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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Le kava, kawa ou kava-kava (kawa kawa) est une plante originaire du Pacifique occidental.  Apparenté au poivre, ce que confirme son goût, son nom scientifique est Piper methysticum. Le kava est utilisé depuis des temps immémoriaux dans la vie religieuse, culturelle et politique de l'ensemble du Pacifique.

En Occident, on utilise le kava en infusion pour lutter contre les symptômes du stress, de l'anxiété et de la dépression.


Le kava, connu depuis plusieurs siècles par les îliens, est en fait la racine du poivrier sauvage, (piper methysticum, pipéracées) qui ne pousse qu'au Vanuatu et dans quelques îles avoisinantes.

Si la plante n'a qu'une apparence chétive, son rhizome est important, pesant souvent 10 kg, et exceptionnellement jusqu'à 15 kg.

 

racine-de-Kawa.jpg             L'impressionnante racine du Piper methysticum - doc. ethnopharmacologie.

Le rhizome du kava possède des propriétés anesthésiantes, myorelaxantes, stimulant et euphorisantes ; un effet anti-dépresseur a été mis en évidence récemment. Le kava est aussi un diurétique. Il est hypnotique à fortes doses.

Le rhizome contient une résine riche en substances aromatiques non azotées les kawalactones, dont la méthysticine, la kawaïne et d'autres dont les plus active appartiennent aux dihydro-5,6 kawalactones.

 

800px-Yaqona-bundle-Fiji-2010.jpgFaisceau de racines de kava utilisé pour des présentations dans les rituels culturels comme réception officielle de bienvenue, funérailles, cérémonies de réconciliation, etc (la boite d'allumettes donne l'échelle. - Doc. wikipedia.


Le rhizome peut être mâché, rapé ou consommé sous forme d'infusion et produit une boisson appelée à tort « thé au kava ». Le goût est aigre et piquant.

Les sensations durent quelques heures pour s'éteindre environ une douzaine d'heures après la prise.

L'usage de kava quelle que soit sa préparation (machée, pilée ou en réduit industriellement en poudre) peut amener à long terme des troubles de la vision et une incoordination motrice, pouvant aller jusq'à un syndrome parkinsonien. Il n'entraîne en principe ni dépendance, ni accoutumance. 5 à 10 grammes sont généralement utilisés.

 

La tradition :

 

John_LaFarge_-_Young_Girls_Preparing_Kava_Outside_of_the_Hu.jpg                     Peinture de john La Farge, artiste américain ( 1835 - 1910)

l'oeuvre s'intitule " Jeunes filles préparant le kava à l'extérieur d'une hutte à l'imposte décorée de fleurs".


Sur place sa consommation, vieille de plusieurs siècles, est ritualisée et régie par la coutume. Le partager est un signe d'amitié, d'ailleurs un proverbe dit : « On ne peut tuer tout de suite quelqu'un avec qui on vient de boire le kava »... l'histoire ne dit pas ce qui pouvait se passer ensuite.

Dans sa forme traditionnelle, le kava est préparé à partir du rhizome qui est mâché puis recraché sur une feuille de bananier. Laissé quelques heures au soleil, la pâte obtenue est ensuite filtrée avec un peu d'eau et consommée dans la coque d'une moitié de noix de coco évidée.


Une préparation modernisée a été popularisée, dans le cadre d'une "néo-tradition" par les « kava bars » aussi appelés « nakamal », terme désignant à l'origine une case tribale, lieu tabou où se retrouvent les hommes vers 17 h 00 pour consommer le Kava. Dans cette préparation, le rhizome du kava est mis à sécher puis réduit en poudre et conditionnée. Cette poudre est parfois mélangée à de la lécithine (un lipide) lors de la préparation avant consommation. Trempé dans de l'eau, le mélange est passé dans un mixeur, puis filtré. La pulpe dans le filtre est alors pressée puis retrempée plusieurs fois, avant d'être retirée. D'autres ingrédients sont parfois ajouté, comme de l'eau de coco, du sucre, du lait de soja, du cacao ou de la citronnelle.

Dans les tribus, l'usage du kava est sacré, et interdit aux femmes (dans certaines tribus de Tanna, les femmes peuvent exceptionnellement en consommer), dans des cas définis par le « Man blo Kustom » (littéralement l'homme de la coutume en bichelamar).

L'usage en est identique aux iles Fidji. En Nouvelle-Calédonie, le kava n'est pas traditionnel. Il fut introduit relativement récemment par les Ni-Vanuatu qui se sont installés dans l'archipel après l'indépendance de 1980. 

 

Problèmes toxicologiques :

La pratique de l'ethnopharmacologie et la mode d'utilisation de la phytothérapie a fait connaitre cette plante chez nous à la fin du 20° siècle. Elle a rapidement été interdite en europe et en amérique du nord, suite à la découverte de problèmes hépatiques liés à son absorption sous des formes modernes.

De tels problèmes n'ont pas été rencontré au Vanuatu chez les consommateurs occasionnels ... suite à la controverse, des études ont confirmé que ces problèmes graves étaient imputables à divers facteurs :

- non conformité avec les usages ponctuels et les techniques de préparations locales.

- devant la demande forte en plantes, on a utilisé des "peelings" de feuilles et tiges, qui contiennent un alcaloïde, la piperméthistine, toxique in vitro pour les cellules hépatiques, et non présent dans la racine.

- certaines préparations industrielles ont utilisé des procédés d'extraction par solvants, ce qui a permis la solubilisation d'alcaloïdes toxiques ... non extraits dans les préparations traditionnelles à base d'eau.

 

Ceci confirme une fois de plus qu'il ne faut pas banaliser la phythotérapie, et que les études ethnopharmacologiques doivent bien prendre en compte les us et coutumes de préparation des remèdes à base de plantes qui sont étudiés.

Son usage selon la coutume locale doit cependant se faire avec prudence et en l'absence de boissons alcoolisées et de prise d'autres médicaments. Un essai personnel ne m'a laissé comme souvenir qu'un goût "terreux" et une anesthésie passagère de la bouche, contrairement aux effets "psychédéliques" rapportés suite à l'ingestion de la plante sous forme de gélules (produit retiré de vente depuis).

 

Sources :

-National tropical Botanical Garden  - Piper methysticum

- dossiers thématiques de l'IRD - de la plante au médicament - lien.

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