Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

  L’archipel Tristan da Cunha est situé dans l’Atlantique sud, à 500 km. à l’est de la dorsale médio-Atlantique.

Il se compose de quatre îles : Tristan da Cunha, qui a donné son nom à l’archipel, Gough island, Inaccessible island et le groupe formé par Nightingale island, et deux îlots, Middle et Stoltenhoff islands.

 

-Tristan_archipelago-Map---Mahahahaneapneap.png                          Carte de l'archipel Tristan da Cunha - doc. Varp

 

Cet archipel a vu sa naissance liée au point chaud Tristan (ou Walvis hot spot), source commune du volcanisme qui marque l’archipel, la dorsale Walvis et son pendant, la dorsale Rio Grande, ainsi que la formation des provinces basaltiques (trapps) localisées en Namibie à l’est et au Brésil à l’ouest.

La dorsale Walvis est une dorsale asismique, structure majeure  dans l’Atlantique sud ; elle témoigne du passage originel de la plaque Africaine au dessus du point chaud. L’île Tristan da Cunha est l’expression moderne en surface de ce point chaud. La dorsale Rio Grande forme son pendant ouest sur la plaque Sud-Américaine.

 

O-Connor_and_Duncan_JGR_199015.jpgSchéma des déplacements des plaques sud-américaine et africaine au dessus du point chaud Tristan, en partie centrale gauche d la carte de O'Connor & Duncan. (réf. en sources) - en noir, les trapps du Parana et Edenteka.


Il y a 120-138 Ma, l’activité volcanique du point chaud (ou d’un super-volcan maintenant éteint) crée une vaste province ignée, incluant les trapps WalvisHotSpot.JPGdu Parana (Brésil)  et Edenteka (SO. Angola – NO Namibie), d’un volume original estimé à plus de 2,3.106 km², et actuel de plus d’ 1 M.km², pour une épaisseur d’au moins 2.000 mètres.

Ces inondations basaltiques sont associées au rifting du Gondwana et l’ouverture de l’océan Altlantique sud.

 


WalvisHotSpot2.JPGL’écartement au niveau des dorsales semble symétrique, vers l’est et l’ouest, avec trois phases identifiées par leurs vitesses :

- 84 à 70 Ma : phase rapide avec un ratio d’écartement de 45 mm./an

- 70 à 45 Ma : phase lente avec des variations , ratio de 5-18 mm./an

- 45 à 10 Ma : phase stable , avec écartement à une vitesse constante de 30 mm./an.

Schémas from Tristan da Cunha website - http://www.tristandc.com


( plus de détails sur : Tristan da Cunhahotspot tracks and the seafloor spreading history of the South Atlantic / by Hall et Bird / Smithsonian inst.)

 

tristan-da-cunha.Atlas-obscura.jpg                        L'île volcanique Tristan da Cunha - photo Atlas Obscura.


Tristan da Cunha est une île volcanique de 13 km. de diamètre, formée par un volcan-bouclier haut de 2.060 mètres et ses coulées. Sa base repose à 3.700 mètres sous le niveau de la mer.

L’érosion marine a sculpté les hautes et abruptes falaises qui ceinturent l’île. Leur succèdent des pentes plus douces qui mènent au pic Quenn Mary, et son cratère principal large de 300 mètres et contenant un petit lac. Les éruptions proviennent de ce cratère et de nombreux évents de flanc, ainsi que de fissures radiales. Les côtés du volcan sont ponctués de cônes stromboliens placés le long de ces fissures radiales et d’autres fissures circulaires. Un essaim de dykes est exposé de façon radiaire à l’édifice-mère.

 

tdc-geol---Baker-1964.gif                                                  Tristan da Cunha geology - doc. Baker 1964

 

L'éruption de 1961-62 :

Le seule éruption historique de Tristan da Cunha s’est produite en 1961-62, au niveau d’un évent situé sur la côte nord à proximité du seul point d’établissement humain de l’île.

Nat-Geo-article-1962.jpgL’éruption débuta le 10 octobre 1961, après un essaim sismique, accompagné de chutes de roches au niveau des falaises … la lave fit irruption tout juste à l’est des habitations, formant un cône égueulé, qui dirigea les coulées vers la mer. L’éruption dura jusqu’en mars 1962 ; un dôme de lave commença à croître ensuite et scella l’évent.

 

"Death of an island " article du National Geographic de 1962 relatant l'éruption historique de Tristan da Cunha.

 

112076.jpgEdinburg of the Seven Seas, "the settlement" - le cône de scories et la coulée de lave  -  Photo by Vicky Hards, 2004 (British Geological Survey, copyrighted NERC) / GVP.


Vers octobre 1961, l’évacuation des habitants est entreprise : ils se réfugient dans un premier temps à l’île de Nightingale, avant d’être expédiés au Cap. Finalement, les Tristanais furent transportés en Grande-Bretagne, où ils furent abrités sur une ancienne base militaire nommé Pendell Army Camp, près de Mersham-Surrey, en Angleterre. Ils furent ensuite regroupés à la base abandonnée de Calshot, nom qu’ils retiendront pour désigner leur nouveau port d'attache à leur retour chez eux, de la Royal Air Force, près de Southampton en Angleterre. Pour la plupart d’entre eux, ils éliront domicile sur un chemin qui est toujours nommé "Tristan Close".

En 1962, la Royal Society organise une expédition pour connaître l’ampleur des dégâts causés par l’éruption et pour étudier les conséquences qu'elle aurait pu avoir sur la faune et la flore locale. Les chercheurs découvrent le bourg d’Edimburg of the seven Seas presque intact — l’éruption s’était arrêtée à seulement 300 mètres de la colonie. Mais les autorités ne veulent pas rapatrier les insulaires, prétendant "qu’ils sont mieux là où ils sont". Alors les Tristanais entreprennent  d’organiser leur propre rapatriement. Les autorités font alors volte-face pour faire tout le nécessaire pour venir en aide aux habitants. En 1963, mené par Willie Repetto (le chef de l'île) et Allan Crawford (un ancien agent de santé posté sur l’archipel), les Tristanais regagnent leur pays, sauf cinq qui en avaient décidé autrement, et cinq des leurs qui étaient décédés lors de leur séjour en Angleterre. Mais la population s'était accrue de huit nouveau-nés entre-temps.


Tristan : isolement et auto-dépendance.

L’île Tristan da Cunha ne figure sur les cartes que depuis 1509 ; elle fut Tristao-da-Cunha----Paolo-Giovio-Elogi-virorum-bellica----jpgapprochée pour la première fois par un navire commandé par Tristao da Cunha, naviguant sur la route des Indes en 1506, avec un mandat du roi du Portugal.


Portrait deTristao-da-Cunha -Paolo Giovio Elogi virorum bellica - 


La première exploration connue de Tristan da Cunha fut menée le 7 février 1643 par le vaisseau Heemstede de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, dirigé par le capitaine Claes Gerritszoon Bierenbroodspot (un nom pareil ne s’invente pas !… littéralement traduit : bière-pain-pot).

Le navire en profite pour se ravitailler en eau douce, en poissons, en phoques et en manchots.


Tristan---HMS-Challenger---Thomson-1878-NOAA-Photo-library.jpgGravure antique évoquant l'approche de Tristan da Cunha par le H.M.S. Challenger. - Thomson 1878 / NOAA photo library.

 

Ce n’est qu’en 1810 qu’une première colonisation est tentée par trois Américains natifs de Salem au Massachusetts. Le chef de cette petite bande est un certain Jonathan Lambert, un homme excentrique qui, dès son arrivée, prend possession de ces terres en son propre nom et les rebaptise Refreshment Islands. Ils survivent en cultivant des pommes de terre, du blé et des légumes, et en faisant l’élevage de porcs. Leur commerce est basé sur le troc d’eau potable, de bois et des surplus de la récolte qu’ils trafiquent avec les navires de passage.

Malgré une occupation continue, en août 1814, la Grande-Bretagne s’empare des îles Refreshment en les annexant officiellement. La Grande-Bretagne revendique plusieurs raisons pour cette prise de possession, entre autres qu’elle souhaite prévenir toute tentative d’évasion appuyée par des sympathisants de l’ex-empereur Napoléon Bonaparte détenu, suite à la défaite de Waterloo, sur l’île de Sainte-Hélène à 2 180 km au nord de l’archipel de Tristan da Cunha. Il y a aussi le besoin de priver les vaisseaux de guerres américains d’un havre à l'abri, permettant de cibler les navires marchands britanniques en route ou en provenance des pays de l’Orient.

En 1867, le prince Albert, duc d’Édimbourg, deuxième fils de la reine Victoria, visite les îles. C’est en son honneur que les habitants de la colonie ont renommé leur bourg "Edimbourg-des-Sept-mers"  - "Edinburgh of the Seven Seas ", mais ils préfèrent toujours l’appeler plus intimement la Colonie "The Settlement ".


Edinburgh-of-the-Seven-Seas--Tristan---Michael-clarke-stuff.jpgEdinburgh of the Seven Seas - le cône de 1961 sur la gauche, tout petit comparé à la falaise - photo Michaël clark stuff.


Suite à l’ouverture du canal de Panama en 1904, et au déclin de l’industrie de la chasse aux baleines, les visites se font de plus en plus rares. Il s’agit, vraisemblablement, d’une période d’isolement presque total, et la population parvint à survivre par ses propres moyens. Cette auto-dépendance, qui perdure encore actuellement, caractérise le peuple tristanais.

 

L'île abrite aujourd'hui 290 personnes, réparties en 80 familles, caractérisées par seulement 8 lignées et noms de familles différents ... ce qui laisse supposer un problème de consaguinité.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Tristan da Cunha

- Tristan da Cunhahotspot tracks and the seafloor spreading history of the South Atlantic / by Hall et Bird / Smithsonian inst.

- Evolution of the Walvis Ridge-Rio Grande Rise Hot Spot System'
Implicationsf or African and South American Plate Motions Over Plumes - J.O'Connor & R.Duncan / Journal of geophysicalresearch vol95 oct.1990
- Vulkaner - Tristan da Cunha 1961 eruption - link

- About.com - Tristan da Cunha, the world's most remote island - Matt Rosenberg

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog