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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
La caldeira du Tambora - doc. Nasa 03.06.2009

La caldeira du Tambora - doc. Nasa 03.06.2009

Pour terminer la série sur le Tambora, il convient d’examiner son évolution avant et après l’éruption de 1815.

La formation du stratovolcan :

Sur base de ce que l’éruption bicentenaire a révélé, l’ancien Tambora se compose de séquences superposées de coulées de lave (environ 40%) et de dépôts pyroclastiques. Les couches le lave sont épaisses de 1 à 4 mètres, discontinues latéralement et avec un pendage de 20-30° à partir du centre de la caldeira.

De nombreux dykes radiaux, de 50 cm. à 3 m. d’épaisseur, parcourent le substrat. Dans la paroi orientale de la caldeira, certains dykes s’étendent du plancher jusqu’à quelques mètres de son bord, de façon ininterrompue. Une discordance se produit au sein de la formation, avec des dépôts généralement plus vieux dans les secteurs nord de la caldeira, et plus jeunes  dans les secteurs sud et est des parois.

Le Gunung Tambora - photo boguairadek

Le Gunung Tambora - photo boguairadek

Tambora - lecture des couches interlitées, sur les parois de la caldeira actuelle  - photo Rizal Dasoeki / VSI

Tambora - lecture des couches interlitées, sur les parois de la caldeira actuelle - photo Rizal Dasoeki / VSI

La morphologie des flancs suggère la préexistence d’un cône important (environ 4.300 m. de hauteur), avec un évent central émettant des laves qui ont descendu en coulées les flancs abrupts. La plupart des pyroclastes ont été produits par fragmentation au cours des coulées, laissant des lits importants de scories. Des éruptions explosives intermittentes ont produit des coulées pyroclastiques, dont les dépôts sont retrouvés dans les ravines à l’écart.

Schémas reconstituant la forme originelle du Tambora, à gauche - et sa forme actuelle, à droite - doc.Armstrong Sompotan Schémas reconstituant la forme originelle du Tambora, à gauche - et sa forme actuelle, à droite - doc.Armstrong Sompotan

Schémas reconstituant la forme originelle du Tambora, à gauche - et sa forme actuelle, à droite - doc.Armstrong Sompotan

L’évolution du stratovolcan s’est arrêtée avec la formation d’une première caldeira dans la partie ouest du stratocône, approximativement de 4 à 5 km de diamètre et profonde de 700 mètres, asymétrique par rapport à la caldeira de 1815. La formation de cette première caldeira est supposée être liée à une éruption explosive, ou un épisode ignimbritique.

Cette première caldeira est en partie remplie par une série d’épaisses coulées de lave horizontales confinées entièrement dans la caldeira. On compte 16 coulées différentes, la plupart épaisses de 15-20 mètres, et séparées par des scories et des tufs épais de plusieurs mètres. A total, ces formations sont épaisses de 300 à 400 mètres. Elles ne comportent pas de dykes intrusifs, et ne sont pas hydrothermalement altérées. Leur composition est typiquement porphyriques à clinopyroxène, souvent avec des phénocristaux de plagioclase et d’olivine.

Une formation de tuff brun est la dernière qui a précédé l’éruption de 1815, produite par une activité subplinienne  et un surge pyroclastique. Les dépôts sont gris-brun à brun, épais de 5 à 10 mètres, constitués de tuff semi-consolidés en couches interlitées de ponces gris-jaunâtre et scories.

Tambora 2013 - fumerolles sur le plancher de la caldeira - photo Morten Haan / Georesearch Volcanedo Germany

Tambora 2013 - fumerolles sur le plancher de la caldeira - photo Morten Haan / Georesearch Volcanedo Germany

Après l’éruption de 1815 :

Les dépôts proximaux, bien exposés sur les parois de l’actuelle caldeira, sont constitués  de dépôts pyroclastiques et de nuées ardentes. Leur déposition a été influencée par le morphologie de la première caldeira, non encore remplie lors du début de l’éruption de 1815.

Pendant ou juste après la formation de la caldeira, les bords de celle-ci ont connus différents effondrements formant des coulées de débris qui se sont étendus sur un ou deux kilomètres sur son plancher. Le plancher de la caldeira a ensuite été recouvert de sables et graviers par érosion des parois, et coulées de boue.

Tambora 07.2014 - Gaz sous pression s'échappant dans la région nord-est de la caldeira et dépôts soufrés - photo Georesearch Volcanedo Germany

Tambora 07.2014 - Gaz sous pression s'échappant dans la région nord-est de la caldeira et dépôts soufrés - photo Georesearch Volcanedo Germany

Au cours des 19° et 20° siècles, des coulées de lave et de petits dômes de lave ont été extrudés sur le plancher de la caldeira.

Le Global Volcanism Program relève trois épisodes éruptifs depuis 1815 :

- En août 1819, une éruption de VEI 2.

- En 1880 ± 30 ans, une éruption de VEI 2  marque la partie sud-ouest de la caldeira.

- En 1967 ± 20 ans, la partie nord-est de la caldeira est le siège d’une petite éruption.

Tambora - Sismicité cumulative par mois entre avril et août 2011, hors trémor - doc PVBMG / GVP

Tambora - Sismicité cumulative par mois entre avril et août 2011, hors trémor - doc PVBMG / GVP

En 2011, une hausse d’activité est rapportée entre avril et le 8 septembre (PVMBG), avec augmentation du niveau d’alerte du Tambora à III ( augmentation de la sismicité, trémor, et émissions de vapeurs). Des panaches blancs hauts de 50 à70 m. au dessus du bord de la caldeira sont signalés.

En 2013, le niveau d’alerte est relevé à 2, sur base des données sismiques et d’observations visuelles par le PVMBG.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Tambora

- Vulcanological Survey of Indonesia - Geology of Tambora volcano (2006)

- Armstrong Sompotan - Tambora

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #L'art sur les chemins du feu

Dans sa série de peintures sur les Grands volcanologues, après l’évocation de Katia et Maurice Krafft, respectivement dans " La colère d’un gris " et " Dans le chaudron du diable " , Jocelyn Lardy nous propose en avant-première sa dernière œuvre :

" Chasseur de lave au Kamchatka ".

 

 

" Chasseur de lave au Kamchatka " – par Jocelyn Lardy - huile sur toile 110x85 cm.

" Chasseur de lave au Kamchatka " – par Jocelyn Lardy - huile sur toile 110x85 cm.

Dans notre correspondance, Jocelyn m’a aimablement proposé de vous faire vivre les différentes étapes de sa création …

Comme il me l’explique : " L'étape la plus longue et la plus importante est invisible, celle qui consiste à créer le tableau " dans sa tête". Certains tableaux murissent pendant des années. J'avais vu une magnifique photo de coulée de lave du Tolbachik. Un autre cliché de l'Avachinski et du Koriakski m'est alors revenu en tête alors que je lisais le livre de Guy de St Cyr et l'un de ses chapitre au Kamchatka, et cela a été le déclic qui m’a décidé de jumeler ces différentes vues avec ce chasseur de lave qui admire le spectacle sur une paroi elle aussi imaginaire. Pourtant nous sommes bien au Kamchatka, et ce chasseur de lave ressemble peut être à Guy de St Cyr ... "

" Chasseur de lave au Kamchatka " – par Jocelyn Lardy - détails du personnage.- un clic pour ouvrir." Chasseur de lave au Kamchatka " – par Jocelyn Lardy - détails du personnage.- un clic pour ouvrir.

" Chasseur de lave au Kamchatka " – par Jocelyn Lardy - détails du personnage.- un clic pour ouvrir.

Le dessin est l’étape première, où interviennent  la concrétisation de la pensée, et des principes fondamentaux en peinture, tels que ligne d’horizon, point de fuite … pour arriver à un équilibre esthétique général.

" Chasseur de lave au Kamchatka ". - Etapes 1 et 2 : le crayonné (on devine le personnage à gauche)  et l’acrylique." Chasseur de lave au Kamchatka ". - Etapes 1 et 2 : le crayonné (on devine le personnage à gauche)  et l’acrylique.

" Chasseur de lave au Kamchatka ". - Etapes 1 et 2 : le crayonné (on devine le personnage à gauche) et l’acrylique.

Ensuite vient l’étape « acrylique » : un médium qui sèche très vite et permet une étude d’harmonie des couleurs, avec des corrections plus faciles. Puis le tableau est recouvert d’un vernis dilué …avant de le reprendre cette fois à l’huile.

" Chasseur de lave au Kamchatka" - l'ombre du personnage et les projections au sommet ne sontpas encore abouties (comparez cette photo au tableau fini ci-dessous))

" Chasseur de lave au Kamchatka" - l'ombre du personnage et les projections au sommet ne sontpas encore abouties (comparez cette photo au tableau fini ci-dessous))

Jocelyn recommence alors tout le tableau " en ajoutant des couches de peintures de plus en plus grasses, c'est à dire que la peinture est de plus en plus mélangée à de l'huile de lin par exemple, ce qui permet de faire des glacis – de fines couches étirées sur certaines parties de la toile -, mais nécessite des temps de séchages plus longs ..." , et d’arriver à cet effet magique. 

" Chasseur de lave au Kamchatka"  - par Jocelyn Lardy - l'oeuvre aboutie.

" Chasseur de lave au Kamchatka" - par Jocelyn Lardy - l'oeuvre aboutie.

Perfectionniste dans l’âme, il ne lui reste qu’à peaufiner certains détails, comme le commentait Boileau dans « L’art poétique » :

Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,

Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,

Polissez-le sans cesse, et le repolissez,

Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

L’artiste, Jocelyn Lardy, à l’œuvre devant sa grande toile.

L’artiste, Jocelyn Lardy, à l’œuvre devant sa grande toile.

Quelques détails :

" Chasseur de lave au Kamchatka " - détails ... un clic pour agrandir
" Chasseur de lave au Kamchatka " - détails ... un clic pour agrandir" Chasseur de lave au Kamchatka " - détails ... un clic pour agrandir

" Chasseur de lave au Kamchatka " - détails ... un clic pour agrandir

Jocelyn Lardy compte en faire des reproductions sur papier d’art ou sur toile … vous trouverez tous les renseignements utiles sur son site : http://sjlardy.free.fr/

 

Un grand merci à Jocelyn Lardy pour sa confiance, son partage de documents, et tout le bonheur qu’il nous donne de pouvoir admirer cette toile volcanique.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques
Cratère du Villarica le 27.03.2015 - photo Sernageomin

Cratère du Villarica le 27.03.2015 - photo Sernageomin

Un survol du Villarica par les équipes du Sernageomin le 27.03.2015 a permis de voir qu’à l’intérieur du cratère coexistent deux points d’émission de matériaux volcaniques, dont un petit cône pyroclastique.

De petites explosions stromboliennes sont accompagnées de projections balistiques hors du cratère, dont les retombées ne concernent que les parties hautes du volcan. Les mesures effectuées à la caméra thermique indiquent une température avoisinant les 1.110 °C, confirmant la présence du lac de lave en surface.

Villarica 27.03.2015 - mesure de température à la caméra thermique - doc.Sernageomin

Villarica 27.03.2015 - mesure de température à la caméra thermique - doc.Sernageomin

Villarica 27.03.2015 - Survol par le Sernageomin

Villarica 27.03.2015 - Survol par le Sernageomin

La hauteur de la colonne de dégazage varie entre 150 et 800 mètres ; elle est chargée en cendres et de l’incandescence nocturne émane du cratère.

Le signal de trémor continue ses oscillations, avec une tendance à la hausse … le système volcanique demeure en phase d’instabilité majeure pouvant déboucher rapidement sur une activité comparable à celle du 3 mars. Le niveau d’alerte est maintenu à orange, avec une zone de restriction de 5 km autour du cratère.

 

Source : Sernageomin / OVDAS

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Le volcan Colima a présenté une forte explosion ce vendredi 27 mars 2015. D’une ampleur exceptionnelle comparée aux explosions quotidiennes, elle s’est accompagnée d’un panache d’environ 4.000 mètres (mesure d’après les photos / Tapiro foto), de chutes de blocs hors cratère et de coulées pyroclastiques sur les versants SE, O et NO. Des chutes de cendres ont été rapportées sur Cd. Guzmán et Tamazula.( Protección Civil JAL )

Les différentes explosions ont considérablement modifié la morphologie du cratère sommital, comme indiqué hier, d'après un survol par les équipes de l'Université de Colima.

Colima - 27.03.32015 / 8h20 - photo webcamsdemexico

Colima - 27.03.32015 / 8h20 - photo webcamsdemexico

Colima - 27.03.32015 / 8h21 - photo webcamsdemexico

Colima - 27.03.32015 / 8h21 - photo webcamsdemexico

Colima - 27.03.32015 - photo Tapiro foto

Colima - 27.03.32015 - photo Tapiro foto

Détails sur les coulées pyroclastiques dans trois directions - 27.03.2015 / Tapiro Foto / Twitter

Détails sur les coulées pyroclastiques dans trois directions - 27.03.2015 / Tapiro Foto / Twitter

Sources:

- Univ. de Colima

- Proteccion Civil de Jalisco

- photos : webcams de Mexico & Tapiro foto

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Reprise de contact en photos et nouvelles brèves sur l’actualité volcanique, après quelques jours d’absence pour cause d’éclipse.

Au Chili, le Villarica, en alerte orange avec une zone de restriction de 5 km, présente depuis quelques jours une activité strombolienne accompagnée de projections balistiques hors cratère. Sur les photos de la caméra thermique, l’incandescence  nocturne est permanente au sommet laissant augurer du retour du lac de lave. Du trémor associé à la dynamique des fluides à l’intérieur du volcan est signalé par le Sernageomin – Sources : Sernageomin – OVDAS & POVI

Villarica -, 25.03.2015 - la caméra thermique révèle l'anomalie thermique sommitale - doc.Sernageomin / Twitter
Villarica -, 25.03.2015 - la caméra thermique révèle l'anomalie thermique sommitale - doc.Sernageomin / Twitter

Villarica -, 25.03.2015 - la caméra thermique révèle l'anomalie thermique sommitale - doc.Sernageomin / Twitter

Villarica - augmentation de l'activité strombolienne entre les 22 et 25 mars 2015 - doc. POVI

Villarica - augmentation de l'activité strombolienne entre les 22 et 25 mars 2015 - doc. POVI

Villarica - carte des zones à risque réactualisée en fonction des vents dominants - doc. Sernageomin

Villarica - carte des zones à risque réactualisée en fonction des vents dominants - doc. Sernageomin

Au Mexique, le Colima continue  de produire des explosions de type "vulcanienne". Le 24 mars, une éruption a eu lieu à 3h08 locale, accompagnée de fontaining de plusieurs centaines de mètres et d’une petite coulée pyroclastique.

Un survol par les scientifiques en charge du volcan à l'Université de Colima mercredi révèle que le cratère a pris une forme ovale, d'un diamètre allant de 170 à 190 mètres et d'une profondeur dépassant les 30 mètres.

 

Colima  - 2015.03.24  / 3h15 loc. - photo Hernando Rivera / Twitter

Colima - 2015.03.24 / 3h15 loc. - photo Hernando Rivera / Twitter

Colima - à gauche, nuage lenticulaire le 25 mars 2015 / 06h58 - à droite, explosion le 26 mars à 11h26 - un clic pour agrandir  - photos webcamsdemexico
Colima - à gauche, nuage lenticulaire le 25 mars 2015 / 06h58 - à droite, explosion le 26 mars à 11h26 - un clic pour agrandir  - photos webcamsdemexico

Colima - à gauche, nuage lenticulaire le 25 mars 2015 / 06h58 - à droite, explosion le 26 mars à 11h26 - un clic pour agrandir - photos webcamsdemexico

Colima - le cratère lors d'une inspection par l'Université de Colima le 25.03.15 / Carlos Navarro Ochoa

Colima - le cratère lors d'une inspection par l'Université de Colima le 25.03.15 / Carlos Navarro Ochoa

Au Kamchatka, le Shiveluch a présente ce 26 mars vers 10h locale une explosion accompagnée d’un panache de cendres qui est monté à 10 km. asl. Avant de s’étendre vers le sud, et d’une coulée pyroclastique d’environ 1.000 mètres de longueur, occasionnant une fonte neigeuse. Source : Volkstat.ru

Le Zhupanovsky a présenté le 25 mars une émission de cendres avec un panache montant à 8.000 m. avant de s’étaler vers l’est, repéré par le VAAC Tokyo.

Le Karymsky, en activité permanente, connait des explosions stromboliennes intermittentes, qui s’accompagnent de petits panaches, suffisants pour être repérables par les services du VAAC Tokyo.

Sources : KVERT & Volkstat

Shiveluch - éruption du 26.03.2015 - photo Y.Demyanchuk / Volkstat.ru

Shiveluch - éruption du 26.03.2015 - photo Y.Demyanchuk / Volkstat.ru

Dans l’arc des Aléoutiennes, le Semisopochnoi a vu son activité sismique augmenter depuis quelques jours, et ses codes changer : code aviation jaune, et alerte volcanique "Advisory".

De brèves périodes de trémor se sont ajoutés, indiquant des mouvements magmatiques ou gazeux. Sa dernière activité date d’avril 1987.

Sources : VONA & AVO

Les sommets du Semisopochnoi - doc. Nasa EO

Les sommets du Semisopochnoi - doc. Nasa EO

Localisation du Semisopochnoi dans l'arc volcanique des Aléoutiennes / Alaska - doc. AVO / Janet Schaefer

Localisation du Semisopochnoi dans l'arc volcanique des Aléoutiennes / Alaska - doc. AVO / Janet Schaefer

Sur Sumatra, Le nouveau (récent) dôme du Sinabung grossit toujours et menace d’effondrement. Les rares nouvelles du VSI à ce sujet sont heureusement compensées par les photographes sur place.

Le nouveau dôme du Sinabung le 24 mars 2015 / 10h02 - photo endrolew@

Le nouveau dôme du Sinabung le 24 mars 2015 / 10h02 - photo endrolew@

Sinabung : le dôme fumant et en équilibre précaire, le 25 mars 2015 / 18h37 - photo endrolew@

Sinabung : le dôme fumant et en équilibre précaire, le 25 mars 2015 / 18h37 - photo endrolew@

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Eruptions historiques

L'éruption du Tambora n'a pas laissé que des victimes ... Les émanations volcaniques ont des répercussions sur le climat, et sont également responsables de phénomènes optiques : ce voile d'aérosols, principalement de dioxyde de soufre/ acide sulfurique, peut changer les couleurs du ciel au couchant.

"Chichester Canal"  par J. M. W. Turner (vers 1828)

"Chichester Canal" par J. M. W. Turner (vers 1828)

Le Professeur Zerefos a donné une clef de ce changement, dans un article dans le Journal of the EuropeanGeosciences Union : " Dans la coloration des couchers de soleil, c'est la façon dont le cerveau perçoit les verts et les rouges qui renferme des informations importantes sur l'environnement ".

Les peintres du 19° siècle ont reproduit ces couleurs spécifiques sans en comprendre la cause. Cette éruption a aussi permis l'évolution artistique de William Turner, qui est passé d'une peinture convenue à la magnification de la couleur; son attirance pour la représentation des atmosphères le place comme un des précurseurs de "l'impressionnisme". Il ira même plus loin, en supprimant le côté descriptif et se limitant à la juxtaposition colorée, comme dans son "coucher de soleil" de 1840 ... selon certains, "les prémices de l'abstraction lyrique", un autre mouvement de la peinture moderne.

"Coucher de soleil " – par W.Turner (1840)

"Coucher de soleil " – par W.Turner (1840)

Les effets climatiques touchants la Suisse vont influencer la littérature de l’époque.

Cette année-là, une villa, proche du lac Léman en Suisse, abrite Lord Byron. Durant l’été, il reçoit la visite de Mary Shelley et de sa famille proche ; retenus à l’intérieur à cause de la pluie incessante, Byron propose à ses hôtes d’écrire chacun une histoire de fantôme.

Byron écrit un scénario fragmentaire qui permit à un ami de s’en inspirer pour écrire " Dracula ".

Mary Shelley, inspirée par la lecture des Fantasmagoriana et sous l’influence de l’opium, fait un cauchemar où elle a une vision " d’un étudiant pâle penché sur la chose qu’il avait animé ". Elle achève d’écrire " Frankestein " au printemps 1817. " Frankestein, ou le Prométhée moderne ", est considéré comme le roman précurseur de la science-fiction.

John William Polidori va quant à lui écrire " The Vampire ".

A gauche, Frontispice de l'édition de 1831de Frankenstein - à droite, Lord Byron - portrait de 1824 par Thomas Phillips (1770-1845) / UK Government Art Collection - un clic pour visualiserA gauche, Frontispice de l'édition de 1831de Frankenstein - à droite, Lord Byron - portrait de 1824 par Thomas Phillips (1770-1845) / UK Government Art Collection - un clic pour visualiser

A gauche, Frontispice de l'édition de 1831de Frankenstein - à droite, Lord Byron - portrait de 1824 par Thomas Phillips (1770-1845) / UK Government Art Collection - un clic pour visualiser

Cette période coïncide  avec la publication du poème de lord Byron : " Darkness ", dont voici les premiers vers :

I had a dream, which was not all a dream.
The bright sun was extinguish’d, and the stars
Did wander darkling in the eternal space,
Rayless, and pathless, and the icy earth
Swung blind and blackening in the moonless air;
Morn came and went – and came, and brought no day

 

Brillantes couleurs et noires pensées ... inspirées par l'éruption du Tambora et ses effets atmosphériques.

 

Sources :

- Darkness, poème de Lord Byron - link

- European Geosciences Union - Famous paintings help study the Earth’s past atmosphere - 25.03.2014 - link

- Further evidence of important environmental information content in red-to-green ratios as depicted in paintings by great masters - C. S. Zerefos & al. - link

- Zerefos, C. S., Gerogiannis, V. T., Balis, D., Zerefos, S. C., and Kazantzidis, A.: Atmospheric effects of volcanic eruptions as seen by famous artists and depicted in their paintings, Atmos. Chem. Phys., 7, 4027-4042, doi:10.5194/acp-7-4027-2007, 2007.

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Une éclipse solaire totale reste un phénomène rare à observer … 71 éclipses totales ont eu lieu au 20° siècle dans le monde. Le 21° siècle en verra 68, et celle-ci est la 9° du siècle en cours. L’ombre de la lune est projetée cette fois sur une bande qui va du sud Groenland en direction du pôle nord, en passant sur les îles Féroé et Svalbard. Une phase partielle intéresse la côte islandaise dans sa portion sud, proche de la limite nord de cette bande.

Zone de visibilité de l'éclipse - doc. IMCCE / Observatoire de Paris / P.Rocher

Zone de visibilité de l'éclipse - doc. IMCCE / Observatoire de Paris / P.Rocher

Zone de visibilité de l'éclipse - doc. Great American eclipse

Zone de visibilité de l'éclipse - doc. Great American eclipse

J’ai eu l’opportunité de la voir à Vík í Mýrdal (en islandais «  la baie (vík) de la vallée (dal[ur]) du marécage (mýr[i]) » ou plus communément Vik) sur la côte sud de l’Islande, le 20 mars 2015, où elle était visible à plus de 95%.

 

Le point de vue est situé sur le site de Dyrhólaey, une péninsule formée partiellement par une éruption sous-marine il y a 80.000 ans, et constituée de tuf à l’est et de dolérite à l’ouest. Considérée comme l’une des dix plus belles plages du monde, elle abrite divers promontoires rocheux, Litlidrangur, Kambur (hauteur 29 m), Mávadrangur (32 m), Lundadrangur (34 m), Háidrangur (43 m), Söðulsker, Stampur, Miðsker, Skershali.

Vik - Dyrhólaey : le site d'observation de l'éclipse - photo © Bernard Duyck 2015

Vik - Dyrhólaey : le site d'observation de l'éclipse - photo © Bernard Duyck 2015

L'éclipse en phase ascendante proche du max. - photo © Jean-Michel Mestdagh 2015

L'éclipse en phase ascendante proche du max. - photo © Jean-Michel Mestdagh 2015

L'éclipse en phase descendante - photo © Jean-Michel Mestdagh 2015

L'éclipse en phase descendante - photo © Jean-Michel Mestdagh 2015

L’éclipse du 20 mars vue de Vik, en Islande.
Vik - Dyrhólaey : ambiance au moment de l'éclipse - photo © Bernard Duyck 2015

Vik - Dyrhólaey : ambiance au moment de l'éclipse - photo © Bernard Duyck 2015

Les éclipses sont liées à l’histoire et aux légendes …

Les Aztèques les attribuaient au combat entre Quetzalcóatl, le serpent à plume, et Tonatiuh, le dieu-soleil. Chez les Egyptiens, la légende les reliait à l’attaque du dieu-soleil Ra par le serpent Apophis.

Dans les pays scandinaves, ce sont deux loups gigantesques Sköll (" répulsion ") et Hati (" haine "), qui pourchassent le soleil et la lune et finissent par les dévorer.

Une légende islandaise est liée au site de Reynisdrangar, proche de Dyrhólaey : deux trolls aurait été surpris par les premiers rayons du soleil alors qu’ils essayaient d’échouer un trois-mats sur le rivage et transformés en pierre … ce sont les aiguilles de lave érodées par le mer et les vents ... mais ceci est une autre histoire, à suivre dans quelques jours.

 

Sources :

Merci à mon ami Jean-Michel pour ses prises de vue durant l'éclipse.

Les différents sites

- cités : IMCCE / Observatoire de Paris et Great American Eclipse

- ou consultés au préalable : Nasa - Astrosurf - INPES

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Eruptions historiques

Les effets furent globaux …  "une année sans été" :

L’éruption a relâché un énorme volume d’aérosols soufrés, estimé à 175 trillion de kilos {soit 175.1018 – Source E.Klemetti – Un trillion est égal à un million à la puissance trois c.à.d. un million de millions de millions (106x106x106), d'où le terme.} générant une baisse de température atmosphérique.

Elle a aussi perturbé la route du Jet stream au-dessus de l’Atlantique, ce qui a modifié durant quatre années le climat de l’hémisphère nord.

Baisses relatives des températures en degrés centigrades liées aux éruptions – doc. Berkeley

Baisses relatives des températures en degrés centigrades liées aux éruptions – doc. Berkeley

Concentrations en sulfates relevées dans des carottages effectués au Groenland – Celles des années 1815 et suivantes sont liées à l’éruption du Tambora - doc. Dai, J.; Mosley-Thompson, E.; Thompson, L. G. (1991). "Ice core evidence for an explosive tropical volcanic eruption six years preceding Tambora". Journal of Geophysical Research (Atmospheres) 96 (D9): 17361–17366.

Concentrations en sulfates relevées dans des carottages effectués au Groenland – Celles des années 1815 et suivantes sont liées à l’éruption du Tambora - doc. Dai, J.; Mosley-Thompson, E.; Thompson, L. G. (1991). "Ice core evidence for an explosive tropical volcanic eruption six years preceding Tambora". Journal of Geophysical Research (Atmospheres) 96 (D9): 17361–17366.

Au printemps et à l’été 1815, un brouillard sec et persistant est observé dans le NE. des Etats-Unis. Le brouillard rougit et affaiblit la lumière solaire, au point qu’on peut en observer les contours à l’œil nu.

L’été 1816 est marqué dans l’hémisphère nord par des conditions extrêmes, au point qu’on qualifie 1816 « d’année sans été » - « The year without a summer ». Les températures baissent globalement de 0,7°C- 3°C, suffisamment pour causer des problèmes à l’agriculture mondiale durant plusieurs années. En juin, des gelées sont rapportées dans le Connecticut et de la neige dans les états de New-York et du Maine. Ces conditions durent les trois mois suivants ce qui réduit la période de croissance des végétaux et aboutit à des récoltes désastreuses. 

Nombre d'historiens américains parlent de l'« Année sans été » comme d'une motivation essentielle pour le mouvement vers l'Ouest et le peuplement rapide de ce qui est maintenant l'Ouest et le centre de l'État de New York et du Middle-West américain. En Nouvelle-Angleterre, un grand nombre d'habitants furent victimes de l’année 1816, surnommée « Eighteen hundred and froze to death », autrement dit « L’année 1800 où il a gelé à en mourir » et ce sont des dizaines de milliers de fermiers qui partirent pour le Middle-West septentrional (qui constituait alors les Territoires du Nord-Ouest), où ils espéraient trouver un sol plus riche et de meilleures conditions de croissance pour la végétation.

L’Asie fut touchée : en Chine, des températures exceptionnellement basses conjuguées à des trombes d’eau firent chuter la production de riz dans le Yunnan, avec une famine à la clef. Dans d’autres provinces, les champs furent ravagés par le gel ou la neige d’été. Taïwan, pourtant caractérisé par un climat tropical, connu le gel et la neige.

L’Europe a vécu cet "hiver volcanique" : temps froid et pluvieux, hivers neigeux … suivis de la crue des grands fleuves et d’inondations, récoltes perdues, famine, épidémie de typhus … Le continent, non encore rétabli des guerres Napoléoniennes connut des émeutes de subsistance, avec pillage des magasins de grains.

Eté 1816 - anomalies de température enregistrées en Europe  - doc.CNCEP

Eté 1816 - anomalies de température enregistrées en Europe - doc.CNCEP

BRESSAN  Prix de diverses denrées alimentaires – développement des augmentation de prix dans les années 1816-17 en Europe - Tambora foodprices -  Development of costs in the years 1816-17 of important articles of food in Europe.

BRESSAN Prix de diverses denrées alimentaires – développement des augmentation de prix dans les années 1816-17 en Europe - Tambora foodprices - Development of costs in the years 1816-17 of important articles of food in Europe.

Cette baisse atteint 1 à 1,5°C sous la normale dans les îles Britanniques. (Oppenheimer 2003), où l’été est froid et humide – la pluie et la neige sont tombées sans cesse en juillet 1816 - menant à un manque de récoltes et la famine. Le typhus frappe de nombreux villages en Angleterre et en Ecosse. En Irlande, près de 800.000 personnes sont infectées par l'épidémie et 4.300 périssent des ravages réunis de la famine, de la dysenterie et de fièvres.

En Hongrie, et en Italie, on rapporte des épisodes de neige rouge-marron tout au long de l’année … la cause serait la cendre volcanique présente dans l’atmosphère.

La Suisse, privée d’accès à la mer et d’approvisionnement, connu une famine et une violence consécutive telle que le gouvernement du déclarer l’état d’urgence. On estime que les taux de mortalité en 1816 étaient deux fois supérieurs à la moyenne, avec un total de 200.000 morts.

La situation est pareille en France, dans toutes les provinces. Divers témoignages viennent l’illustrer.

Sur le mur d'une maison à Heiligenstein, en Alsace, on peut lire :

Im Jahr 1817 ist diese Hütte gebauet worden, in welchem Jahr man für ein Furtel Waißen bezahlte 120 fr für ein Sack Erdapfel 24 fr für ein Ohmen Wein 100 fr. Jacob Stiedel.

(En l'année 1817 cette chaumière a été construite ; cette année-là on payait 120 francs pour une mesure de froment, 24 francs pour un sac de pommes de terre, 100 francs pour un Ohmen (50 litres) de vin. Jacob Stiedel.)

Le Hungersjohr à Heiligenstein - Gustave Graetzlin

Le Hungersjohr à Heiligenstein - Gustave Graetzlin

Léonard Nebinger (né en 1794), qui en fut le maire, raconte dans ses mémoires cette année épouvantable :

"1817 fut une année d'une invraisemblable cherté. Le quart de blé valait 150 francs. Il y eut peu de vin et il était aigre. Huit jours avant les vendanges la neige tomba jusqu'à la hauteur d'une moitié de chaussure, si bien qu'en grand nombre les ceps se brisèrent et que de nombreux arbres sur le ban de la commune et dans la forêt rompirent sous la neige. Cette année-là on ne put travailler le sol des vignes tant il avait plu. Dans ce trimestre de disette un ohm de Klevener (un vin blanc Alacien) de 1811 valait 80 francs, un quarteau de blé 150 francs, un sac de pommes de terre 24 francs, une mesure de haricots de 15 à 16 sous. Les paysans sur le marché n'arrivaient plus à savoir ce qu'ils devaient demander, si bien que plus d'une fois, quand ils avaient exagéré, les gens renversaient ce qu'ils avaient sur leur étalage et les pauvres, qui se tenaient derrière eux le leur volaient, imités souvent par les gradés allemands qui étaient encore dans la région4. Les pauvres allaient en forêt, dans les coupes, cueillaient des herbes, les faisaient cuire, les hachaient comme du chou et les mangeaient. Mais tout ce qu'on arrivait à manger cette année-là ne nourrissait pas, si bien que les gens avaient encore faim une heure après. Bien des gens périrent d'inanition dans les environs de Strasbourg et l'on trouva deux enfants morts dans un champ de trèfles où ils avaient mangé de jeunes pousses."

L’Alsace est marquée en 1817 par une vague d’émigration sans précédent, avec 5191 émigrants en six mois, attribuée à la disette et à l’occupation par les soldats alliés et leurs cheveaux,  bouches supplémentaires à nourrir . (Emigration alsacienne aux Etats-Unis, 1815-1870)

 

Michel Lecouteur, qui a étudié les suites de l’éruption du Tambora dans sa région, rapporte dans un article intitulé " Eruption en Indonésie, famine en Normandie " :

«  Après un printemps médiocre, l’été 1816 pluvieux et humide contribua à réduire le rendement des cultures, amenant une hausse du prix des céréales, aggravée par la spéculation des fermiers qui disposaient de granges assez vastes pour abriter leurs récoltes et de réserves financières leur permettant de ne pas se presser pour proposer leurs grains au marché, des meuniers, des boulangers, des blattiers vendeurs de grains au détail, et d’autres intermédiaires.

A l’automne 1816, la hausse du prix du blé des est générale, mais variable selon qu’on demeure à Neufchâtel  ou à Forges. Si elle reste modérée un moment à Rouen, elle culmine bientôt à Doudeville et Yvetot.

Les manifestations de mécontentement populaire se multiplient, d’autant que les fabriques débauchent, que la production de laine diminue, amenant la misère. Sur le littoral, on constate que le hareng semble déserter les côtes normandes. La pêche ressource essentielle de beaucoup de villages du littoral n’est pas bonne. « Le peuple souffre » affirme un rapport de police dès le mois de novembre 1816. Le sous-préfet lance un appel à la charité, relevant « l’intempérie des saisons, la stagnation du commerce et le défaut de pêche » Même misère autour de Saint-Valéry, tandis qu’au Havre on souligne « la gravité de la situation, la mauvais récolte et le marasme des autres formes d’activités ».

{…} Il faudra attendre le premier trimestre 1818 pour que l’approvisionnement en denrées soit sensible. Les prix restaient élevés mais la confiance était revenue, et des mesures de police affirmaient leur efficacité. A Rouen, à partir du 16 janvier, le prix du pain qui était jusque-là de 5 sous la livre baisse à 3 sous 3 centimes. Cependant, si la situation s’est améliorée, en mars, le Procureur Général souligne : « Un grand nombre d’ouvriers sont occupés, mais leurs salaires sont tombés si bas qu’il n’ont pas de quoi se nourrir, eux et leurs familles…. »

 

La santé des Normands s’en ressent : le docteur Artus Barthélémy Vingtrinier, Médecin des Epidémies, relève qu’en 1817 et 1818 se manifesta au Havre une affection épidémique que fit des ravages. Les symptômes en étaient : « douleurs dans les membres, perte de force, anxiété précordiale, borborygmes, nausées, éructations, vomissements de matières bilieuses verdâtres ou diarrhée  liquide abondante ; soif vive, bouche sèche, amères urines rares, brûlantes ; le plus souvent, terminaison heureuse, mais convalescence longues ; les membres reprennent difficilement leur vigueur. ». Selon lui la cause la plus probable réside dans les alternatives brusques et fréquentes de la température qui eurent leu ces deux années.

Un autre médecin, le docteur Lemercier, a étudié lui l’épidémie de péripneumonie qui s’est abattue en avril 1816 sur Lignières-la-Doucelle, bourg proche Carrouge. « La maladie, note le docteur Lemercier dans un rapport daté du 1er juin 1816, commença à se montrer dans la commune de Lignères  vers le 15 avril. Pendant ce mois l’air a été alternativement humide et sec, des vents violents ont soufflé, les rigueurs de l’hiver ont reparu dans la dernière quinzaine. Le contraste du soleil chaud et de l’atmosphère humide et froide a occasionné des fluxions de poitrine,  pleurésies, catarrhes, rhumatismes, apoplexies….

Le 27 avril, lorsque j’arrivai dans la commune, il y avait 40 individus de morts ou mourants. Il Y eut en tout 101 personnes de malades, 42 ont succombé. Il n’a pas été possible de faire l’ouverture des corps des morts ».

 

Dans un récit caractéristique, un épistolier qui traversa la Bourgogne en 1817 notait : « Les mendiants, très nombreux hier, plus nombreux encore aujourd'hui. À chaque relais, une troupe de femmes, d'enfants et de vieillards se rassemblaient autour de la voiture. » Un autre observateur, venu des îles Britanniques, remarquait, toujours à propos de la Bourgogne, que le nombre des miséreux « quoique important, n'atteint d'aucune manière celui de ceux qui assiègent le voyageur en Irlande ».

Sources :

  • Global Volcanism Program – Tambora
  • Eruption blog / Eric Klemetti : 194 years since the great Tambora eruption
  • Michel Lecouteur - Eruption en Indonésie, famine en Normandie - Communication personnelle.
  • Grand Québec : 1816, l’année sans été / la disette de 1816 - link
  • La Gazette de Montréal -  An Indonesian volcano made Montreal's summer of 1816 miserable – link 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Eruptions historiques

Les effets "directs" de l’éruption de 1815 :

On estime que des milliers de personnes moururent des effets directs dans les quatre mois suivant l’éruption.

Les importantes coulées pyroclastiques, les nuées de gaz toxiques, et les tsunamis ont fait les premières victimes sur Sumbawa, environ 10.000 personnes.

Avec la pulvérisation du sommet du volcan lors de l’éruption, le volume érupté au cours du premier jour avoisine les 150 km³ de cendres, et 25 km³ d’ignimbrites. Les cendres sont retombées jusqu’à 1.300 km du Tambora, ensevelissant la végétation des îles environnantes, et polluant les eaux potables. Les pluies acides causées par les émanations gazeuses vont tuer le peu de végétaux restant et empoisonner les sols pour des années. Bien que ce soit difficilement quantifiable, on pense que la famine consécutive à la perte des récoltes va causer la perte de plus de 80.000 vies. (d’après les sources de Zollinger et Raffles)

Isopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. - The base map was taken from NASA picture and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

Isopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. - The base map was taken from NASA picture and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

Des écrits de l’époque en témoignent :

«  On my trip towards the western part of the island, I passed through nearly the whole of Dompo and a considerable part of Bima. The extreme misery to which the inhabitants have been reduced is shocking to behold. There were still on the road side the remains of several corpses, and the marks of where many others had been interred: the villages almost entirely deserted and the houses fallen down, the surviving inhabitants having dispersed in search of food ...
Since the eruption, a violent diarrhoea has prevailed in Bima, Dompo, and Sang'ir, which has carried off a great number of people. It is supposed by the natives to have been caused by drinking water which has been impregnated with ashes; and horses have also died, in great numbers, from a similar complaint.
 »

( Lt. Philips, ordered by Sir Stamford Raffles to go to Sumbawa./ cité par Oppenheimer 2003)

Caldeira du Tambora – des gaz soufrés montent de la caldeira - 1988

Caldeira du Tambora – des gaz soufrés montent de la caldeira - 1988

Le " Royaume perdu de Tambora ".

Deux scientifiques de l’Université de Rhode Island s’y sont intéressés depuis 1986 : Haraldur Sigurðsson et Steve Carey. En 1988 lors d’une exploration de la caldeira, un de leurs guides leur parle de fragments de poteries et de pièces de bronze trouvées dans la jungle à 25 km à l’ouest de la caldeira.

2004.08 - Excavation du Tambora - doc.Siggurdsson -  Lewis Abrams  -  Univesity of Rhode Island via AP

2004.08 - Excavation du Tambora - doc.Siggurdsson - Lewis Abrams - Univesity of Rhode Island via AP

Les scientifiques vont utiliser un radar à pénétration de sol pour examiner les dépôts volcaniques de 1815. Les fouilles, réalisées en association avec l’Institut indonésien de volcanologie en 2004, s’avèrent de suite prometteuses : dans une ravine, sous 3 mètres de cendres, les traces d’une habitation et des plats de bronze, des pots de céramique sont retrouvés intacts, ainsi qu’une femme carbonisée et enveloppée de lave au moment où elle s’apprêtait à saisir une bouteille en verre, qui a fondu sous l’effet de la chaleur. Les objets présentent une parenté avec ceux circulant à cette époque au Vietnam et au Cambodge et témoignent d’un certain niveau de vie. Un autre cadavre est retrouvé figé devant sa porte.

Fouilles du Tambora – zone délimitée par les équipes de l’Université de Rhode Island et résultat de fouilles. - un clic pour afficher -– photos URI news Fouilles du Tambora – zone délimitée par les équipes de l’Université de Rhode Island et résultat de fouilles. - un clic pour afficher -– photos URI news

Fouilles du Tambora – zone délimitée par les équipes de l’Université de Rhode Island et résultat de fouilles. - un clic pour afficher -– photos URI news

Ce village, situé à cinq kilomètres dans les terres, était à l’abri des pirates qui contrôlaient le trafic maritime … et il est plus que probable que ses habitants furent ensevelis et carbonisés par une coulée pyroclastique.

Les trouvailles archéologiques suggèrent une culture propre à Sumbawa, balayée brutalement et complètement par l’éruption de 1815. Les habitants de Tambora étaient connus comme marchands dans les Indes orientales ; Du miel, des chevaux, du bois de Sappan pour produire un colorant rouge, du bois de santal pour l’encens et les médicaments, faisaient l’objet de ce commerce. Les décors retrouvés sur les objets usuels laissent penser à un langage en relation avec celui des groupes Mon-Khmer, et différents des parlers indonésiens. La civilisation de Sumbawa avait d'ailleurs intrigué les explorateurs Hollandais et Britanniques au début des années 1800 ; ils furent surpris d’y entendre un langage parlé nulle part ailleurs en Indonésie.

Cette découverte ouvre en fait une fenêtre sur une culture que Sigurdsson n’hésite pas à appeler : " La Pompéï de l’Est ".

Squelettes d’habitants de Tambora pris dans une coulée pyroclastique - un clic pour agrandir - Images Rik StoetmanSquelettes d’habitants de Tambora pris dans une coulée pyroclastique - un clic pour agrandir - Images Rik Stoetman

Squelettes d’habitants de Tambora pris dans une coulée pyroclastique - un clic pour agrandir - Images Rik Stoetman

Rouleau de cordes retrouvés dans les restes d’une habitation carbonisée – photo Rik Stoetman

Rouleau de cordes retrouvés dans les restes d’une habitation carbonisée – photo Rik Stoetman

Sources :

  • Global Volcanism Program – Tambora
  • Scientific American  - April 10, 1815: The Eruption that Shook the World
  • "Plinian and co-ignimbrite tephra fall from the 1815 eruption of Tambora volcano". Bulletin of Volcanology 51 / Sigurdsson, H.; Carey, S. (1983)
  • Nat Geo  - "Lost Kingdom" Discovered on Volcanic Island in Indonesia - link
  • Past Horizons, adventures in archeologia – Lost Kingdom of Tambora - By Rik Stoetman and Dan McLerran. - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Eruptions historiques
L’éruption du Tambora … il y a deux cent ans -1 - le déroulement de l'éruption

Il y a deux cents ans, Sumbawa, une île située dans le groupe des petites îles de la Sonde dans l’archipel Indonésien, était secoué par une des plus fortes éruptions des temps modernes… Le Tambora, ce grand stratovolcan qui forme la péninsule de Sanggar, entrait en éruption, après une période de calme qui durait depuis le 8° siècle.

La caldeira du Gunung Tambora – photo de gauche : Bognairadek – photo de droite, 03.06.2009 par le satellite EO-1 de la Nasa - un clic pour agrandir La caldeira du Gunung Tambora – photo de gauche : Bognairadek – photo de droite, 03.06.2009 par le satellite EO-1 de la Nasa - un clic pour agrandir

La caldeira du Gunung Tambora – photo de gauche : Bognairadek – photo de droite, 03.06.2009 par le satellite EO-1 de la Nasa - un clic pour agrandir

Cette éruption va décapiter le volcan : sa hauteur passe de 4.300 mètres avant le cataclysme à 2.851 mètres et former une caldeira d’un diamètre de 6 km., profonde de 1250 mètres. Qualifiée d’un index d’explosivité volcanique rare de 7, elle sera environ six fois plus puissante que celle du Pinatubo en 1991, ou quatre fois celle du Krakatoa en 1883. Considéré comme l’éruption la plus mortelle des 10.000 dernières années, elle aura des conséquences locales et mondiales sur le climat.

L’éruption du Tambora … il y a deux cent ans -1 - le déroulement de l'éruption

Avant d’en examiner les conséquences, voyons le déroulement de cette éruption hors du commun.

Le volcan ne s’est pas réveillé sans prévenir … l’activité commence par se manifester par des séismes ressentis, un an avant l’éruption, jusqu’en Australie (Self & al. 1989)

Le soir du 5 avril 1815, une courte éruption plinienne, accompagnée de détonations entendues jusqu’à Makassar, sur lîle de Sulawesi, et Batavia (aujourd’hui Jakarta) sur Java, dure deux heures. Elle propulse un panache de cendres à 33.000 mètres de hauteur. Le 6 avril, des explosions plus nombreuses sont enregistrées et des chutes de cendres rapportées sur Java-Est.

Après quelques jours de calme relatif, la seconde phase de l’éruption débute le 10 avril vers 19 heures … beaucoup plus puissante. Trois colonnes de feu s’élèvent et fusionnent vers 20-21 heures (trois évents  qui fusionnent pour n’en former qu’un seul) puis c’est la montagne entière qui s’embrase ! Des ponces pleuvent, certaines atteignant jusqu’à 20 cm de diamètre, puis la cendre prend le relais. Cette phase plinienne paroxystique très énergétique va durer peu de temps, et produire une colonne éruptive de 30-43 km., selon les différentes sources. Vers 22-23 heures, des vents violents sont rapportés, pouvant coïncider avec l’effondrement de la colonne plinienne. Des coulées et des surges pyroclastiques se succèdent qui recouvrent la péninsule de Sanggar et détruisent le village de Tambora. Un tsunami de un à quatre mètres touche la plupart des îles indonésiennes.

Le 11 avril, de fortes explosions sont entendues à plus de 2.500 km. Les cendres tombent sur Java-Ouest et les Célèbes. Un second tsunami, plus faible, est perçu sur Madura, au nord de Java.

Les explosions cèssent le 15 avril, mais des nuages de cendres continuent à entourer le volcan jusqu’au 23 avril.

Isopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. - The base map was taken from NASA picture and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

Isopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. - The base map was taken from NASA picture and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

Stratigraphie des dépôts de l’éruption de 1815 du Tambora – doc.Sigurdsson « Lost Kingdom of Tambora » / Armstrong Sompotan.

Stratigraphie des dépôts de l’éruption de 1815 du Tambora – doc.Sigurdsson « Lost Kingdom of Tambora » / Armstrong Sompotan.

Pendant 2 à 3 jours l’obscurité est totale dans un rayon de 600 km. accompagnée, sous le nuage troposphérique, d’une poche d’air chaud au début, puis extrêmement froid , comme rapporté de Banjuwangi, à 400 km. du volcan. Ces températures froides furent enregistrées en Inde, deux semaines plus tard.

On estime le volume éjecté à 160 km³ de matériaux pyroclastiques trachy-andésitiques. Pour mieux se rendre compte du volume, les cendres relevés à Makassar /Sulawesi  avait une densité de 636 kg/m². Près du volcan, l’épaisseur des dépôts atteint une trentaine de mètres.

Les cendres recouvrent d’au moins 1 cm. une superficie de 500.000 km², et leur extension est fonction des vents de mousson souflant alors d’est en ouest ( 550 km. Vers l’ouest, 400 vers e nord et 100 vers l’est).

En mer, des radeaux de ponces et cendres agglomérées, atteignent jusqu’à 1 m. d’épaisseur sur plusieurs kilomètres de large et vont gêner durant plusieurs années la navigation.

Cendres et gaz ont atteint la stratosphère : les particules de cendres les plus grossières commencent à retomber dans un délai de 1 à 2 semaines, mais les plus fines resteront plusieurs mois à plusieurs années dans l’atmosphère à une altitude comprise entre 10 et 30 km.

Le nombre de victimes dépend des sources : outre 10.000 victime directes des nuées ardentes, on estime que sur Sumbawa, 38.000 personnes sont mortes de privation et 10.000 sur Lombok.(Zollinger 1855) ; une autre source donne 48.000 et 44.000 morts respectivement pour Sumbawa et Lombok (Petreschevsky 1949) . Des victimes additionnelles se comptent sur Bali et Java-est à cause de la famine. Oppenheimer modifie le nombre total de victimes en 2003 : au moins 71.000 !

Portrait de Sir Thomas Stamford et couverture de son livre "The history of Java" - un clic pour ouvrirPortrait de Sir Thomas Stamford et couverture de son livre "The history of Java" - un clic pour ouvrir

Portrait de Sir Thomas Stamford et couverture de son livre "The history of Java" - un clic pour ouvrir

Un récit historique :

Seulement une bonne année après l’éruption, un rapport détaillé de la catastrophe est publié par Sir Thomas Stamford, naturaliste et gouverneur anglais de l’Indonésie, dans son « History of Java » (1817). Il sera incorporé aux « Principles of Geology » de Lyell en 1850.

 

Island of Sumbawa, 1815. – In April, 1815, one of the most frightful eruptions recorded in history occurred in the province of Tomboro, in the island of Sumbawa, about 200 miles from the eastern extremity of Java.
In the April of the year preceding the volcano had been observed in a state of considerable activity, ashes having fallen upon the decks of vessels which sailed past the coast. The eruption of 1815 began on the 5th of April, but was most violent on the 11th and 12th, and did not entirely cease till July.
The sound of the explosions was heard in Sumatra, at the distance of 970 geographical miles in a direct line; and at Ternate, in an opposite direction, at the distance of 720 miles. Out of a population of 12,000, in the province of Tomboro, only twenty-six individuals survived.
Violent whirlwinds carried up men, horses, cattle, and whatever else came within their influence, into the air; tore up the largest trees by the roots, and covered the whole sea with floating timber. Great tracts of land were covered by lava, several streams of which, issuing from the crater of the Tomboro mountain, reached the sea.
So heavy was the fall of ashes, that they broke into the Resident’s house at Bima, forty miles east of the volcano, and rendered it, as well as many other dwellings in the town, uninhabitable. On the side of Java the ashes were carried to the distance of 300 miles, and 217 towards Celebes, in sufficient quantity to darken the air. The floating cinders to the westward of Sumatra formed, on the 12th of April, a mass two feet thick, and several miles in extent, through which ships with difficulty forced their way.
The darkness occasioned in the daytime by the ashes in Java was so profound, that nothing equal to it was ever witnessed in the darkest night. Although this volcanic dust when it fell was an impalpable powder, it was of considerable weight when compressed, a pint of it weighing twelve ounces and three quarters.

L’éruption du Tambora … il y a deux cent ans -1 - le déroulement de l'éruption

“Some of the finest particles,” says Mr. Crawfurd, “were transported to the islands of Amboyna and Banda, which last is about 800 miles east from the site of the volcano, although the south-east monsoon was then at its height.” They must have been projected, therefore, into the upper regions of the atmosphere, where a counter current prevailed.
Along the sea-coast of Sumbawa, and the adjacent isles, the sea rose suddenly to the height of from two to twelve feet, a great wave rushing up the estuaries, and then suddenly subsiding. Although the wind at Bima was still during the whole time, the sea rolled in upon the shore, and filled the lower parts of the houses with water a foot deep. Every prow and boat was forced from the anchorage, and driven on shore.
The town called Tomboro, on the west side of Sumbawa, was overflowed by the sea, which encroached upon the shore so that the water remained permanently eighteen feet deep in places where there was land before. Here we may observe, that the amount of subsidence of land was apparent, in spite of the ashes, which would naturally have caused the limits of the coast to be extended.
The area over which tremulous noises and other volcanic effects extended, was 1000 English miles in circumference, including the whole of the Molucca Islands, Java, a considerable portion of Celebes, Sumatra, and Borneo. In the island of Amboyna, in the same month and year, the ground opened, threw out water, and then closed again.
In conclusion, I may remind the reader, that but for the accidental presence of Sir Stamford Raffles, then governor of Java, we should scarcely have heard in Europe of this tremendous catastrophe. He required all the residents in the various districts under his authority to send in a statement of the circumstances which occurred within their own knowledge; but, valuable as were their communications, they are often calculated to excite rather than to satisfy the curiosity of the geologist. They mention, that similar effects, though in a less degree, had, about seven years before, accompanied an eruption of Carang Assam, a volcano in the island of Bali, west of Sumatra; but no particulars of that great catastrophe are recorded.

Sources :

  • Global Volcanism Program – Tambora
  • Scientific American  - April 10, 1815: The Eruption that Shook the World
  • Eruption blog / Eric Klemetti : 194 years since the great Tambora eruption
  • "Plinian and co-ignimbrite tephra fall from the 1815 eruption of Tambora volcano". Bulletin of Volcanology 51 / Sigurdsson, H.; Carey, S. (1983)
  • Self, S. et al., 1984, Volcanological study of the great Tambora eruption of 1815,Geology; v. 12, no. 11, p. 659-663
  • World Drizzles - "The History of Java" –Thomas Stamford Raffles

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