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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

 Un groupe d'îles volcaniques couvertes de végétation tropicale situées dans le détroit de la Sonde entre Java et Sumatra ... paysage idyllique. Personne ne se souvient ici du cataclysme qui secoua l'endroit en 535, personne ne se doute de celui qui menace !

 

30051.jpg

L'éruption de 1833 :

 

Entre le 20 avril et le 10 mai 1833, de nombreux séismes de faible intensité affectent ce petit archipel. L'activité sismique s'amplifie ensuite jusqu'au 19 mai.

 

krakatau_02.jpg"Le groupe Krakatau" , avec ses trois volcans Perboewatan, Danan et Rakata - situation avant l'éruption - doc. Admiralty Chart. Le cercle en pointillé indique les limites approximative du cratère du Proto-Krakatau.

 

 A 10 heures le 20 mai, le Capitaine de navire Hollman observe une éruption de son bateau. Le volcan Perboewatan émet un panache montant à 6.000 mètres avec un son audible jusqu'à Batavia. L'activité décroît ensuite, avec un panache oscillant entre 1000 et 1500 mètres. Le 19 juin, de nouvelles explosions se produisent et le 20 juillet, un nouveau cône se forme entre Perboewatan et Danan.

Le 11 août, nouveau regain d'activité avec des panaches s'élevant en onze points distincts. Ce jour là, un capitaine du service topographique de l'armée hollandaise, H.Ferzenaar se rend sur l'île dévastée ... ce sera la dernière personne à fouler le sol de l'île.

 

c.jpg

Le 26 août, Van Sandick, un ingénieur des Ponts et chaussées, embarqué à bord du steamer Gouverneur Loudon, note "Partout un brouillard épais dans la nuit ! Partout, un ciel sans étoiles ! Et cette terrible nuit qui a duré dix-huit heures ! ".

A 13 h 06, une explosion plus forte que les autres marque le début de la catastrophe qui va s'abattre sur Java et Sumatra. Du matériel éruptif est projeté à 21.000 mètres d'altitude et le bruit des explosions est entendu à 600 kilomètres du lieu de l'éruption.
A 14 heures, une grande partie des côtes ouest et nord de Java se retrouve plongée dans l'obscurité la plus totale.
Vers 15 heures, le panache éruptif atteint la hauteur de 26.000 mètres. Des morceaux de ponces d'une taille de 10 à 15 centimètres retombent sur des bateaux situés à plus de 20 kilomètres du centre éruptif. En fin d'après-midi, un premier tsunami frappe la baie de Lampong située au sud de Sumatra. La côte javanaise subit l'assaut des premières vagues destructrices entre 19 et 21 heures.

 

Dans la nuit du 26 au 27 août,  l'air saturé en électricité, favorise l'apparition de feux de Saint-Elme et d'éclairs qui foudroient plusieurs marins. A bord du "  Gouverneur Generaal Loudon ", Van Sandick note : " De temps en temps, la foudre s'abattait sur le mât et chaque fois suivait le fil conducteur du paratonnerre, par-dessus le vaisseau, pour se perdre dans les abîmes de la mer, en faisant entendre une crépitation satanique. Pendant la durée de l'éclair, on pouvait constater partout, sur les visages et les mains, sur les cordages et le pont, une teinte gris cendré, couleur de boue " .

A 23 h 32, les ondes de choc provoquées par les explosions bloquent l'horloge astronomique de Batavia. Le bruit des explosions est alors perçu à Singapour, une ville située à 900 kilomètres du Krakatau. D'autres ondes de choc seront également enregistrées à 1 h 55 et 4 h 56.

 

-Krakatoa_eruption-1883-_lithograph-1888---Twinsday.jpg                                 L'éruption du Krakatau en 1883 - lithographie de 1888

Krakatau erupting on May 27, 1883. From Symons, G., 1888, The Eruption of Krakatau and Subsequent phenomena: Reports of the Krakatau Committee of the Royal Society, Trubner, London.

 

Le 27 août, à 5 h 30, 6 h 44 et 8 h 20, trois violentes explosions sont perçues dans un rayon de 3.000 kilomètres autour du centre éruptif. Vers 6 heures du matin, des tsunamis dévastent les villes d'Anjer à Java et de Ketimbang à Sumatra. À 7 heures du matin, la colonne éruptive atteint maintenant l'altitude de 43.000 mètres. Entre 7 h 30 et 8 h 30, de nouveaux tsunamis déferlent sur Sumatra détruisant les villes de Tjiringin et de Telok Betong tandis qu'à 9 heures, une vague géante dont la hauteur est estimée entre 30 et 40 mètres frappe Merak à Java où 2 700 personnes périssent noyées. À Telok Betong, seuls survivront une poignée d'européens dont la maison était située sur une colline haute de 37 mètres.   

La violence du Krakatau atteint son apogée à 10 heures du matin le lundi 27 août 1883. La quatrième grosse explosion de la matinée est entendue à Ceylan, aux Indes, en Australie et dans une grande partie de l'Océan Indien. Au Timor et à Makassar, le bruit fut perçu comme étant celui d'un combat naval tandis qu'à Ceylan, il fut interprété comme étant celui d'une bataille à l'arme lourde. À 4.800 kilomètres du volcan, les habitants de l'île Rodrigues perçoivent la détonation 4 heures après l'explosion. On considère que le son produit par cette déflagration fut le plus puissant jamais entendu par une oreille humaine. Une estimation tend également à prouver qu'elle fut entendue sur 1/14ème de la superficie totale du globe terrestre.

Cette explosion fut accompagnée par un tsunami qui rasa le phare de Fourth Point à Java. À Telok Betong, une petite ville de Sumatra située à 70 kilomètres au nord-ouest du Krakatau, la mer monta de 22 mètres, jetant le voilier " Marie " sur la plage et entraînant la canonnière  " Berouw ". On retrouvera plus tard la " Berouw ", posée à une dizaine de mètres au-dessus du niveau de la mer et à une distance de 3 kilomètres à l'intérieur des terres. Le " Marie " aura plus de chance car une vague le remettra ultérieurement à flot. Ce sera l'un des rares navires rescapés de ce drame avec le " Gouverneur Generaal Loudon ".

 

Krakatoa_Tsunami_1883.jpgEffect-Krakatau-1883-Eruption.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A gauche, les ondes du tsunami généré par l'éruption.

A droite, en beige, la zone affectée par le surge - en rouge, la direction et la distance parcourue par les coulées pyroclastiques.

 

L'onde de choc fit trois fois le tour du globe terrestre faisant voler en éclat toutes les vitres dans un rayon de 500 kilomètres. À Tokyo, une ville pourtant située à 5.860 kilomètres du lieu de l'éruption, on enregistra une augmentation de pression de 1,45 millibar tandis qu'à Batavia la température chutait brutalement de 8°C. La première onde de choc, venant de l'est, mit une dizaine d'heures pour arriver à Paris après avoir parcourue près de 11.600 kilomètres. La seconde, qui arriva par l'ouest, mit environ 24 h 30 pour parcourir la distance séparant le détroit de la Sonde à Paris en passant par l'Amérique soit un trajet de plus de 28.500 kilomètres. Des enregistrements barométriques montrent que les ondes de choc firent donc le tour de la planète en moins de 35 heures à une vitesse moyenne estimée à 1.150 km/heure soit 328 mètres par seconde.

Vers midi, le tsunami est observé à Batavia. Le panache éruptif atteint désormais les 48.000 mètres d'altitude et l'obscurité est totale dans un rayon de 400 kilomètres autour du volcan.

 

Des coulées pyroclastiques commencent à progresser à la surface de la mer sur de très grandes distances. Certaines d'entres elles vont parcourir 48 kilomètres en direction du nord-est et de l'île de Sumatra (voir la carte ci-dessus). Dans la baie de Lampong sur la côte sud de Sumatra à plus de 46 kilomètres du lieu de l'éruption des corps seront retrouvés enfouis sous 2 mètres de cendre mortellement chaude. Plusieurs survivants de la région de Katimbang, évoqueront des gaz et des cendres brûlantes jaillissant des planchers de leurs maisons. Ainsi, le contrôleur de Katimbang, monsieur Beijerinck, réfugié avec sa femme et ses enfants sur les pentes du Radja Bassa sera grièvement brûlé tandis que leur fils cadet succombera à ses brûlures. Les survivants devront leur salut à une pluie froide, providentielle mais boueuse, qui leur permettra d'échapper à une mort atroce. Ces quelques rescapés ne pourront être secourus que le 1er septembre 1883.

Vers 14 h 30, la nuit est totale dans un rayon de 1.000 kilomètres autour du centre éruptif. Certains endroits du détroit de la Sonde, profonds de 20 à 60 mètres, sont maintenant comblés par des dépôts de cendres, de ponces et d'ignimbrites dacitiques.

 

Les cendres en suspension dans l'atmosphère retomberont sur Terre durant plusieurs mois. À Lausanne, Secretan de Beaulieu note : " En date du 12 décembre, la neige du Mont-Blanc paraissait teintée de rose depuis plusieurs jours " . En Allemagne et en Suisse, entre septembre et décembre 1883, on observera à plusieurs reprises des pluies ou des chutes de neige accompagnées "d'une fine couche de poussière de couleur noire ".

         

À partir de 16 heures, la violence de l'éruption décroît. L'éruption s'arrête dans la matinée du 28 août 1883 après avoir expulsée entre 18 et 21 km³ de matériaux volcaniques. Le Krakatau n'existe plus et 70% de l'île de Rakata s'est volatilisée au cours de cette éruption. Le bilan humain et matériel de cette catastrophe est également très lourd : 36.417 morts (dont 35.000 tués par les tsunamis et l'autre millier par les coulées pyroclastiques de Sumatra), 165 villages totalement détruits et 132 autres sérieusement endommagés.

 

Krakatau-pre_eruption.jpgKrakatau-post_eruption.jpg

Avant l'éruption, une île qui abrite trois volcans

 

Après l'éruption, le Perboewatan et le Danan ont été pulvérisé, et il ne reste que 30% du Rakata.

 

De plus faibles éruptions se déroulent encore jusqu'à mi-octobre. Verbeek dément les témoignages selon lesquels le volcan aurait été actif des mois après l'explosion principale, en les mettant sur le compte des vapeurs provenant de roches encore chaudes, des glissements de terrain causés par une mousson particulièrement intense et des hallucinations provoquées par des phénomènes électriques. Au final, aucune nouvelle éruption ne se produit avant 1913.

 

CarteKrakatau---Verbeek-1885.jpg         Carte du Krakatau et des îles environnantes, établis par R.Verbeek, 2 ans après l'éruption.

 

Phénomènes optiques inhabituels couplés à l'éruption

 
Durant plusieurs années après l'explosion de 1883, des couleurs inhabituelles furent observées dans le ciel, un halo autour de la lune et du soleil, et des couchers de soleil "surréalistes"; ces effets chromatiques ne laissèrent pas les artistes indifférents.

Un tableau de Munch, "le cri" - 1893 -, puise son inspiration dans les effets optiques générés en Europe par le Krakatau.

 

The_Scream---EdMunch.jpg                                      " Le Cri "  -  "The scream" - Edouard Münch

L'artiste s'en explique lui-même : "je me promenais sur un sentier avec deux amis - le soleil se couchait; tout à coup, le ciel devint rouge sang - il y avait du sang et des langues de feu au dessus du fjord bleu noir - mes amis continuèrent et j'y restais, tremblant d'anxiété - je sentais un cri infini qui passait au travers de l'univers"


William Ashcroft fut aussi particulièrement productif, avec des centaines de chromolithographies.

 

W.Ashcroft--3----Real-Distan-Flickr.jpgW.Ashcroft--2----Real-Distan-Flickr.jpg                       Deux lithographies de William Ashcroft - doc. Real Distan / Flickr

Celle du bas est intitulée "On the banks of the Thames river" ; elle fut réalisée trois mois après l'éruption du Krakatau.

 

Divers témoignages parlants de "soleil bleu" proviennent des Caraïbes et d'Amérique du sud : "Le 2 septembre, le soleil a perdu presque soudainement son éclat à 3 heures de l'après-midi, de sorte qu'on pouvait le regarder en face. D'abord, c'était un globe d'argent mat, puis, assez rapidement, il est devenu bleu clair, puis bleu ciel. À 5 heures, nous nous voyions tous bleus, et la nature entière parut revêtir cette nuance, ainsi que les nuages qui se trouvaient aux environs du soleil " 


Dans plusieurs villes des Etats-unis, des lueurs rougeoyantes sont prises pour des incendies, et génèrent de nombreux appels aux pompiers : ces phénomènes de nuages noctulescents. Ces nuages sont des formations atmosphériques de très haute altitude (dans la mésosphère) se présentant sous forme de brillants filaments ou de nappes visibles seulement quand ils sont illuminés par dessous par le soleil, celui-ci n'éclairant plus le sol et les basses couches atmosphériques étant dans l'ombre de la terre.

 

nuage-noctulescent---explo-flickr.jpg                        Nuage noctulescent (en latin, "qui brille la nuit" ) - photo Explo / Flickr.


Un autre phénomène optique, un anneau de Bishop, dû à la diffraction de la lumière par les fines poussières volcaniques, est un cercle blanchâtre, centré sur le soleil ou la lune, et présentant une teinte bleuâtre à l'intérieur et brun-rouge à l'extérieur. - photo. La première observation historique de ce phénomène est attribuée au révérend S. Bishop et fut réalisée à Honolulu en 1883.

 

Deuxième renaissance du volcan :

Le 29 décembre 1927, à l'emplacement approximatif de l'ancien cône du Perboewatan débute une activité volcanique sous-marine.

Le 26 janvier 1928, une petite île volcanique de 3 mètres de haut et longue de 150 mètres émerge de la mer. Elle est baptisée Anak Krakatau, le " fils du Krakatau ". Par trois fois, la mer réduira à néant tous les efforts du volcan pour sortir de l'eau entre 1928 et 1930.

Le 11 août 1930, une nouvelle explosion permet enfin au volcan d'émerger définitivement.


Une des premières photos de l'anak Krakatau. photo de C.Stehn -1930- VSI - éruption surtseyenne.
                                          

L'Anak Krakatau va continuer à s'édifier dans les années qui suivent. Le volcan atteint 67 mètres d'altitude en 1933, 132 mètres en 1941, 181 mètres en 1977 et 199 mètres en 1981. Après un bref repos entre 1988 et 1992, le volcan reprend une activité constante qui perdure aujourd'hui. En 1998, il culmine à 270 mètres. Dix ans plus tard, en 2008 son altitude est d'environ 300 mètres.

 

Krakatau-juin-2009---ThB.jpg  L' Anak Krakatau en 2009 - éruption strombolienne - avec l'aimable autorisation de Thorsten Boeckel

 

krakatau--2-T.Pfeiffer-01.09.2009.jpgToute la puissance d'une éruption en photo - avec l'aimable autorisation de Tom Pfeiffer / sept. 2009

 

L'histoire éruptive du Krakatau en deux schémas :

 

Après une première éruption avec effets sur le climat du Proto-Krakatau en 535-536 (schéma du dessus - a), le Rakata s'est développé , puis le Danan et le Perboewatan sont nés et ont crû dans la caldeira  (schéma du dessus - c) pour finalement ne plus former qu'une structure appelée l'île Krakatau, ou le groupe Krakatau (schéma du dessus - d)

 

krakatau-history-2.jpg

 

Puis vint l'éruption de 1883, suivie d'une courte période de calme de 47 ans, et la sortie du turbulent "fils", l'Anak Krakatau, en 1930 et toujours bien actif.

Il devra certainement encore "mûrir" un peu avant de nous gratifier de la prochaine éruption paroxysmale.


Krakatau---Anak-Krak.jpg

 

Sources :

- L.A.V.E. / Fiches scientifiques - Krakatau, 27 août 1883, chronique d'une éruption paroxysmale - par Joël Boyer - link

- Krakatau 2009 - sur le site de Thorsten Boeckel

- Anak Krakatau - Stromboli on line

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Megan 26/11/2014 20:39

Merci beaucoup pour tes infos' elles m'ont beaucoup aider

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