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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Dossiers

 

 Tambora---Rizal-Dasoeki-VSI.jpg

  Tambora - parois ouest de la caldeira - les strates superposées témoignent de la formation par étapes à partir de 41.000 avant JC -   photo Rizal Dasoeki / VSI

 

787px-Sumbawa_Topography--Sadalmelik.pngSumbawa, une île située dans le groupe des « petites îles de la Sonde » dans l’archipel indonésien, abrite un volcan tristement célèbre dans les annales de la volcanologie : le Tambora, qui forme la péninsule de Sanggar.

Carte topographique de Sumbawa - doc. Sadalmelik

C’est lui qui détient le record du plus grand nombre de victimes lié à une éruption volcanique.

 

tambora01---URI-edu-news.jpg                          La très profonde caldeira du Tambora - doc. University of Rhode Island

 

 

L’éruption de 1815 :

 

L’activité commence à se manifester par des séismes ressentis jusqu’en Australie, un an avant l’éruption. (Self & al. 1989)

Le soir du 5 avril 1815, une courte éruption plinienne de deux heures, accompagnée de détonation entendu à longues distances ( jusque Makassar / Sulawesi et l’antique Batavia / Jakarta, Java) propulsa un premier panache à 33 km. De hauteur.

Le 6 avril, les retombées de cendres sont enregistrées sur Java-est.

Après quelques jours de calme relatif, une seconde phase de l’éruption débute le 10 avril vers 19h., beaucoup plus puissante. Trois colonnes de flammes s’élèvent et fusionnent…puis c’est la montagne entière qui s’embrase. Vers 20 h., ce sont des ponces allant jusqu’à 20 cm. de diamètre qui pleuvent, suivies par des poussières aux alentours de 21-22 h. Des coulées pyroclastiques dévalent les pentes jusqu’à la mer, rayant le village de Tambora de la carte.

Des explosions sourdes sont entendues jusqu’au lendemain.

 

1815_tambora_explosion---Indon-copie-3.pngIsopaques des retombées de cendres du Tambora, couvrant le sud de Sulawesi, Bali, Lombok, l'est de Java et le sud de Bornéo. -

 
Source

The base map was taken from NASA picture Image:Indonesia_BMNG.png and the isopach maps were traced from Oppenheimer (2003).

 

  Cette éruption, qualifiée de VEI 7 (GVP)  équivalente à une explosion de 800 mégatonnes. On estime le volume éjecté à 160 km³ de matériaux pyroclastiques trachy-andésitiques. Pour mieux se rendre compte du volume, les cendres relevés à Makassar /Sulawesi  avait une densité de 636 kg/m². Près du volcan, l’épaisseur des dépôts atteint une trentaine de mètres.

Les cendres recouvrent d’au moins 1 cm. une superficie de 500.000 km², et leur extension est fonction des vents de mousson souflant alors d’est en ouest ( 550 km. Vers l’ouest, 400 vers e nord et 100 vers l’est).

En mer, des îles de ponces et cendres agglomérées atteignent jusqu’à 1 m. d’épaisseur sur plusieurs kilomètres et vont gêner durant plusieurs années la navigation.

 

tambora-volcano-03.06.2009-Nasa-EO.jpgTambora, sa caldeira - La zone stratfiée de la première photo se trouve à 11 h. - photo Nasa EO 06.2009


L’éruption a décapité le volcan : d’environ 4.300 mètres avant le cataclysme, sa hauteur est passée à 2.851 m. ; une caldeira de 6-7 km. de diamètre sur 600 à 700 mètres de profondeur coiffe maintenant le volcan. Toute la végétation de l’île est détruite et la colonne éruptive atteint une altitude record de plus de 43.000 mètres.

H.Sigurdsson et son équipe pensent qu’elle a été six fois plus puissante que celle du Pinatubo en 1991.

Le tsunami consécutif à l’éruption balaye les côtes de l’archipel Indonésien , les vagues atteignant quatre mètres en moyenne.

Pendant 2 à 3 jours l’obscurité est totale dans un rayon de 600 km. accompagnée, sous le nuage troposphérique, d’une poche d’air chaud au début, puis extrêmement froid , comme rapporté de Banjuwangi, à 400 km. du volcan. Ces températures froides furent enregistrées en Inde, deux semaines plus tard.

 

Cendres et gaz ont atteint la stratosphère : les particules de cendres les plus grossières commencent à retomber dans un délai de 1 à 2 semaines, mais les plus fines resteront plusieurs mois à plusieurs années dans l’atmosphère à une altitude comprise entre 10 et 30 km., provoquant dans leur tour du monde d’étranges couchers de soleil observés en Angleterre entre le 28 juin et le 2 juillet, puis le 3 septembre et le 7 octobre. Le ciel prend des couleurs orange à rouge près de la ligne d’horizon pour passer plus haut au pourpre ou au rose.

 

Le nombre de victimes dépend des sources : outre 10.000 victime directes des nuées ardentes, on estime que sur Sumbawa, 38.000 personnes sont mortes de privation et 10.000 sur Lombok.(Zollinger 1855) ; une autre source donne 48.000 et 44.000 morts respectivement pour Sumbawa et Lombok (Petreschevsky 1949) . Des victimes additionnelles se comptent sur Bali et Java-est à cause de la famine.

Oppenheimer modifie le nombre total de victimes en 2003 : au moins 71.000 !

 

Les effets furent globaux  "une année sans été" :

Au printemps et à l’été 1815, un brouillard sec et persistant est observé dans le NE. des Etats-Unis. Le brouillard rougit et affaiblit la lumière solaire, au point qu’on peut en observer les contours à l’œil nu.

L’été 1816 est marqué dans l’hémisphère nord par des conditions extrêmes, au point qu’on qualifie 1816 « d’année sans été » - « The year without a summer ». Les températures baissent globalement de 0,4-0,7°C, suffisamment pour causer des problèmes à l’agriculture mondiale durant deux ans. En juin, des gelées sont rapportées dans le Connecticut et de la neige dans les états de New-York et du Maine. Ces conditions durent les trois mois suivants ce qui réduit la période de croissance des végétaux et aboutit à des récoltes désastreuses..

 

L’Europe  est touchée par cet "hiver volcanique" : temps froid et pluvieux, hivers neigeux suivis d’inondations, récoltes perdues, famine , épidémie de typhus … quelques 200.000 personnes meurent dans l’est et le sud du continent.

 

Cette baisse atteint 1 à 1,5°C sous la normale dans les îles Britanniques. (Oppenheimer 2003), où l’été est froid et humide, menant à un manque de récoltes et la famine. Le typhus frappe de nombreux villages en Angleterre et en Ecosse. En Irlande, près de 800.000 personnes sont infectées par l'épidémie et 4.300 périssent des ravages réunis de la famine, de la dysenterie et de fièvres.


Une anecdote intéressante : cette année là, une villa, proche du lac Léman en Suisse, abrite Lord Byron . Durant l’été, il reçoit la visite de Mary Shelley et de sa famille -Frankenstein-s_monster_-Boris_Karloff-.jpgproche ; retenus à l’intérieur à cause de la pluie incessante, Byron propose à ses hôtes d’écrire chacun une histoire de fantôme. Byron écrit un scénario fragmentaire qui permit à un ami de s’en inspirer pour écrire Dracula. Mary Shelley, inspirée par la lecture des Fantasmagoriana et sous l’influence de l’opium, fait un cachemar où elle a une vision « d’un étudiant pâle penché sur la chose qu’il avait animé ». Elle achève d’écrire Frankestein au printemps 1817.

Frankestein, ou le Prométhée moderne, est considéré comme le roman précurseur de la science-fiction.

Photo de Boris Karloff, dans une interprétation de Frankestein.


Cette période coïncide  avec la publication du poème de lord Byron : " Darkness " , dont voici les premiers vers :

                    I had a dream, which was not all a dream.
                    The bright sun was extinguish'd, and the stars
                    Did wander darkling in the eternal space,
                    Rayless, and pathless, and the icy earth
                    Swung blind and blackening in the moonless air ;   ...

 

En France, en divers endroits, les journaux parlent de "crise de subsistance" et relatent le prix des céréales at autres denrées en hausse spéculative, ainsi que la détresse d'une population dénutrie. 

En 1816, une épidémie de péripneumonie frappe la Mayenne, région pauvre, où les familles s'entassent dans des huttes mal isolées ... les médecins relèvent comme cause présumée de l'épidémie , outre la prédisposition individuelle, les mauvaises nourritures, des logements peu salubres, et l'exposition aux brusques changements de température.

En 1817-18, une épidémie de dysenterie s'étend du Havre à toute la Normandie, en cause les alternatives brusques et fréquentes de température. (Michel Lecouteur - réf.en sources)

 

Découvertes archéologiques :


Un peuple oublié git, carbonisé, sous les cendres du Tambora.

Le volcanologue Haraldur Sigursson, basé à l’université de Rhode Island, va retrouver ses traces grâce à un radar. Les fouilles, réalisées en association avec l’Institut indonésien de volcanologie en 2004, se sont avérées de suite prometteuses.

 

excavation_3---URI-edu-news.jpg                               Tambora , le site de fouilles - doc. University of Rhode Island

 

Sumbawa---Tambora-fouilles---URI-news-bureau.jpg                                     Résultat de fouilles - doc. University of Rhode Island

 

  Il a retrouvé dans une ravine, sous 3 mètres de cendres, les traces d’une habitation et des plats de bronze, des pots de céramique intacts, ainsi qu’une femme carbonisée et enveloppée de lave au moment où elle s’apprêtait à saisir une bouteille en verre, qui a fondu sous l’effet de la chaleur. Les objets présentent une parenté avec ceux circulant à cette époque au Vietnam et au Cambodge et témoignent dun certain niveau de vie. Un autre cadavre est retrouvé figé devant sa porte.

 

Ce village, situé à cinq kilomètres dans les terres, était à l’abri des pirates qui contrôlaient le trafic maritime … et il est plus que probable que ses habitants furent ensevelis et carbonisés par une coulée pyroclastique.

Les trouvailles archéologiques suggèrent une culture propre à Sumbawa, balayée brutalement et complètement par l’éruption de 1815. Les décors retrouvés sur les objets usuels laissent penser à un langage en relation avec celui des groupes Mon-Khmer, et différents des parlers indonésiens. La civilisation de Sumbawa avait d'ailleurs intrigué les explorateurs Hollandais et Britanniques au début des années 1800 ; ils furent surpris d’y entendre un langage parlé nulle part ailleurs en Indonésie.

Cette découverte ouvre en fait une fenêtre sur une culture que Sigurdsson n’hésite pas à appeler " La Pompéï de l’Est ".

 

Chichester_canal_--circa-1828----jmw_turner.jpg                                     J.M.W.Turner - " Chichester canal " circa 1828.

 

L'éruption du Tambora n'a pas laissé que des victimes ... elle a aussi permis l'évolution artistique de William Turner, qui est passé d'une peinture convenue à la magnification de la couleur; son attirance pour la représentation des atmosphères le place comme un des précurseur de "l'impressionnisme". Il ira même plus loin, en supprimant le côté descriptif et se limitant à la juxtaposition colorée, comme dans son "coucher de soleil" de 1840 ... selon certains, "les prémices de l'abstraction lyrique", un autre mouvement de la peinture moderne.

 

coucher-de-soleil---W.Turner-1840.jpg                                          J.M.W.Turner - "Coucher de Soleil" - 1840

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Tambora

- University of Hawaii at Hilo : Climactic effects of the 1815 eruption of Tambora – by Jacob Smith. - link

- Smithsonian magazin - Blast from the past - link

- URI - University of Rhode Island - Lost kingdom of Tambora - link

- Darkness, poème de Lord Byron - link

- Impact climatique des éruptions volcaniques - Conséquence sur la vie et la santé des Français du 18° au 20° siècle - par Michel Lecouteur 2007. (non publié)

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Walter German 04/07/2011 21:47



Le photo de 1815 n'est pas possible. La photographie est decouverte plus tard. L'environement n:est pas celui du Tambora. Excuse me faultes en francais mais je croie que le photo est pris
après l`éruption du Mont Pelee à Martinique. Reguardez les maisons detruites à droit des hommes.



Bernard Duyck 05/07/2011 08:13



Merci ... bien vu ! je l'ai enlevé.



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