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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Le PIT CRATER SUD est occupé par un lac de lave, présent depuis qu'il est connu.

H.Tazieff fait une distinction entre "lac de magma" et "lac de lave" : le lac de magma est alimenté par sa base en liquide sursaturé en gaz, et est le siège de mouvements de convection,  avec dégazage partiel produisant des fontaines de lave (cas de l'Erta Ale); le lac de lave résulte de l'accumulation de coulées très fluides déversées dans un bassin de l'édifice volcanique.

 

 

                                                                                                                 © B.Duyck

Un lac de lave est un "miracle permanent", tant les facteurs de survie d'un tel appareil sont complexes : il faut, pour que le lac perdure, un équilibre parfait entre l'alimentation et la vidange de la lave d'une part, entre l'apport  et la perte de calories d'autre part.

Si l'apport calorifique est trop faible, le lac se fige...la croûte qui le recouvre s'épaissit, durcit : c'est ce qui est arrivé au niveau du pit crater nord.

Si au contraire, l'apport de chaleur dépasse les pertes, le phénomène va s'emballer ...la lave va bouilonner, monter et finir par déborder du cratère, et le volcan "entre en éruption" : c'est arrivé en 1972, avec le premier débordement observé dans le cratère de l'Erta Ale.

Le fait que le niveau du lac sud ( débordant) soit à ce moment plus élevé que celui du nord (à 30 m. de profondeur) semble indiquer qu'il n'existe pas de communication directe entre les sources d'alimentation des deux puits d'effondrement, même si la lave est de composition similaire. ( G.de Saint-Cyr - carnets de trek).


Ces conditions d'équillibre sont rarement rencontrées : hormis celui-ci, le Niyragongo (branche ouest du rift Africain), l'Erebus (Antarctique) sont actifs depuis plusieurs décénnies; d'autres endroits en présentent, avec une durée de vie plus courte : la caldeira d'Ambrym (Vanuatu), le Kilauea (Hawaï), le Masaya (Nicaragua).

 

 

                                                                                                               © B.Duyck

Une peau noire et souple recouvre le lac de lave, percé par des fontaines de lave, et agité par des mouvements convectifs, responsables des déchirures. Le ressac de la lave sape les parois de la terrasse. A noter, le dégazage bleuté de dioxyde de soufre à gauche de la photo.


Des mouvements de convection et un dégazage intensif produisant des fontaines de lave font bouger cette croûte de la même manière que les mouvements de convection de l'asthénosphère font bouger les plaques tectoniques ... Leçon de tectonique en miniature et vitesse accélérée !

(J.M.Bardintzeff, in Futura Sciences)

 

        Un mini-point chaud et une ride d'accrétion (phénomène de rifting) se côtoient ici en un
       saisissant raccourci.
- © B.Duyck

        Ci-dessous, quelques belle fontaines. Pour les photographes, ces photos ont été prises en
        argentique et rescannées ensuite ... ce qui donne des couleurs de lave plus fidèles. -
© B.Duyck





      La lave des fontaines refroidit assez vite, en passant par toutes les nuances, allant de l'orangé au
      rouge cerise, framboise puis passant au gris  et enfin au noir, teinte de cette peau épaisse qui
      recouvre le reste du lac...un camaïeu difficile à reproduire en peinture. -
© B.Duyck


La terre vit ! Nulle part ailleurs sur la planète, on ne ressent cela comme sur ce volcan : à moins de 100 mètres sous nos pieds, elle naît, se détruit, pour se refaire aussitôt au rythme des vagues qui animent la surface du lac. De fulgurants jets de gaz projettent des fontaines dorées de lave très fluide, des bulles géantes éclatent et la projète aux alentours : vision cauchemardesque sur les entrailles en fusion de notre terre.
Ailleurs, une croûte partiellement solidifiée se morcelle en plaques qui glissent, s'écartent ou se chevauchent, basculent avant de disparaitre, englouties dans un bruit de succion par l'énorme masse de magma qui les digère.
Portés par le souffle chaud qui monte en permanence du puit, et nous oblige parfois à reculer tant c'est intense, des écheveaux de longues et frêles aiguilles de lave, verre volcanique étiré jusqu'à en devenir fin comme un cheveu, s'élèvent à quelques mètres au dessus du cratère pour s'éloigner et venir s'accrocher au relief de la caldeira... les "cheveux de Pelée" sont ici particulièrement longs.



                     Cette photo, en numérique, mérite quand même une place... eu égard à son titre :
                                                "le chaudron du diable".
- © B.Duyck

La nuit, le spectacle est encore plus grandiose : la scène est éclairée par le seul embrasement du lac; tout d'abord, on se bouscule un peu, au bord du gouffre, chacun cherchant le meilleur angle de prise de vue sur ce brasier toujours changeant... puis calmé, le visage brûlé et le dos glacé, comme devant un "feu de camp", on se laisse hypnotiser par les mouvements de la lave, abasourdi par les grondements du volcan et le chuintement des gaz. Il faut se raisonner pour quitter ce spectacle et retourner sur le bivouac, où la brève nuit sera entrecoupée de rêves volcaniques.

                                                                                                                  © B.Duyck




        Petit boulot avant de dormir : nous avons établi une barrière de pierres autour de notre
            bivouac, afin d'éviter au maximum vent et poussières (bien visibles sur le photo)
       Qui dira encore que les belges n'ont pas "une brique dans le ventre" ?!
- ©JM. Mestdagh


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