Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #news

Le classement récent au Patrimoine Mondial par l’Unesco du bassin minier du Nord-Pas de Calais et de quatre sites Wallons, Le Grand Hornu, le Bois-du-Luc, le Bois du Cazier et Blegny-Mine, m’amène à relever certaines similitudes entre les terrils et les volcans.

 

800px-Rouvroy_-_Terril_n-_84-_2_Sud_de_Drocourt_-05-.JPG                  Terril n°84 - Rouvroy (F) - sud de Drocourt - photo Jérémy Jännick

 

Laacher-See-066.jpg          Quelques volcans de l'Eifel, vus du sommet du Nastberg - photo Bernard duyck

 

Le bassin houiller Franco-Belge s’étend du Pas-de Calais en direction de celui de la Ruhr, en Allemagne, en passant par le sillon Sambre-Meuse ; il est parsemé de formations coniques typiques, ressemblant à s’y méprendre aux cônes volcaniques de l’Eifel tout proche.

 

bassin_houiller2.jpgSituation du bassin houiller Franco-Belge parmi ceux d'Europe occidentale - carte Fossilraptor.be / Carbonifère : exploitation minière.

 

Similitudes avec les volcans :

 

Les sous-produits de l’exploitation minière, composés principalement de schistes et de grès carbonifères sont entassés jusqu’à former des cônes plus ou moins hauts, les terrils, ressemblant aux cônes de scories volcaniques les plus parfaits.

 

Terril_Loos-en-Gohelle_2006-01-14---Sylvain-Beucher.jpg       Un des deux plus grands terrils du Pas de Calais, à Loos-en-Gohelle (F) - photo Sylvain Beucher.


Les terrils sont le résultat de l'accumulation des "stériles". L'origine du mot "terril" n'est pas clairement établie, mais la proximité entre "stérile" et "terril" fait partie des explications parfois entendues.

Dans les galeries minières, schistes et grès étaient associés au charbon, et une fois extrait et triés, ces résidus encombrants trouvaient places à proximité immédiate de la fosse. Et au fil du temps, de véritables collines ont vu le jour. Les terrils plats, ou "tabulaires", sont en général plus anciens, puisque au début de l'exploitation minière, les berlines étaient tirées par les chevaux, et il fallait prendre garde à ne pas faire de pente trop rude. Mais avec l'amélioration des techniques, l'apparition des systèmes de treuils et/ou du chemin de fer, ainsi que le développement de l'urbanisation autour des fosses, les terrils sont devenus de plus en plus haut, et ont prit une forme plus conique. On posait alors directement des rails sur la pente des terrils, que l'on prolongeait à mesure que la hauteur augmentait.

 

Les sols peuvent y rester très chaud suite à un phénomène de combustion interne, qui marque surtout les plus anciens qui contiennent encore beaucoup de houille. Ce phénomène produit du CO2, constituant un problème écologique.

Le CO2, le CO, et le méthane sont aussi des gaz présents dans les galeries minières ... on les retrouve dans ceux émis par les volcans.

Le fameux grisou est en fait du méthane à 99,5%, plus léger que l'air, inodore et incolore.  Il s'accumule au toit de la galerie et, à pression et température ordinaires, les teneurs limites d'inflammabilité sont de 5,6 et 14 %. La combustion a une allure explosive entre 6 et 12 %.

L'inflammation d'un volume gazeux constitué d'un mélange d'air et de grisou, par une étincelle ou une flamme de lampe, entraîne dans les galeries : la production d'une flamme dont l'expansion est assez limitée ;

la formation d'une onde de pression élevée qui se propage très loin à des vitesses de l'ordre de 250 m/s ; le dégagement de gaz brûlés (CO2 et CO) ; de plus, la combustion du méthane peut mettre le feu à des matières aisément inflammables, en particulier à des poussières de charbon soulevées par le souffle de la flamme.

 

Le "coup de grisou" est une explosion accidentelle de gaz dans une mine, liée à son exploitation. Il s'agit d'un accident souvent mortel, et très redouté des mineurs ; ses effets désastreux sont véhiculés par les galeries de mines, comme la lave est véhiculée à l’intérieur de tunnels.

 

Blegnymine1---LVB.jpg                            Galerie "moderne " à Blegny-Mine (B) - photo fossilraptor

 

800px-Boussu-Bois_le_terril_de_Saint_Antoine---Agrillo-Mari.JPG                      Le terril St Antoine à Boussu-Bois (B) - photo Mario Agrillo.


Terrils et nature :

 

Les terrils abritent également un écosystème unique dans ces régions du nord de la France et de la Belgique. Cet écosystème s'explique par la chaleur légèrement supérieure sur la surface d'un terril à celle de la terre environnante. La raison la plus évidente est la couleur très sombre des terrils, qui agit comme "un corps noir" , accumulant la chaleur pour la diffuser ensuite. Mais la chaleur qui résulte de la lente combustion interne joue également un rôle primordial.

On trouve sur la surface des terrils des espèces végétales inhabituelles sous ces latitudes et provenant pour certaines de régions du bassin méditerranéen. Ces espèces sont arrivées via un processus de propagation naturel, grâce aux vents, mais aussi par l'action des hommes. L'immigration, provenant au fil du temps d'Italie, de Pologne puis d'Afrique du Nord, a vu les humains apporter des fruits, tels que les pommes, et quelques trognons ont fini leurs périples dans les berlines en partance pour les terrils. Certaines graines ont trouvé là un terrain à leur goût et ont donné naissance à des arbres pionniers.

Grâce à ce micro-climat, on peut y cultiver maintenant de la vigne.

 

La qualité biologique d’un grand nombre de terrils est un élément essentiel du patrimoine qui justifie leur préservation. D’autres atouts tels que les qualités paysagères et les potentialités récréatives militent également en faveur d’une valorisation et d’une protection.
Cette éventuelle protection peut conduire à l’intégration des terrils au sein d’un réseau particulier d’espaces protégés et à la définition de mesures de sauvegarde particulières telles que la réglementation de certaines activités ainsi que la mise en place de suivis biologiques.

 

Ce classement est un hommage aux mineurs :

 

thumb.jpg


marcinelleboisducasier - 08.08.1956Dernière catastrophe minière en Belgique, le 8 août 1956, au Bois du Cazier à Marcinelle (B) - 262 victimes sur 274 hommes présents dans la mine - Archives collection IHOES.


Cette mise à l’honneur constitue un hommage à tous ceux, nés ici ou venus d’ailleurs, qui ont œuvré pour le développement de l’économie régionale, souvent en y laissant leur santé et leur vie ; elle peut aussi constituer un tremplin pour l’économie actuelle, avec le développement d'un tourisme industriel … qui fera connaître aussi nos villes et paysages.

 

 

Sources :

- Le Carbonifère – exploitation minière - link

- Geopedia - l'exploitation des mines de charbon - link

- Interreg IV : une mutualisation des compétences pour le bassin minier Franco-Wallon. - link 

- Unesco - sites miniers majeurs de Wallonie - link

- Les terrils du bassin minier Nord-Pas de Calais - link

Commenter cet article

Articles récents

Hébergé par Overblog