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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

La découverte du squelette de Lucy par l’expédition internationale de recherche en Afar a apporté un des chaînons manquants dans l’histoire du développement de l’homme moderne.

ethiopie 2007 007 copie

Lucy a été découverte le 30.11.1974 à Hadar sur les bords de la rivière Awash en Ethiopie dans le cadre de l'International Afar Research Expedition, un projet regroupant une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français co-dirigé par D.Johanson (paléoanthropologie), M.Taieb (géologie) et Y.Coppens (paléontologie).

Lucy a été décrite une première fois en 1976   mais son rattachement à l'espèce Australopithecus afarensis n'a été proposé qu'en 1978. 

Répertoriée sous le code AL 288-1 , Lucy a été surnommée ainsi par ses "inventeurs" car ces derniers écoutaient la chanson des Beatles,  "Lucy in the sky with diamonds", le soir sous la tente, en répertoriant les ossements, qu'ils avaient découverts. Elle est parfois également surnommée Birkinesh, Dinkenesh ou Dinqnesh, qui signifie « tu es merveilleuse » en langue amharique.

Lucy est conservée au Museum national d'Éthiopie à Addis-Abeba, où une réplique y est exposée.

Photo prise au musée d'Addis lors d'un périple en Afar - © B.Duyck

 

 

Yves Coppens, le paléontologiste et paléoanthropologue français ayant participé à cette expédition, a développé la théorie de l’ East side story, qui est un modèle expliquant l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l’est par un changement climatique majeur lié à la formation du grand rift.

 

465px-Great Rift Valley map-fr.svg - USGS Sémhur                         Le grand rift Africain - doc. USGS / Sémhur.

Cette zone d’extension intracontinentale rejoint au nord deux structures extensives (des anciens rifts océanisés) qui limitent la plaque Arabique: la mer Rouge et le golfe d’Aden. Le point triple de l’Afar qui relie ces trois structures est une zone volcanique majeure découpée par de nombreuses failles.

Le rifting débute au Miocène, et l’effondrement provoque la formation de nombreux lacs.

La vitesse d’ouverture est de l’ordre de 10 mm/an et diminue vers le sud. Les deux branches du rift sont reliées par une zone de fracturation importante, le linéament d’Assoua. Le Kilimandjaro et le Mont Kenya, deux volcans, sont situés à l’intersection entre la branche orientale et ce linéament. La poursuite de cette extension intracontinentale peut aboutir, dans les prochains millions d’années à une océanisation et à l'individualisation d’une plaque Somalienne.

La vallée du grand rift connaît une très grande activité volcanique : il existe une très grande complexité du volcanisme visible nulle part ailleurs. On peut e.a. citer ici, sur la branche Est :

z---ethiopie-2007-rush-168-copie.jpg- L'Erta Ale, volcan-bouclier effusif très actif projetant de la lave fluide et dont la caldeira abrite un lac de lave;

- Le Dallol, un site géothermo-volcanique situé dans le triangle Afar.

                               Erta Ale - lac de lave  -  © B.Duyck

diap-len-055-copie.jpg- L'Ol Doinyo Lengai, stratovolcan rejetant une lave fluide unique au monde, la natrocarbonatite.

 - Le Kilimandjaro et le mont Kenya, stratovolcans, couverts de glaciers, respectivement symboles naturels de la Tanzanie et du Kenya.                     Lengai hornito - Solarisation  -  © B.Duyck

 

La formation du rift, il y a une dizaine de millions d'années, aurait conduit à une différentiation climatique et environnementale majeure entre la région située à l'ouest, humide et boisée, et la région située à l'est, beaucoup plus sèche et occupée par la savane. À partir d'une souche commune, deux populations de primates auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient divergé :

- à l'Ouest, région restée humide et couverte de forêt tropicale, se serait développée la branche des primates regroupant les grands singes ancêtres des gorilles, des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à leur conserver un mode de déplacement essentiellement quadrupède et arboricole.

- à l'Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya et de l’Ethiopie), à l'abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat beaucoup plus sec se serait mis en place accompagné de la formation d'une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, une ou plusieurs branches distinctes de la famille HOMINIDE se seraient développées. Les australopithèques et les parantropes en feraient partie, ainsi que l'ancêtre de l’homme moderne. Ce climat et sa végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres ou ces cousins de l'homme moderne, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l'amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils.

 

HommeLignee                   Ligne du temps des Paranthropes et des hominidés .

 Ce modèle séduisant a été remis en cause par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez certains Australopithèques, puis par les découvertes par l’équipe de Michel Brunet d'Australopithecus bahrelghazali – Abel - et de Sahelanthropus Tchadensis – Toumaï - au Tchad, soit 2 500 km à l'ouest du rift.

Si Yves Coppens a reconnu que le modèle ne correspondait plus aux données actuelles, l'isolement géographique de petits groupes reste une hypothèse privilégiée pour expliquer l'apparition de la bipédie … « la mise sur pied de l’homme » - Homo erectus.

 

Homo erctus - dispersion 8-carte

 

Homo erectus a commencé sa migration et sa conquête de nouveaux territoires voici plus d'un million d'années et on le retrouve pratiquement en même temps à proximité du Pacifique à l'est, et de l'Atlantique à l'ouest.

 

Puis le flambeau sera passé à l'homo néanderthalensis et l'homo sapiens sapiens, finalement au profit de ce dernier. L'évolution de l'homo sapiens se fera indépendamment dans chaque continent, avec peu d'échanges de gênes d'abord, aboutissant à la diversité humaine actuelle.

 

535px-Humanevolutionchart.png             Evolution humaine en fonction du temps et des continents - doc.wikipedia

 

From: Genetic Analysis of Lice Supports Direct Contact between Modern and Archaic Humans Reed DL, Smith VS, Hammond SL, Rogers AR, Clayton DH PLoS Biology Vol. 2, No. 11, e340 doi:10.1371/journal.pbio.0020340.


Ce raccourci, qui frustera sans doute les puristes - mais ce n'est pas le sujet de ce blog - nous montre l'importance qu'ont joué les volcans sur l'évolution des hommes. Leur action ne se dément toujours pas, modelant les traditions et civilisations.

 

Un peu d'humour :

 

evolution_homme.jpg                           "La marche du progrès" ... caricature ?

 

Sources :

- Homo erectus - Stanford university - lien

- Homo erectus, à la recherche de "celui qui marche debout" - lien

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