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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Une récente émission de David Attenborough sur les serres tropicales de Kue Gardens, en Angleterre, a mis en lumière des zones géothermales situées au Rwanda.

Quel peut être le point commun entre ces deux endroits fort éloignés ?

 

Le Nymphea thermarum Eb.Fisch. :

Le nénuphar pygmée rwandais (nom usuel, non officiel) - pygmy Rwandan water lily -  est un nénuphar "thermal" poussant autour des sources chaudes de Mashyuza, dans le sud-ouest du Rwanda.

Découverte en 1987 seulement par le botaniste allemand de l’Université de Koblenz-Landau, le professeur Eberhard Fischer, cette endémique a disparu de cette implantation suite à la surexploitation de la source chaude lui fournissant son fragile habitat. L’eau ne pouvant plus atteindre la surface, la petite zone, chaude et humide où il poussait, s’est desséchée et tous les exemplaires ont disparu.

 

Nymphea-Thermarum--Seerosen.jpg                     Nymphea thermarum Eb.Fisch - photo Seerosen.org (~x4)

 

Fort heureusement avant son extinction dans la nature, des exemplaires avaient été cultivés en Allemagne, à Bonn, et à Kew Gardens, en Angleterre. Toutefois, l’espèce s’est révélée extrêmement difficile à multiplier.

carlos-magdalena-foto-kew-gardens-copie-1.jpgL’horticulteur Carlos Magdalena de Kew Gardens (photo) a déchiffré l’énigme de la culture de cette espèce rare de nénuphar africain, considéré comme le plus petit au monde, avec des feuilles n'atteignant parfois que 1 cm de diamètre. Il a rassemblé des informations sur l’habitat naturel de la plante en retournant  à la description originale en allemand de celle-ci : "Il pousse dans la boue humide due au débordement d’une source chaude. L’eau atteint la surface à 50°C, mais la plante colonise un secteur où l’eau a refroidi jusqu’à 25°C ".

Cela signifie qu’au contraire de toutes les autres espèces connues de nénuphars, Nymphea thermarum ne pousse pas submergé dans l’eau profonde des lacs, rivières ou marais. La découverte est que cette espèce de petite taille, extrêmement rare et inhabituelle, pousse en terrain humide au bord d’une source chaude thermale. Avec ces données en main, Carlos Magdalena a procédé à un dernier essai. Il a placé semences et semis dans des pots de terreau à l’intérieur de petits récipients remplis d’eau afin de maintenir l’eau au même niveau que la surface du terreau, à une température de 25°C. Les derniers individus restants de l’espèce ont ainsi pu être exposés à une concentration plus forte de dioxyde de carbone et d’oxygène dans l’air. A sa joie et sa surprise, les plants se sont vite renforcés et après quelques semaines, huit d’entre eux ont commencé à prospérer et ont atteint la maturité avec des feuilles plus épaisses, plus vertes et plus larges.

 

Nymphaea_thermarum-Kew-gardens---CT-Johansson.jpg     Nymphea thermarum Eb.Fisch en conditions de culture - photo C.T. Johansson / Kew Gardens


Ce nénuphar possède des fleurs blanches à étamines jaunes, probablement autopollinisées, qui s’ouvrent le matin pour se refermer en début d’après-midi. Une fois la floraison terminée, le pétiole se courbe pour que le fruit entre en contact avec la boue humide. Après maturation, le fruit libère les semences. La plante ne se reproduit que par semis.

En novembre 2009, la collection de Nymphea thermarum de Kew a fleuri pour la première fois.

Comme cette espèce est aujourd’hui multipliée et cultivée facilement dans les serres, et comme la source chaude continue à couler (mais elle est captée avant d’atteindre la surface), il pourrait y avoir une possibilité de restaurer le site et de réintroduire Nymphaea thermarum au Rwanda.


Le potentiel géothermique du Rift africain :

De nombreuses sources chaudes émergent dans le graben Mashyuza, à une température allant jusqu’à 54,2°C. Elles témoignent d’un potentiel géothermal lié au rift africain, et dans ce cas, à sa branche occidentale.

 

figure2.jpg          Le rift Est africain et ses deux branches, ouest et est, entourant le craton Tanzanien.


La présence de ce petit nénuphar, et son éventuelle réimplantation, remettent à l’ordre du jour une source énergétique disponible et inutilisée, sinon gaspillée, malgré son inventaire dans les années 70-80. L’utilisation de cette source d’énergie pourrait se substituer à terme à l’utilisation du charbon de bois, mettant en danger les écosystèmes.

 

Rwanda-geothermie.jpg                                         Rwanda - en gras, les zones géothermales étudiées 

 

Sources :

- Kew Royal Botanical Gardens - Nymphea thermarum

- Science News - Smallest waterlily in the world brought back from the brink of extinction at Kew Gardens.

- Seerosen - Nymphea thermarum

- Geothermal development in rwanda : an alternative to the energy crisis - Ministry of infrastructure, Kigali, Rwanda.   

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