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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Le kava, kawa ou kava-kava (kawa kawa) est une plante originaire du Pacifique occidental.  Apparenté au poivre, ce que confirme son goût, son nom scientifique est Piper methysticum. Le kava est utilisé depuis des temps immémoriaux dans la vie religieuse, culturelle et politique de l'ensemble du Pacifique.

En Occident, on utilise le kava en infusion pour lutter contre les symptômes du stress, de l'anxiété et de la dépression.


Le kava, connu depuis plusieurs siècles par les îliens, est en fait la racine du poivrier sauvage, (piper methysticum, pipéracées) qui ne pousse qu'au Vanuatu et dans quelques îles avoisinantes.

Si la plante n'a qu'une apparence chétive, son rhizome est important, pesant souvent 10 kg, et exceptionnellement jusqu'à 15 kg.

 

racine-de-Kawa.jpg             L'impressionnante racine du Piper methysticum - doc. ethnopharmacologie.

Le rhizome du kava possède des propriétés anesthésiantes, myorelaxantes, stimulant et euphorisantes ; un effet anti-dépresseur a été mis en évidence récemment. Le kava est aussi un diurétique. Il est hypnotique à fortes doses.

Le rhizome contient une résine riche en substances aromatiques non azotées les kawalactones, dont la méthysticine, la kawaïne et d'autres dont les plus active appartiennent aux dihydro-5,6 kawalactones.

 

800px-Yaqona-bundle-Fiji-2010.jpgFaisceau de racines de kava utilisé pour des présentations dans les rituels culturels comme réception officielle de bienvenue, funérailles, cérémonies de réconciliation, etc (la boite d'allumettes donne l'échelle. - Doc. wikipedia.


Le rhizome peut être mâché, rapé ou consommé sous forme d'infusion et produit une boisson appelée à tort « thé au kava ». Le goût est aigre et piquant.

Les sensations durent quelques heures pour s'éteindre environ une douzaine d'heures après la prise.

L'usage de kava quelle que soit sa préparation (machée, pilée ou en réduit industriellement en poudre) peut amener à long terme des troubles de la vision et une incoordination motrice, pouvant aller jusq'à un syndrome parkinsonien. Il n'entraîne en principe ni dépendance, ni accoutumance. 5 à 10 grammes sont généralement utilisés.

 

La tradition :

 

John_LaFarge_-_Young_Girls_Preparing_Kava_Outside_of_the_Hu.jpg                     Peinture de john La Farge, artiste américain ( 1835 - 1910)

l'oeuvre s'intitule " Jeunes filles préparant le kava à l'extérieur d'une hutte à l'imposte décorée de fleurs".


Sur place sa consommation, vieille de plusieurs siècles, est ritualisée et régie par la coutume. Le partager est un signe d'amitié, d'ailleurs un proverbe dit : « On ne peut tuer tout de suite quelqu'un avec qui on vient de boire le kava »... l'histoire ne dit pas ce qui pouvait se passer ensuite.

Dans sa forme traditionnelle, le kava est préparé à partir du rhizome qui est mâché puis recraché sur une feuille de bananier. Laissé quelques heures au soleil, la pâte obtenue est ensuite filtrée avec un peu d'eau et consommée dans la coque d'une moitié de noix de coco évidée.


Une préparation modernisée a été popularisée, dans le cadre d'une "néo-tradition" par les « kava bars » aussi appelés « nakamal », terme désignant à l'origine une case tribale, lieu tabou où se retrouvent les hommes vers 17 h 00 pour consommer le Kava. Dans cette préparation, le rhizome du kava est mis à sécher puis réduit en poudre et conditionnée. Cette poudre est parfois mélangée à de la lécithine (un lipide) lors de la préparation avant consommation. Trempé dans de l'eau, le mélange est passé dans un mixeur, puis filtré. La pulpe dans le filtre est alors pressée puis retrempée plusieurs fois, avant d'être retirée. D'autres ingrédients sont parfois ajouté, comme de l'eau de coco, du sucre, du lait de soja, du cacao ou de la citronnelle.

Dans les tribus, l'usage du kava est sacré, et interdit aux femmes (dans certaines tribus de Tanna, les femmes peuvent exceptionnellement en consommer), dans des cas définis par le « Man blo Kustom » (littéralement l'homme de la coutume en bichelamar).

L'usage en est identique aux iles Fidji. En Nouvelle-Calédonie, le kava n'est pas traditionnel. Il fut introduit relativement récemment par les Ni-Vanuatu qui se sont installés dans l'archipel après l'indépendance de 1980. 

 

Problèmes toxicologiques :

La pratique de l'ethnopharmacologie et la mode d'utilisation de la phytothérapie a fait connaitre cette plante chez nous à la fin du 20° siècle. Elle a rapidement été interdite en europe et en amérique du nord, suite à la découverte de problèmes hépatiques liés à son absorption sous des formes modernes.

De tels problèmes n'ont pas été rencontré au Vanuatu chez les consommateurs occasionnels ... suite à la controverse, des études ont confirmé que ces problèmes graves étaient imputables à divers facteurs :

- non conformité avec les usages ponctuels et les techniques de préparations locales.

- devant la demande forte en plantes, on a utilisé des "peelings" de feuilles et tiges, qui contiennent un alcaloïde, la piperméthistine, toxique in vitro pour les cellules hépatiques, et non présent dans la racine.

- certaines préparations industrielles ont utilisé des procédés d'extraction par solvants, ce qui a permis la solubilisation d'alcaloïdes toxiques ... non extraits dans les préparations traditionnelles à base d'eau.

 

Ceci confirme une fois de plus qu'il ne faut pas banaliser la phythotérapie, et que les études ethnopharmacologiques doivent bien prendre en compte les us et coutumes de préparation des remèdes à base de plantes qui sont étudiés.

Son usage selon la coutume locale doit cependant se faire avec prudence et en l'absence de boissons alcoolisées et de prise d'autres médicaments. Un essai personnel ne m'a laissé comme souvenir qu'un goût "terreux" et une anesthésie passagère de la bouche, contrairement aux effets "psychédéliques" rapportés suite à l'ingestion de la plante sous forme de gélules (produit retiré de vente depuis).

 

Sources :

-National tropical Botanical Garden  - Piper methysticum

- dossiers thématiques de l'IRD - de la plante au médicament - lien.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

 

87-1--3.jpg

 

 

L'île et la caldeira d'Ambrym, avec les structures actives du Marum en rouge - doc. Nemeth & Cronin réf. ci-dessous en sources.

 

L'examen des parois verticales des cratères-puits (pit-crater) de la caldeira d'Ambrym, en particulier les parois du Niri Taten et du Mbwelesu (Marum), permet de constater la présence de portions solidifiées de lacs de lave, de réservoirs de magma nourriciers de spatter cones, d'intrusions et de sills (*) situés à un niveau superficiel, connectés à un réseau de dykes (**), dans l'épaisseur des dépôts pyroclastiques.


 

87-1--9.jpg Les parois du cratère Mbwelesu : le cercle hachuré montre une zone de roches volcaniques pouvant être le conduit  d'un petit puit d'explosion empli de matériaux pyroclastiques; le cercle plein délimite une zone d'intrusion magmatique dans un espace  empli d'agglomérats scoriacés. La surface supérieure irrégulière du lac de lave solidifié situé le plus haut indique que la relative mobilité du lac de lave durant le dépôt de tephra dans le pit crater et la capacité de la lave à "se faire une place" dans ce matériau non consolidé.

 

Les mécanismes de fonctionnement de la caldeira d’Ambrym et de ses principaux édifices volcaniques, le Bembow et le Marum, indiquent une stabilité de la source magmatique. Les cratères-puits qui s’y sont développés semblent avoir un rôle dans le drainage à grande échelle du magma, à partir du réservoir intracaldérique initial, en vue d’alimenter les éruptions de flanc, comme celles qui ont eu lieu en 1894 et 1915.

Il y a interaction entre les processus régissant d’une part  les niveaux magmatiques hauts ou bas dans les conduits supérieurs et d’autre part l’aquifère – eaux sous-terraines et de pluies – responsable des explosions fréquentes de type phréatique et phréatomagmatiques. Lorsque le niveau du magma baisse dans les conduits, des alluvions remplissent la portion basale du cratère jusqu’à former des lacs boueux. Le magma rencontre ces terrains gorgés d’eau lors de sa montée ; s’en suivent des éruptions explosives qui dégagent et approfondissent le cratère.

Occasionnellement, le magma atteint de tels niveaux qu’il y a formation de lac de lave. Ce lac de lave peut se refroidir et se solidifier, ou partiellement être drainé au travers de sill transversaux, ou même se vider totalement si la lave peut s’échapper latéralement en coulées de flanc, comme ce fut le cas en 1988-1989.

 

87-1--8.jpg Cratère du Mbwelesu : des sills intrusifs à plusieurs niveaux dans la couche de tephras qui constitue la paroi abritant les anciens lacs de lave, maintenant solidifiés.

 

87-1--11.jpg

Cratère du Niri Taten : un réservoir de lave (lava pond 2) a alimenté un sill superficiel (à droite) qui surmonte une zone de projection de lambeaux de lave (lava spatter) inclue dans les tephras constituant la paroi actuelle du cratère.


Les 3 photos légendées ci-dessus sont extraites du travail de K.Németh & al. réf.en sources.

 

Une caractéristique du Marum est la présence à faible profondeur d’un complexe de sills et dykes inter-connectés et de réservoir associé à des évents à activité de spattering.

Une fois refroidies, ces structures de sills et dykes ont une fonction importante de contrefort et interviennent dans la stabilité de l’édifice volcanique ; d’autre part, les réservoirs  enfouis de produits fondus sont capables de s’échapper au sein des dépôts pyroclastiques pour générer des coulées de lave inattendues, ce qui tend à une déstabilisation de l’édifice. De plus, d’importants réservoirs magmatiques peuvent garder une température élevée durant de longues périodes et offrir une voie de sortie « préchauffée » pour du magma frais remontant vers la surface.

 

Niri-Mwbelesu----dike---M.Fulle.jpgCratère du Niri Mbwelesu - au centre de la photo de Marco Fulle, un dyke plus clair -Un clic sur la photo vous mène vers des photos d'Ambrym - expédition 2000 / Volcanodiscovery.

 

 

silldyke-copie-1(*) : Sill : "filons-couches" plus ou moins horizontaux, respectant la stratigraphie du volcan.

(**) Dyke - dike : lame de roche magmatique infiltrée dans une fissure de l'encaissant et recoupant de ce fait d'autres couches de roches.

 

Source :

Volcanic craters, pit craters and high-level magma-feeding systems of a mafic island-arc volcano: Ambrym, Vanuatu, South Pacific - Karoly Nemeth & Shane Cronin
Volcanic Risk Solutions, Institute of Natural Resources, Massey University.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

 

The Most incredible volcano video ever - full version

Quand l'actualité rejoint l'info du jour : la version complète de l'expédition Ambrym 2010 par Geoff Mackley.

 

 


 

Merci à René Goad pour l'info.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Des études géophysiques, bathymétriques et d'autres concernant les anomalies magnétiques tendent à situer l'activité volcanique d'Ambrym près d'une intersection entre une fracture orientée E-O. et l'axe des îles des Nouvelles-Hébrides.

 

L'île d'Ambrym possède une caldeira basaltique bien préservée, large de 12 km.

Le stade pré-caldeira fait référence à un volcan-bouclier et à des séquences pyroclastiques initialement dacitiques avant de devenir basaltiques.

La découverte d'un large anneau de tufs basaltiques suggère que la formation de la caldeira s'est produite suite à une éruption cataclysmique complexe et prolongée, correspondant à la vidange d'un réservoir magmatique basaltique. ; elle est datée (radiocarbone) de 1.950 ans et estimée de VEI 6 + , correspondant à l'émission de 80 km³ de téphras.

 

Ambrym_cartgeol.jpg                                                                                         Doc. IRD


Les éruptions post-caldeira, surtout localisées au cônes Marum et Bembow, ont partiellement rempli la caldeira par leurs coulées de lave. Le Marum est entouré de cônes adventifs : le Mbwelesu, le Niri-Mbwelesu et le Niri-Mbwelesu-Taten.  Mbwelesu, signifie « cochon sauvage » dans une des langues d'Ambrym suivi de Taten Mbwelesu (le fils ) et du petit fils né au début des années 90 (Niri Taten Mwbelesu…)

Le Marumliglar et le Lewolembwi sont excentrés.

 

ambrym-caldera.jpg

                                                  Schéma topographique - IRD


Elles ont aussi formé une série de cônes de scories et de maars, le long d'une fissure orientée ENE-OSO.

En près de deux siècles, ce volcan en activité quasi permanente a donné lieu a huit éruptions importantes, avec des chutes de cendres et des coulées extra-caldeira ayant entraîné des destructions importantes affectant les populations locales, comme en 1820, 1894, 1913 ou 1929. Il est a noter que durant les cinquante dernières années, aucune éruption extra-caldeira n'a été observée.

 

Arriver aux volcans Marum et Bembow n'est pas simple : à une bonne heure d'avion de Port-Vila, l'atterrissage se fait à Craig Cove sur une piste mi-herbe, mi-terre, puis ce sera une heure de piste poussiéreuse dans des pick-up pour rejoindre le village de Lalinda. Il faut y satisfaire à la coutume et obtenir du chef l'autorisation de gravir le volcan. Ensuite, après s'être attribué les services de porteurs, cinq heures de marche au travers d'une forêt équatoriale exubérante sont nécessaires pour atteindre le bord de la caldeira et traverser "la plaine des cendres" balayée par les vents pour mériter les volcans.

 

Le Bembow :


Ambrym-Benbow-AVE.jpg

             La plaine des cendres : vents et poussières - © Antony Van Eeten


caldera-ambrym-AVE.jpg

           Caldeira d'Ambrym , la plaine des cendres - © Antony Van Eeten

 


Tour du cratère du Bembow par Spiritu faloha.

 

 

Benbow-AVE-10.jpg

  Bembow - sur le bord du cratère, un oeil sur la terrasse - © Antony Van Eeten


Benbow-AVE-descente.jpg Descente "vertigineuse" dans le cratère du Bembow - © Antony Van Eeten

La première plate-forme est située 200 mètres plus bas !


Les-events-du-Benbow-et-les-terrasses---T.Pfeiffer-2009.jpgBembow - les terrasses et les évents actifs en 2009 - avec l'aimable autorisation de ©Tom Pfeiffer - un clic sur la photo vous fait découvrir son album VolcanoDiscovery.

 

30127_409465546440_645396440_4645950_1086916_n.jpg            Lac de lave du Bembow - Spattering  - © Antony Van Eeten 2010

 

Extrait d'un récit de voyage au Vanuatu par B.Masson, géologue, et Ulla Lohmann, guide Volcanodiscovery ( revue Lave n°144 - mai 2010)

"Qu'il s'agisse du Bembow ou du Marum, les diamètres des bouches sont similaires et voisins d'une centaine de mètres de diamètre.  L'activité éruptive suit un régime identique avec des explosions de bulles régulières. Le temps entre chaque explosion varie entre 30 secondes et trois minutes. Il est difficile d'apprécier la profondeur du lac de lave qu'on devine plus qu'on ne le voit. Par moments, sur le Marum, des murs de lave se soulèvent pour se plaquer sur les parois avant de retomber et de laisser apparaître le ressac. Ce phénomène n'est pas visible sur le Bembow mais les bruits semblables suggèrent la présence d'un lac à un niveau probablement plus profond qu'au Marum."

 

Le Marum :

 

Marum-coulees-AVE-2010.jpg

              Caldeira d'Ambrym - coulées du Marum  -  © Antony Van Eeten


vanuatu_g15157.jpg Vue aérienne du Marum - à gauche, le Niri Mbwelesu - à droite, le lac de lave - avec l'aimable autorisation de ©Tom Pfeiffer - un clic sur la photo vous fait découvrir son album VolcanoDiscovery.

 

30127_409453136440_645396440_4645277_6935459_n.jpg         Cheminement sur l'arête sommitale du Marum - © Antony Van Eeten

 

30127_409454941440_645396440_4645426_8201237_n.jpg            Le lac de lave du Marum  -  © Antony Van Eeten

 

Ambrym---Marum-AVE-10.jpg                Ambiance nocturne  - © Antony Van Eeten

 

MArum-lac-lave-AVE-copie.jpg          Zoom sur les entrailles de la terre  - © Antony Van Eeten 2010

 

Le bouillonnant lac Marum fin mai 2010 par Antony Van Eeten :

 

Une intéressante vidéo de James Reynolds : "le chaudron bouillant du Marum en septembre 2010 "

 


 

 Sources :

- Vanuatu Geohazards  Observatory - Ambrym

- Global Volcanism Program - Ambrym

- IRD - Nouméa

- Volcanic craters, pit craters and high-level magma-feeding systems of a mafic island-arc volcano: Ambrym, Vanuatu, South Pacific - by Karoly Németh & Shane J.Cronin

- Volcanodiscovery - Vanuatu

- Revue LAVE n° 144 - Voyage au Vanuatu du 10 au 26 octobre 2009, par Bernard Masson et Ulla Lohmann.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

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Carte bathymétrique et position des îles Ambae/Aoba et Ambrym dans l'archipel du Vanuatu.

 

Ambae - volcan Aoba : les lacs de cratère Voui et Lakua.


Ambae - position des volcans

Topographie et position des structures volcaniques sur Ambae/Aoba. - doc. C.Robin - Orstom.

 

L'île d'Ambae a une forme allongée - 16 km. sur 38 - alignée sur une zone de rift NE-SO. ponctuée de cônes de scorie. Le centre est occupée par un volcan bouclier basaltique massif (2.500 km³) : l'Aoba.

Il est couronné par deux caldeiras concentriques, la plus petite contenant les lacs de cratère Manaro Ngoru (diam. env. 300m), Manaro Vui (diam. env. 2,1km) et Manaro Lakua (diam. env. 1,3km).

La fréquence des éruptions de ce volcan lors du dernier siècle est resté très faible, cependant chacune d'entre elles ont présenté un caractère explosif marqué.

La présence de deux caldeiras emboîtées, occupées par des lacs, ainsi que l'affleurement de dépôts pyroclastiques et de lapilli accrétionnés démontrent que par le passé des éruptions beaucoup plus importantes ont eu lieu.

 La dernière éruption de flanc, il y a 300 ans, a détruit la population de Nduindui sur la côte ouest.

 

Aoba.pngSchéma des processus volcaniques et position des moyens de surveillance de l'Aoba - doc. Michel Lardy / GVP.

 

Le lac Voui est un lac acide; son volume est estimé à 50 millions de m³, pour une profondeur maximale de 150 mètres. Le mélange d'acide chlorhydrique et sulfurique a un pH moyen de 1,6 et cette solution, brassée par une convection active, présente régulièrement des sédiments ou des précipités chimiques (gypse, silice) à la surface.

Le lac a présenté une crise en 1995 : avec une augmentation de l'activité convective et du niveau du lac, émission d'un panache de vapeur et cendres atteignant 3.000 m. le 3 mars.


lake-voui---20.03.1995.jpgLe lac Voui fumant à l'avant-plan et en arrière-plan, le lac Manaro Lakua - photo Orstom. 20.03.1995


3011aob3.jpgEn 2005, l'activité phréatique explosive se développe avec création d'un cône de cendres dans le lac Voui, qui contiendra par la suite un lac interne bouillant et fumant.

Eruption phréatique du 04.12.2005 - photo P.Bani / IRD.

 

DSC00445_bis_resize.JPG

Une photo prise le 9 janvier 2006, montre le cinder cone bien formé et abritant un lac boueux et fumant - photo Job Eassau / GVP.

 

MANARO-MAY06-249.jpg                 Le 28.05.2006, le lac Voui a pris une teinte vineuse !


lac-Voui-03.06.2006.jpgEn mai 2006, des changements importants de coloration du lac sont observés; il prend une teinte vineuse, puis carrément rouge, début juin, suite à un changement du processus d'oxydoréduction des eaux chargées en fer, vraisemblablement liée à l'évolution du ratio SO2/H2S au sein des fluides hydrothermaux. De tels spectaculaires changements ont été observés aussi par Haroun Tazieff au lac acide du volcan Irazu, qui est passé du vert bronze au rouge sang.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Aoba

- Le lac volcanique Voui : l'éruption de novembre 2005 - Université Libre de Bruxelles - A.Bernard.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Commençons par le nord de l'archipel et les îles Banks & Torres, proches des îles Salomon.

Les Torres doivent leur nom au Commandant Luis Vaez de Torres, membre de l’expédition de Queiros, et les Banks au botaniste Joseph Banks qui accompagnait James Cook en 1774.

Les îles principales sont d'origine volcanique, avec deux volcans actifs sur Vanua Lava et Gaua.

On ne peut les atteindre facilement qu'à partir de Santo et par les airs, grâce à des vols d'Air Vanuatu 3 fois par semaine.

ATD : Volcanodiscovery organise un périple de 15 jours sur Tanna et Ambrym, avec une extension possible de 8 jours vers les îles Banks - référence.

 

 

Vanua Lava - volcan Suretamatai : 

                                           Carte archives U.S.Navy 1943     

557px-Vanua_lava.jpgLe Suretamatai occupe la majeure partie de l’île Vanua Lava, une des plus grande des îles Banks. A l’inverse des autres volcans du Vanuatu, ce volcan, aussi appelé Soritimeat, ne présente pas de caldeira sommitale. Une chaîne de petits stratovolcans à dominante basaltique à andésitique, orientés sur une ligne NNE-SSO, lui donne un profil irrégulier. Le cône le plus récent, situé à l’extrémité nord de la chaîne, est aussi le plus grand ; son cratère sommital, large de 900 m. et profond de 100 m.,  contient un lac. Son activité a débuté au 19° siècle, et n’a engendré que des éruptions explosives modérées, les dernières entre 1856 et 1864, puis 1965-1966. En 1965, un panache cendreux a été émis par un nouveau cratère apparus sur le flanc NW du cône, tandis qu’en 1966, de petites explosions (dues à des interactions eau-magma?) se produisaient. L’activité récente est réduite à celle de solfatares. Actuellement, la principale zone géothermale située le long de la rivière du soufre, sur le flanc est du Suretamatai, présente des fumerolles, des sources chaudes et des mares bouillantes.


 

Gaua (Santa Maria) -  le mont Garat ou Garet.

L’île de Gaua, connue aussi sous le nom de Santa Maria, est constituée d’un stratovolcan basaltique à andésitique coiffé d’une large caldeira de 6 km. sur 9.

 

Gaua---nasa-space-shuttle-copie-1.jpg

L'île de Gaua - Caldeira volcanique avec le mont Garet et le lac Letas. - doc. Nasa space shuttle.


La construction du cône actif , le mont Garet ( Garat – Gharat) et d’autres petits cinder cones dans la partie sud-ouest de la caldeira a permis l’installation d’un lac en demi-lune, le lac Letas. Des études bathymétriques ont permis d’estimer son volume à 800 millions de m³ (+/- 10%). Gaua-5-crat.sommit.pngLe mont Garet a un sommet plat troué de trois cratères-puits (pit crater), sur un total de cinq . La reprise de l’activité en 1962, après une longue période de dormance, concerne un évent situé en hauteur sur le flanc sud-est du mont Garet. 

Carte John Seach 1999/ GVP

 

 

3410gau4.jpg

                     Photos courtesy DGMWR (2003) and S. Wallez (2009).

 

Des décolorations du lac Letas témoignent du dégazage : en 2003, les eaux du lac avaient des teintes jaune à verte; en 2009, les eaux viraient à l'orange et de fortes odeurs de soufre étaient perçues par les habitants.

 

Début octobre 2009, une mission du département des mines du Vanuatu, à laquelle participait le vulcanologue Philipson Bani, un Vanuatais, s’est rendue sur place pour des mesures. Le 3 octobre, le mont Garet dégageait un flux de SO2 (dioxyde de soufre) de l’ordre de 3 000 tonnes par jour. « C’est énorme pour un volcan comme celui-ci, qui n’émettait pratiquement rien voici deux ans », expliquait alors Philipson Bani.
Dans les semaines suivantes, les deux sismographes installés sur place témoignaient de très nombreux tremblements, pas forcément perceptibles autrement que par les instruments, et sans que l’on puisse précisément déterminer la part revenant au volcan lui-même de celle liée à l’activité sismique générale de la région.


Gaua-2009.10--GVP.jpg

Panaches émis par trois évents actifs, dont un panache de cendres vigoureux, le 03.11.2009 - photo S.Todman / GVP.

 

Le 18 novembre enfin est survenue une explosion plus intense que les précédentes. Elle a été suivie cette fois d’émissions de cendres qui sont retombées sur la partie ouest-nord-ouest de Gaua. Les quelque 300 habitants de trois villages situés directement sous le vent du mont Garet, qui commençaient à souffrir de troubles respiratoires et constataient la destruction progressive de leurs cultures et de leurs sources d’eau potable, ont été évacués par des bateaux de pêche vers l’est de l’île. Début décembre, trois tonnes de matériel avaient mêmes été livrées sur place par la Glorieuse, dans le cadre d’une opération Croix-Rouge.

 

gaua_ali_2010.04.24.jpg                 Gaua - panache du 24.04.2010  Nasa Earth Observatory.


A partir de début avril 2010, l'activité augmente, avec émission de panaches plus importants et montant à plus haute altitude : 2.100 à 3.000 mètres. Entre mi-avril et fin juin, des panaches à 3.000 m. sont fréquemment observés.

L'éruption est toujours en cours.

 

Sources :

- Vanuatu Geohazards Observatory - VGOW.

- Global Volcanism Program - Gaua

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

  Santo-cadre-structural-fig01.jpg                          doc.Atlas du Vanuatu - IRD Noumea

 Géodynamique du Pacifique sud-ouest :

La tectonique de la région du Pacifique Sud-Ouest est marquée par la convergence entre les grandes plaques Pacifique et Australie. La convergence entre ces deux plaques se caractérise par une zone de déformation qui peut atteindre jusqu'à 1000 km de largeur et qui s'exprime par deux zones de subductions de sens opposé : la zone de subduction Nouvelle-Zélande-Kermadec-Tonga et la zone de subduction Papouasie-Nouvelle-Guinée- Salomon-Vanuatu.

Entre ces deux subductions, se recouvrant en partie, s'ouvrent des bassins océaniques.

 

Dans la partie sud-est de la région, la plaque Pacifique s'enfonce sous l’arc des Tonga- Kermadec. Les ratios de déplacement varient de 6-7 cm/an au Sud,  à 24 cm /an au Nord.

 

 Dans la partie nord-ouest de la région, c'est, à l'inverse, la plaque Australie qui plonge sous les archipels du Vanuatu, des Salomon et de Papouasie-Nouvelle-Guinée le long des fosses du Vanuatu, de San Cristobal (ou Sud Salomon) et de Nouvelle-Bretagne. La vitesse relative de convergence à cette frontière varie de 9 à 16 cm/an.

 

Ces deux zones de subduction sont jalonnées du Sud au Nord par des bassins qui constituent une zone tampon entre les deux grandes plaques:

- le fossé du Havre en arrière de l'arc des Kermadec

- le bassin de Lau en arrière de l'arc des Tonga

- le bassin Nord-Fidjien et les fossés du Vanuatu en arrière de l'arc du Vanuatu

- le bassin de Woodlark

- le bassin de Manus en arrière de l'arc de Nouvelle- Bretagne.

 

carteswpacgrande---IRD-noumea.jpgVitesse des différents mouvements (subduction - rifting - déplacements au niveau des failles)  -  doc. IRD - Noumea.


La zone de liaison entre les deux terminaisons des zones de subduction Nord Tonga et Sud Vanuatu, qui s'éloignent très rapidement l'une de l'autre, est marquée par un système complexe d’axes d’ouverture et de relais transformants.

Les ratios d’ouverture atteignent 16 cm/an pour le Nord du bassin de Lau et 12 cm/an pour le Sud du Bassin Nord-Fidjien. Le mouvement décrochant est notamment souligné par la faille transformante Nord-Fidjienne qui s'étend depuis la terminaison nord de la fosse des Tonga jusqu'à l'axe d'accrétion central du bassin Nord-Fidjien, et qui longe le bord nord la plate-forme fidjienne.

Le bassin Nord-Fidjien est bordé au Nord par la fosse du Vitiaz. Dans la plupart des reconstitutions, cette fosse actuellement inactive est considérée comme la zone de frontière convergente entre les plaques Pacifique et Australie de l’Eocène supérieur au Miocène supérieur, avant le développement du bassin Nord-Fidjien. L'arc du Vitiaz, maintenant dispersé, incluait l'arc ancien des Salomon et du Vanuatu, et se raccordait au sud est à la plate-forme fidjienne et à l'arc ancien de Lau-Tonga. La collision au Miocène supérieur entre le plateau d'Ontong-Java porté par la plaque Pacifique et l'arc du Vitiaz aurait eu pour conséquence de bloquer la subduction de la plaque Pacifique sous l’arc du Vitiaz, d'en inverser localement le sens depuis la Papouasie Nouvelle-Guinée jusqu’au Nord des îles Fidji, et de provoquer la naissance de la zone de subduction du Vanuatu - Sud Salomon. L’arc du Vanuatu a ensuite dérivé vers l'Ouest, en ouvrant dans son sillage le bassin Nord-Fidjien depuis le Miocène supérieur. La dérive, cette fois-ci vers l'Est, de la partie sud-est de l'arc, au niveau des îles Fidji - ride de Lau, a entraîné la formation du bassin de Lau depuis le Pliocène. (mission Santo 2006)

 

Tectonique de l'arc du Vanuatu :

 

La marge du Vanuatu peut être divisée longitudinalement en 4 grandes structures.

 

Tectonique-Vanuatu-CNRS.jpg                         Tectonique de l'arc du Vanuatu - doc. IRD / CNRS.


- Le segment nord, de 11°S à 14°S, est caractérisé par une fosse profonde (6000- 8800 m), une plate-forme vers 1200-1800 m de profondeur d'où émergent quelques îles basses à substratum volcanique (Torrès, Vanikoro, Utupua, Ndende, Recif), l'absence de volcans aériens actifs sauf à l'extrémité Sud (Vanua Lava) et Nord (Tinakula), et des fossés arrière-arc évasés vers le Nord.

- Le segment central, de 14°S à 17°S, se caractérise par l'absence de fosse et la présence inhabituelle de grandes îles réparties le long de trois chaînes parallèles (Santo - Mallicolo, Ambrym - Ambaé - Gaua, Maéwo - Pentecôte) et d'un bassin anormalement profond au centre de l'arc (2400 à 3000 m). Ce bassin d’Ambaé est divisé en deux par l’île d’Ambaé et caractérisé au moins pour partie par un substratum de nature océanique (le bassin Nord Ambaé).

Les terrains formant ces trois chaînes résultent de trois épisodes volcaniques majeurs: la chaîne occidentale d'âge Oligocène supérieur à Miocène moyen est à relier à l’arc du Vitiaz, la chaîne orientale d'âge Miocène supérieur à Pliocène inférieur marque le début du fonctionnement de l’arc du Vanuatu, la chaîne centrale d'âge Pliocène supérieur à actuel représente la zone volcanique active.

 - Le segment sud, de 17°S à 22°S, ressemble au segment nord; il est caractérisé par une fosse (6000-7000 m), une large plateforme vers 1000 m de profondeur d'où émerge une série d'îles volcaniques régulièrement espacées (Éfaté, Erromango, Tanna, Anatom) et des fossés arrière-arc (fossés de Éfaté, Erromango et Futuna).

- Le segment extrême Sud, au Sud de 22°S, correspond à la terminaison de la zone de subduction; il est caractérisé par un arc volcanique étroit d'où émergent les pitons actifs de Matthew et Hunter.

La segmentation de la marge coïncide avec les structures de la plaque plongeante. Les segments sud et nord se situent en face des bassins océaniques Nord Loyauté et Nord Torrès.

La zone centrale, qui diffère très largement du reste de l'arc, se situe en face de la ride d'Entrecasteaux et de la terminaison sud du Plateau Ouest Torrès. À ce niveau, la convergence est absorbée en deux endroits : à la fosse à l’Ouest, le long du plan d e subduction penté vers l’Est sous la chaîne occidentale de Malicollo-Santo (3.5 cm/an) ; à l’Est le long de plans de chevauchement pentés vers l’Ouest sous la chaîne orientale de Pentecôte-Maéwo (5.5 cm/an). De la même manière, la frontière morphologique et structurale à 21°-22°S, entre les segments sud et extrême sud de la marge, se situe en face du coude de la ride des Loyauté. À ce niveau l’arc est découpé le long d’un grand accident senestre en arrière de l’arc de Matthew-Hunter, la ride des Loyauté entraînant le segment le plus sud avec elle. Le segment sud coulisse à l'ouest par rapport au segment extrême sud, à la vitesse estimée de 9 cm/an.

Les subductions/collisions récentes et toujours actives des rides d'Entrecasteaux et Loyauté sont ainsi soupçonnées d'avoir profondément modifié la morphologie, le volcanisme et la sismicité des parties centrales et extrême sud de la zone de subduction du Vanuatu. La ride d'Entrecasteaux vient percuter le segment central de l'arc insulaire du Vanuatu et l'entraîne devant elle sur le bassin Nord-Fidjien. L’emboutissage de la marge par la ride d’Entrecasteaux provoque les forts soulèvements des chaînes Est et Ouest de la partie centrale, et induit 

- la zone de compression d'arrière-arc et

- une zone décrochante transverse à l’arc entre les blocs sud et centraux au niveau des îles Shepherd (5 cm/an de décrochement dextre, le bloc central coulissant à l'Est par rapport au bloc sud).

Il est également proposé que la subduction/collision de la ride provoque des rotations des segments nord et sud de l'arc avec ouverture arrière-arc associée (rotation horaire pour le segment sud et ouverture de 4-5 cm dans les fossés arrière-arc du Sud entre Tanna et Futuna, rotation antihoraire pour le segment nord et ouverture de 3-4 cm/an dans les fossés arrière-arc du Nord, au Nord des Banks).

(mission Santo 2006)

 

Volcans actifs du Vanuatu :

 

map_vanuatu_volcanoes.gifNous verrons ces volcans du nord au sud, grâce aux photos d'Antony Van Eeten, un ami volcanophile australien, que je remercie.

 

31077_411964106440_645396440_4717273_5806456_n.jpg                                   Antony au Vanuatu   ... thanks Antony !

 

Sources :

- INRP - Institut national de recherche pédagogique - misssion Santo 2006 - lien

- IRD - Institut de recherche pour le développement - Noumea

- Futura-environnement - dossier Vanuatu

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

Ce matin, un petit tour d'horizon de la planète-volcan avec différents édifices en "période de stress"

 

 

En Indonésie, le Mérapi et le Karangetang montrent des signes de nervosité, alors que le niveau d’alerte du Sinabung a été baissé de 4 à 3. Selon le VSI, vingt volcans sont en alerte niveau 2 !

Le Karangetang  a émis des coulées de lave et a montré de l’activité strombolienne durant la majeure partie du mois de septembre, tandis que le Mérapi voyait son niveau de sismicité augmenté.

 

Karangetang-2007-GVP.jpg                                   Le Karangetang - 2007 - GVP.


Le Phivolcs rapporte une augmentation de la sismicité sur deux volcans Philippins : le Taal et le Mayon.

Après une alerte relevée en début d’année, le Taal a connu, du 1° au 26 septembre, une période marquée par une moyenne de 10 séismes journaliers : le 27, ce nombre est monté à 17 séismes par jour, toutefois sans changements significatifs de l’activité thermique et fumerollienne … ce qui n’a pas fait changer son niveau d’alerte. La zone active, l’île centrale, reste cependant une PDZ – permanent danger zone – et n’est pas accessible en permanence.

 

Taal_volcano_aerial.jpg                                  Le Taal - île volcanique centrale -


Le Mayon, en l’absence de détails, reste sous surveillance constante depuis son éruption en fin 2009.

 

Après une accalmie depuis le 24 septembre, le Piton de la Fournaise refait parler de lui.

Dans la journée du 29 septembre, l’Observatoire Volcanologique du Piton de la Fournaise a enregistré 33 séismes volcano-tectoniques. La magnitude du séisme principal a été de 1.7 (non ressenti par la population). Les foyers sismiques restent localisés à l’aplomb du Piton de la Fournaise. Un nombre important d’éboulements dans le cratère sommital du Dolomieu (33/jour) ayants un volume moyen significativement plus élevé par rapport aux jours passés a été détecté. Déformations de l’édifice volcanique.
Tendance : inflation de l’édifice du Piton de la Fournaise, notamment de sa portion orientale.
Emissions de SO2 : des émissions ponctuelles sont enregistrées. Une possible augmentation du débit des fumerolles sommitales dans le cratère de Dolomieu est observée. L’augmentation concerne essentiellement le secteur est.

 

volcan piton fournaise 06             Les cratères sommitaux du Piton de La Fournaise  - photo OVPF.

 

En Colombie, le niveau est augmenté pour trois édifices volcaniques : Le Galeras et le Cerro Machin en niveau « jaune-3 », le Nevado del Huila en niveau « orange-2 ».

Pour le Nevado del Huila, Ingeominas conclue à une activité associée à l’extrusion de matières magmatiques à faible profondeur, avec sortie pulsive de gaz et cendres… pouvant dériver vers un état d’excitation plus grand.

Les mesures de SO2 ont été de 2979 tonnes/jour le 24.09 et de 3346 tonnes/jour le 27.09.

 

Nev.-del-Huila-2010-08-19.jpg                        Le Nevado del Huila - 19.08.2010 - Ingeominas

 

Au Kamchatka, le rapport du KVERT, du 01.10, rappelle que les trois volcans Klyuchevskoy, Shiveluch et Karymsky présentent des niveaux sismiques au dessus de la normale et émettent des panaches montant entre 6.000 et 10.000 mètres.

Le Klyuchevskoy présente une activité strombolienne, contrôlée « de visu » les 23, 25 et 28-29 septembre, avec panaches à 6.500-7.000 m. les 22 et 24.09. Une coulée de lave descend le flanc SO. du volcan, suite à une activité effusive sommitale.

 

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            Le Klyuchevskoy en soirée  - © Carole et Frédéric Hardy 2010.

 

kamchatka_amo_2010272.jpgLe Klyuchevskoy et le Shiveluch - photo  NASA - Aqua / Modis  by Jeff Schmaltz, 29.09.2010

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Publié le par Bernard Duyck
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La découverte du squelette de Lucy par l’expédition internationale de recherche en Afar a apporté un des chaînons manquants dans l’histoire du développement de l’homme moderne.

ethiopie 2007 007 copie

Lucy a été découverte le 30.11.1974 à Hadar sur les bords de la rivière Awash en Ethiopie dans le cadre de l'International Afar Research Expedition, un projet regroupant une trentaine de chercheurs éthiopiens, américains et français co-dirigé par D.Johanson (paléoanthropologie), M.Taieb (géologie) et Y.Coppens (paléontologie).

Lucy a été décrite une première fois en 1976   mais son rattachement à l'espèce Australopithecus afarensis n'a été proposé qu'en 1978. 

Répertoriée sous le code AL 288-1 , Lucy a été surnommée ainsi par ses "inventeurs" car ces derniers écoutaient la chanson des Beatles,  "Lucy in the sky with diamonds", le soir sous la tente, en répertoriant les ossements, qu'ils avaient découverts. Elle est parfois également surnommée Birkinesh, Dinkenesh ou Dinqnesh, qui signifie « tu es merveilleuse » en langue amharique.

Lucy est conservée au Museum national d'Éthiopie à Addis-Abeba, où une réplique y est exposée.

Photo prise au musée d'Addis lors d'un périple en Afar - © B.Duyck

 

 

Yves Coppens, le paléontologiste et paléoanthropologue français ayant participé à cette expédition, a développé la théorie de l’ East side story, qui est un modèle expliquant l’apparition de la lignée humaine en Afrique de l’est par un changement climatique majeur lié à la formation du grand rift.

 

465px-Great Rift Valley map-fr.svg - USGS Sémhur                         Le grand rift Africain - doc. USGS / Sémhur.

Cette zone d’extension intracontinentale rejoint au nord deux structures extensives (des anciens rifts océanisés) qui limitent la plaque Arabique: la mer Rouge et le golfe d’Aden. Le point triple de l’Afar qui relie ces trois structures est une zone volcanique majeure découpée par de nombreuses failles.

Le rifting débute au Miocène, et l’effondrement provoque la formation de nombreux lacs.

La vitesse d’ouverture est de l’ordre de 10 mm/an et diminue vers le sud. Les deux branches du rift sont reliées par une zone de fracturation importante, le linéament d’Assoua. Le Kilimandjaro et le Mont Kenya, deux volcans, sont situés à l’intersection entre la branche orientale et ce linéament. La poursuite de cette extension intracontinentale peut aboutir, dans les prochains millions d’années à une océanisation et à l'individualisation d’une plaque Somalienne.

La vallée du grand rift connaît une très grande activité volcanique : il existe une très grande complexité du volcanisme visible nulle part ailleurs. On peut e.a. citer ici, sur la branche Est :

z---ethiopie-2007-rush-168-copie.jpg- L'Erta Ale, volcan-bouclier effusif très actif projetant de la lave fluide et dont la caldeira abrite un lac de lave;

- Le Dallol, un site géothermo-volcanique situé dans le triangle Afar.

                               Erta Ale - lac de lave  -  © B.Duyck

diap-len-055-copie.jpg- L'Ol Doinyo Lengai, stratovolcan rejetant une lave fluide unique au monde, la natrocarbonatite.

 - Le Kilimandjaro et le mont Kenya, stratovolcans, couverts de glaciers, respectivement symboles naturels de la Tanzanie et du Kenya.                     Lengai hornito - Solarisation  -  © B.Duyck

 

La formation du rift, il y a une dizaine de millions d'années, aurait conduit à une différentiation climatique et environnementale majeure entre la région située à l'ouest, humide et boisée, et la région située à l'est, beaucoup plus sèche et occupée par la savane. À partir d'une souche commune, deux populations de primates auraient été isolées et deux lignées évolutives auraient divergé :

- à l'Ouest, région restée humide et couverte de forêt tropicale, se serait développée la branche des primates regroupant les grands singes ancêtres des gorilles, des chimpanzés et des bonobos. Les caractéristiques environnementales auraient contribué à leur conserver un mode de déplacement essentiellement quadrupède et arboricole.

- à l'Est (territoires actuels de la Tanzanie, du Kenya et de l’Ethiopie), à l'abri des précipitations bloquées par la barrière du rift, un climat beaucoup plus sec se serait mis en place accompagné de la formation d'une végétation beaucoup moins dense, faite de savanes faiblement arborées. En réponse à ce nouvel environnement, une ou plusieurs branches distinctes de la famille HOMINIDE se seraient développées. Les australopithèques et les parantropes en feraient partie, ainsi que l'ancêtre de l’homme moderne. Ce climat et sa végétation auraient favorisé, chez ces ancêtres ou ces cousins de l'homme moderne, les déplacements au sol et la bipédie, permettant l'amélioration de la perception visuelle des prédateurs ou du gibier. La bipédie favorisant la libération des membres antérieurs, ceux-ci seraient devenus disponibles pour utiliser progressivement des outils.

 

HommeLignee                   Ligne du temps des Paranthropes et des hominidés .

 Ce modèle séduisant a été remis en cause par la mise en évidence d’une locomotion encore largement arboricole chez certains Australopithèques, puis par les découvertes par l’équipe de Michel Brunet d'Australopithecus bahrelghazali – Abel - et de Sahelanthropus Tchadensis – Toumaï - au Tchad, soit 2 500 km à l'ouest du rift.

Si Yves Coppens a reconnu que le modèle ne correspondait plus aux données actuelles, l'isolement géographique de petits groupes reste une hypothèse privilégiée pour expliquer l'apparition de la bipédie … « la mise sur pied de l’homme » - Homo erectus.

 

Homo erctus - dispersion 8-carte

 

Homo erectus a commencé sa migration et sa conquête de nouveaux territoires voici plus d'un million d'années et on le retrouve pratiquement en même temps à proximité du Pacifique à l'est, et de l'Atlantique à l'ouest.

 

Puis le flambeau sera passé à l'homo néanderthalensis et l'homo sapiens sapiens, finalement au profit de ce dernier. L'évolution de l'homo sapiens se fera indépendamment dans chaque continent, avec peu d'échanges de gênes d'abord, aboutissant à la diversité humaine actuelle.

 

535px-Humanevolutionchart.png             Evolution humaine en fonction du temps et des continents - doc.wikipedia

 

From: Genetic Analysis of Lice Supports Direct Contact between Modern and Archaic Humans Reed DL, Smith VS, Hammond SL, Rogers AR, Clayton DH PLoS Biology Vol. 2, No. 11, e340 doi:10.1371/journal.pbio.0020340.


Ce raccourci, qui frustera sans doute les puristes - mais ce n'est pas le sujet de ce blog - nous montre l'importance qu'ont joué les volcans sur l'évolution des hommes. Leur action ne se dément toujours pas, modelant les traditions et civilisations.

 

Un peu d'humour :

 

evolution_homme.jpg                           "La marche du progrès" ... caricature ?

 

Sources :

- Homo erectus - Stanford university - lien

- Homo erectus, à la recherche de "celui qui marche debout" - lien

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Actualités volcaniques

 

Les grandes éruptions volcaniques, qui ont eu lieu en Italie et dans le Caucase, ont-elles donné le "coup de pouce" final au processus d'extinction de l'homme de Néanderthal, il y a environ 40.000 ans ?

 

723px-Ferrassie_skull-copie.jpg          Crâne d'un homme de Néanderthal - La Ferrassie - France - doc.wikimedia


L'examen des couches de sédiments dans la grotte russe Meznaiskaya, fréquentée à l'époque par l'homme de Néanderthal (*), montre une accumulation de cendres volcaniques, à une époque précédant leur extinction.

Parmi les couches analysées, la plus riche en cendres volcaniques , et correspondante aux « ignimbrites Campaniennes » (**) est dépourvue de pollens d’arbres, attestant que la majorité des plantes importantes pour la vie avait été détruite par les énormes éruptions volcaniques à cette époque … cette couche était « stérile, non adaptée à la vie ». Ce déficit en plantes a été suivi d’une baisse importante des populations de mammifères herbivores, source de nourriture essentielle pour les Néanderthaliens, chasseurs de grands mammifères. Privés de nourriture dans un environnement glacial nécessitant un apport calorique substantiel (estimé jusqu’à 5.000 calories par jour !) pour espérer survivre, les Néanderthaliens étaient condamnés à mourir de façon lente et assurée.


Selon l’équipe de Naomi Cleghorn, l’homme de Néanderthal, qui avait affronté avec succès différents âges glaciaires et de nombreuses catastrophes naturelles, n’aurait pas pu survivre à cette conjonction d’énormes éruptions survenant dans un laps de temps court.

 

800px-Carte_Neandertaliens.jpg

 

De plus, leur petit nombre et la dispersion des groupes de population à travers l’europe, ne leur a pas permis une reconstitution des populations après le cataclysme. Affaiblis et en mauvaise posture par rapport à l’homo sapiens, pour diverses raisons, ils auraient été supplantés par celui-ci. Parmi ces causes, relevons

- une moindre diversification dans le choix de la nourriture, les Néanderthaliens étant plus inféodés aux grands mammifères touchés par le manque de végétaux consécutif aux éruptions,

- une natalité plus faible – à mettre en relation avec le type peu différencié de nourriture -,

- une mortalité accentuée due aux rapports conflictuels avec l’homo sapiens, beaucoup plus belliqueux.

 

 

C’est certainement des causes multiples qui ont réussi à décimer l’homme de Néanderthal : les éruptions volcaniques majeures et rapprochées ayant engendré des modifications climatiques puis « en boule de neige » des perturbations dans la flore et la faune, font partie de l’explication globale.

 

Les volcans seraient-ils de grands destructeurs d'espèces et de civilisations ? ... pas uniquement, nous verrons demain qu'ils ont permis des évolutions positives pour l'espèce humaine !

 

Lexique :

(*) - Les néanderthaliens sont les premiers hommes préhistoriques qui aient été découverts et étudiés. Leur nom provient du lieu de leur découverte : la vallée de Neander (en allemand : Neanderthal).

Les hommes mesurent environ 1,70m et les femmes 1,60m. Ils sont très musclés, avec des os très épais et solides. Les hommes pèsent environ 100kg et sont très forts.

Ils ont une tête un peu différente de la nôtre : un crâne plus allongé (chignon vers l'arrière), des arcades sourcilières proéminentes, un menton fuyant.

 

(**) - les Ignimbrites Campaniennes :

L’ignimbrite campanienne est le plus vaste recouvrement pyroclastique de l’aire méditerranéenne avec 30.000 km2 de superficie supposée et un volume de matériaux émis estimé de 80 km3 à 500 km3 (Fisher et al., 1993).

Elle résulte d’une phase éruptive majeure initialement supposée dans les Champs Phlégréens (Rosi et al., 1987 ; Fisher et al. 1993) mais également localisée au Nord de Naples (Scandone et al., 1991 ; Rossano et al., 1996)
L’extension jusqu’alors reconnue est déjà considérable. Cet écoulement pyroclastique a franchi des reliefs de mille mètres d’altitude vers le Nord-Est, traversé sur 25 km l’emplacement actuel du golfe de Naples jusqu’à Sorrento avant de franchir les crêtes de la péninsule sorrentine et de napper les dépressions du littoral amalfitain au Sud-Est.
Dans l’hypothèse d’un point éruptif localisé au Nord de Naples ,
l’ignimbrite aurait parcouru radialement au moins 80 km. Sa vitesse minimum à 50 km. du point éruptif a été estimée à 100 m/s (Sparks et al., 1978) et sa vitesse initiale à 160 m/s (Rossano et al., 1996).
Plusieurs datations obtenues par différentes méthodes sur cette formation la situent aux environs de 35.000 ans BP mais la dispersion des âges suggère qu’elle se place dans une période éruptive marquée par plusieurs événements ("Campanian Ignimbrite Series) .

À l'échelle des plaques, les causes de ce volcanisme s'apprécient dans le cadre du rapprochement entre l'Europe et l'Afrique. Le contexte tectonique de la formation des champs Phlégréens est complexe et lié à la subduction de la lithosphère adriatique sous l'Italie vers l'Ouest. Cette ancienne zone de subduction, maintenant bloquée, est visible sous les Appenins par les méthodes géophysiques. (voir ci-dessous : Kieffer & al.)

 


Sources :

- Volcanoes killed off neanderthals - National Geographic daily news

- Pourquoi l'homme de Néandertal a disparu ? - Hominidés.com

- Reconstitution de l'homme de Néanderthal - National Geographic.

- Global Volcanism Program - Campi Flegrei

- Les champs Phlégréens

- Reconnaissance de l'ignimbrite Campanienne près du golfe de Policastro .. - implications volcanologiques et paléoenvironnementales - par Kieffer, Vernet et Raynal.

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