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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

excursions et voyages

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

Dossier-30-4071-copie.jpg

     Région de Larderello - une zone stérilisée par les gaz soufrés - ©Jean-Michel Mestdagh


Les sources chaudes et les émanations gazeuses n'ont pas modifié que les conditions de vie des humains, elles exercent aussi une action sur la flore, soit dans un sens négatif, en lui créant un milieu peu favorable à hostile, soit dans un sens positif, par le développement d'un "micro-climat" favorable.

 

800px-Terre_Fumanti_Sasso_Pisano_5-_fumarola---Edatoscana.JPG                    Champ de "bruyères fumantes" près de Sasso Pisano - photo Edatoscana.

 

La bruyère, Calluna vulgaris, est une éricacée qui est coutumière des terrains d'altitude des Apennins ou des Alpes.

On la trouve cependant ici à proximité des sorties de vapeurs, sans qu'elle ne présente de signes d'affectation.

Sa riche floraison pare la région de Larderello d'une douce couleur cyclamen en juin et juillet; sa structure buissonnante laisse en autre temps un tapis vert contrastant avec les sols blanc et rouille.

  Dossier-30-4140-copie.jpg

                     Chêne-liège démasclé -  région de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh 

 

Dossier-30-4117-copie.jpg                 Chêne-liège démasclé -  détail -  région de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Le chêne liège, Quercus suber, est une espèce thermophile qui ne vit pas au dessus de 400 mètres d'altitude. Dans le Biancane, il prospère, grâce au micro-climat, jusqu'à une altitude de 700 mètres.

De plus, cet arbre nécessite un substrat acide; il profite ici des roches modifiées chimiquement.

Cet arbre peut vivre très longtemps, 100 à 200 ans ... voire encore plus. Son écorce est utilisée comme bouchon et comme isolant thermique et phonique.

Une opération spéciale, appelée "démasclage" est nécessaire à l'obtention d'un matériau de qualité : le liège produit directement par l'arbre, est crevassé et de qualité médiocre, c'est le "liège mâle" qui doit être enlevé. Le nouveau liège qui se forme, est appelé "liège femelle" ou "de reproduction" : de qualité correcte, il est levé lorsque son épaisseur atteint 3 cm. environ, soit tous les 9 à 15 ans selon les conditions régionales.

 

Outre le chêne liège, un hybride a colonisé cette zone favorable, le Quercus crenata. Cet hybride entre le chêne liège et le chêne de Turquie (Quercus cerris) peut vivre à une altitude plus haute; il est utile comme bois de chauffage.

 

Question minéraux, outre de grands cristaux de gypse, on peut relever deux espèces dont la dénomination est liée à la toponymie locale : la sassolite et la larderellite.

 

Sassolite---H3BO3---ph.aramgutang.jpgLa Sassolite est un borate calcique, forme minérale de l'acide borique, qu'on retrouve dans les zones de fumerolles et de sources chaudes près du village de Sasso Pisano, ou dans des dépôts d'évaporites.

Habituellement de teinte blanche à grise, la sassolite peut être de couleur jaune à brune, selon qu'elle contient des impuretés respectivement de soufre ou d'oxydes de fer.

 

Sassolite jaune - photo Aram Dulyan
 

Près de Larderello, on retrouve la Larderellite, un borate hydraté d'ammonium de couleur blanche.

 

"VOIR et REVOIR" ... La zone géothermique de Larderello en vidéo :

 

 

Merci à mon ami Jean-Michel Mestdagh pour ses images toutes récentes.

 

 
Sources :

- Sassolite - Mineral data - link

- Larderellite - Mineral data - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Outre les soffione, les fumacchi et autres fumaroles, la région est ponctuée d'intéressantes cités médiévales.


Monterotondo Maritimo est un village médiéval qui doit son nom à la forme conique de la colline sur laquelle il est construit, "Mons ritundus" ; l'adjectif "Maritimo" lui fut accolé en raison de sa position dans l'arrière-pays côtier.

 

Dossier-30 4197                                            Monterotondo Maritimo -   ©Jean-Michel Mestdagh

 

Le village est chauffé par l'énergie géothermique; les fluides à basse température, de 80 à 110°C, passent au travers d'échangeurs thermiques pour fournir les calories nécessaires à 500 consommateurs. Quelques 120.000 m³ sont chauffés naturellement, ce qui correspond à une épargne de 700.000 kg. de produits pétroliers, et une non-émission appréciable de CO2.

Le parc géothermique industriel de Monterotondo date de 1916; une première unité de 250 kW fut construite en 1918, au Lago Boracifero.

Une unité de production électrique par la géothermie fut réalisée en 1958, et rénovée en 2002. Les quatre stations de Monterotondo couvrent 70% des besoins énergétiques de la province de Grosseto.


Dossier-30-4277-copie-Monterotondo.jpg                                            Monterotondo Maritimo -   ©Jean-Michel Mestdagh
 

 Les premiers documents qui parlent de ce village datent de 1128, mais il est vraisemblablement plus ancien.

Des murailles entourant Monterotondo remontent au 14° siècle et les ruines de la forteresse Alberti, récemment restaurées, surmontent le village.

Les axes principaux débouchent sur une place, où s'ouvre une arcade néo-Renaissance et un hôtel de ville flanqué d'un clocher daté de 1600, avec des parties plus anciennes.

 

Près du village, les ruines du château de Cugnano, datées du 13° siècle, sont liées à un passé attaché à l'extraction du cuivre et de l'argent; elles sont l'objet de fouilles archéologiques sous la direction de l'Université de Sienne.  

 

Dossier-30-4437-copie.jpg                         Volterra- le palais des Prieurs - ©Jean-Michel Mestdagh  

 

Volterra est perchée au sommet d'une colline, à un endroit de partage des eaux, au nord des Collines Metallifères ; le plateau est construit suivant un axe NO-SE, avec un versant nord raide, marqué par de profondes vallées, qui descend avec une inclinaison moindre vers la vallée de la Cecina.

Occupée depuis le néolithique, ce fut une cité Etrusque importante : Velathri. Son urbanisation débuta à la fin du 4° siècle avant JC, avec le développement économique. Cette période correspond au déclin de la période Etrusque de la vallée du Pô, causée par les invasions gauloises et à une augmentation de l'importance des villes plus septentrionales : Arezzo, Chiusi, Fiesole et Volterra.

volterra-mapL'expansion démographique et la nécessité de se défendre des agressions sont à la base de la construction des murs entourant la ville au 3° siècle avant JC. Ces murs ont un périmètre de 7 kilomètres et protègent une zone de 116 hectares de superficie.

Des signes de destructions et de siège témoignent d'une histoire violente.

 

Dossier-30 4394 copie                     La forteresse médiévale de Volterra - ©Jean-Michel Mestdagh 


Romaine, puis médiévale, la cité fut nommée ensuite Volterra. Sa structure architecturale, perchée sur une colline, entourée de remparts et dominée par une forteresse, devenue par la suite une prison, datent de l'époque médiévale.

 

Dossier-30 4392 copie                        La forteresse médiévale de Volterra - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Depuis les Etrusques, l'albatre crayeux (ou calcaire) est sculpté dans la région ... Dossier-30-4416-copie.jpgconsidérée comme "la pierre des dieux", il était utilisé pour la confection d'urnes funéraires.

Cette pierre blanche, translucide en fines épaisseurs et plus facile à travailler que le marbre, fut formée au cours de la période Miocène par concentration du sulfate de calcium présent dans l'eau de mer. Les carrières de Castellina Marittima fournissent toujours la matière première aux sculpteurs de Volterra.

 

Lampe contemporaine en forme d'arbre à la couronne d'albatre - travail moderne de l'albatre extrait dans la région de Volterra -

©Jean-Michel Mestdagh

 

 

 

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

Parler géothermie est certes intéressant, mais en tant que volcanophile, ce sont les zones naturelles de fumerolles et soffioni qui nous intéressent !

 

Le Biancane et ses roches blanches :

La couleur blanche des roches est à l'origine du nom de la région. Ce sont les émissions de vapeur d'eau sous pression, chargées en sulfure d'hydrogène - H2S - qui réagissent avec le calcaire pour donner du gypse immaculé, en lieu et place du sol de teinte rouille ( rappelez-vous que Sienne n'est pas loin). Lorsque les émanations sont importantes, le taux d'H2S est tel que les sols s'acidifient et la végétation disparaît.

 

Dossier-30 4122  

Dossier-30 4138 copie Teintes blanches et rouilles du Biancane - Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh


Les eaux chaudes de la source sulfureuse Chiorba sortent à une température avoisinant les 40°C d'une niche dans la colline; elles coulent ensuite dans un chenal à l'air libre afin que se déposent des éléments qui pourraient colmater les canalisations . Par après, une fois refroidies, elles peuvent abreuver les jardins aux alentours.

 

Dossier-30 4226 - Chiorba source sulfureuse   La source sulfureuse Chiorba  - Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Dossier-30 4364   Jardins entre les fumerolles - Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Les émissions gazeuses sont qualifiées dans la région de "fumarole" lorsqu'elles concernent des émissions de vapeur sans pression, ou de "fumacchi" lorsqu'il s'agit d'émissions douces à haute température ... le terme français de fumerolle est moins précis et moins "chantant".

 

-Fumarole a sasso pisano - Edatoscana                            "Parco delle Fumarole" - Sasso Pisano  - photo Edatoscana

 

Certains évents fumerolliens chargés en gaz soufrés se caractérisent par une cristallisation éphémère en aiguille, très esthétique.

 

Dossier-30 4110 copie 2  Cristallisation du soufre en aiguilles -  Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Toujours dans le domaine des émanations de vapeur : les "putizze" qualifient des endroits d'émanations de vapeurs chargées en gaz sulfureux (dioxyde de soufre ou hydrogène sulfuré) , et caractérisés par des boues noirâtres. 

 

Dossier-30 4333 copie - putizze              "Putizze"  - Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

 

Une mofette, de l'Italien "mofetta", du latin "mephitis" (exhalation pestilentielle), est une fissure, un trou ou puits de taille réduite, soit terrestre, soit sous une source d'eau, d'où émanent des gaz d'origine volcanique à basse température, principalement du dioxyde de carbone, CO2, mais aussi du méthane, de l'azote.

 

Dossier-30 4264 copie - mofette             "Mofete" - Le champ géothermique de Larderello - ©Jean-Michel Mestdagh

 

Le terme "lagone", du latin laguna, qualifie une piscine ou un petit lac alimenté en eau thermale émettant des vapeurs dont la température peut osciller entre 100 et 150°C, et pouvant amener ces eaux à l'ébullition, ou créer de véritables geysers.

 

Dossier-30 4205 copie - lagone           Un "lagone" - Le champ géothermique de Larderello -  ©Jean-Michel Mestdagh

 

Sources :

- Global volcanism Program - Larderello

- Guide des volcans d'Europe et des Canaries - par M. Krafft & de Larouzière - éd. Delachaux & Niestlé.

- Le champ géothermique de Larderello (Toscane, Italie) : situation géologique, utilisations industrielles, rôle de la famille de Larderel.
par Michel Durand-Delga, Enrico Pandeli et Giovanni Bertini. - link

- Le Biancane, the geothermal path of Monterotondo Maritimo - "From the middle of the earth to the sky - doc. syndicat d'initiative local.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

L'activité géothermique à Larderello est liée au contexte géologique particulier de la Toscane méridionale : croûte amincie, anomalie positive marquée du flux de chaleur, magmatisme et importants phénomènes hydrothermaux.

 

Comme le précise Krafft, " la présence de jets de vapeur - les soffioni - , de mares d'eaux chaudes et de boue - les lagoni - ne peut s'expliquer que par la présence d'intrusions magmatiques à faible profondeur, encore en cours de refroidissement. Les assises du pliocène ont été soulevées de plusieurs centaines de mètres dans la zone de Larderello, sous la poussée d'intrusions magmatiques. La tectonique est "cassante" dans la région, et le gradient géothermique est très élevé : 30°, voire 100°C par 100 mètres.

D'importantes minéralisations sont la preuve de phénomènes physico-chimiques sous la surface ".

 

Dossier-30-4259-copie.jpgMinéralisations et fumerolles ... signes de phénomènes physico-chimiques sous la surface - ©Jean-Michel Mestdagh 

 

 

Le champ géothermique de Larderello06Isobathes du Moho
(a) dans l'Apennin septentrional
et le Nord de la mer Tyrrhénienne
[Minelli et al, 1991]

et anomalies du flux de chaleur (b) dans l'Apennin septentrional et le nord de la Tyrrhénienne.


1, croûte européenne ; 2, croûte adriatique ;

3, croûte océanique 

4, limite occidentale de
la croûte adriatique

5, limite entre croûte adriatique amincie
et celle de l'avant-pays

 

 

 

De récents levers géologiques de surface et de nombreux sondages, dont certains ont une profondeur de plus de 4.000 m, ont été réalisés dans le champ géothermique de Larderello.

Ainsi ont pu être distinguées de haut en bas les unités suivantes :

 

Le-champ-geothermique-de-Larderello07.jpg

 

Sans entrer dans le détail que les férus de géologie retrouveront grâce à ce lien, nous sommes en présence d'une série stratigraphique essentielle à l'exploitation géothermique.

Dans le complexe basal et un peu au dessus, on a des intrusions chaudes, probablement granitodioritiques.

Au dessus, un complexe perméable, où les eaux circulent, se réchauffent et sont sujettes à des courants de convection de forte amplitude.

Le complexe de couverture est imperméable et empêche les eaux chauffées, transformées en vapeurs, de s'échapper vers la surface. La vapeur est stockée sous cette couverture imperméable avant d'être captée par forage.

 

Dossier-30-4128-copie.jpgManifestations naturelles, à l'avant-plan, et captage géothermique en deuxième plan  - ©Jean-Michel Mestdagh .

 

 L'origine de l'eau est principalement superficielle : les eaux de pluies se sont infiltrées en profondeur en dehors de la zone de Larderello, là où n'existe pas de couverture imperméable.

Le cycle de l'eau dure environ quarante ans, période mise à profit pour l'infiltration, le chauffage et la transformation en vapeur, le stockage, la captation suivie du relargage dans l'atmosphère pour former les nuages  et la pluie ... le cycle est bouclé !

 

Larderello est un champ géothermique à vapeur dominante, dont les fluides de haute enthalpie sont constitués de vapeur surchauffée et de gaz (en moyenne 5% en poids du fluide, jusqu'à un maximum de 20%), surgissant à une température entre 150 et 260°C, sous des pressions pouvant aller jusqu'à 39 atmosphères.

Le gaz est en général formé par 90% de CO2, avec de faibles quantités
de H2S, CH4, H2, N2, H3BO3 et NH4. Le débit des puits est en moyenne de 25 tonnes/heure de vapeur, mais il peut arriver à dépasser 350 t/h.

 

Le problème de la dilatation thermique a été résolu par l'installation de tubes transporteurs des fluides "en zig-zag"d'élasticité adéquate, ce qui permet de plus d'adapter le tracé des conduites au terrain accidenté des zones géothermiques toscanes.

 

Dossier-30-4382-copie.jpg  Sasso Pisano - les installations géothermiques et les conduites "en zig-zag" - ©Jean-Michel Mestdagh 

 

Dossier-30-0584.jpgCarte simplifiée de la région de Larderello - Sasso - Monterotondo  -  doc.R. Gheri / Tipoloto Gualandi - Syndicat d'initiative local.

 

Pour suivre, les manifestations géothermiques "naturelles"  ...

 

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                                           ©Jean-Michel Mestdagh 

 

Sources :

- Global volcanism Program - Larderello

- Guide des volcans d'Europe et des Canaries - par M. Krafft & de Larouzière - éd. Delachaux & Niestlé.

- Le champ géothermique de Larderello (Toscane, Italie) : situation géologique, utilisations industrielles, rôle de la famille de Larderel.
par Michel Durand-Delga, Enrico Pandeli et Giovanni Bertini. - link

- Le Biancane, the geothermal path of Monterotondo Maritimo - "From the middle of the earth to the sky - doc. syndicat d'initiative local.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

La Toscane, ou étymologiquement l'Etrurie - la terre des Etrusques - est une région italienne connue pour les civilisations diverses qui s'y sont suucédées depuis le 8° siècle avant JC., pour ses paysages valonnés ponctués d'ifs gigantesques, et de villes d'art médiévales, Pise, Florence, Sienne, pour ne citer que les plus connues.

 

Dossier-30-4197.jpg           Monterotondo Maritimo, sur un avant-plan de champs géothermiques - ©Jean-Michel Mestdagh 

 

"Toscane " dérive de l'antique "Tuscia ", dénomination de l'Etrurie dès le 3° siècle. Les Etrusques ont utilisé l'acide borique déposé par les vapeurs et les eaux chaudes de la zone, de nature volcanique, pour la fabrication d'émaux.

Les Romains annexèrent l'Etrurie en 351 avant JC. et apprécièrent à leur tour les bienfaits thermaux et les propriétés médicinales des sources chaudes et des soufrières.

Des documents de l'an 1000 mentionnent les eaux chaudes de Val di Comia, et l'apparaition du "Lago Sulfureo " consécutivement à  un séisme.

D'aucuns ont supposé que Dante pensait aux lagoni en écrivant ce passage de "La Divine comédie" :

« Versan le rene le fumifere acque
Per li vapor che la terra ha nel ventre
Che d'abisso le tira suso in alto »
(Les eaux fumifères épanchent leur rein
Par les vapeurs que la terre a dans le ventre
Qui des abîmes les tirent vers le haut)

 

sassopisano---thermes-etrusques---fototoscana.jpg                      Les thermes etruques de Sassopisano - photo fotostoscana.

 

Mais les champs géothermiques toscans ne furent vraiment découverts qu'au 18° siècle.

En 1777, Uberto Francesco Hoefler, directeur des pharmacies du Grand Duc de Toscane Pietro Leopoldo di Lorena, identifie l'acide borique, dénommé à l'époque "sel sédatif", dans les eaux sulfureuses de Monterotondo.

 

L'industrie de l'acide borique :

En 1812 débute la production industrielle d'acide borique. Après quelques balbutiements, le comte François de Larderel, un français, développe l'idée de création de lacs artificiels autour des sources de vapeur, et utilise les calories de la vapeur pour faire évaporer l'eau enrichie en acide borique.

Entre 1818 et 1846, il crée huit usines et en 1846, une ville, fondée pour accueillir les ouvriers, est baptisée Larderello, en hommage à l'action de l'industriel.

Larderel fut promu comte de Montecerboli, lieu-dit qui fait référence à erbère, le chien de la mythologie gardien des enfers.

La production de dérivés boriques et ammoniacaux prospère jusqu'à la fin du 19° siècle.

 

Larderello_1868.jpg            Gravure de 1868 illustrant les "lacs boracifères" de Larderello - doc. wikipédia

 

Dossier-30-4200.jpg                      ©Jean-Michel Mestdagh

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                        ©Jean-Michel Mestdagh

 

Dossier-30-4236-copie.jpg          "Lagone Cerchiaio" - anciens bassins de rétention -  ©Jean-Michel Mestdagh

 

-Hoefer---Lagone-Cerchiaio---ph.aerospike.jpg Une plaque commémorative placée en bordure d'un bassin d'évaporation au lieu dit " Lagone Cerchiaio" - ce  nom dérive d'une tradition datant du moyen-âge, constituant à utiliser les eaux chaudes pour courber les branches de noisetiers entourant les tonneaux - photo Aerospike

 

 

De l'industrie du bore à la production géothermique d'électricité :

 A la mort de Larderel en 1904, le prince Ginori Conti prend sa succession. larderello 1°centrale géothermique au monde 1911Suite à des ennuis, dès 1905, avec la sociéte produisant localement l'électricité, l'entreprise décide de produire elle-même l'énergie nécessaire à l'éclairage des usines et des habitations de Larderello.

La création d'une turbine actionnée par la vapeur constitue une "première mondiale" de production électrique par la géothermie. - photo de 1911.

 

Après la seconde guerre mondiale, la société est rachetée par les chemins de fer de l'Etat Italien, qui vont utiliser cette énergie pour l'électrification des voies ferrées.

La production, sous l'actuelle direction de l'ENEL, va ne faire que croître pour arriver à une puissance de 390 mégawatts.

 

Larderello années 50 - US National archives

Les tours de la centrale géothermique de Larderello dans les années 50 - doc. U.S. Nationa archives.

 

Sources :

- Global volcanism Program - Larderello

- Guide des volcans d'Europe et des Canaries - par M. Krafft & de Larouzière - éd. Delachaux & Niestlé.

- Le champ géothermique de Larderello (Toscane, Italie) : situation géologique, utilisations industrielles, rôle de la famille de Larderel
par Michel Durand-Delga, Enrico Pandeli et Giovanni Bertini.

- Le Biancane, the geothermal path of Monterotondo Maritimo - "From the middle of the earth to the sky - doc. syndicat d'initiative local.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

Gulf_of_Guinea_-English-.jpgBioko,  Principe, São Tomé, et Annobón forment les îles volcaniques offshore de la Cameroon volcanic line.

 

 

La ligne du Cameroun se prolonge dans le golfe de Guinée et émerge avec les îles de Bioko, São Tomé, Principe, et Annobón à son extrémité Sud- ouest.

Bioko, appelée Fernando Po par les européens d’après le nom du navigateur Portugais, constitue la partie la plus nordique de la Guinée équatoriale : cette île volcanique d’une superficie de 2.017 km² abrite 124.000 personnes, qui vivent de diverses cultures : copra, cacao, bananes et café. Sa situation stratégique lui valut d’être jadis tour à tour occupée par les britanniques, les portugais et les espagnols.
40% de l’île sont peu praticables, étant donné la dense couverture d’arbres tropicaux. Sa biodiversité est exceptionnelle, et abrite quatre espèces de galago, sept de singes, dont six sous-espèces uniques et menacées.

538px-Bioko_BMNG-copie.jpgBioko - sur cette vue satellitaire, seuls les volcans du sud sont bien visibles : le San Carlos et sa caldeira, à gauche, et le San Joaquin et ses deux lacs, à droite - Doc. Nasa

 
Elle est formée de trois volcans-boucliers coalescents, situés sur le plateau continental le long de la ligne volcanique du Cameroun :
Le plus grand et le plus haut des trois volcans est le Santa Isabel ; il culmine à 3.007 m au Pico Basile et comporte de nombreux cônes de cendres satellites. C’est le seul volcan à avoir eu une activité historique, bien que peu documentée : trois éruptions marquent la fin du 19° et le début du 20° siècle, attribuées à des évents du flanc SE., la dernière datée de 1923.
Le San Joaquin, 2.009 m., connu aussi sous la dénomination de Pico Bio ou Pico do Moka, est situé au SE de Bioko. Il est caractérisé par la présence de deux lacs : le premier emplit la caldeira sommitale, le Lago Moka, tandis que le second , le Lago Loreto, est situé dans un cratère du flanc NE. Le San Joaquin fut actif au cours des deux derniers milliénaires.
Le San Carlos, surmonté d’une caldeira culminant à 2.260 m., la caldera de Luba, constitue la partie sud-ouest de Bioko. Il fut lui aussi actif durant les derniers 2000 ans.

 

Bioko-Island.jpg

                               Offshore Cameroon volcanic line - Bioko / Fernando Po.

 

Malabo_a_13-oct-01---ph-Frokor.jpg                                  Malabo, la capitale de Fernando Po - photo Frakor.



São Tomé et Príncipe, officiellement la République démocratique de São Tomé et Príncipe,  sont deux îles, séparées de 140 km. au large de la côte du Gabon, qui ont acquis leur indépendance en 1975, accordée par le Portugal.

São Tomé  est formée d’un volcan-bouclier d’une hauteur appréciable , de près de 5.000 m. depuis le fond de l’océan, et culminant à 2.024 m. au dessus du niveau marin au Pico de São Tomé.

 

Sao-Tome-et-Principe---vumagazine.jpg                              São Tomé - une côte paradisiaque - photo vumagazine.


Les laves à prédominance basaltique qui la forme sont datées entre 15,7  Ma  (Deruelle 1991) et 100.000 ans. Les éruptions sous-marines ont laissé des tuffs palagonitisés et des pillow lavas, recouverts de laves subaériennes.
Les parties sud et ouest de l’île sont plus découpées et la forêt équatoriale est percée de quelques necks ou épines phonolitiques à trachytiques, tels que le Pico Cão Grande qui la surmonte de 300 mètres. Le sud-est de l’île est  ponctuée de cinder cones de morphologie récente.

 

Sao-Tome----2---vu-mag.jpg                       São Tomé - les environs du Pico Cão Grande - photo vumagazine.

 

Principe culmine à 948 m. au dessus du niveau marin , pour une hauteur totale de 3.948 m. L’île est composée de basalte, phonolite et téphrite.

Annobon, ou encore appelée localement Pagalu, est située à 160 km. au sud-ouest de São Tomé ; elle est sous gouvernement de la Guinée équatoriale, après avoir obtenu son indépendance de l’Espagne.
Cette petite île montagneuse, de 8 km. sur 3 et d’une superficie de 17 km², possède trois pics :
Le Pico del Fuego, 454 m., au nord, le Pico del Centreo, 630 m. et le Pico Surcado, au sud, d’une hauteur similaire.(d'autres sources ne renseignent que le Quioveo)

 

annobon---ph.jpg

Annobon et son lac de cratère, le "Lago a Pot" - La capitale, San Antonio de Palé, et l'aéroport sont confinés sur les seules parties plates de l'île - photoSkyscrapercity

 

 

L’île volcanique est entouré de nombreux îlets rocheux.

Les Isletas Yebatelu au nord près de la Punta d’Ave, aux hautes falaises. Islote Piramide est un petit îlet conique, proche de la Punta del Palmar, surmontée d’un phare.
La Punta del Paso sur le côté ouest, est proche des Islote Tortuga, Bayala et del Paso.

 

Annobon---ph.-Sobolev-Dima-Panoramio.jpg                           Annobon - isletas et falaises - photo Sobolev Dima Panoramio

 

L'avifaune de ces îles est à la mesure de leur isolement; à l'exemple de ce paradisier, à la tête noire et au corps et queue châtains, barre alaire noire.

( Black-eaded / red-bellied Paradise-Flycatcher)

 

Black-headed_Paradise_Flycatcher---Terpsiphone-rufiventer--.jpg                              Terpsiphone rufiventer mâle - photo Steve G / BirdForum

 

Sources :

- Global Volcanism Program - volcanoes of africa - 

- Birds of São Tomé and Principe, with Annobón - by Jones, Peter and Alan Tye. 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Trois champs volcaniques caractérisent le nord-est de ligne volcanique Cameroun : le champ Ngaoundéré, les monts Mandara, et le champ Biu.

 

CVL---Fitton---Dunlop-1985.gif

Situation des champs volcaniques étudiés ce jour sur la CVL - Cameroon Volcanic Line - doc. Fitton & Dunlop 1985

 

Le champ volcanique Ngaoundéré -Adamaoua est situé dans un large plateau basaltique, où l’activité magmatique du Pléistocène est représentée par une 1000px-Ngaoundere_Plateau.svg.pngsoixantaine de centres éruptifs disperses dans un rayon de 25 km. autour de Ngaoundéré, la capitale régionale. Le densité des évents est maximale au sud-est de la ville, dans le secteur de Wakwa-Dibi, où sont alignés en direction nord 135° des cônes stromboliens, des appareils d’origine phréato-magmatique – maars ou tuff cones - et des volcans mixtes, montrant successivement les deux types de volcanisme.

 

mt_Ngaoundere---Monist.-Tourisme---loisirs.jpg                     Le mont Ngaoundéré - photo Ministère du Tourisme et des Loisirs Camerounais.


Le Tchabal Nganha est le seul stratovolcan de ce champ; sa nature est basanitique à trachytique. Haut de 1.000 mètres environ, il s'est développé en plusieurs phases, entre 9,8 et 7 Ma : de nombreuses coulées de basalte ont construit le gros de la structure, recouverte ensuite de brèches fortement érodées. Par la suite, on a des éruptions de trachyte et phonolite en coulées épaisses et finalement, une activité sommitale de type basaltique.

Une dizaine de cratères abritent des lacs, non datés directement, mais de facture récentes, présentant des cratères et des anneaux de pyroclastes bien conservés.
Le lac Tison est un lac de cratère situé à 10 km. seulement du centre de Ngaoundéré ; il est bordé d’arbres aux essences multiples, ce qui explique les variations de couleurs des eaux plus sûrement que ne le font les légendes.

 

lacTizon-pres-de-Ngaoundere---Y.Boulvert-IRD.jpg                                              Le lac Tison - photo Y. Boulvert / IRD

 
Les Monts Mandara, plus particulièrement les environs de Rhumsiki, abritent un extraordinaire paysage, fait de necks volcaniques et d’affleurements basaltiques.

 

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                                     Les monts Mandara - photo Leigh Bowden


Le plus photogénique est le pic Kapsiki, un neck volcanique qui culmine à 1.224 m.
Ces formations rocheuses ont bien évidemment une signification phallique traditionnelle -les femmes stériles de faire des sacrifices à ses pieds - mais aussi moderne – on recommande un hôtel local comme destination idéale pour une lune de miel.

La tribu Kapsiki est réputée pour ses armes aux lames "en crête de coq" et autres objets usuels forgés.

 

Rhumsiki_Peak---ph-Amcaja.jpg                            Les necks volcaniques du Rhumsiki - photo Amcaja

 

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Armes de jet avec lame en crête de coq 

à gauche

bracelets à droite -

Tribu Kapsiki


 

 

 

Petite sortie du Territoire du Cameroun :

Le plateau volcanique Biu est situé au nord-est du Nigeria, couvrant une zone de 5.200 km² , surélevée de 700 mètres. Les points culminants sont Wade Hill (775 m.) et Wiga  Hill ( plus de 800 m.). Ce plateau est considéré par certains géologues comme ayant une activité liée à la ligne volcanique Cameroun.
L’activité volcanique primaire démarre au Crétacé ; mais le plateau s’est construit entre la fin du Miocène et le pliocène, dont la majeure partie des roches basaltiques, provenant de petits évents ou de fissures qui ont nappé des surfaces étendues, sont datées. L’activité volcanique s’est terminée au quaternaire, avec des coulées en provenance de petits cônes de cendres qui ont rempli les vallées.
La majorité des basaltes est daté entre 7 et 2 Ma, mais certains sont vieux de moins d’un million d’années.
Le plateau compte des cônes bien préservés et alignés sur un axe NNO-SSE dans la zone de Miringa, ainsi que des cônes pyroclastiques résultant d’explosions phréatomagmatiques.

 

Biu-plateau.jpg

                                    Le plateau volcanique Biu - photo Delmar Thomas.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Ngaoundere plateau

- Global Volcanism Program - Biu plateau

- Crustal structure of the Adamaoua plateau - Cameroon - G.W. Stuart & J.D. Fairhead / Leeds univ.

- Petrology of the Mio-Pliocene volcanism to the Northand East of Ngaoundéré (Adamawa, Cameroon) - Oumarou F. Nkouandou,  Ismaïla Ngounouno, Bernard Déruelle, Daniel Ohnenstetter, Raymond Montigny, Daniel Demaiffe.

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Publié le par Bernard Duyck
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Le champ volcanique Oku est formé d’un groupe de volcans situés sur un bombement de la ligne volcanique du Cameroun, dans la région des hauts-plateaux de l’ouest du pays.
Ce massif a un diamètre d’une centaine de kilomètres. Il se compose de rhyolite et trachyte, et contient de nombreux cônes basaltiques et maars. Quatre stratovolcans majeurs le caractérise : le Mont Oku, le Mont Babanki, le Nyos et le Nkambe.

 

-Cameroon line - Aymatth2 copie

            Situation du champ volcanique Oku sur la CVL - Cameroon Volcanic Line - doc. aymathh2


Le Mont Oku est un grand stratovolcan, d’une altitude de 3.011 mètres au dessus du niveau de la mer, et coupé par une grande caldeira. Les roches les plus anciennes sont datées de 24,9 à 22,1 millions d’années. Le volcan est successivement constitué par des basaltes et des hawaiites, suivis par des trachytes, recouvert ensuite par de volumes importants d’ignimbrites trachytiques et rhyolitiques, épais de plus d’un kilomètre. Par après, des laves trachytiques, des tuffs et des brèches furent produites ; la phase d’activité la plus récente concerne des cônes pyroclastiques et des cratères d’explosion.
L’un de ces cratères d’explosion, duquel se sont écoulées des coulées de basalte au nord et des laves rhyolitiques et phonolitique au sud, est occupé par le lac Oku.

Deux lacs de cratère, les "lacs tueurs", ont fait la triste renommée de ce champ volcanique : le lac Nyos au nord, et le lac Monoun au sud


Le lac Monoun – 5°58N / 10°59E – photo en cliquant sur ce lien

Il explosa dans une éruption limnique le 15 août 1984 ; cette évènement causa la mort de 37 personnes, suite à un relâchement massif de dioxyde de carbone, attribué à un retournement de ce lac, induit par un séisme et un glissement de terrain.

Une éruption limnique est un type d'éruption volcanique caractérisé par le dégazage brutal d'un lac méromictique, relargant les gaz volcaniques émis en continu par un volcan et accumulés durant des années dans les couches profondes du lac.
Un lac méromictique étant un lac dont les eaux de surface et de profondeur se mélangent moins d'une fois par an  ( à moins d'une fois par décennie ou siècle). C'est le cas de lacs profonds et peu étendus, abrités des vents entre des parois rocheuses.

 

Lac-Nyos-1.jpgLac Nyos 2

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                          Schémas éruption limnique - avec l'aimable autorisation d'Eric Reitter.

 

 

La cause de ces décès ne fut pas immédiatement identifiée, et on parla de lacs tueurs, de diverses légendes ou même d’acte terroriste.

nyos-section - viu.caLe lac Nyos – 6°26N / 10°18E :
Ce lac est situé au sein d’un maar formé par une explosion, il y a 400 ans ; c’est un lac de barrage, situé à une altitude de 1200 m. sur le flanc d’un volcan inactif, et appelé jadis lac Lwi, et devenu populaire sous le nom de lac Nyos, du nom du village voisin de celui-ci.
Il a une forme elliptique d’environ 1.800 m. de grand axe pour une profondeur de 208 mètres. Son fond est plat et ses eaux retenues par un barrage naturel de roches volcaniques.

 

Coupe schématique du diatrème du lac Nyos -doc. viu.ca

 

lake_nyos---Thierry-Orban-Corbis-Sygma.jpg                                Le lac Nyos - photo Thierry Orban / Corbis Sygma.

 
La tragédie du lac Nyos :
Le 21 août 1986, le lac Nyos émet une nappe de CO2 massive qui tue 1.746 Cow_killed_by_Lake_Nyos_gasses---J.Lockwood-USGSS.jpgpersonnes, 1.200 à Nyos, et plus de 500 dans les villages de Cha, Subum et Fang, jusqu’à 16 km. en aval. En plus des humains , cet évènement cause la mort de tous les êtres vivants dans cette zone : 3000 têtes de bétail, les oiseaux, les insectes …seuls les végétaux résistent.

Vache morte de suffocation - Lac Nyos 86 - J.Lockwood / USGS


Les premières constatations vont permettre une analyse du phénomène :
Les corps des victimes paraissent peu lésés.

A part quelques arbres soufflés, tout est resté en place ; on ne constate pas d’effets chimiques , ni thermiques.
La distribution des cadavres de bétail prouve que la concentration léthale du gaz a atteint 120 mètres au dessus du niveau du lac.
Le niveau du lac a baissé de 1 mètre et une tache couleur rouille a été observée en son centre.
L’énorme nuage de CO2, estimé à un kilomètre-cube, plus lourd que l’air, a parcouru 25 km. en respectant et suivant la topographie des environs.
Les humains survivants souffrent de problème pulmonaires (œdème) et oculaires (conjonctivite).

 

 


Quelle est la cause de ce relargage massif de dioxyde de carbone ?
Du CO2 magmatique ou hydrothermal, dissous à haute pression en profondeur, ou piégé sous forme de bicarbonate, voire de sidérite (carbonate de fer - réaction avec Fe2+) à un niveau proche de la saturation a été brutalement relâché.
La cause de l’instabilité à la base de ce relargage est toujours discutée :
-  un glissement de terrain subaquatique, en relation on non (selon les experts américains) avec un séisme de M5 le long de la Foumban shear zone courant sous le massif, serait à l’origine d’un bouleversement de la stratification des eaux, de la nucléation et la libération du CO2.

Des bulles de gaz volcaniques se forment dans la couche inférieure du lac, l'allégeant ainsi ce qui provoque sa remontée de plus en plus rapide vers la surface par emballement du système. Les bulles de gaz volcaniques percent alors la surface en créant parfois des petits tsunamis. Lorsque ce gaz est plus dense que l'air comme le dioxyde de carbone qui est un des principaux composants des gaz volcaniques, la nappe de gaz volcaniques reste plaquée au sol et peut s'écouler par dessus les rebords du cratère en empruntant le fond des vallées. Cette hypothèse est soutenue par Sigurdsson,  Schmincke et Bardintzeff.

 

Nyos-29.08.86---USGS.jpg

                  Le lac Nyos , quelques jours après le drame - photo USGS 29.08.1986


-  Une éruption phréatique serait à la base du drame selon une autre hypothèse défendue par des scientifiques Français (Tazieff) et italiens. Leurs analyses confirmeraient la permanence de la stratification du lac, infirmant son retournement. Une éruption aurait provoqué un jaillissement puissant d’eau, créant une vague inégale (1m. au nord, 80 m. au centre et 20 m au sud) ; la retombée d’une importante masse d’eau depuis une hauteur conséquente , 100 à 200 m au dessus du niveau du lac, serait ainsi responsable du décapage du granite des bords du lac sur une bande.

Le mécanisme invoqué par le team Tazieff, Le Guern, Chevrier et Faivre-Pierret, est une relâche de gaz emprisonné dans un réservoir en profondeur, par des fissures étroites dans le toit rocheux de celui-ci. A cause de la pression interne et de l’étroitesse de la section des fissures, la vitesse d’échappement a été supersonique, dans un premier temps très court. Puis une abrasion mécanique a élargit les orifices de sortie permettant une libération rapide de grandes quantités de gaz dans un second temps. Selon Olivier Leenhardt, on parle d’éruption phréatique lorsque la pression dans le diatrème dépasse la charge cumulée de l’eau du lac et des sédiments.


Enep maar - JGeorges Kling (US) avait identifié 31 lacs de cratères et maars dans le N.O. du Cameroun. Les principaux ont fait depuis l’objet d’une expertise et tous ne constituent pas le même risque que les lacs Monoun et Nyos, qui seuls ont une capacité de stockage conséquente.

            Le maar Enep, dans le champ volcanique Oku - photo J. Lockwood / USGS.

 

La décarburation des lacs Monoun et Nyos :
Le MNDP – Nyos and Monoun Degassing Program – a été initié, en collaboration avec le gouvernement Camerounais, pour vider les lacs nyos-degasser - viu.caméromictiques de leur excédent de gaz.
L’installation d’une pipe de mise à l’air libre a nécessité dans un premier temps l’usage d’une pompe pour l’extraction de l’eau et du gaz ; une fois le processus amorcé, le gaz a entrainé seul le mélange vers la surface, où il sort à vitesse supersonique créant un geyser artificiel d’une hauteur de cinquante mètres.
Une étude en septembre 2005 par George Kling et d'autres chercheurs au Université du Michigan constaté que le gaz n'était pas enlevé du lac assez rapidement pour s'assurer que le désastre ne se produise plus jamais. Kling a recommandé l'abaissement de la pipe existante et l'addition d'une neuve afin de libérer plus de CO2.

Schéma de la pipe de dégazage - doc. viu.ca

 

Michel Halbwachs, professeur de physique à l'université de Savoie à Chambéry, qui a installé les systèmes d'extraction existant actuellement, et trois chercheurs du Swiss Federal Institute of Aquatic Science and Technology de Seestrass (Suisse), spécialistes de la structure et du comportement des lacs, sont en désaccord complet avec George Kling. Ils estiment qu'une colonne de dégazage en plus à Nyos et deux à Monoun sont suffisantes.
Quoiqu’il en soit, ce programme a permis de développer une technologie et des méthodes de simulation dans un domaine inexploré jusque là. Cette technologie va permettre un projet d’extraction du méthane dans le lac Kivu (RDC).

 

 

Lac_Nyos--Google.jpg                        Le geyser de décarburation - photo Google - date et auteur non identifiés.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Oku volcanic field

- Volcanism - H-U. Schmincke - éd. Springer

- Volcanologie - JM. Bardintzeff - éd. Dunod

- Michel Halbwachs - page personnelle

- Vidéo sur les lacs de cratère meurtriers - link

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Publié le par Bernard Duyck
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                                   Cameroun - les chutes d'Ekom-Nkam


En direction du nord et du massif de Manengouba, un crochet par les chutes d’Ekom-Nkam vous fera partager les paysages du film "Greystoke" et la légende de Tarzan, seigneur des singes, d’après l’œuvre d’Edgard Rice Burroughs, interprété en 1984 par Christophe Lambert et Andie Mc Dowell.


Greystoke.jpgUn bref rappel de l'histoire : "Après un naufrage, Jack Clayton et son épouse enceinte, comte et comtesse de Greystoke, sont condamnés à survivre dans une forêt d'Afrique équatoriale. Réfugiés dans une cabane construite dans les arbres, la femme meurt de la malaria quelques mois après la naissance de leur fils et Jack Clayton est tué par un singe. Une guenon qui vient de perdre son petit recueille l'enfant et l'élève comme un singe. Vingt ans plus tard, devenu grand, il se déplace en s'aidant de ses mains et pousse d'énormes grognements pour se faire comprendre. Il finit par découvrir la cabane de ses premiers jours et il y trouve un couteau qui va lui permettre d'asseoir sa suprématie sur le peuple singe. Suite à une exploration zoologique, un explorateur belge, le Capitaine D'Arnot, découvre ce jeune homme. Ce qu'il retrouve dans la cabane des parents lui fait comprendre qu'il s'agit d'un descendant du Comte de Greystoke. D'Arnot décide alors de ramener le jeune homme à la civilisation ..."

 

Greystoke---A.Mc-Dowelle-t-C.Lambert.jpg                   Andie Mc Dowell et Christophe Lambert - doc. du film Greystoke / Allociné.

 

Mt-Manengouba---geolocations-urskalberer.jpg                       Massif de Manengouba - photo Geolocations / Urskalberer.

 

Le massif du Manengouba s’étend sur un diamètre de 25 km. environ sur le plateau central, limité au nord par la plaine de Mbos, à l’ouest par les monts Bakossi , à l’est et au sud, par des plantations caféières.
Le Mont Manengouba est un stratovolcan basaltique à trachytique, culminant à 2.411 mètres,caractérisé par deux caldeira sommitales concentriques : Elengoum et Eboga.

 

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                              Dans la caldeira du Manengouba - photo Namaste20.

 

La caldeira Elengoum, plus ancienne et large de 6 km, est mal définie ; elle s’est formée il y a 800.000 à 600.000 ans. De larges coulées de lave marquent les flancs nord-est , passant au travers d’une brèche dans la parois Est de la caldeira.


Le caldeira Eboga, de 3km de diamètre, s’est formée il y a 250.000 ans.
Une activité volcanique plus récente a construit une ligne de lacs de cratère et de cinder cones, en travers de la caldeira, sur un axe SO-NE.

 

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              Les lacs jumeaux du Manengouba  -  photo Ch dav 2010.


Paysage incontournable du Cameroun, les lacs jumeaux du Manengouba valent le détour. Le lac femelle, aux eaux bleues, est plus accessible grâce à l’aménagement d’un escalier et d’une aire de repos au fond du cratère ; il symbolise la croissance. Le lac mâle, aux eaux vertes, est encastré entre deux collines et plus difficilement atteint. C’est un symbole  de force et de puissance. Une mince arête les sépare.


Ces zones sont traditionnellement peuplées par des Peuls Bororos, pasteurs nomades, limités aujourd’hui dans leurs déplacements dans les régions où des puits et des terres leur appartiennent.

 

Source :

Global Volcanism Program - Manengouba

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

mt_cameroon---wordpress.jpgVue satellite du massif volcanique du Mont Cameroun - notez en bas à droite, la coulée atteignant la côte - doc.Wordpress.

 
Le mont Cameroun domine de ses 4.095 mètres la côte du Golfe de Guinée. Ce massif volcanique , à dominante basaltique à trachybasaltique, est installé Mt Cameroon -eosnapsur un horst qui s’est construit sur un sous-bassement de roches métamorphiques daté du Précambrien, couvert de sédiments allant du crétacé au quaternaire.


Le Mt. Cameroun - doc. Eosnap 26.01.2009

 

Il constitue un énorme volume de 1.400 km³, de forme allongée selon un axe SSO-NNE et mesure 70km. de long sur 40 km. de large. Plus d’une centaine de petits cônes de cendres sont parallèles à l’axe du volcan ; ils sont responsables de coulées de lave qui trouent le couvert forestier du massif. Le point culminant est le pic Fako.
Un volcan-satellite, le Mont Etinde, connu aussi comme le petit Cameroun, est situé sur son flanc sud , à proximité de la côte.

 

 

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                   Le mont Etinde, ou Little Cameroon, en 2003 - photo Norman Roy.

 

Son activité historique fut observée pour la première fois en l’an 450 et relatée par Hannon, général et navigateur Carthaginois : « Nous côtoyâmes une terre odoriférante et embrasée, d’où sortaient les torrents de feu qui se précipitaient dans la mer. Le sol était si brûlant que les pieds ne pouvaient en supporter la chaleur. Nous nous éloignâmes au plus vite de ces lieux, et nous continuâmes notre voyage. Pendant quatre nuits, la terre nous paru couverte de feux, du milieu desquels s’en élevait un qui semblait atteindre jusqu’aux astres. Au jour nous reconnûmes que c’était une haute montagne nommée "Char des Dieux" ».


Son activité fréquente est de type explosif modéré, strombolien, ou effusif de type hawaiien, au départ du sommet ou des évents situés sur ses flancs.

L’éruption de 1922, qui marqua son flanc S.O. (cratères Waldau), a produit une coulée de lave qui a atteint la côte atlantique.

 

Cameroun---16.10.1982---Tom-humphrey.jpg Mt. Cameroun - 16.10.1982 - réactivation d'un ancien cinder cone - - Photo courtesy of Tom Humphrey (Gulf Oil). / GVP 

 

Cameroun-1982---Tom-Humphrey.jpg   Coulées de l'éruption d'octobre 1982 - Photo courtesy of Tom Humphrey, 1982 (Gulf Oil). / GVP

 

En 1982, une éruption réactive un ancien cône situé sur une fissure à 2700 m d’altitude, avec émission d’une coulée qui parcourt 11 km.
Le premier réseau de surveillance sismique ne fut installé qu’en 1984, par l’unité de géophysique et de recherches volcanologiques de l’IRGM – Institute for Mining and Geological Research. 


En 1999, une éruption débute le 28 mars, après un essaim sismique, sur le flanc sud à une altitude de 2.650 m. Le 30 mars, un second point d’émission situé plus bas, vers 1.400 m., produit une volumineuse coulée aa qui se divise en plusieurs branches et présente, début avril, un front de coulée impressionnant : 3 km de large et une hauteur de 15-25 mètres. La coulée aura parcouru 12 km. à la fin de l’éruption, le 22 avril. Elle se compose de basanite avec des cristaux d’olivine et de clinopyroxène, des plagioclases et des titanomagnétites.

 

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                     Mt. Cameroun 1999 - le front de la coulée aa - photo J.P. Tchankoue

 

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                     Mt. Cameroun - une piste coupée par la coulée de 1999 - photo uml.edu.

 

Sa dernière manifestation a lieu entre le 28 mai et le 19 juin 2000, sur deux sites séparés de 3 km : le premier est constitué de deux cratères alignés N.E.-S.O., à 4.000 m d’altitude, marqués par des explosions sporadiques de gaz et pyroclastes, incluant du matériel juvénile. Le second évent est situé à 3.300 m. d’altitude : une large fissure alimente deux lacs de lave, entourés de spatter cones, et des coulées de lave.


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                   Mt. Cameroun - les cratères de l'éruption 2000 - photo amcaja

 

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                   Carte du Mt. Cameroun et de ses coulées de 1909 à 2000 - doc. geolmag

 

Le mont Cameroun émet des basaltes alcalins, des hawaiites et des mugéarites. Ce volcanisme de la série alcaline ainsi que les autres volcans de la "ligne du Cameroun", correspond à un volcanisme intra-plaque.

 

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                                     CVL - colonnades basaltiques - photo uml.edu.


Le nom Cameroun derive de la dénomination portuguaise de l’embouchure du fleuve Wouri : "rio dos Cameros " , ainsi baptisé à sa découverte en 1472, pour son abondance de crevettes. Le mont Cameroun est appelé Mount Cameroon ou Cameroon Mountain en anglais et Mongo-mo-Ndemi en bakweri, ce qui signifie en français "montagne des Dieux". Le volcan était appelé Gotterberg, Kamerungebirge ou encore Victoriaberg du temps de la colonisation allemande.

 

L'ascension du Mt. Cameroun se fait en deux à trois jours par des sentiers de randonnée, avec l'aide de porteurs tarifés ... à moins de faire partie de la race des champions et de la tenter en un peu plus de 4h30, lors de la "Mount Cameroon Race of Hope", qui a lieu chaque année en février.

 


Sources :

- Global Volcanism Program - Cameroon

- Earth snapshot - Mt. Cameroon

- Pheniciens.com - le périple de Hannon

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