 

Effet_de_Serre---Greenhouse-effect---Robert-A.-Rohde.png

                            Rayonnement solaire et effet de serre - doc. Robert A. Rohde

 

- les mouvements de la Terre influencent aussi le climat. Interviennent différents paramètres :

- la précession (Modification de la direction de l'axe de rotation d'un corps.) des équinoxes : l’axe incliné de la terre, qui justifie l’existence de différentes saisons, varie au cours du temps pour décrire un cône en 25.868 années

– la précession du périhélie : l’orbite terrestre elliptique effectue une rotation.

– l’obliquité de l’axe terrestre varie entre 21°59’ et 24°50’ sur une période de 41.000 années. Quand l'obliquité atteint 24°50' cela entraîne des hivers rigoureux aux latitudes moyennes. Mais lorsque l'obliquité est moins importante ça favorise les glaciations et inverse lorsqu'elle est plus importante.

– l’influence du soleil et des autres planètes entraîne des variations des paramètres de l’orbite terrestre … et une variation du flux global de rayonnement solaire reçu par notre planète.


La climatologie s'appuie aussi sur des relevés historiques, tant physico-chimiques, et obtenus par l’analyse des carottes glaciaires, que strictement livresques, et nécessitant la compulsion d’archives et le recoupement d’informations de qualité.

 

Varaitions-population-Islande-1740-1820---northernlite.ca.jpgCourbe de population et % de décès et naissance en Islande entre 1740 et 1820 - le pic de décès et de diminution dn nombre d'humains liés à l'éruption de 1783 est marqué - doc. northernlite.ca


La volcano-climatologie :

Sur ces systèmes complexes qui gèrent le climat et son évolution historique, vient se greffer l’impact des volcans et de leurs émissions.

 

4-12-06-eruption.jpg                               Schéma des effets des éruptions volcaniques sur le climat

 

Cette nouvelle branche de la volcanologie sera à fortiori multidisciplinaire, et fort dépendante de l'informatique pour la gestion d'innombrables données tant socio-historique que scientifique.

Un exemple nous est donné par le schéma ci-dessous :

 

volcano_VEI_MLOAT_NINO34_GISS_plot.pngMultigraphe de 2011 / Kelly O'Day - regroupant des anomalies de température -l'effet Nino - l'épaisseur optique des aérosols stratosphériques - index sato - le VEI et quelques grandes éruptions récentes 1960-2010.

 

Demain, l'impact des volcans sur le climat ... et l'impact du climat sur l'activité volcanique.

 

Sources:

- La Climatologie - facteurs climatiques et types de climat.

- Volcanic air pollution and mortality in France 1783–1784 / Pollution atmosphérique volcanique et mortalité en France de 1783–1784 - by John Grattan, Roland Rabartin, Stephen Self , Thorvaldur Thordarson

- Atmospheric impact of the 1783–1784 Laki Eruption: Part II
Climatic effect of sulphate aerosol - by E. J. Highwood and D. S. Stevenson

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Publié le par Bernard Duyck
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                           Islande - la fissure éruptive du Laki - photo antony Van Eeten


Voici vingt ans, paraissait le premier Mémoire thématique de L’Association Volcanologique Européenne.

Il avait pour objet : Les volcans, le climat et la Révolution française.

 

memoire-LAVE.jpg

 

                      Mémoires thématiques de L.A.V.E.

                       Mémoire n°1 - 1993 - couverture

 

Ce travail pluridisciplinaire a été effectué par Roland Rabartin et Philippe Rocher.

Philippe Rocher est Géologue du volcanisme au service géologique national du BRGM ;

Roland Rabartin, décédé en 2007, était un enseignant aux multiples activités, dans des domaines aussi différents que le sport – il fut directeur départemental de la Jeunesse et des sports du Loiret de 1966 à 1983 – et la météorologie / climatologie – il fut enseignant dans ces domaines à l’Université du temps Libre d’Orléans – ou l’histoire – il fut membre de la Société archéologique et historique de l’Orléanais.

 

Roland-Rabartin-et-Roger-Bambuck--02.12.2006.jpgUne des dernières photo de Roland Rabartin, en compagnie de Roger Bambuck, Ministre des Sports à l'époque - photo 02.12.2006

 

Ce mémoire analyse les données climatologiques de l’Orléanais entre 1770 et 1789, où il est question de " brouillard sec, bleuâtre et odorant ", les met en rapport avec leurs conséquences directes, pour pister ensuite un ou des responsables.

 

Peinture_Laki----E.Leclercq.jpg

    L'éruption du Laki par Jean-Claude Leclerc, peintre paysagiste rouennais / via Michel Lecouteur

 

 

Deux éruptions volcaniques, dont principalement celle du Laki (Islande), plus accessoirement celle de l’Asama (Japon), toutes deux en 1783, sont incriminées dans le refroidissement climatique, la pollution des eaux de surface, de mauvaises récoltes, la famine et l’augmentation de la mortalité des populations en Europe … menant au désespoir, à la colère, et à la révolte.

 

Cette conjonction de paramètres climatiques, économiques et sociaux a pu participer à une acceptation dans les campagnes de la fin de l'ancien Régime, si elle n'a pas contribué directement à la Révolution française.

 

Ag.Desperret--3-eruption-du-volcan-de-1789.jpg

                  Lithographie d'Auguste Desperret - "Troisième éruption du volcan de 1789" .


Cet anniversaire nous amènera à examiner durant la semaine

– les différentes éruptions mises en cause : dans l’hémisphère nord, le Laki, et plus localement, l’Asama au Japon.

– la climatologie et ses différentes disciplines

– l’influence des éruptions volcaniques sur le climat, et partant la naissance de la volcano-climatologie

– le rôle joué par le clergé, "chroniqueur de l’Enfer ", comme le fait remarquer Maurice Krafft dans son livre "Les feux de la Terre".

  

Sources :

- Mémoires thématiques de L.A.V.E. -  Mémoire n°1 - 1993 - link 

-  Volcanic air pollution and mortality in France 1783–1784 / Pollution atmosphérique volcanique et mortalité en France de 1783–1784 - par John Grattan, Roland Rabartin, Stephen Self, et Thorvaldur Thordarson.

- La Recherche - Le Laki, une catastrophe Européenne – par Emmanuël Garnier  

- Earth of Fire - "le volcan de la Révolution" - link

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Les paysages enneigés magnifient le Yellowstone et ses zones thermales … mais les hivers y sont très froids : entre - 5°C et -20 °C en journée et sous les – 20°C la nuit, avec une couche neigeuse moyenne de 180 à 380 cm. près du lac du Yellowstone, et bien plus sur les sommets environnants.

 

2013.01.22-Cliff-geyser-Black-sand-basin---YNP.jpg  Yellowstone National Park - Black Sand Basin - le Cliff geyser - photo Yellowstone N. P. 22.01.2013

 

2013.01.29-Orange-spring-mound--YNP.jpg Yellowstone National Park - Mammoth springs - Orange spring mound - photo Yellowstone N.P. 29.01.2013


Comment se débrouille la faune sauvage pour survivre à ces frimas ?

Tous n’hibernent pas comme les ours, et doivent élaborer d’autres stratégies de survie.

 

2012.12.19-Charogne-wapiti---YNP.jpg           " Mort et vie au Yellowstone " - carcasse de wapiti - photo Yellowstone N. P.

 

Beaucoup d’herbivores peinent à trouver leur pitance sous la couche neigeuse trop épaisse ; ils doivent se déplacer pour trouver herbe et plantes, au risque de dépenser une énergie nécessaire au maintien de leur température corporelle … les wapitis migrent vers le sud, où ils se rassemblent, comme près de Jackson Hole dans le Grand Teton N. P.,  ou profitent de conditions locales plus favorables dans des zones plus chaudes, où la neige est moins présente ou en couches plus fines, comme le font les bisons.

 

2012.12.14-Femelles-wapiti-Junction-butte-YNP.jpgYellowstone National Park - regroupement de femelles wapiti à Junction Butte - photo Yellowstone N. P. 14.12.2012

 

2013.01-22-Bisons-thermal-area-YNP.jpgYellowstone National Park - les bisons recherchent les zones thermales moins enneigés durant l'hiver - Yellowstone National Park 22.01.2013

 

2013.01.16-Elan-manteau-hiver---YNP.jpgYellowstone National Park - un élan, protégé par son pelage hivernal, fouille pour trouver quelques tendres rameaux -  photo Yellowstone National Park 16.01.2013

 

Il en est de même pour les carnivores, et même les oiseaux : leur survie dépend bien souvent d’une adaptation de leur régime … ils deviennent alors charognards. La mort d’un animal donne la vie à d’autres : des coyotes et renards aux aigles ou aux mésanges, tous se nourrissent sur les carcasses.

 

-Yellowstone-wolf--Doug-Smith-NPS.jpgYellowstone National Park - l'hiver est une rude saison, même pour les loups - photo NPS / Doug Smith

 

2013.01.08-renard-male.jpgYellowstone National Park - Grâce à une ouïe extraordinaire, le renard arrive à localiser ses proies sous la neige - photo Yellowstone N. P. 08.01.2013

 

2013.01.04-Pygargue-charognard---Chris-Daniel-YNP.jpgYellowstone National Park - Firehole river -  Le Pygargue à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus - Bald eagle),  habituellement piscivore, doit parfois se contenter en hiver de charognes -  photo Yellowstone N. P. / Chris Daniel ... à proximité d'un cygne trompette. 01.01.2013

 

   La mésange de Gambel a une méthode particulière pour supporter les basses températures ! Ce petit oiseau de quelques grammes fait baisser chaque soir d’hiver sa température corporelle de 6,5 °C environ, ce qui lui permet de conserver 20% de l’énergie nécessaire à la survie durant une nuit glaciale … malgré cela, il doit passer sa journée à remplacer l’énergie perdue : le mythe de Sisyphe revisité !

 

Mesange-de-Gambel---hiver-controle-temp.-YNP.jpg Yellowstone National Park - Mésange de Gambel (Poecile gambeli - Mountain Chickadee) - photo Yellowstone N. P. 10.01.2013

 

Certains migrateurs, comme le pluvier Kildir, peuvent contre toute attente y séjourner en hiver : ils survivent en se nourrissant des insectes trouvés dans les eaux chaudes des zones géothermales.

 

2013---kildeer-at-Mud-volcano--Terru-dolan-YNP.jpg Yellowstone National Park - Mud volcanoes - un Pluvier Kildir ( Charadrius vociferus - Killdeer) se nourrit près des sources chaudes - photo Yellowstone N. P. / Terry Dolan - hiver 2013

 

2013.01.11-Blue-funnelspring---John-Pallida-YNP.jpg Yellowstone National Park - Blue funnel spring -  photo Yellowstone N. P. / John Pallida 11.01.2013

 

Sources :

- Yellowstone National Park pictures

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