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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

1. De l'âge de pierre aux Grecs:

 

La volcanologie, en tant que description d’un phénomène volcanique, est née au néolithique : la fresque d’un volcan à deux sommets en éruption, probablement le Hassan Dag , datée de 6.000 avant JC. a été découverte à Catal Hüyük en Turquie.

 

 

T1_N110_A5_CatalHoyukMap.jpg Catal Hüyük - la plus vieille représentation de volcan en éruption sur une peinture murale retrouvée dans la plus ancienne cité au monde.


Les premières civilisations méditerranéennes ont associé les volcans et leurs éruptions à des  manifestations divines.


Une première interprétation du volcanisme nous vient de Thalès, un mathématicien grec du 6° siècle av. JC. ( vraisemblablement, les Babyloniens, les Phéniciens et les Hébreux avaient tenté une explication … mais aucune trace n’en a été trouvée) : il imagine que les convulsions terrestres sont provoquées par l’eau. La terre serait un disque flottant sur un océan, qui, à chaque tempête, déclenche des séismes.


Eschyle (525-456 av. JC),le père de la tragédie grecque, fait allusion à l’éruption de l’Etna en 479 av. JC.


Pindare (518-438 av.JC) décrit l’activité du volcan sicilien : " du mont sortent, vomis par ses abîmes, les sources les plus pures du feu insondable … ".


Au 5° siècle avant JC, le philosophe grec Empédocle d’Agrigente (490-435 ?? av. JC) considère que le monde est régi par quatre éléments " racines de toute chose " : le feu souterrain, l’eau, la terre et l’air.

Il se serait installé au bord de l’Etna pour y percer ses secrets et y méditer. Il décrit ses coulées : " des masses de feu s’avancent ; devant, elles roulent pêle-mêle d’informes quartiers de roches, des nuées de sables noirs s’envolent avec fracas … un fleuve tranquille laisse s’écouler ses flots … rien n’arrête la houle ignée, nulle digue ne la contient .

Ne trouvant pas réponse à ses interrogations, il se serait jeté de désespoir dans le cratère du volcan, en laissant sur le bord une de ses sandales.

 

La-mort-d-Empedocle---Salvatore-Rosa-2--1660-65.jpg                         "La mort d'empédocle" - tableau de Salvatore Rosa - 1600-1665.


Pour Platon (428-348 av. JC), l’univers est fait de sept sphères ou hémisphères concentriques liées, comme par des cordages, par des rayons de lumière dont l’isotropie assure au globe équilibre et immobilité.

C’est un texte poétique qui met l’homme au centre du monde, mais qui surtout définit notre planète comme une sphère, alors que la plupart des Grecs (dont Homère) la croyaient plate. Et cette sphéricité est nécessaire pour comprendre l’organisation géographique et éthique des trois terres concentriques. La Terre supérieure, soit la plus grande partie de sa surface, est ignorée des hommes. Elle n’est pas enveloppée par l’air atmosphérique mais par l’éther sidéral, intermédiaire entre feu et air. La Terre intermédiaire est celle de l’air, des mers et des hommes situés dans des cavités de la surface supérieure : ainsi les hommes vivent sous la surface de la terre, souterrainement en quelque sorte, mais ils l’ignorent. L'inférieure, l’Hadès n’est pas de feu, comme l’enfer des chrétiens ou le magma des géologues. Il est d’eau, de marais, de lacs et surtout de fleuves " intarissables, d’une grandeur immense" toujours en mouvement comme le sont les âmes des hommes. Ils sont quatre, selon Platon : l’Océan, le plus grand et le plus extérieur ; l’Achéron, qui aboutit au lac Achérousias, le plus souterrain de tous ; le Phlégéthon ou Pyriphlégéthon, aux eaux brûlantes, rougeoyantes, flamboyantes, parfois même de feu ; le Cocyte, aux eaux bleues glacées ou boueuses, qui aboutit au lac appelé Styx, souvent confondu avec le fleuve lui-même, avant de descendre sous terre.

 

Platos_Academy_mosaic_T_Siminius_Stephanus_Pompeii-1024x102.jpg

                 "L'académie de Platon" - Mosaïque de la villa de T.Siminius à Pompéï - 1° siècle.

 

Platon décrit en spéléologue la circulation des eaux souterraines dans les régions calcaires : " Or toutes les régions souterraines communiquent entre elles, en une foule d’endroits, par des trous d’un diamètre plus étroit ou plus large, et elles possèdent en outre des voies de passage (...) par où une eau abondante s’écoule des unes dans les autres ainsi qu’en de grands vases ".

En profondeur, un énorme fleuve de feu sinueux, le Périphlégéton, alimente les bouches volcaniques. Platon décrit pour la première fois la genèse des laves : " parfois, lorsque la terre a fondu sous l’action du feu, puis s’est refroidie, il se forme une pierre dotée d’une couleur noire ".

 

Carte_Enfers_Phedon12.jpg                  "La vraie Terre" dans le Mythe de Phédon, de Platon - doc. O. Baruck


Une des légendes les plus tenaces est liée au volcanisme … Platon relate dans Critias et dans Timée la disparition soudaine d’un continent, l’Atlantide, et de ses habitants, les Atlantes. Raffinés, ceux-ci aimaient les arts vénéraient les taureaux, construisaient de somptueux palais et prônaient la justice sociale. Leur civilisation était prospère … lorsque tout bascula.

Les travaux archéologiques montrent que si l’Atlantide a existé, c’est à Santorin qu’il faut la chercher : une des plus catastrophique éruption des trois derniers millénaires, accompagnée d’un tsunami colossal qui balaya les côtes de la Crête et de la Méditerranée orientale.

 

Akrotiri---la-dame-aux-payrus---culture-minoenne.jpg                         Santorin - site d'Akrotiri : "La dame aux papyrus" - culture minoenne.


Dans un autre récit, quand les Argonautes s’apprêtent à mouiller en rade, Thalos leur lance des blocs de rochers, mais Médée vient à bout du monstre de bronze, " dont le sang se met à couler comme du plomb fondu , et qui tombe dans un terrible craquement ". Les argonautes quittent lîle, vainqueurs, quand un voile obscurcit la mer  … sont-ce les retombées de cendres de Santorin ?


Le Géographe grec Strabon (58 av.-21 ap. JC) décrit le Vésuve alors endormi et couvert de végétation jusqu’au sommet comme un volcan : " il possède des cratères de feu, lesquels se sont éteints faute d’aliments ". Il décrit l’éruption de 126 av JC au large de Panarea, dans les îles eoliennes, et celle d’Ischia, au large de Naples, accompagnée d’un raz-de-marée : " la mer,après s’être retirée, revint au bout de peu de temps. Le flux submergea l’île et le feu (du volcan) qui s’y trouvait s’éteignit ". il parle aussi de Lipari, de " ses eaux chaudes et ses souffles de feu ", de Vulcano, " l’enflammée ", de Strongyle (la ronde … Stromboli), " inférieure pour la violence de sa flamme, mais supérieure pour l’éclat ".


A suivre : les volcans sous Rome.

 

Sources :

- Les feux de la Terre - histoires de volcans - par M. Krafft

 - Catalhöjük - the south shelter - lien

- Electrum mag - Plato's circle in the mosaic of Pompeii.

 

2 - les volcans sous Rome.

 

Influencés par les écrits des Grecs, mais moins portés sur la pure spéculation, les Romains cherchent des explications rationnelles aux phénomènes de l’univers.


Lucrèce (70 – 19 avant JC.) clame que l’Etna est totalement creux et qu’il y circule un vent violent qui s’engouffre sous terre en bord de mer. Les flammes produites sortent en surface par des "fissures rectilignes ".


Le poète Ovide (43 av – 17 ap. JC) pense que l’Etna évolue en "modifiant ses voies respiratoires ", fermant une caverne, pour en ouvrir une autre. Il précise que l’activité volcanique s’arrête  quand "la terre ne donne plus de nourriture, ni de gras aliments à la flamme ; alors la nature vorace ne supportant pas la faim, le feu abandonne les lieux ".


Marcus Vitruvius Pollio, dit Vitruve (90 – 20 av. JC ??) , un architecte, explique que trois éléments "alimentent l’ardeur en profondeur des grands feux : le soufre, l’alun et le bitume " .

Il reconnaît le Vésuve comme un volcan et décrit les ponces et pouzzolanes, et leur utilité dans la fabrication de ciments.


Fresque de la Casa del Centenario représentant le Vésuve avant 79, constitué d'un seul sommet, le Monte Somma, avec à son pied, le dieu Bacchus.


Senèque (4 av. – 65 ap. JC) , précepteur de Néron, décrit le violent séisme Vesuve---seisme-de-62--ap-JC---Robert-Decker---oregonstate.jpgdu 5 février 62 qui secoue la Campanie, et détruit de nombreux monuments de Pompéi, 17 ans avant l’éruption du Vésuve.


Bas-relief d'une maison de Pompéi illustrant les effets du séisme de 62- photo R.Decker / Oregonstate univ.


Il énonce de nouveaux concepts encore vrais aujourd’hui :

- l’importance des gaz et vapeurs comme moteur des éruptions :  "les incendies souterrains excitent, tendant les ressorts du souffle … jusqu’à l’éclatement "

- le réservoir magmatique : chaque volcan est alimenté par un foyer local, sorte de réservoir situé sous l’édifice.

 

Pline l’ancien (23 – 79 ap. JC), militaire, écrivain et naturaliste, dresse une liste des volcans actifs connus, dans sa volumineuse Historia Naturalis. Selon lui, l’air est extrêmement calme et la mer assoupie, avant que la terre ne tremble et que les éruptions se déclenchent, car les vents se sont déjà engouffrés dans la terre et se préparent à en ressortir. 

Le 24 août 79, lors de l'éruption du Vésuve qui ensevelit Pompéi et Herculanum, il se trouvait à Misène. Voulant observer le phénomène au plus près et désirant porter secours à quelques uns de ses amis en difficulté sur les plages de la baie de Naples, il partit avec ses galères, traversant la baie jusqu'à Stabies où il mourut, probablement étouffé, à 56 ans.

 

Pompeii_the_last_day_1---CryptoDerk.jpgPompéï, the last day - image d'une fiction de la BBC datant de 2003 sur l'éruption du Vésuve en 79



 Son neveu, Pline le Jeune (62 – 114 ap. JC), n'ayant pu accompagner son oncle, fait une description précise de l'éruption dont le type portera le nom des deux hommes : éruption plinienne. Cependant, cette description détaillée ne constitue pas une tentative d'explication scientifique du phénomène.

 

Quelques extraits significatifs de ses lettres:

"Mon oncle était à Misène où il commandait la flotte. Le 24 octobre vers midi, ma mère l'avertit qu'il paraissait un nuage d'une grandeur et d'une figure extraordinaire ... il était difficile de discerner de quelle montagne ce nuage sortait. Sa figure approchait celle d'un arbre et d'un pin (parasol) plus que d'aucune autre. On le voyait se dilater et se répandre. Il paraissait tantôt blanc, tantôt noirâtre et tantôt de diverses couleurs ... en même temps, la cendre commençait à retomber sur nous." - description du panache plinien -

"Je tourne la tête et j'aperçois une épaisse fumée qui nous suivait en se répandant sur la terre comme un torrent.  - description d'une coulée pyroclastique - Quittons la route, dis-je à ma mère, tant que nous voyons encore, de peur d'être renversés et écrasés dans les ténèbres par la foule de nos compagnons. A peine étions-nous écartés, qu'elles augmentèrent de telle sorte qu'on eut cru être, non pas dans une de ces nuits noires et sans lune, mais dans une chambre dont toutes les lumières auraient été éteintes... Bientôt parut une lueur qui nous annonçait, non pas le retour du jour, mais l'approche du feu qui nous menaçait. Il s'arrêta pourtant loin de nous. L'obscurité revint et la cendre se remit à tomber plus épaisse et plus lourde..."

 

 

Sources :

- Les feux de la Terre, histoires de volcans - par M. Krafft / Découvertes Gallimard

- Extraits des lettres de Pline le jeune - link

 

3 - du 5° au 16° siècle ...la grande misère

 

On ne peut résumer en quelques mots mille ans d'histoire, ni une période troublée par les rivalités locales, les guerres en Occident, les diverses épidémies, dont les pestes, ... mais en raccourci :

 

 " Le Moyen-âge néglige les volcans " !

 

Traditionnellement, on fait débuter la période moyen-âgeuse à la déposition du dernier empereur romain d’Occident en 476, et on la fait se terminer vers 1500 , date autour de laquelle on relève les débuts de l’imprimerie et les grandes découvertes.

 

En Europe, le savoir se cantonne auprès de quelques érudits et dans les monastères.


Maurice Krafft relève quelques descriptions et remarques :

L’historien byzantin Procope de Césarée indique, vers 580, " qu’après que le Vésuve eut craché ses cendres, les récoltes des campagnes avoisinantes furent abondantes ".


Toujours au 6°siècle, dans un poème relatant le voyage de St. Bredan en islande, le moine Benedeit décrit une éruption, probablement de l’Hekla :  " Une terre brumeuse toute enfumée et plus puante que charogne (…) jette feu et flamme, poutres ardentes et ferrailles, poix et soufre jusqu’aux nues, puis tout retombe dans le gouffre ".

 

Historia-de-gentibus-septettronalibus---Olus-Magnus-1555---.jpgPour illustrer cette description, un document extrait de Histora de gentibus septentrionalibus, par Olus Magnus / 1555.   "On strange properties of some mountains"  : Hekla, Kreusberg (?) and Helgafjell. Below three hot sources.

 

 

 

Au 12° siècle, le naturaliste anglais Alexander Neckam (1157-1227) utilise le terme volcan pour décrire les endroits où brûle le feu de la Terre.

 

A la fin du Moyen-âge, des universités et académies sont créées ; on y redécouvre les théories des anciens. L’invention de l’imprimerie au 15° siècle va permettre la diffusion des connaissances au travers de l’Europe … mais l’église impose sa censure à toute œuvre publiée. Les écrits doivent être conformes aux Saintes Ecritures et respecter les notions d’enfer et de déluge ...

 

Le 28 septembre 1538, un volcan surgit sous les maisons de Tripergole, dans les camps phlégréens en Italie. Pietro Giacomo de Toledo y assiste et le relate dans un écrit : " Ragionamento del terremoto, del Nvovo monte, del aprimento di terra in Pozvolo nel anno 1538 : e dela significatione d'essi (1539) ".

Les érudits s’en émeuvent et citeront la création du Monte Nuovo comme preuve de la formation rapide des montagnes et des couches géologiques de la terre.

 

ragionamentodelt-----Monte-Nuovo-1538.jpg      Naissance du Monte Nuovo dans les Champs Phlégréens en 1538 - Pietro giacomo de Toledo.

 

Monte.Nuovo--PN-dei-Campi-flegrei.jpg                       Champs phlégréens  - le Monte Nuovo - photo Parc National Campi Flegrei.

 

Avec les premières découvertes, des volcans sont décrits aux Antilles, dans le Pacifique et l'océan indien. Mais ces écrits, pourtant relatés avec minutie, sont passés inaperçus des scientifiques de l'époque.

On y parle du lac de lave du Masaya, qui bouillonna au fond du cratère durant une décennie. Aux Açores, en 1580, des témoins parlent pour la première fois de "ardente nuvem", des nuées ardentes émise lors d'une éruption fissurale sur São Jorge.

 

_ilha_de_Sao_Jorge-_Acores---Jose-Luis-Avila-Silveira---.jpg         Ilha de São Jorge, Açores, Portugal - photo José Luis Avila Silveira / Pedro Noronha e Costa.

 

Rares sont aussi les scientifiques qui s'attellent à des recherches de terrain  ... Pierre Severinus (Peder Sørensen), un physicien Danois, s'insurgera contre cette situation en 1571 : " Brûlez vos livres, prenez vos souliers, gravissez des montagnes, explorez des déserts pour vous faire une idée sur les choses de la nature par vous-mêmes. Achetez du charbon, faites des fours, observez et tentez des expériences sans jamais vous lasser. " ... Tazieff et Krafft prônaient toujours le terrain au 20° siècle ?!

 

Un allemand, Georg Pawer  - 1494-1555 - (ou Bauer), mieux connu sous le nom de Georgius Agricola, "le père de la minéralogie", remet au goût du jour le terme de basalte, "inventé" par Pline l'ancien pour décrire une roche d'Ethiopie.

 

A suivre : le combat des Neptunistes et des Plutonistes.


 

Sources :

- Les feux de la Terre, Histoire de volcans - par Maurice Krafft. - éd. Découvertes Gallimard / sciences et Techniques.

 

4 - la guerre des Neptunistes et des Plutonistes.

 

 

Au 17° siècle, le jésuite Athanasius Kircher (1602-1680) publie son "Mundus subterraneus", œuvre qui marque son temps, mais ne fait progresser en rien la science , puisqu’il en revient aux idées d’Aristote. L’intérieur du globe serait truffé d’innombrables foyers de feu, les pyrophylacia, qui communiquerait avec des bouches d’aération, les volcans.

 

Athanasius_Kircher_Interior_of_the_earth.jpgUne des illustrations du "Mundus subterraneus" d'A. Kircher , montrant sa conception de l'intérieur de notre terre.

 

Kircher-1665-v1-zzzz-det-composite-000-z08v-f01.jpgMundus subterraneus / Kircher : une coupe du Vésuve, jugée aujourd'hui fantaisiste, mais premier essai de démonstration de la présence d'un réservoir magmatique dans les entrailles d'un volcan (1638).

 

 De grandes éruptions frappent l’Italie dans le courant du siècle, observées par divers religieux et diplomates : En 1631, le Vésuve tue au moins 4000 personnes dans des " torrens cineris " , des nuées ardentes.

 

1631-gravure-de-Battista-Passaro-Simkin---Siebert.jpg

L'éruption du Vésuve en 1631 - cette gravure de Battista Passaro montre des nuées ardentes atteignant le rivage - doc. archives in Simkin & Siebert.

 

En 1669, l’Etna engloutit une partie de Catane sous ses laves. C’est aussi la première fois que des hommes tentent de détourner une coulée de lave en pratiquant une brèche dans une moraine latérale.

 

Mount-Etna-erupts-1669.jpg          Eruption de l'Etna en 1669 - les coulées de lave atteignent Catane - partie de fresque 

 

Etna-1669---Winchilsea-1689--lindahall-copie-1.gifUne autre gravure de l'éruption de 1669 à l'Etna - par un ambassadeur Anglais, Winchilsea (1689)- doc.Linda hall Library of Science.

 

Lazzaro Moro (1687-1740) , un prêtre italien, explique que l’action des volcans consiste surtout à soulever le sol sous-jacent, se basant sur la sortie de Nea Kameni, au milieu de la caldeira du Santorin et de la naissance du Monte Nuovo.

A l’inverse, le consul de France en Egypte, Benoît de Maillet (1656-1738) affirme que le feu des volcans est un phénomène secondaire, et que toutes les roches terrestres sont des dépôts marins  … voici les prémices de la grande polémique.

 

Le comte de Buffon (1707-1788), maître de forges, savant naturaliste, philosophe et homme d’affaires résume l’idée qu’on se fait d’un volcan en son temps : " un canon d’un volume immense dont l’ouverture a souvent une demi-lieue : cette large bouche à feu vomit des torrents de fumée et de flammes, des fleuves de bitume, de soufre et de métal fondu, des nuées de cendres et de pierres (…) il s’y trouve des pyrites qui fermentent toutes les fois qu’elles sont exposées à l’air ou à l’humidité (…) Le feu s’y met et cause une explosion proportionnée à la quantité de matière enflammée (…) les feux souterrains ne peuvent agir avec violence que quand ils sont assez voisins des mers pour éprouver un choc contre un grand volume d’eau ".  Il propose de construire des barrages pour couper la connection entre la mer et les volcans, ce qui contribuerait à les éteindre.

Il rappelle aussi avec humour que les géologues doivent se sentir comme les augures de l’époque, ne pouvant s’empêcher de rire de leurs interprétations scientifiques quand ils se rencontrent !

 

En 1752, Jean-Etienne Guettard annonce à l’Académie des Sciences que les monts d’Auvergne sont des volcans éteints … mais il croit à l’origine aqueuse des basaltes, qui résulteraient d’une précipitation chimique en milieu marin. Il sera ainsi sans le vouloir le père de deux écoles qui vont s’affronter longtemps : ses idées sur le basalte seront adoptées par les Neptunistes, tandis que ses observations sur les volcans d’Auvergne vont satisfaire les plutonistes.

 

Abraham Gottlob Werner (1749-1817), géologue et éminent minéralogiste allemand, fut un des grands maîtres du Neptunisme : Cette théorie est nommée d'après le nom du dieu de la mer Neptune. Elle explique la formation de la croûte terrestre par précipitation de sédiment dans un océan primordial couvrant toute la surface de la Terre, un globe froid à l’intérieur. Les volcans ne seraient que des accidents récents et sans importance dans l’histoire de la Terre.

Ses campagnes de terrain se limitant à son pays natal, il affirme que les basaltes prismés de Stolpen (Saxe) ne montrent pas de trace de fusion … leur prismation serait due à une dessication, comme les craquelures de la boue qui sèche.

 

Stolpen---Saxe---basalt-picture-gallery.jpg                Orgues basaltiques de Stolpen (Saxe / Allemagne) - photo basalt picture gallery.

 

Les Plutonistes ont pour chef de file l’écossais James Hutton (1726-1797), Hutton_James_portrait_Raeburn-Scottish-national-portrait-ga.jpgmédecin et chimiste.

 

James hutton, le père de la géologie moderne - portrait de Sir Henry Raeburn / Scottish National Portrait Gallery.

 

Il va s’opposer aux thèses des Neptunistes ; selon lui, les volcans sont en communication directe avec le noyau terrestre, en fusion pour des raisons inconnues. La chaleur interne du globe est périodiquement soulagée par les éruptions et provoque d’importantes intrusions de matières fondues dans la croûte terrestre, à l’origine des soulèvements du sol.

Quant aux sédiments accumulés dans l’eau, il considère qu’ils sont consolidés, transformés en roches par l’action de l’intense chaleur lors d’intrusions … la notion de métamorphisme !

 

Le plutonisme sera férocement combattu … d’autres défendent les mêmes idées : L’allemand Rudolf Raspe (1737-1794) découvre des restes de volcans an Allemagne, et reconnaît l’origine volcanique des prismes de la Chaussée des Géants en Irlande et de l’île de Staffa en Ecosse. Raspe est aussi connu pour son roman, le Baron de Munchausen … celui-ci réalise le rêve de tout volcanologue : descendre jusqu’au fond du cratère de l’Etna et y discuter avec Vulcain du mécanisme des éruptions.

Le baron von Dietrich identifie le Kaiserstuhl comme un volcan.

 

Raspe---gravure-du-chateau-de-Felsberg.jpg                                  Le château de Felsberg - gravure de R. Raspe


James Hall (1761-1832) va vérifier en laboratoire la théorie de Hutton : il fait fondre du basalte et obtient, en fonction de la vitesse de refroidissement, soit du verre, soit une roche cristalline proche de la lave … les roches volcaniques sont donc le résultat d’une fusion.

Quelques années plus tard, George Watt, le fils de l’inventeur de la machine à vapeur, réussit à créer artificiellement, dans un four, des orgues basaltiques.

 

Sources :

- Les feux de la Terre - Histoires de volcans - par Maurice Krafft / Découvertes Gallimard.

- Athanasius Kircher - Mundus sunterraneus 1665 - in OU Historyof sciences collection - link

- L'eruzione del 1669 - by Salvatore Caffo - link

 

5 - le 18°siècle et les premiers volcanologues - Dolomieu.

 

 

Le 18° siècle est marqué par la multiplication des explorations scientifiques et l’étude de nouveaux volcans. Cook découvre Hawaii et ses volcans en 1779, Bougainville effectue son tour du monde et Pallas explore la Sibérie et le Kamchatka … c’est aussi l’ère des premiers volcanologues : Déodat de Dolomieu, Bory Saint-Vincent, Lord William Hamilton.

 

 

Dieudonné Sylvain Guy Tancrède Gratet de Dolomieu, appelé plus familièrement Déodat Gratet de Dolomieu (1750-1801) est un géologue français, chevalier de l’Ordre de Malte, professeur à l’Ecole des Mines de Paris et membre de l’Académie des Sciences.

 

Deodat_de_Dolomieu--portrait-de-M.Cordier-grave-par-A.Tard.jpgdolomieu---croquis-de-Dutertre.jpg

 

Déodat de Gratet de Dolomieu à deux étapes de sa vie :

à gauche, gravure de A. Tardieu -

à droite, caricature de Dutertre.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tout à la fois passionné par les volcans et grand séducteur, le chevalier géologue connut une vie aventureuse et mouvementée.

A 18 ans, il est condamné à la prison à vie pour avoir tué son adversaire lors d’un duel …il sera heureusement gracié. En 1789, presque toute sa famille meurt sur l’échafaud, et son ami et protecteur, le duc de la Rochefoucauld est assassiné sous ses yeux.

Rescapé de la terreur, Dolomieu participe à l’expédition d’Egypte de Bonaparte.

 

Contraint par Bonaparte de négocier en juin 1798 la capitulation de Malte, il ne tardera pas à manifester, après le débarquement à Alexandrie, son ressentiment envers le chef de l'expédition, et sollicitera bientôt l'autorisation de rembarquer, qu'il obtiendra finalement en février 1799. A son retour, il est fait prisonnier à Tarente où son bateau s’est échoué, il croupira ensuite vingt et un mois dans un cachot de Messine… où il rédigera une classification des minéraux. Ses amis les plus influents, l’ambassadeur William Hamilton, l’Amiral Nelson, Joseph Banks, le président de la Royal Society de Londres, tenteront de l’en faire sortir … en vain ! La victoire Française à Marengo va permettre sa libération en mars 1801, huit mois seulement avant sa mort.

 

Dolomieu est l’un des fondateurs de la volcanologie moderne ; son œuvre scientifique est considérable : il a vu couler les laves du Vésuve et de l’Etna, exploser le Stromboli, fumer le cratère de Vulcano, phénomènes qu’il décrit longuement dans ses écrits.

·  Voyage aux îles de Lipari, suivi d'un Mémoire sur une espèce de volcan d'air, et d'un autre sur la température du climat de Malte (1783)

·  Sur le tremblement de terre de la Calabre (1784)

·  Sur les îles Ponces et les produits volcaniques de l'Etna (1788)

·  Mémoire sur la constitution physique de l’Égypte, 1793.

·  Sur un genre de pierres calcaires très peu effervescente avec les acides et phosphorescentes par la collision, article publié dans le « Journal de physique », 1791.

·  Philosophie minéralogique, ouvrage écrit à la prison de Naples (1802)

  

z-Vulcano pano copiePanorama sur le cratère La Fossa de Vulcano et ses fumerolles - photo © Bernard Duyck


Dans son "Voyage aux îles de Lipari fait en 1781, ou notice sur les îles dol1783aMEoliennes pour servir à l'histoire des volcans ", il décrit La Fossa de Vulcano : " Cette montagne représente assez exactement le segment d’un cône dont la base peut avoir deux milles de diamètre, et qui est tronqué par un plan incliné du sud-ouest au nord-est : le cratère n’occupe pas exactement le centre de ce cône, mais il est placé un peu plus dans la partie du sud qui est la plus élevée, mais en même temps la plus mince : de manière qu’en montant ainsi que moi par le côté du nord qui est le plus bas et le plus large ; on trouve avant d’arriver sur les lèvres du cratère un plateau de soixante pas de large, sur lequel on voit beaucoup de trous en forme d’entonnoir, de trois et quatre pieds de profondeur, et une espèce de coupure de vingt pieds de profondeur qui s’ouvre dans le cratère ; toutes ces excavations sont garnies et tapissées de soufre, et il en sort continuellement et de toutes parts une fumée épaisse, blanche, sulfureuse et suffocante, qui permet à peine d’en approcher.

 

z---IMG_6218-copie.jpg           Vulcano - Cratère de La Fossa - fumerolles et dépôts soufrés - photo © Bernard Duyck 


    C’est par cette espèce de tranchée qu’a coulé, il y a peu d’années, une lave noire vitreuse, dont le courant se voit sur le flanc de la montagne et que j’ai toujours côtoyé en y montant ; ce verre fondu est parvenu jusqu’au bas du cône, sans entrer dans la vallée ; il fallait, pour produire une semblable éruption, que toute la coupe du cratère fut pleine d’une matière vitreuse et fluide qui a débordé par la partie la plus basse. Mais qu’est devenu, peut-on demander, l’excédent de la matière qui remplissait le cratère ? Elle a dû, lorsque la grande effervescence a été terminée, rentrer dans les cavités d’où elle était sortie, de la même manière qu’un vase plein d’eau ou de lait versant au-dehors une partie de ce qu’il contient, lorsqu’il reçoit un coup de feu trop fort, n’est plus qu’à moitié plein lorsque le feu, qui avait occasionné la raréfaction du fluide, diminue d’activité.

 

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                        Vulcano - Obsidienne de la "Coulée Pietre Cotte" - photo © Bernard Duyck 

 

  J’ai recueilli sur les bords de cette tranchée, plusieurs très beaux morceaux de soufre jaune qui s’était sublimé et attaché, de deux pouces d’épaisseur, sur des pierres ou des scories blanchis et pénétrées elles-mêmes par les vapeurs acides sulfureuses. Ce ne fut pas sans risques et sans brûlures, que j’acquit ces soufres ; il me fallut les détacher des trous par où s’exhale continuellement une fumée blanche et épaisse qui, pendant la nuit, paraît une flamme très lumineuse. "

 

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Il laissera son nom aux Dolomites, dans les Alpes, la roche composant ce massif montagneux étant de la dolomie, un carbonate double de magnésium et calcium.

 

Dolomites---G-Col-Rodella-DSellapass---Paraglider-flyout.jpgPaysage des Dolomites - à gauche, le col de Rodella - à droite, le col de Sella - photo Paraglider Flyout.

 

 

Sources :

- Déodat de Gratet de Dolomieu (1750-1801), vie et oeuvre d'un géologue européen, naturaliste et lithologiste - par Françoise G. Bourrouilh-Le Jan

- Déodat Guy Silvain Tancrède de Dolomieu - annales - link

- Découverte de l'île de Vulcano en 1781 Par Déodat de Gratet de Dolomieu (1750-1801) - in Dom. Decobecq - link 

- Déodat de Dolomieu, père des Dolomites - géologie alpine - link 

 

6 - le 18°siècle et les premiers volcanologues - Bory de saint-Vincent.

 

 

Jean-Baptiste Geneviève Marcellin Bory de Saint-Vincent (1778 – 1846) est un officier Français, naturaliste et géographe, qui s'est notamment Bory_Saint-Vincent_1778-1846.jpgintéressé à la volcanologie, à la botanique et à la systématique.

Il aurait suivi des cours de chirurgie et de médecine de 1791 à 1793. Pendant la Terreur (1793-1794), il se réfugie dans les Landes. Ses premières publications savantes remontent à 1796-1798. Il entre alors en contact avec de nombreux naturalistes. Il fut l'élève du géologue et minéralogiste Déodat Gratet de Dolomieu à l'École des mines de Paris. Après le décès de son père, il s'engage dans l'armée en 1799.

Il apprend le départ d'une expédition scientifique organisée par le gouvernement et obtient la place de zoologiste en chef à bord de l'une des corvettes participantes.  

 

Scaler.jpgC'est ainsi qu'après avoir quitté l'armée de l'ouest fin août puis obtenu du ministère de la guerre un congé indéfini, Jean-Baptiste Bory de Saint-Vincent quitte Le Havre le 19 octobre à bord du navire Le Naturaliste.


Il s’arrêtera aux îles Fortunées, les Canaries, où il relate l’éruption du volcan de Chahorra, dans son livre : " Essais sur les Isles Fortunées et l’Antique Atlantide. " (texte complet sur : Max Planck institute for the history of Science)

 

volcan-de-Chahorra-Teneriffe---B-St-Vincent.jpgDocuments extraits de "Essais sur les Isles Fortunées et l'Antique Atlantide" par Bory de Saint-Vincent - Bibliothèque Nationale De France.

Il fera escale à l'île Maurice en mars 1801. De là, il rejoint le 23 mai 1801 la Réunion voisine, où il effectue en octobre et novembre 1801 l'ascension et la première description scientifique générale du Piton de la Fournaise. On lui doit la première approche scientifique du Piton de la Fournaise.


Son objectif est d'explorer "l'une des îles les plus curieuses qui existent sous les rapports géologiques, selon ses propres termes. Dans aucune on ne rencontre de traces aussi marquées de puissantes éruptions volcaniques et d'indices aussi fréquents de l'action des feux souterrains".

"J'avais fait part, depuis longtemps, à plusieurs personnes du dessein de monter au volcan par le côté de la mer" écrit Bory de Saint-Vincent dans sa relation de voyage. "J'avais prié M. Deschasseurs de me procurer un guide. Tout le monde cependant s'accordait à me dire que la tentative était téméraire, que personne ne voudrait me suivre, et que jamais on n'avait osé entreprendre ce que je voulais exécuter."

 

La-Fournaise---Bory-st-Vincent---Bibli-departementale-de-l.jpgCarte du Piton de La Fournaise - Bory de Saint-Vincent 1802 - doc. Bibliothèque Départementale de La Réunion.


Mais, Bory de Saint-Vincent est du genre têtu :

"J'avais une grande envie de bien voir la montagne ignivome, et mon désir redoubla dès qu'on m'assura que personne n'avait réussi dans ce que je projetais. Je regardais comme exagérées les craintes qu'on cherchait à me donner. Jouvancourt partageait mes sentiments, mais les Noirs, découragés par tout ce que les esclaves du canton leur racontaient, témoignaient la plus grande terreur. Ils nous firent des remontrances et pour nous décider à ne pas les conduire à la Fournaise par une route inusitée, l'un d'eux nous raconta plusieurs traditions du pays. Il avait, disait-il, appris par d'anciens habitants que le volcan était le patrimoine du diable, que c'était la bouche de l'enfer, qu'il était d'autant plus dangereux pour nous d'y monter que les Blancs n'en revenaient plus, les réduisant en esclavage, les employant à creuser la montagne, à diriger les courants de laves et à attiser le feu sous les ordres de commandeurs noirs ".

 

page2-543px-Jean-Baptiste_Bory_de_Saint-Vincent_-_Voyage_da.jpgDans son "Voyage dans les quatre principales îles des mers d’Afrique"(texte sur : Gallica ) , paru en 1804, il décrit en détail le cratère sommital du Piton de La Fournaise alors rempli de lave en fusion :

"A nos pieds du fond d'un abîme elliptique, immense, qui s'enfonce comme dans un entonnoir et dont les parois formées de laves brûlées qu'entrecoupent des brisures fumantes menacent d'une ruine prochaine, jaillissent deux gerbes contiguës de matières ignées dont les vagues tumultueuses lancées à plus de vingt toises d'élévation, s'entrechoquent et brillent d'une lumière sanglante, malgré l'éclat du soleil que ne tempérait aucun nuage ..."

 

cratere-dolomieu---B-St-Vincent.jpg"Vue du cratère Dolomieu ..." - extrait de "Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique" par Bory de Saint-Vincent - Bibliothèque Nationale de France.


Dans son analyse, tout y passe : les sortes différentes de coulées, les roches avec ou sans olivine, les tunnels de lave et même les fils de verre volcanique (on ne les nommera "cheveux de Pelé" que bien plus tard).

Il donne le nom d’illustres savants aux principaux cratères du Piton de La Fournaise : Dolomieu, dont il vient d’apprendre la mort, Haüy, Ramond … et il ne s’oublie pas, avec le cratère sommital Bory.

 

Mamelon-central-et-cratere-Bory---Voyage-ds-les-4-principa.png"Le Mamelon central" et "Le Cratère Bory" - planche extraite de "Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique" par Bory de Saint-Vincent - Bibliothèque Nationale de France.

 

cratere-Bory-Christophe-Andre-29.04.08.jpgPiton de La Fournaise - les vestiges du cratère Bory, à gauche et le cratère Dolomieu - photo Christophe André / Flickr 29.04.2008

 

Certa-de-la-Reunion---JB-Bory-de-St-Vincent---Librairie-du.jpgCarte de l'île de La Réunion, dessinée par Bory de Saint-Vincent au début du 19° siècle - doc. Librairie du Congrès Américain.

 

A partir de 1805, sa carrière militaire le monopolise et il participe à diverses campagnes Napoléoniennes. A la Restauration, il doit s'exiler avant de revenir en France en 1820.

 

Sources :

- Les feux de la Terre, Histoires de volcans - par Maurice Krafft - Ed. Découvertes Gallimard.

- Le Journal de l'île - Bory de Saint-Vincent, un curieux de la nature - link

- Essais sur les Isles Fortunées et l'Antique Atlantide - Bory de Saint-Vincent -texte link

- Voyage dans les quatre principales îles des mers d'Afrique - Bory de Saint-Vincent - texte link

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