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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

excursions et voyages

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

etna 03 cpoie 2

"L'Etna fume la pipe"  - Smoke ring - avec l'aimable autorisation de Boris Behncke - INGV Catania.

 

Un phénomène essentiellement esthétique et par conséquent peu analysé par les volcanologues : les ronds de fumée émis par les volcans. Comme le disait poétiquement Haroun Tazieff, " le volcan fume la pipe ".


Pour obtenir un rond, il faut deux conditions initiales : de la fumée et une vitesse de départ.

Dans le cas d’un volcan, ce sont les fumerolles et l’air chaud ascendant qui sort du cratère. Mais tous les jets de fumée ne donnent pas des ronds … en observant le panache de vapeur/fumée qui sort d’une cocotte-minute, on n’observe aucun ronds de fumée. Un rond de fumée ne peut s’obtenir que si le jet est discontinu … conditions réunies lorsque la géométrie du conduit volcanique permet aux gaz et à la vapeur d’eau de s’échapper alors qu’il est en partie obstrué par un bouchon.

L'air expulsé au centre se déplace plus vite que l'air sortant de l'ouverture près de bord ... l'air sur les côtés est aspiré et un mouvement circulaire est créé : un vortex en forme d'anneau en résulte; sa forme se maintient en raison du mouvement de rotation de l'air qui circule dans le vortex.

 


Toroidal coord  vortex2

 

 

 

 

 

 


                             


  L’anneau qui sort du conduit volcanique ne peut rester immobile, il est en mouvement permanent par rapport au fluide qui l’entoure. L’anneau ne peut "flotter" au dessus du cratère, il va s’en éloigner fatalement.

Cet anneau est éphémère : dans un milieu calme, en laboratoire, un anneau de fumée peut durer plusieurs heures ; les forces de contact entre les molécules maintiennent le système. Si de l’énergie est introduite dans le système, les forces cinétiques vont primer sur la viscosité et l’anneau va se détruire.

 

 

 

Stromboili---vent-sur-le-Pizzo---M.F.-SOL.jpgStromboli - un fort vent du nord-est souffle sur le Pizzo, et les turbulences déforment et dissipent successivement les anneaux de fumée. - - avec l'aimable autorisation de M.Fulle / Stromboli On Line (SOL).

 

En milieu naturel, l’anneau se déplace en moyenne à une vitesse deux fois moins grande que la vitesse de l’air chaud ascendant du volcan. Cette vitesse est fonction de la circulation du fluide autour du cœur. Plus la vitesse est rapide, plus l’anneau se déplace vite. Elle dépend aussi du rayon de l’anneau : quand son rayon augmente, l’anneau ralentit … parce que chaque partie de l’anneau s’éloigne de celle d’en face qui lui communiquait sa vitesse.

La durée de vie de l’anneau dépendra de la stabilité de l’air … qu’un oiseau vienne à passer, un coup de vent brusque à se manifester, et la belle symétrie de l’anneau se verra perturbée ; un côté de celui-ci va tourner plus vite que l’autre et la dislocation deviendra inévitable.


Un beau sujet de thèse, qui nécessite de maitriser le domaine de la circulation des fluides, les ratios caractérisants l'émission gazeuse au moment du phénomène, et plus difficile la morphologie, la forme exacte de la cheminée du volcan; la chance est de plus un facteur clef pour multiplier les observations ... est-ce du domaine du possible ?

 

Ces anneaux se rencontrent sur des volcans connus : comme l’Etna (vidéo ci dessous de Geoff Mackley - 08.06.2000), le Stromboli, le Tungurahua (Equateur)... entre autres.

Ils sont souvent liés aux éruptions de type strombolien ... il serait intéressant de savoir si la formation des anneaux leur est inféodée, ou s'ils se manifestent aussi dans d'autres types d'éruptions.

 

   

Marco Fulle, de "Stromboli on line", en a fait divers clichés très instructifs en 2000 et 2002, tant sur le Stromboli que sur l'Etna.

 

etna-2000---Stromboli-on-line.jpg

Deux exemplaires de ronds de vapeur, produits le 01.06.200 par la Bocca Nuova de l'Etna après de nombreux cycles stromboliens - avec l'aimable autorisation de M.Fulle / SOL - un clic sur la photo vous mène vers sa page. ( 1 June 2000, 9:00, f=135mm from Torre Del Filosofo ).

 

Etna-25.05.2000---StOL.jpg

Close-up sur un anneau de vapeur, où M.Fulle nous détaille l'anneau comme formé de plusieurs tubes co-axiaux, avec perte du tube le plus externe (au centre bas) - - avec l'aimable autorisation de M.Fulle / SOL. (25 May 2000, 17:00, f=300mm from Torre Del Filosofo)

 

Entre le 2 et le 6 avril 2000, la Bocca Nuova a émis toutes les 10 minutes des ronds de fumée de 20 à plus de 50 mètres de large, s'élargissant jusqu'à 200 mètres, en dérivant de 5 à 15 minutes avant de se briser et de disparaitre. (Thorsten Boeckel)

vortex-volcano---Eyjafjallajokull-Steve-et-donna-O-Meara-0.jpg

                       Eruption  de l'Eyjafjallajökull 2010   - photo Steve & Donna O'Meara

 

Tungurahua-2639_mp-copie-1.jpg  Vortex émis par le Tungurahua / Equateur - photo Benjamin Bernard / IRD - 30.05.2010

 

Une tentative d'explication avec la théorie sur les vortex toroidaux (ou anneau tourbillonnant) : défini comme une région où un fluide en rotation se déplace au sein d'un fluide de même nature ou différent, en prenant une allure de "doughnut" - de beignet, une forme toroidale.

Le mouvement du fluide est autour de l'axe poloïdal ou circulaire de l'anneau, dans un mouvement tourbillonnaire de torsion.

Les vortex toroidaux furent analysés par un physicien allemand, Herman von Helmholtz, qui en fit un modèle mathématique en 1867.

 

Sources:

  - Vortex dynamics : the legacy of Helmholtz and Kelvin - by K. Moffatt  - link

- Photos sur Stromboli on line : Etna 2000 - Etna 25.02.2000Stromboli 2002.

 

D'autres Vortex naturels ou artificiels, esthétiques ou cataclysmiques :

 

 

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Publié le par Bernard Duyck
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L’océan et l’atmosphère sont des fluides en constant mouvement. A notre échelle, on ne perçoit ces mouvements qu’en sentant le souffle du vent ou le courant le long de l’eau. Les satellites nous permettent d’avoir une vision globale du phénomène.

 

Iles-aleoutiennes---Nasa-Landsat-7-Novapix.jpgAllées de von Karman photographiées (en fausses couleurs) par le satellite Landsat 7 au dessus des îles Aléoutiennes - doc. Nasa


Ces curieuses formations nuageuses sont appelées allée de tourbillons de von Karman , ou encore allée de Bénard-von Karman ; elles se forment lorsque l’air glisse autour d’un objet, causant une séparation des flux et la création de tourbillons dans son sillage.


Dans le cas qui nous intéresse, l’objet troublant l’écoulement du fluide est une île ou un groupe d’île, souvent d’origine volcanique sur les exemples présentés.

Lorsqu’un vent dominant rencontre ces îles, la perturbation dans le flux se propage vers l’aval de celles-ci en une double rangée de tourbillons qui alternent leur sens de rotation (dans le sens horaire et anti-horaire).

 

Vortex-street-animation-w.gifPhénomène décrit par von Karman - Von Kármán vortex street animation, courtesy Cesareo de La Rosa Siqueira / English wikipedia.

Ndlr : Ne regardez pas trop longtemps cette animation ... elle hypnotise !

 

Ce phénomène a été décrit par l’ingénieur aéronautique hongro-américain Théodore von Karman - Szőllőskislaki Kármán Tódor, qui fut professeur d’aéronautique au California Institute of Technology, puis le premier directeur du Jet Propulsion Laboratory de 1938 à 1944 et responsable d’avancées cruciales en aérodynamique.


La Nasa a bien analysé le phénomène d’allée de von Karman grâce aux images prises en 1999 par le satellite Landsat7 au dessus des îles Juan Fernandez, aussi connues comme îles Robinson Crusoe, situées au large des côtes chiliennes.

L’obstacle est ici constitué par une île de 1,5 km. de diamètre et 1,6 km. de hauteur , l’île Alejandro Selkirk, vis-à-vis d’un paquet de stratocumulus marins. Ce type de nuage, soit dit en passant, joue un rôle important dans le refroidissement de la surface terrestre, et contrarie ainsi partiellement le réchauffement climatique.

Un vent equatorial soutenu et régulier crée un vortex de sens horaire à la pointe est de l’île, et un vortex anti-horaire à sa pointe ouest. Ces vortex croissent ensuite avec leur avancée sous le vent  sur des centaines de kilomètres.

 

vortex-Juan-fernandez-isl.---15.09.1999-Landsat-7--Nasa.jpg            Vortex au dessus des îles Juan Fernandez - 15.09.1999 - images Nasa Landsat 7

 

wakes.82_small.gifAutre détail de cette photo montrant les sens horaire et anti-horaire des vortex créé par l'île Selkirk -15.09.1999 - images Nasa Landsat 7

 

Un autre exemple au dessus de l'archipel des Galapagos, où la forme des différentes îles influence la formation des vortex.

 

Terra---MODIS---Galapagos---08-09-2010---500m.jpg

         Vortex au dessus des îles Galapagos, par le satellite Terra MODIS le 08.09.2010 - 500 m.


Ces allées de von Karman ont été aussi photographiées par le satellite Envisat de l’ESA (capter MERIS – Medium Resolution Imaging Spectrometer), au dessus des archipels de la Macaronésie, Madère, les Canaries et le Cap Vert.

 

Meris---Canaries---14-08-2010---11h16---SE2.jpg              Vortex au dessus des îles Canaries, au centre droit(© ESA Agence spatiale Européenne)

Cette image a été saisie par le spectromètre MERIS (Medium Resolution Imaging Spectrometer) embarqué sur le satellite Envisat fabriqué par Astrium.


En haut au centre, on aperçoit l'île de Madère, ravagée ce 14 août 2010 par un incendie, et le nuage qui s'en dégage. Cet incendie a détruit presque intégralement le parc écologique de Funchal, sur les hauteurs de la capitale.

Capo-verde---weathervortex.jpg

                   Allées de von Karman au dessus des îles du Cap Vert - photo weather vortex

 

Sources :

- Weather Vortex - the strange world of weird climate and weather phenomena - link

- ESA - European Space Agency - link

 

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Les volcans sont des structures souvent associées à ce qu’on pourrait appeler «  des phénomènes atmosphériques » : nuages lenticulaires, tourbillons de Karman, autre vortex, ou encore éclairs.

 

nuage-orographique-Mt-Fuji---Astrsurf.jpg                     Un nuage orographique coiffant le Mont Fuji  - photo astrosurf


Beaucoup de belles photos de volcans sont coiffés d’étranges soucoupes, rappelant les OVNI : ce sont des nuages lenticulaires, encore appelés « os de seiche ».

Ce type de nuage n’est pas uniquement associé aux volcans, mais bien au relief … deux exemples célèbres : " l’âne du Mont Blanc ", ainsi nommé selon une expression des Chamoniards, qui au lieu de dire que les nuages et la pluie vont arriver, disent que " le Mt blanc a l’âne ".

Autre exemple connu, " la nappe " de la Montagne de la Table, près du Cap en Afrique du Sud :  vents chargés d’humidité en provenance de la mer montent et forment ce type de cumulus.

Je suis peu être chauvin, mais je trouve que quand ils chapeautent les formes presque parfaites des stratovolcans, leur effet esthétique est maximum.

 

Mt Rainier étét washington - imaga stron. jour Tim thompsAltocumulus lenticularis sur le Mt Rainier / Etat de Washington - photo Tim Thompson / Image astronomique du jour.

 

Le nuage lenticulaire est un altocumulus lenticularis, un type d'altocumulus stationnaire en forme de profil d'aile d'avion qu'on retrouve en aval du sommet des montagnes sous le vent, signant la présence d'un ressaut ou onde orographique (littéralement dessinée par les montagnes).

Lorsque le vent vient à buter sur un obstacle, colline, montagne ou volcan, des ondes se développent verticalement. L’air humide va monter et engendrer en se refroidissant des nuages, des paquets opaques de vapeur d’eau.

Ils se reforment en réalité en permanence du côté du vent et se dissolvent côté opposé, réalisant ainsi un nuage stationnaire, contrastant avec le vent fort et horizontal d’altitude qui est censé le déplacer rapidement.

Ces nuages sont apprécié des vélivoles, car il montre la présence d’une ascendance puissante et stable.

 

Lenticular-clouds-on-Mt-Rainier.jpg

Cet extraordinaire paysage est offert certains jours aux habitants de Seattle, voisins du Mont Rainier; il peuvent ainsi admirer une "pile d'assiettes" surmontant le volcan, ou un "troupeau de nuages lenticulaires" ... interprétation au choix - photo Wallpaper Naional geographic 2008 / Arco images.

 

 

Erebus---MEVO.jpg                  Empilement sur le sommet de l'Erebus / Antarctique - photo MEVO

 

Cette masse d’air a un contenu d’humidité variable selon l’altitude, si bien que des nuages distincts peuvent se former aux différents points de rosée de la masse d’air. Il en résulte alors un nuage , à l’aspect stratifié, en " piles d’assiettes ".

 

Lenticular_hawaii_big.gif"Un train de nuages lenticulaires" au dessus de Big Island / Hawaii - photo Peter Michaud / Futura Sciences.


400px-Vol_donde.pngSur les reliefs, les ondes formées ne se limitent pas à l'onde située juste au-dessus du sommet d'une montagne, un "train d'ondes" peut se former et donner lieu à une série de nuages lenticulaires, au sommet de chaque onde.

Vol d'onde - image wikipedia

 

Tarurua-NZ---image-astro---Chris-Picking.jpgUne autoroute de nuages lenticulaires suit le chaîne volcanique sur North Island / Nouvelle-Zélande - Mt Tarurua - photo Chris Picking /Image astronomique du jour.

 

3180491258_9915e18a1b_b.jpg        Last but not least ... le Mongibello (*) avec sa coiffe hivernale - photo Andrea Rapisarda

 

 

(*) Mongibello : nom d'éthymologie mixte latine - mons - et arabe - Djebel - qualifiant l'etna de "montagne des montagnes".

 

Sources :

- Report en aerial phenomena observec near the chanel islands, UK  - by J-F. Baure & al.

- Mountain waves and clouds : investigating the occurence of cloud-producing mountain waves - by Al. Reid

- Astrosurf - la formation des nuages.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

 

Eruption-du-21.04.1990---R.Clusas.jpg                         Le panache de l'éruption du Redoubt le 21.04.1990 - photo R.Clusas


Au moment de célébrer cet anniversaire, deux questions viennent à l'esprit :


Une telle éruption est-elle possible aujourd’hui ?

L’Alaska possède une centaine de volcans actifs, et depuis 1900, on compte au moins cinq éruptions par décade … avec les trois dernières décades particulièrement actives.

Le Novarupta est l’un des volcans du groupe Katmai, qui a présenté 15 épisodes éruptifs sur les derniers 10.000 ans.

 

1334190242_ak147.jpg                   Les volcans du groupe Katmai parmi ceux de l'Alaska - doc. AVO-USGS

 

Nbr.eruptions.jpg                        Nombre d'éruptions en Alaska en fonction du temps -

 

De plus cette zone est sujette à de risques volcaniques tels que coulées pyroclastiques, nuages de cendres, lahars, comme on pu le voir lors de l'éruption du Redoubt en 1989-90.

La réponse est positive … sans pouvoir toutefois en préciser la date.

 

Quel genre d’impact aurait une éruption de ce type à l’heure actuelle ?

Des volcanologues ont analysé les risques spécifiques au groupe Katmai et aux communauté qui habitent cette région :

- l’Alaska est un corridor aérien vital

- la région abrite de bases aériennes militaires (corridor stratégique), et  des installations pétrolières.

- les ports desservent des lignes maritimes et des pêcheries

- la région abrite des réserves naturelles et une faune sauvage spécifique

- le tourisme dans le grand nord peut être affecté.

 

usgsfs030_97_ash-2.jpg              Les routes aériennes du grand nord et les arcs volcaniques - carte USGS.

 

Volcano-hazard-assessment-for-katmai-volc.---trafic-aerien.jpgSi on superpose les cartes de distribution du nuage de cendres de 1912 et celle des routes aériennes du grand nord, on s'aperçoit qu'elles sont toutes concernées par une éventuelle éruption de même type - les aéroports de Fairbanks, Anchorage, Dawson, Vancouver et Seattle sont dans la zone  -

doc. NPS / AVO-USGS J.Adleman

 

Dans le nord, où les routes sont impraticables en hiver, l’approvisionnement par voies aériennes est primordial pour la survie des populations locales, sans oublier le problème des évacuations sanitaires.

Ce corridor aérien et maritime sert de plus comme escale pour les longs courriers internationaux et les navires qui y refont le plein de carburant.

Le récent épisode volcanique islandais de l‘Eyjafjallajökull nous rappelle combien nos civilisations modernes basées sur les déplacements de personnes et marchandises en flux tendus sont fragiles et perturbées par ces nuages de cendres.

Le coût réel est difficile à estimer ( supérieur à 300 millions de dollars) car il comprend outre la perte des droits d’atterrissage, le manque à gagner des duty-free, le nettoyage des appareils et des pistes, les pertes liées aux passagers et à leur consommation.

 

Les simulations concernant les aléas liés à ce type d'éruption ont été faites surtout pour l'hémisphère nord, mais si les nuages de cendres passent le niveau de l'Equateur, la situation pourrait vite devenir inextricable.

 

Sources :

- Alaska Park Science - volcanoes of Katmai and the Alaska peninsula - NPS

- USGS - Volcanism in National Parks

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Publié le par Bernard Duyck
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 L'éruption de 1912 du Novarupta a influencé le climat local et celui de l'hémisphère nord.

 

Localement, l’effet le plus important fut un déluge de cendres, avec durant trois jours, une obscurité totale. Les conditions de vie rendues insupportables forcèrent les populations à migrer. Outre les ignimbrites stérilisant la Vallée des dix mille fumées, on estime les dépôts de retombées à 17 km³, couvrant une zone de 2100km².

 

Volcano-hazard-assessment-for-katmai-volc---2-.jpgIsopaques des retombées de cendres de l'éruption de 1912 (50 cm. - 1 m. - 2 m.) - doc. AVO-USGS

 

A proximité du site de l’éruption, les vents forts, le roussissement de la cime des arbres et les chutes de cendres sont responsables d’inhibition de la photosynthèse pour des mois. Des températures plus basses que la moyenne persistant pendant plus de six mois après l’éruption furent enregistrées.

 

Ces changements brutaux mais non létaux se remarquent sur les cernes de croissance des arbres en Alaska, mais de deux façons .

Immédiatement après l’éruption, et sur des exemplaires prélevés à Katmai, on remarque une baisse de croissance abrupte, mais courte dans le temps, attribuable aux dommages causés par les chutes de cendres et l’activité sismique continue.

Ensuite, une période de moins de dix ans de croissance rapide est notée sur 20 à 80 % des arbres à Katmai et à Kodiak, sous le vent de l’éruption. Cet "effet rebond" indiqué par une augmentation de la croissance est habituellement attribué à un faible niveau de perturbation (par exemple, les dépôts de tephra ou des flux de lahars) qui ouvre la canopée. Ce déclenchement localisé de croissance s’est passé peu après le début d’un dérangement attribué au  dendroctone à échelle régionale.

Ce phénomène transitoire de croissance est attribué à un apport de nutriments, une modification consécutive de l’activité microbienne des sols, une augmentation de matières organiques due aux arbres morts et /ou une moindre compétition pour les nutriments. Des chutes moindres de cendres peuvent également avoir eu un effet de mulch, augmentant l’humidité des sols.

 

 

The relative size of the 1912 Novarupta eruption compared to several ancient and recent volcanic events.

Taille relative de l'éruption de 1912 du Novarupta par rapport à d'autres éruptions anciennes, dont celles du Yellowstone, et plus récentes, comme celles du St Helens et du Pinatubo. - doc. Alaska Park Science n°11. / NPS.

 

Novarupta se trouve près du cercle arctique, et son éventuel impact sur le climat mondial semble assez différent de celui d’un volcan tropical " ordinaire ", du moins si l’on en croit les récents travaux de climatologues utilisant un modèle informatique développé par la Nasa.

D'après Robock, le circulation stratosphérique se ferait généralement depuis l'équateur en direction des pôles. Ainsi les aérosols en provenance des volcans tropicaux en éruption ont tendance à se répartir aussi bien sur des latitudes au nord qu'au sud de l'équateur; ils peuvent circuler dans toutes les parties du globe.

 

Le modèle climatique de la Nasa a montré que les aérosols libérés par un volcan arctique tel que Novarupta auraient tendance à rester au dessus du 30eme parallèle nord, soit pas plus au sud que les Etats-Unis ou l’Europe.

Et naturellement, ils ne se mélangeraient que très lentement avec le reste de l’atmosphère.

 

Bizarrement, ce goulot d’étranglement boréal pour les aérosols de Novarupta ferait sentir ses effets en Inde. Toujours selon le modèle, l’éruption du Novarupta affaiblirait la mousson d’été, entraînant un été "anormalement chaud et sec" dans le nord de l’Inde . Le refroidissement de l’hémisphère nord engendré par les aérosols de Novarupta déclencherait une réaction en chaîne sur les températures de surface des continents et des océans, qui à leur tour influeraient sur les flux d’air au-dessus de l’Himalaya, pour finir par affecter les nuages (abaissement de 10% de la couverture nuageuse) et donc les précipitations au-dessus de l’Inde. En réalité, le processus est d’une complexité diabolique, et c’est pourquoi seuls des superordinateurs peuvent faire tourner ce modèle.

 

Les simulations de la Nasa pour une éruption en juin révèlent un refroidissement au cours de l'été suivant l'éruption des masses continentales de l'hémisphère nord, sans action au niveau mondial comme le laissait entendre d'autres simulations ( Role of the time of the year - Climate effects of high-latitude voilanic eruptions - by Ben Kravitz , Alan Robock)

 

(Selon une étude dans le Journal of Geophysical Research de 2005 (Climatic response to high-latitude volcanic eruptions by Luke Oman - Department of Environmental Sciences, Rutgers–State University of New Jersey, New Brunswick, New Jersey, USA  - Alan Robock & al.)

   

Ces aérosols stratosphériques ont un effet climatique généralisé et reparti sur un long terme (1 à plusieurs années) selon un schéma bien admis maintenant.

 

volcanicwinter.jpgSchéma de dispersion des aérosols volcaniques dans la troposphère et la stratosphère - mécanismes d'établissement d'un "hiver volcanique" - doc. Nasa. / from Robock, Alan, 2000: Volcanic eruptions and climate. Rev. Geophys., 38, 191-219. Copyright 2000 AGU

 

Pour évaluer l’impact climatique mondial ou hémisphérique d’une éruption volcanique, Robock et Free ont décrits cinq indices en 1995-96, insistant sur le fait qu’aucun d’entre eux n’est parfait.


1. Le DVI – Dust Veil index

Lamb (1970) et Kelly et Sear (1982) ont créé un index de voile de poussière volcanique conçu pour analyser les effets des volcans sur les conditions météo de surface, sur les températures des basse et haute atmosphères, sur la circulation des vents. La méthode utilisée pour établir cet index inclus les rapports historiques sur les éruptions, les phénomènes optiques, les mesures radiatives, la température relevée et le volume estimé des ejectats.

 

2. L’index de Mitchell similaire au DVI, mais plus détaillé concernant l’hémisphère nord.

 

3. Le VEI – Volcanic Explosivity Index – donne un ordre de grandeur géologique de la puissance d’une explosion volcanique.

vol_vei.gifIl doit se combiner à un facteur mesurant les aérosols sulfatés pour pouvoir être employé au niveau climatique.

Diagramme du refroidissement en °C (log.) versus valeurs d'émissions de soufre- l'éruption du novarupta 1912 est signalée "Katmai".

 

A prendre avec relativité donc, comme le montre l’exemple de l’éruption du st Helens en 1980 : l’index d’explosivité est de 5, ce qui est défini comme accompagné d’une injection stratosphérique significative … alors que l’éruption n’a eu qu’un impact stratosphérique négligeable (Robock 1981)

 

4. L’index Sato se base sur une information volcanologique de volume d’éjectat des années 1850 à 1882, des données d’extinction optique d’après 1882, et des données satellitaires d’après 1979. Les données les plus récentes incluent des observations sur l’extension latitudinale et temporelle des nuages d’aérosols.

 

5. L’IVI – Ice Core Volcanic Index

Il est basé  sur des données d’acidité ou de sulfates pour le période entre 1850 et aujourd’hui ;  mais il inclus d’autres sources de sulfates, le volcanisme local, des variables atmosphériques et des problèmes liés à la conductivité électrique de la glace, qui le rende difficilement interprétable en tant qu’indice volcanique climatique .

Robock et Free ont comparé les carottes de glace entre 453 et aujourd’hui avec le VEI et le DVI, pour arriver à la conclusion que ces données disponibles pour l’instant ne sont pas suffisantes pour délimiter un forçage climatique par explosion volcanique avant 1200 pour l’hémisphère nord et 1850 pour l’hémisphère sud.

 

Volcanic-eruption-and-climate---A.jpgTableau des différents indices volcaniques en fonction du temps, pour l'hémisphère nord - les pics IVI et VEI les plus grands concernent l'éruption de 1912 / Novarupta. - doc. Volcanic eruptions and climate.

 

Les récentes simulations montrent qu'il faut en plus tenir compte, en plus de ces facteurs, de la date de l'éruption dans l'année et de la position géographique du volcan.

 

Demain, "Parole aux lecteurs" avec un article de Michel Lecouteur, sur les effets climatiques de cette éruption sur le climat en France.

 

Sources :

- Climatic response to high-latitude volcanic eruptions - by Luke Oman, alan Robock and G. Stenchikov -Department of Environmental Sciences, Rutgers–State University of New Jersey, New Brunswick, New Jersey, USA

Gavin A. Schmidt and Reto Ruedy - NASA Goddard Institute for Space Studies, New York, New York, USA / In Journal of Geophysical research 2005 - link

- The climate effects of high-latitude volcanic eruptions - the role of the time of year - by Kravitz and Robock - link

- Nasa science news - Novarupta - link

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Publié le par Bernard Duyck
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L’éruption du Novarupta en 1912 a eu des effets collatéraux majeurs.

 

Outre la naissance de la Vallée des dix mille fumées, elle est indirectement responsable de la vidange de la chambre magmatique du volcan voisin Katmai, de l’effondrement consécutif du sommet de ce volcan, qui n’était plus supporté, et la formation de la caldeira.

 

caldeira-Katmai-et-Mt-griggs---NPS-Roy-Wood.jpg La caldeira et le lac de cratère du Katmai - à l'arrière-plan, le mont Griggs  - photo Roy Wood / National Park service

 

Avant l’éruption de 1912, le Katmai était un stratovolcan coiffé de quatre sommets orientés NE-SO.

L’activité passée du Katmai se décline en deux ou plusieurs éruptions explosives au Pléistocène, tandis qu’à l’holocène, elle est caractérisée par des coulées de lave descendant le flanc SE du volcan situé le plus au sud-ouest du complexe dans la Katmai river.

 

Après 1912, la caldeira de 3 km. sur 4 qui s’était formée a été remplie  par un lac de cratère profond de 250 mètres,bordé de parois le surmontant de 500 à 1.000 mètres. Ses eaux recouvrent un anneau de tuff et un petit dôme de dacite post-caldeira, Horseshoe island, aperçu en 1916. Des glaciers se sont formés sur une banquette intra-caldeira.

 

Katmai-glacier---NPS-Roy-Wood-copie.jpg                    Glaciers sommitaux du Katmai - photo Roy Wood / National Park Service

 

Plusieurs données du Service national de météorologie, en 2003, 2005,2010 et 2011, font état de mobilisation de cendres par de forts vents et retombées de celles-ci sur l’île de Kodiak ; ces cendres ne proviennent pas d’une activité volcanique récente, mais elles restent cependant gênantes et dangereuses pour le trafic aérien.

 

Katmai---NPS.jpg                            Le volcan Katmai / Alaska - photo National Park Service

 

Les populations locales furent aussi affectées par l'éruption du Novarupta.

 

"  Durant les 3 jours de l'éruption, l'obscurité et les conditions étouffantes causée par les retombées de cendres et de dioxyde de soufre ont immobilisé la population de Kodiak. L'irritation des yeux et une détresse respiratoire étaient généralisées, et l'eau devenue impropre à la consommation. Les communications radio ont été totalement perturbées, et avec une visibilité proche de zéro, les navires ne pouvaient pas accoster. Les toits des maisons de Kodiak se sont effondrés sous le poids de plus d'un pied de cendres, les bâtiments ont été détruits par les avalanches de cendres qui se sont ruer à partir des versants proches, et d'autres structures ont brûlé après avoir été frappé par la foudre  générée par les phénomènes électriques au sein du nuage de cendres. "

 

1912-Kodiak-2----Amelia-Elkington-collection-AVO.jpgMaison à demi enterrée sous les cendres, à Kodiak - Amelia Ellkington collection / Archives univ. Alaska Fairbanks  / AVO-USGS.

 

13.08.1912---Katmai-village--2---G.C.Martin-AVO.jpg          Le village de Katmai, sous la cendre, le 18.08.1912 - photo G.C. Martin / AVO - USGS

 

" Des conditions similaires ont prévalues ailleurs dans le sud de l'Alaska, et plusieurs villages ont été abandonnés pour toujours, dont Savonovski et Katmai. La vie animale et végétale a été décimée par la pluie de cendres et de l'acide provenant de l'éruption. Les ours et les autres animaux de grande taille ont été aveuglés par les cendres et affamés suite à la disparition des plantes et des petites proies.  Des millions d'oiseaux morts,  aveuglés,   jonchent le sol, recouverts par la cendre. Les organismes aquatiques, comme les moules, les larves d'insectes et le varech, ainsi que les poissons qui s'en nourrissent , ont péri en eau peu profonde. L' industrie de la pêche au saumon a été dévastée, en particulier de 1915 à 1919, en raison de la famine et de l'échec de la reproduction des adultes, incapables de frayer dans ces eaux polluées ".  ( d'après Fierstein and others - 1998)

 

Les données les plus fiables ont été les observations faites à bord du vapeur "Dora", par Martin qui s'est rendu dans les villages de Kodiak, Katmai, Uyak et à Cold Bay, en août 1912 sans toutefois oser s'aventurer dans les terres. Il a recueilli les témoignages des habitants pour les relater en 1913.

 

Savonovski-1917-19.jpg

Savonovski - photo réalisée par le botaniste de l'expédition du National Geographic en 1917-19, Jasper Sayre - doc. archives Université alaska Anchorage.

 

L'abandon des villages permanents fut doublé par la perte des masques cérémoniels en bois sculpté de Savonovski.

Un trappeur qui avait établi sa cabane près du Naknek lake a retrouvé 35 masques avec lesquels il a décoré son intérieur. Il en a légué heureusement sept à un instituteur de New Savonovski, qui en a fait don à l'Alaska State Museum de Juneau.

 

Sources :

- Global volcanism program - Katmai

- Alaska Park science n°11 - Volcanoes of Katmai and the Alaska peninsula, N.P.S. -  link

 

  

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Publié le par Bernard Duyck
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L'énorme éruption explosive du Novarupta, de VEI 6, a produit une masse considérable d'ignimbrites (28.000 millions de m³ selon le GVP en seulement une soixantaine d’heures) et la coulée de la " Vallée des dix mille fumées " - VTTS ou Valley of Ten Thousand Smokes.

 

 

800px-Valley_of_Ten_Thousand_Smokes_from_Overlook_Cabin---R.jpg        La Vallée des dix mille fumées, vue d'Overlook cabin - photo G. Mc Gimsey - AVO/USGS.

 

 Au départ, le Novarupta expulsa du magma rhyolitique à partir de sa propre chambre magmatique, puis du magma andésitique et dacitique prélevé dans la chambre magmatique du Katmai, le transfert entre les deux se faisant par une gigantesque faille reliant les deux édifices.

 

L’éruption marqua toutes les structures volcaniques aux alentours : le côté NE du dôme de lave "Falling mountain" du groupe volcanique Trident, ainsi que Broken mountain et Baked mountain furent déplacés par l’effondrement ; le drainage du réservoir magmatique du Katmai en direction du Novarupta, fut la cause de l’effondrement et de la formation de la caldeira du Katmai. 

Une vallée entière fut emplie par les téphra du Novarupta : une couche de plus de 210 mètres de hauteur sur environ 100 kilomètres carrés.

 

VTTS-depuis-Balek--mount.--GM-Mariah-Tilman-AVO2007.jpg              La VTTS depuis Baked Mountain - photo Mariah Tilman 2007 - AVO/USGS

 

Katmai-archives-CWru.-edu.jpgLa vallée fut nommée par Robert F.Griggs, qui explora le volcan en 1916 pour le compte de la National Geographic Society ; il déclara : " la vallée entière était remplie, aussi loin que pouvait porter le regard, de centaines, non de dizaines de milliers de fumées s’échappant de fissures du sol "… La Vallée des dix mille fumées était baptisée.

 

" Examen de la vallée fumante" , sur cette photo d'archives du Katmai / Cwru.edu


Avec le refroidissement des masses de tephra, ces innombrables fumerolles se sont éteintes et ont aujourd’hui disparues.


VTTS---1917.jpg       La branche NO de la Vallée des dix mille fumées en 1917 - Doc. National Park Service

 

800px-Colorful_ash_Valley_of_Ten_Thousand_Smokes---Peter-Ha.jpg                       Les couleurs de la Vallée des dix mille fumées - photo P.Hamel / NPS

 

En 1953, H.Williams et G.Curtis concluèrent de leurs études que l'abondante couche de ponces a été produite par un mélange synéruptif de magma et que les fumerolles n'avaient pas de racines dans l'ignimbrite elle-même, ni ne dégazaient depuis un sill sous-jacent ou la chambre magmatique.

La reconnaissance de l'origine des retombées de cendres et des ignimbrites au dépend d'un évent commun et de l'effondrement de la colonne plinienne fut avancée par Kozu dès 1934, mais seulement reconnu après plusieurs dizaines d'années.   

 

Les signes de cette activité sont encore visibles sur les collines environnantes ; la couche de dépôts a largement été entamée par la rivière Lethe, qui y a creusé de véritables canyons découvrant les strates des différentes coulées.

  VTTS---NPSS-Roy-Wood.jpg

         Vallée des dix mille fumées - érosion des ignimbrites par les eaux  - photo Roy Wood - NPS

 

VTTS---Neurodoc1---Phenomenica.jpg                       Vallée des dix mille fumées - photo Neurodoc / Phenomenica

 

VTTS---Knife-creek-gorge--wiki.jpg            Valley of Ten thousand Smokes - Knife Creek gorge, sous le Mt Griggs- doc. wikipedia

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Katmai

- Global Volcanism Program - Novarupta

- AVO - The great Katmai eruption of 1912 : a century of research tracks progress in volcano science - link

- NPS - Alaska Park Science - Volcanoes of Katmai and the Alaska peninsula - link

- Phenomenica - The Valley of ten Thousands Smokes - link

- Guide des volcans - M.Rosi & al. - éd. Delachaux & Niestlé.

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En juin, l’AVO – Alaska volcano observatory – commémore le centenaire de la plus grande éruption du 20° siècle : celle du Novarupta.


C’est aussi l’occasion de se pencher sur un siècle de recherches et de progrès en volcanologie ; cette éruption fit longuement attribuée à tord à son voisin, le Katmai.

 

Novarupta-dome-MC-Pherson-juil.2011-AVO.jpg Le dôme rhyolitique du Novarupta, entouré de failles concentriques, en juillet 2011 - photo Mc Pherson - AVO/USGS

 

Novarupta-1912-ashfall--copie--AVO-USGS.jpgPosition du Novarupta (triangle rouge) - contexte tectonique de volcanisme d'arc volcanique - zone affectée par les retombées de cendres de l'éruption de 1912 - carte USGS.

 

Un "survol" de l'éruption :

Suite à de nombreux et importants séismes avant-coureurs : quatorze séismes de magnitude comprise entre 6 et 7, et plus de cent de magnitude supérieure à 5, un énorme blast inaugure l'éruption du siècle en Alaska.

Nous sommes le 6 juin 1912 et durant soixante heures, et en trois phases pliniennes successives, tephra et gaz vont être émis en quantité phénoménales.

Un dôme de blocs rhyolitiques va venir bloquer l'évent après la fin de l'éruption.

 

usgsfs075-98-3.jpg                  Situation des volcans, de la VTTS, des villages abandonnés - carte USGS

 

Steve-J.jpg                       Image Landsat 7 - 08.2000 légendée par Steve J. Smith / AVO / USGS


 Les habitants de l'île de Kodiak, à 160 km., furent les seuls à réaliser l'ampleur de l'éruption. Leur attention fut attirée par le bruit du blast, et c'est avec frayeur qu'il virent se développer un panache montant à environ 30.000 mètres.

 

1912-Kodiak---Amelia-Elkington-collection-AVO.jpg

Kodiak / Alaska en 1912- le village est recouvert par les cendres de l'éruption - photo Amelia Elkington collection - archives de l'Université d'Alaska à Fairbanks - in AVO / USGS.

 

13.08.1912---Katmai-village---G.C.Martin-AVO.jpg           Le village de Katmai, le 13.08.1912, sous les cendres - photo C.G. Martin - AVO / USGS


Peu d'autres informations concernant les effets spectaculaires de cette éruption furent connues ... jusqu'à la visite en 1916 d'une expédition scientifique, sponsorisée par la National Geographic Society.

A leur grand étonnement, les scientifiques découvrent une étendue plate de matériaux cendreux, sans consistance d'où sortent des jets de vapeur ... au nord de celui qu'on appellera Novarupta - "Nouvelle éruption" -  une vallée sans nom au préalable, que l'expédition va baptiser la "Vallée des dix mille fumées" ( Valley of Ten Thousand Smokes, ou VTTS pour la facilité) a été remplie par des ignimbrites.


Après analyses ...

Environ 30 – 35 km³ d'éjectats vont tapisser la région, ce qui équivaut à plus de 30 fois le volume émis par l'éruption du St Helens en 1980.

 

usgsfs075-98-2Comparaison entre les volumes de l'éruption du Novarupta 1912 et d'autres éruptions en Alaska, à gauche, et à droite, avec les éruptions bien connues du St Helens et du Pinatubo - doc. USGS


La séquence éruptive du 6 au 8 juin comprend :

- au cours de la première séquence, 70% du volume total est émis, incluant les blasts dans une région proche de l'évent, les retombées de cendres de  l'éruption plinienne et les ignimbrites de la VTTS ; la composition se détaille entre 100% de rhyolite pauvre en cristaux (77% SiO2) émise initialement à un mélange avec de la dacite riche en cristaux, et des fractions de scories d'andésite

- une deuxième séquence, après une pause de quelques heures, composée de retombées pliniennes à dominante dacitique.

- après une nouvelle interruption, un troisième épisode plinien avec retombées dacitiques.

 

 

Volcano-hazard-assessment-for-katmai-volc-2-.jpg       Chronologie et détail du déroulement de l'éruption de 1912 du Novarupta - doc. AVO / USGS.

 

 

Les premières investigations attribuèrent l'éruption au Katmai, éloigné de 16 km. du Novarupta ; l'éloignement de la zone d'impact rendant impossible toute observation directe, la proximité  du Katmai, son effondrement qui a formé une caldeira de 3 km. sur 4, profonde de 500 à 1.000 m., et la présence d'un dôme, tous ces facteurs ont favorisé l'attribution, par Griggs, de l'éruption au volcan Katmai.

 

1334168948_ak147.jpgVue aérienne du NO, montrant la caldeira du Katmai occupée par un lac, la position du Novarupta (flèche à gauche) - les vignettes du dessus montrent le dôme du Novarupta (380 m. de large et 65 m de haut) dans son évent déprimé de 2 km. de large remblayé par un anneau asymétrique d'éjectats et marqué de failles. - photo AVO/USGS.


Ce n'est qu'à la fin des années 50, que des recherches ont permis de constater une épaisseur de cendres et matériaux pyroclastiques plus grande dans l'aire du Novarupta : une énorme quantité de magma fut drainée de la chambre magmatique, des magmas de différentes composition ( rhyolite à quartz-hypersthène / dacite à pyroxène / andésite à pyroxène) ont produit d'abondantes strates de ponces ... ces éléments ont permis de conclure à un transfert magmatique au travers de fractures au départ des réservoirs du volcan Trident, puis du volcan Katmai, causant son effondrement et la formation de sa caldeira.

 

relation-Katmai-novarupta.jpgSchéma éruptif simplifié du transfert magmatique aux dépens de la chambre magmatique du Katmai - R = rhyolite - A = andésite - doc. AVO / USGS

 

2-Fierstein-APS-V11-I14 

Les différents type de ponces émises par l'éruption du Novarupta en 1912 : de gauche à droite, de la rhyolite pauvre en cristaux, de la dacite gris pâle riche en cristaux, de l'andésite noire riche en cristaux et de la ponce mixte rhyolite-andésite en bandes. - doc. National Park Service / Fierstein.

 

 

Nous examinerons ensuite la Vallée des dix mille fumées et l'impact de cette éruption sur le climat.


Sources :

- Global Volcanism Program - Novarupta - Katmai

- Volcanoes of North America, United States and Canada - Wood and Kienle, 1990, Cambridge UniversityPress

- USGS - Preliminary Volcano-Hazard Assessment for the Katmai Volcanic Cluster, Alaska. 

- U.S.National Park Service Website, Geology Fieldnotes - Katmai National Parkand Preserve, Alaska.

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Le site de Fly geyser reste peu connu, même des résidents du Nevada. Il est situé dans le Hualapai flat, au nord de Gerlach, dans le conté de Washoe / Nevada.

 

795px-Fly_geyser---Jeremy-Munns.jpg                         Fly geyser - dans le désert de Black Rock - photo Jeremy Munns


Ce geyser n’est pas tout à fait naturel : il fut créé accidentellement en 1916, lors du creusement d’un puits dans le Fly ranch, tenu aujourd'hui par Todd Jacksick. L’eau chaude atteinte ne convint pas pour l’irrigation et le puit fut laissé.

Cette eau fortement minéralisée a jailli et a commencé à construire un cône de geysérite toujours grandissant.


En 1964, un puit de test pour l’utilisation géothermique fut creusé sur le site, mais l’eau rencontrée ne fut pas suffisamment chaude pour cet usage. Un nouveau geyser est né, prenant la place du précédent qui s’est asséché.

 

Fly-Geyser-ochen-krasivyiy-lichnyiy-geyzer---1x1.fi.jpg                  Fly geyser, ou le "Three buddhas"  -  photo 1x1.fi

 

fly-geyser-10---planetoddity.jpg            Le geyser et ses terrasses de travertin, colorées par les thermophiles . - photo planetoddity

 

flygeyser---smithsonian-inst.-Nature-s-best-2007.jpg                       Fly geyser - photo Smithsonian Institute Nature's best 2007


Le cône s’élève à 3,7 mètres ; le geyser lui-même éclate au travers d’un cône aux multiples ouverture, connu sous le nom évocateur des " Trois bouddhas ", aux têtes arrondies par le débit constant de l’eau. Les jets d’eau s’élèvent à 1,5 mètres au dessus du monticule.

Deux autres geysers ont jailli par après et leurs cônes ont atteint respectivement 1 et 1,5 mètres.

 

Fly-second-geyser---T.Wheeler--Flickr.jpg

                               Le second geyser de Fly Ranch - photo T. Wheeler / flickr

 

Plusieurs terrasses de décharge et quelques 30 à 40 bassins couvrent maintenant une surface de 30 hectares. Ces structures faites de dépôts carbonatés arborent de brillantes couleurs allant du rouge au rouille et au jaune orangé, associées au vert des algues thermophiles qui les habillent en partie. 


Ce geyser est situé dans une propriété privée et n’est accessible que moyennant formalités auprès de l’association " Friends of Back Rock/ High Rock ", qui ne réalise les meilleures années que quelques visites de groupe payantes … ceci après que des visiteurs indélicats aient souillés le site. Inutile d’essayer de sauter la clôture : derrière celle-ci, pièges et un gardien vigilant vous attendent, et dans le Nevada, on ne plaisante pas avec la notion de propriété privée !

Plusieurs organisations ont essayé d’acquérir le terrain pour sa conservation, et l’ouvrir au public, mais en vain.

 

Un merci spécial aux heureux photographes (leurs noms sont repris sous les photos) qui nous permettent de partager cette vision rare, voire impossible.


 

 

Sources :

- The basement geographer - Fly geyser, Nevada : a geyser in the desert - link

- Friends of Black Rock / High Rock - Fly geyser

 

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Un article publié le 13 mai 2012 sur le journal Nature Geoscience remet en lumière le volcan sous-marin Monowai.


Les avancées techniques dans le domaine des images sonar permettent maintenant de cartographier en détail ces seamounts, et une répétition des relevés d’identifier les régions où les fonds marins changent "de façon  active".

 

Monowai---animation-BBC.jpg                            Monowai 2011 - d'après une animation en images dela BBC.


Des relevés bathymétriques effectués deux fois en 14 jours – entre le 14 mai et le 1-2 juin 2011 – par le navire de recherche R/V Ronne ont permis de remarquer des différences marquantes et rapides, incluant un approfondissement des fonds marins allant jusqu’à 18,8 m. et une diminution de plus de 71,9 m à un autre endroit. L’approfondissement est attribué à un effondrement de la région sommitale du seamount et la diminution à la croissance d’un nouveau cône. Des relevés hydroacoustiques par ondes T ont montré un essai sismique d’amplitude inhabituelle entre les deux plongées, liant directement ces variations de profondeur à l’activité explosive du volcan.

Les ratios d’effondrement et de croissance sont particulièrement élevés par rapport aux données prises sur un long terme, démontrant la nature pulsatille du volcanisme sous-marin et la dynamique affectant les fonds marins.

 

green-volcano-water---Monowai---2011-A.-Watts.jpgMonowai 1° relevés 2011 - zone de décoloration des eaux et remous liés à l'activité du volcan - A.B. Watts & al. / Nature Geoscience / Our Amazing Planet.


La même expédition a rapporté des images d’une ligne de volcans sous-marins charriés inexorablement en direction du gouffre d’une zone de subduction, la fosse des Tonga. Cette recherche va permettre de déterminer si les volcans exercent une exacerbation ou une atténuation de la pression au niveau de la ligne de faille.

 

Kermadec_Arc.jpgSituation du Monowai, au nord de l'arc volcanique des Kermadec, et positionnement des volcans sous-marins de cet arc -  doc NOAA Ocean Explorer 2005.

 

Description du Monwai sur le G.V.P. :

 Le Monowai, aussi connu comme "Orion", est un cône volcanique sous-marin situé au nord de l'arc Kermadec, son sommet à peine à 100 mètres sous le niveau marin. De petits cônes parasites parsèment les flancs nord et ouest de ce volcan basaltique sous-marin. Une caldeira de 8,5 km. sur 11, avec son plancher à une profondeur de 1500 m., est située au NNE. du cône.

 

Monowai---Ian-Wright-2005-NIWA.jpgBathymétrie du Monowai en 2005 - courtesy of Ian Wright, 2005 (NIWA - New Zealand National Institute of Water and Atmospheric Research; http://oceanexplorer.noaa.gov/explorations/05fire).


Depuis sa reconnaissance en tant que structure volcanique en 1977, de nombreuses éruptions ont été enregistrées par signaux acoustiques; Auparavant, e.a. en 1944, des signes annonçaient un volcan à cet endroit : des perturbations au niveau de la surface marine due à du dégazage, de la décoloration des eaux, des nappes de ponce, le tout accompagné de grondements.

En 2002, des hydrophones du PMEL Ocean acoustic group ont enregistré un évènement important. En octobre 2004, une équipe du navire de recherche Néozélandais Tangaro a effectué une mission de surveillance du volcan et de la caldeira : un panache hydrothermal important a été trouvé au sommet du cône, ainsi que d'autres sur le flanc NO. de celui-ci. Le dessus du panache fut mesuré à une profondeur de 150 m. sous le niveau marin; par comparaison avec des mesures effectuées en 1998 par une équipe allemande, on a conclut à un effondrement important survenu durant la période entre ces deux expéditions, vraisemblablement en mai 2002.

 

monowai---Susan-Merle-OSU---NIWA.jpg

 

 

 

 

Image bathymétrique 3D du Monowai 2011 - doc. Susan Merle / OSU / NIWA

 

 

 

 

 

 

 

Monowai submar. volc. NOAA NIWA

 

 

 

Image bathymétrique 3D du Monowai - et position du site de plongée -

doc. 2005 NOAA / NIWA

 

 

 

 

On peut voir les cicatrices des collapsus et les changementsentre le volcan et la caldeira .

 

Sources :

- Nature Geoscience - Rapid rates of growth and collapse of Monowai submarine volcano in the Kermadec arc - by A.B. Watts & al. - link

- Eruptions - Rapid rates of short submarine eruptions measured at Monowai in the Kermadec islands - by E. Klemetti -  link

- Global Volcanism Program - Monowai seamount

- NOAA Ocean Explorer 2005 - Island volcanoes - cycles of growth nd destruction. - link

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