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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages


Tromelin est un îlot corallien de 1 km² situé à 560 kilomètres au nord ouest de la Réunion et de l’île Maurice. Il semblerait que Tromelin soit un ancien banc récifal, aujourd’hui émergé, qui s’est probablement développé sur un haut fond d’origine volcanique. Des fonds de près de 4000 mètres entourent cet îlot. Dépourvu d’eau et de ressources naturelles, il abrite actuellement une station météorologique.

 

tromelin---Ecomar.jpg                                     Iles Eparses - Tromelin - photo ecomar

L’île fut découverte en 1732 par le vaisseau ‘’ La Diane ‘’, commandé par Monsieur de la Feuille et fut baptisée ‘’ Ile des sables ‘’.

Elle ne serait resté qu'un îlot dangereux pour la navigation ... sans l'histoire navrante des "esclaves oubliés".


plan-Tromelin.jpg                       Carte ancienne de "l'isle de Sable", datant de 1761 - archives nationales.

Le 17 novembre 1760, le navire " L’Utile " quitte le port de Bayonne avec 132 marins à bord. Le trois-mâts est affrété par Jean-Joseph de Laborde pour le compte de la Compagnie française pour le commerce des Indes orientales.
Ce Jean-Joseph de Laborde est un personnage peu commun : banquier de Louis XV, première fortune de France, mécène des peintres Jean-Baptiste Greuze, Hubert Robert, Joseph Vernet, mais aussi négrier. Ce négociant est représentatif de son temps, dans la mesure où il se livre à la traite négrière avec une parfaite bonne conscience, allant même jusqu’à baptiser ses navires du nom de ses filles ou de ses amis.
"L’Utile" est sous le commandement du capitaine Jean de La Fargue, 57 ans. Après plusieurs mois de navigation, le navire atteint l’île Maurice en avril 1761. D’où il repart, en juin, pour Foulpointe, à Madagascar. La Fargue y fait embarquer des vivres et une centaine d’esclaves qu’il compte revendre à l’île Maurice, malgré l’interdiction formelle du gouverneur. En effet, celui-ci, craignant un blocus des Anglais, ne veut pas s’embarrasser de bouches inutiles.
Le 31 juillet 1761, une tempête terrible jette l’Utile sur les récifs de l’île de Tromelin. L’équipage parvient à rallier l’îlot sableux sans trop de mal, suivi par seulement une soixantaine d’esclaves, car les panneaux de la cale avaient été cloués.
Sur cet îlot désolé, l’ordre … et la ségrégation règnent : blancs et esclaves vivent dans des camps différents. Rapidement, le commandant fait construire une embarcation avec le bois arraché à l’épave. Une forge est même installée à terre.
Les 122 français ne restent que 2 mois sur la petite île avant de repartir en promettant de revenir chercher les 60 Malgaches. Mais il n’en fût rien : le gouverneur de Maurice, furieux contre La Fargue, qui avait désobéi à ses ordres, refusa de porter secours aux esclaves.
Seuls 8 esclaves survivants, dont un bébé de 8 mois, furent récupérés 15 ans plus tard, le 29 novembre 1776 par la corvette "La Dauphine", commandée par le Chevalier de Tromelin, lieutenant de vaisseau du Roi.. Le petit garçon sauvé des eaux sera rebaptisé Jacques Moïse (!), sans que l’histoire retienne si on a demandé l’avis de la mère et d’une de ses grand-mères, également survivantes, et dont l’histoire n’a retenu ni les noms, ni les témoignages.
Depuis cette époque, de nombreux naufrages eurent lieu, mais les hommes furent sauvés arec des canots ou recueillis par des bâtiments de guerre croisant dans les parages.

 

Tromelin-fous-a-pieds-rouges---B.Gysenbergh.jpgSeuls les oiseaux pélagiques et les tortues marines abordent Tromelin - ici, groupe de fous à pieds rouges - photo B. Gysenbergh.

 

P8243666--Large-.JPG     Des timbres pour les volcano-philatélistes , avec e.a. l'ancre de l'Utile coincée dans les coraux.


Le groupe de recherche en archéologie navale, le GRAN, a lancé sous le patronage de l’Unesco le projet « Esclaves oubliés » avec pour objectif de fouiller l’épave de l’Utile et retrouver des traces du séjour des naufragés et définir leurs conditions de vie. Trois campagnes archéologiques ont été menées en 2006, en 2008 et en 2010, sous la conduite de Max Guérout, Elles ont  révélé un mur de 1 mètre 60 de long et 50 centimètres de large qui témoigne de l’état d’esprit des survivants : ils avaient compris que leur séjour sur l’île allait durer. Le sol avoisinant a également livré des informations concernant leur alimentation. Il apparaît que les esclaves ont dû se nourrir principalement de tortues et d’oiseaux et que le feu a pu être conservé jusqu’à leur départ, grâce au bois de l’épave. Autre découverte importante : 6 récipients de cuivre qui, par leurs multiples réparations, démontrent la volonté des rescapés à faire durer leurs objets.

 

Tromelin_excavation.jpg                                          Fouilles archéologiques à Tromelin - doc. GRAN

 

Sources :

- GRAN - Tromelin - L'Utile, esclaves oubliés - les différentes campagnes archéologiques - link

- Université de La Réunion - Base de connaissances sur les coraux des Mascareignes - link

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