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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Une photo satellite de la Nasa nous ramène vers l’ouest de la Bolivie, et le Salar de Coipasa.

 

ISS033-E-006202_lrg.jpgBolivie - le salar et le lac Coipasa - Astronaut photograph ISS033-E-6202 was acquired on September 20, 2012 - NASA/JSC Gateway to Astronaut Photography of Earth. Caption by William L. Stefanov, Jacobs/ESCG at NASA-JSC.

Des sédiments forment une tâche brune sur le lac Coipasa, à droite de la photo.


Ce désert de sel, le second plus grand salar du pays, après le Salar d’Uyuni situé au sud-est, occupe 2.218 km² à une altitude de 3.657 m. sur l’altiplano andin. Il entoure complètement le lac Coipasa, un lac tectonique profond de 3,5 mètres. Il est alimenté par les eaux de la rivière Laca Jahuira. A la saison des pluies, entre mi-novembre et mars, le salar peut être recouvert d’eau atteignant jusqu’à 30 cm de hauteur. Elle s’évapore en grande partie au cours de la saison sèche, en laissant une croûte d’halite d’un blanc étincellant.

 

5fig1.gif                   Localisation des salars boliviens  et du lac Poopo, entre les deux cordillères


Son origine est un ancien et très grand lac préhistorique, le lac Minchin, daté au radiocarbone entre 30.000 et 42.000 ans. Le soulèvement andin a emprisonné une masse importante de l’ancien océan et l’a surélevé pour former un grand bassin hydrographique, connu au nord sous le nom de Ballivian et Minchin dans sa partie sud. Ce lac s'est transformé en un paléolac nommé Tauca, profond de 140 mètres, entre 13-18.000 ans (ou 15.000-26.000 ans selon d'autres sources). La formation la plus jeune est le lac Coipasa, daté de 11.500-13.400 ans. En s'asséchant, le lac Coipasa se sépara en deux entités modernes, les lacs Poopo et Uru Uru, et deux salars, le salar de Coipasa et le salar d'Uyuni. Le lac Poopo est proche du lac Titicaca, et reçoit son excédent avant de le relarguer dans les deux salars. ib3654-a-localisation-altiplano-b-contextes-geomorphologiqu.jpg

Contexte géomorphologique et paléoclimatique de l'altiplano central, il y a 17-15.000 ans. La paléoligne de rivage du lac Tauca en bleu clair - la limite du bassin versant Titicaca-Tauca en orange - Doc. CRPG (INSU-CNRS)


Le salar abrite une île rocheuse, formée par le volcan endormi Coipasa, encore appelé Villa Pucarni : il domine le salar de 1253 mètres, pour une altitude de 4.910 mètres au dessus du niveau de la mer.

 

Tata-Sabaya---Jon-Davidson.jpg                                  Bolivie - le Tata Sabaya - photo Jon Davidson / GVP


D’autres volcans entourent le salar, dont côté nord, le stratovolcan Tata Sabaya.

Constitué initialement d’un bouclier pyroclastique couvert de dômes de lave, des éruptions effusives ont construit un stratovolcan andésitique. Son effondrement à la fin du Pléistocène a généré une immense avalanche de débris qui a parcouru 30 km. et recouvert 300 km² au sud du volcan, entrant dans le salar de Coipasa. Des dépôts de tuff couvrant l’avalanche en hummock dans le salar correspondent au niveau plus élevé du lac, il y a environ 12.000 ans.

A l’holocène, la reprise des éruptions est à l’origine de coulées et des dômes de lave, qui ont restauré l’édifice original, produisant l’actuel stratovolcan dont le dôme culmine à 5430 m. De jeunes coulées de lave s’étendent jusqu’aux bas-flancs ouest et nord-ouest, tandis que des dépôts de coulées pyroclastiques faisant suite à un effondrement partiel du dôme couvrent le flanc sud-ouest.

 

Satellite_Image_Photo_Lake_Coipasa_Salt_Flat_Bolivia---11.1.jpgLe Tata Sabaya et son avalanche de débris, le Saxani voisin et le Coipasa, situé dans le lac et la salar Coipasa - photo Nasa prise en période de hautes eaux.

 

chipaya-canal----JM-Allen-Atlantisbolivia.jpg                  Salar de Coipasa - canal Chipaya - photo J.M. Allen / projet atlantisbolivia.

 

La salar de Coipasa risque de disparaître pour partie à terme, suite à l’exploitation systématique des ressources minérales contenues dans et sous sa croûte de sel.

Le lithium a déjà attiré l’attention des grandes Salar-Coipasa---concentrations-en-lithium.jpgentreprises de fabrication de batteries (Mitsubishi, Bolloré), mais le président bolivien entend bien garder la production du lithium sous contrôle étatique et s’appuyer sur cette ressource pour permettre le développement du pays.

 

Salar Coipasa - Concentrations en Lithium - doc. ULg / Oruro univers. tecnica.


Le marché mondial est immense : il  représente la moitié du revenu annuel de la Bolivie, le pays le plus pauvre d’Amérique du Sud. Les espoirs sont tels qu’avec le déclin prévisible de l’extraction pétrolière dans le monde, la Bolivie est parfois qualifiée de future Arabie Saoudite.

La question environnementale se pose plus particulièrement pour l’extraction et le traitement des déchets. Car la production de lithium nécessite de grandes quantités de mercure, un métal hautement polluant. Cette question reste entière, et rappelle les problèmes récurrents de pollution grave à proximité de nombreux autres sites miniers de Bolivie.

 

Sources :

- Nasa Earth Observatory - image of the day - link

- CNRS - Paléoclimat des Andes, quand lacs et glaciers étaient connectés - link

- Global Volcanism Program - Tata Sabaya

- Evaluation des ressource minérales non-métalliques du Salar de Coipasa - Bolivie - coopération scientifique entre l'ULg et Universitad Tecnica de Oruro.

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