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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Petite precision préliminaire : Le volcan sous le glacier ne porte pas de nom particulier, on le nomme donc d'après le glacier qui le couvre. Les Eyjafjöll (au pluriel) désignent ses contreforts sud, face à la mer et visibles des îles Vestmann (ey -> île en islandais, Eyjafjöll -> les montagnes, ou plutôt contreforts, qu'on voit des îles). Dans les autres langues, y compris l'islandais, on se réfère au volcan par le nom du glacier, c. à. d. Eyjafjallajökull.

 

glaciers.png                                       Les principaux glaciers ( -jökull) islandais

 

Deux massifs volcano-glaciaires occupent le sud islandais, situés sur la zone de rift est : l’Eyjafjallajökull (avec le volcan Eyjafjöll) et le Myrdalsjökull (avec le volcan Katla).


os gigjok 114.04.10L'Eyjafjallajökull avant l'éruption - vu du nord avec la langue glaciaire du Gigjökull et le petit lac glaciaire au pied de celui-ci - photo O.Sigurdsson.


L’Eyjafjöll est un stratovolcan allongé selon un axe E-O., qui comporte une caldeira sommitale de 2,5 km. de large. Bien que ce volcan, haut de 1.666 mètres, soit entré en éruption au cours des temps historiques, il est considéré comme le moins actif de la zone volcanique est, et la dernière éruption au 19°siècle date de 1823.

Une intrusion magmatique sous le flanc sud , accompagnée d’une augmentation de la sismicité est remarquée à partir de juillet-décembre 1999 : elle mènera à une nouvelle éruption fort médiatisée.

 

Eyjafjoll-cumulative-eartquakes-02-08.2010.png                       Séismes cumulatifs de février 2009 à août 2010 - doc IMO/IES.


A partir de décembre 99, l’activité sismique est marquée par des milliers de petits séismes, pour la plupart de magnitude 1-2, situés entre 7 et 10 km. sous le volcan et enregistrés par les instruments de mesure (séismomètres, tiltmètres, GPS et interférométrie InSAR). L’ Icelandic Meteorological Office enregistre le 26 février 2010 une activité sismique inhabituelle avec une expansion rapide de la croûte terrestre, évidence pour les volcanologues que le magma se répand dans la chambre magmatique … la pression engendrée est responsable d’un déplacement crustal marquant la zone de Thorvaldseyri. La sismicité va augmenter continuellement pour atteindre près de 3.000 séismes entre les 3 et 5 mars.   

 

eyfj20100321

           Essaim de séismes sous Fimmvörduhals entre le 19 et le 21 mars 2010 - doc IMO


1016088 - Institute earth sc.       Schéma de la première phase éruptive à Fimmvorduhals -  doc. Inst. Earth Sciences.


L’éruption proprement dite débute le 20 mars 2010, à Fimmvörðuháls, le col distant de 8 km. du sommet de l’Eyjafjöll et situé entre les deux glaciers voisins. La première phase de l’éruption est fissurale, de type hawaïen. La progression des coulées de lave est relativement lente au début, puis les coulées cascadent en entrant dans deux canyons, Hrunagill et Svarnagill, pour couvrir 0,9 km² le 28 mars, et 1,27 km² le 7 avril.        

 

 

Hraun 21mars-7april copie

Carte des coulées entre le 21.03 et le 07.04.2010 - doc. IMO - La fissure éruptive est marquée par un trait rouge.

 

Is100185.jpg Cône formé par l'éruption fissurale à Fimmvorduhals - avec l'aimable autorisation de Thorsten Boeckel - un clic sur la photo vous mène vers son site.


05.04-fredrikholm.se.jpg

Première phase de l'éruption : cascades de lave à leur brusque descente dans un canyon - photo fredrikholm. se (le personnage à gauche donne l'échelle)


L’inflation du volcan a stoppée de façon surprenante dès le début de l’éruption, mais s’est maintenue jusqu’au 12 avril, date de fin de la première phase de l’éruption … dans la plupart des cas, le volcan entre en déflation (se dégonfle) au fur et à mesure que les coulées de lave vidangent partiellement la chambre magmatique.


Après une pause de deux jours, la seconde phase de l’éruption débute autour de minuit le 14 avril 2010 , précédée par un essaim de séismes entre le 13 à 23 h. et le 14 à 1h., suivi de trémor éruptif. Le centre éruptif s’est déplacé sous le glacier et l’interaction entre le magma et celui-ci génère une éruption explosive phréatomagmatique dans la caldeira sommitale. Le volcan est couvert de nuages, mais une investigation aérienne révèle, par images radar, la présence d’une série de cratères alignés sur une fissure NS de 2 km. de long … le panache éruptif chargé de cendres va monter à plus de 8.000 mètres, avant de dériver vers l’est.

 

Jokulhlaup-14.04.2010-in-Markarflot---Atli-Thorvaldsson-IM.jpg                  Jokulhlaup dans Markarfjlot le 14.04.2010 - photo Atli Thorvaldsson / IMO


Un Jökulhlaups , une débâcle glaciaire, débute sur le côté nord du volcan dans la vallée de Markarfjlot, détruisant routes, infrastructures et terres cultivables, sans faire toutefois de victimes étant donné l’évacuation préventive de 800 personnes.

Le panache éruptif va atteindre le continent européen le 15 avril,  Cendres - Modis -14-21.04.10causant une rupture du trafic aérien et une fermeture en cascade des espaces aériens européens. L’activité volcanique se maintient stable, avec émission de panache d’une hauteur moyenne de 5 km. et de jökulhlaups, par pulsions répétées.

Relevé de la masse des cendres en kilotonnes - d'après données MODIS.

 

De spectaculaires séances d’éclairs illuminent le panache durant ces jours là.


Eyjafjallajokulsgos--R.Sigurdsson.jpg   Eclairs durant la seconde phase éruptive / épisode strombolien - photo R.Sigurdsson


Le 23 mai, le VAAC London déclare que l’éruption est terminée, mais le volcan reste sous surveillance.

 

Une estimation des matériaux éruptifs déchargés lors des premières 72 heures à l’Eyjafjallajökull a été faite par l’Institut des Sciences de la Terre Islandais : les produits éruptifs – 140 Mm³ - peuvent être classés en trois catégories :

- les téphra déposés dans les chaudrons glaciaires autour des cratères : 30 Mm³

- les téphra remplissant le lac glaciaire de Gigjökulslon, charriés par les torrents descendants le glacier Gigjökull : 10 Mm³

- les téphra véhiculés par les vents vers le sud et l’est du volcan : 100 Mm³

Ces téphra non compactés correspondent à un volume de magma de 70 à 80 Mm³, avec un ratio de décharge de 750 tonnes/seconde, soit 10-20 fois le ration de l’éruption de flanc de Fimmvörðuháls.


La composition des laves différentes au cours des deux phases permet une meilleure compréhension de l’éruption. Les laves de la phase initiale sont des basaltes alcalins à olivine, avec une teneur en silice de 47% ; la deuxième phase produit des trachyandésites, avec une teneur en silice de 56,7 à 59,6 % de SiO². L’analyse des cendres révèle une teneur en fluor de 850 mg./kg. le 19 avril. D’après Sigmundsson, "c’est le mélange entre deux différents types de magma , l’un existant sous l’aire sommitale, l’autre appartenant à l’intrusion magmatique, qui aurait causé l’éruption explosive … l’explosivité d’une éruption dépend du type de magma, et celui-ci dépend de la profondeur de la source" ; c’est donc par l’étude du système de plomberie du volcan qu’on pourra à l’avenir comprendre les processus conduisant l’activité volcanique, mais on est encore loin de pouvoir prédire chaque éruption !


 

iceland-volcano-lg.jpg                                Illustration by Zina Deretsky, U.S. National Science Foundation

                    Plumbing system de l'Eyjafjallajökull avec dyke et sills d'alimentation.

Les trois premières vignettes montrent les épisodes d'intrusion magmatique ayant causé déformation et sismicité en 1994, 1999 et dans le courant début 2010.

Le 4° vignette : première phase éruptive à Fimmvörduhals avec sortie de magma basaltique.

La 5° vignette : seconde phase explosive et panache de cendres.

 

09.10.2010---O.Sigurjonsson.jpgLes premières neiges en octobre 2010 prouvent que la lave, au cratère sommital de l'Eyjafjallajökull, a refroidi - photo Ol.Sigurjonsson / IMO.

 

Sources :

- Institute of Earth Sciences - Univ. of Iceland - eruption in Eyjafjallajökull - link

- Icelandic Met Office - divers articles - link

- Univ. of Wisconsin - Madison : intrusion triggering of the 2010 Eyjafjallajökull explosive eruption - by J.Sakai, Z.Deretsky, F.Sigmundsson, K.L.Feigl  - link

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Quentin 28/04/2011 14:04



Le volcan sous le glacier ne porte pas de nom particulier, on le nomme donc d'après le glacier qui le couvre. Les Eyjafjöll (au pluriel) désignent ses contreforts sud, face à la
mer et visibles des îles Vestmann (ey -> île en islandais, Eyjafjöll -> les montagnes, ou plutôt contreforts, qu'on voit des îles). Dans les autres langues, y compris l'islandais, on se
réfère au volcan par le nom du glacier, c. à. d. Eyjafjallajökull.


La Wikipédia francophone a tort (la page de discussion est très instructive) et le nom du volcan est bien Eyjafjallajökull comme indiqué
sur les Wikipédia anglophone, germanophone ou islandaise).



Bernard Duyck 28/04/2011 20:26



Merci de cette précision Quentin ... j'ai changé ma petite note.


C'est super d'être un lecteur attentif !



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