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Earth of fire

Actualité volcanique, Articles de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

excursions et voyages

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

La Sicile possède plusieurs sites où s’illustrent le volcanisme boueux ; le plus célèbre d’entre eux est connu sous le nom de Maccalube di Aragona ( macalube, Occhiu di Macalubi).

 

Vulcanelli_di_Macalube_near_Aragona_Sicily_--Mjobling.jpg                               Vulcanelli di Macalube - photo Mjobling.

 Les textes anciens et la légende confirment le côté « remarquable » attribué depuis l’antiquité au phénomène, vraisemblablement connu depuis l’âge de bronze puisque situé à proximité de nécropoles datées de cet période. Platon le mentionne dans ses écrits, le Timée, où il relate un voyage effectué en 367 avant JC sur une invitation du tyran Denys de Syracuse. D’autres écrivains anciens mentionnent le site : Aristote, Pline l’ancien.

De nombreuses légendes parlent du phénomène ; l’une d’entre elles rapporte qu’à cet emplacement, une cité aurait été engloutie suite à une offense faite à une divinité locale. Tous les sept ans à minuit,un coq chanterait au centre de la colline, ce qui ferait resurgir la place du marché. La légende prétend que si une personne, se trouvant là, parvient à surmonter sa peur et se rend sur la place du marché sans se retourner, tout ce qu’elle achètera se transformera en or.

Les Arabes, puis les Normands qui ont occupé tour à tour la Sicile, décrivent le phénomène : le nom de Maccalube dérive de l’arabe Maqlub signifiant chavirement.  

Le site ne sera analysé géologiquement qu’au 18° siècle par le géologue Déodat Gratet de Dolomieu. (description sur le site de Dominique Decobecq ). 


934940004.jpg

Topographie shématique du site Vulcanelli di Macalube - doc. Riserva Naturale Macalube di Aragona.


Maccalube-di-Aragona.jpgSchéma simplifié d'alimentation du volcan de boue - doc. Riserva Naturale Macalube di Aragona. 


La zone se trouve, comme dans le cas des volcans de boue de Berca (Roumanie) , à l’axe d’un anticlinal, bordé au nord et au sud , respectivement par les synclinaux d’Aragona et d’Agrigento. L'anticlinal montre des affleurements de marnes argileuses et d’argiles du Tortonien (fin du Miocène - entre 11,60 et 7,24 Ma).

La Collina dei Vulcanelli - photo aérienne Google.

foto_aerea_macalube.jpgAu centre de cette zone, les Maccalube forment une colline, la collina dei Vulcanelli, de teinte grise variable, à la surface découpée par des fissures de dessiccation et hérissée de petits cônes tronqués d’une largeur et hauteur pouvant aller jusqu’à un mètre, vides ou remplis d’une eau boueuse, montrant des pulsations témoins d’une alimentation intermittente. Des coulées s’en échappent, qui présentent des fissures longitudinales, séparant la zone centrale « à écoulement rapide » des bordures « à écoulement plus lent ».

 

Maccalube---il-giornale-di-pachino.jpgCône émettant une coulée fluide , sur base d'anciennes coulées craquelées - doc. il giornale di pachino.

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Cône "strombolien" avec une coulée récente qui se craquèle sous l'effet de la chaleur ambiante - doc. Fotografia Aragona.


Les émissions boueuses sont froides ; la température des eaux est voisine de 17°C en surface.

La boue remonte sous l’effet d’émissions spontanées de gaz, principalement du méthane (94-97%)  associé à du CO2, du CO, de l’argon, de l’azote, de l’oxygène, de l’hélium.

L'origine des gaz n'est pas précisée et selon diverses hypothèses, ils pourraient provenir d'une roche-mère située vers 5 km. de profondeur, ou d'émissions dues à la décomposition d'hydrates de méthane piégés dans les argiles tortoniennes.

Cette activité "tranquille" est parfois interrompue par des périodes d'éruptions pouvant remanier le site ; la dernière a eu lieu le 11 août 2008 dans l'après-midi : les projections atteignirent une quarantaine de mètres de hauteur et se déversèrent sur 4 km², déclenchant la panique dans la bourgade de Santa Barbara, déjà secouée la matin par un séisme.

 

Les volcans de boue du versant sud-ouest de l'Etna : les Salinelles de Paterno et Belpasso.

Les Salinelles de Paterno occupent trois sites autour du village du même nom:

- Simeto, le site n°1,est situé à l'ouest du bourg près de la rivière Simeto.

salfig6- Stadio, site n°2, jouxte le terrain de sport, facilement accessible, mais bordé d'ordures. L'instabilité du sol requiert de la vigilance, sous peine de prendre un bain de pied désagréable.

- le site n°3, Vallone Salato, est situé au sud-est de Paterno.

Chaque site couvre plusieurs milliers de m².

Comme aux Maccalube, les boues sont froides, de température moyenne égale à 17°C; par contre, les gaz porteurs diffèrent en composition : les gaz principaux sont du CO2, majoritaire, du méthane, de l'azote et de l'hélium; une odeur d'H2S imprègne les salinelles.

L' Etna est statistiquement un gros pollueur, du fait de son dégazage important. Les cratères émettraient 10% du CO2 planétaire d'origine volcanique. Ce gaz émane aussi des régions situées en altitude plus basses, où une épaisseur moindre des couches imperméables à dominante argileuse favoriserait son passage.

Au 19° siècle, les rapports d'époque mentionnent des fontaines d'eau boueuse allant de 50 cm. à 3 mètres, avec une température moyenne de 46°C. Ces paroxysmes "boueux" correspondent à des évènements sismiques régionaux. Aujourd'hui, l'activité se résume à l'émission de quelques bulles et des mofettes.

La forte salinité, la faible teneur en sulfates et l’absence de variations saisonnières dans la composition chimique indique qu’il s’agit d’eaux associées à des dépôts d’hydrocarbures.

L'étude de ces gaz pourrait cependant se révéler être une indication précieuse du processus évolutif du volcan... en phase pré-éruptive, les micro-fractures rocheuses accroissent en effet la perméabilité du sol , favorisant le passage des gaz accumulés sous l'édifice volcanique.

 

nuovo-28.jpg    Schéma hydrogéologique de la partie sud-ouest de l'Etna - document Ninni Gallina

 

Paterno---BB-2008---2.jpg   Salinelles de Paterno - photo avec l'aimable autorisation de Boris Behncke 2008.

 

Sicilia---Colata-di-Fango-dalle-Salinelle-del-V_ne-Salato-2.jpg     Belpasso - Salinelle del Vallone Salato - coulée boueuse - doc. geositi.net

 

 

  Sources :

- Riserva naturale Macalube di Aragona - lien

- Les volcans de boue - par D.Decobecq

- I vulcani di fango del basso versante sud-occidentale dell'etna - Pietro Carveni & al. - geositi.net

- Vulcani di fango del basso versante sud - P.Carveni & al. - univ. Catania. - lien

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Les volcans de boue de Berca - Vulcani noroioşi en roumain - sont situés près de la ville de Buzau, dans l'est des Carpates. Ce site est le plus important parmi les nombreux sites de volcans de boue de la Roumanie. Bien que relaté au 19° siècle, suite à leur découverte en 1867 par un prospecteur pétrolier français, H.Cognand, ces volcans n'ont vraiment été étudiés que dans le début des années 2000.

 

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Schéma topographique des champs de volcans de boue (d'après Dicu 2005 in Schniukov)

 

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                       Berca - vue générale - ©J-M. Mestdagh

 

Le site d'une superficie de 30 hectares abrite deux champs importants, séparés de 3 km; ils sont appelés:

- Pâclele mari ("grands brouillards" en roumain) - 338 m. - 45,20N-26,42E, situé au sud

- et au nord, Pâclele mici ("petits brouillards") - 327 m. - 45,21N-26,42E.

Ils se situent tous deux à la verticale de l'anticlinal appelé Berca-Arbănaşi, d'une longueur d'environ 20 km.

Le sous-sol y est caractérisé par des formations salines imperméables et riches en hydrocarbures, traversées de failles, voies d'échappement de la boue (eau mélangée aux argiles) vers la surface sous la pression des gaz. Ces gaz  proviennent des couches pétrolifères situées à 200-300 m. de profondeur et sont constitués principalement de méthane et gaz organiques.

Les émissions sont constituées de boue froide et sont émises de façon permanente; les structures formées sont des cratères qui surmontent une formation en plateau due à l'accumulation des boues éruptives.

La formation de ces boues est due à un lessivage des marnes et grès pétrolifères par de l'eau salée propulsée par des gaz émanants des profondeurs (3.000 m.). Une fois transformées en boues chargées en hydrocarbures, elles sont stockées sous pression à une profondeur moindre avant d'être remobilisées.

 

coupe-volcans-boue-Roumains.gifCoupe au niveau des champs Paclele, situés à l'aplomb de l'anticlinal Berca-Arbănaşi - doc. coupe d'après G. Etiope et al., in Terra Nova 16, 2004.

 

Cette activité est à relier au contexte de subduction de la plaque africaine sous la plaque Eurasienne, à raison de quelques millimètres par an, qui engendre une mobilité tectonique importante dans la région de l'arc des Carpates. Des mouvements de subsidence concerne la plaine de Buzau, où 2 mm. de tassement par an sont remarqués. Cette subsidence a changé le cours de la rivière en 1969 et provoqué un affaissement des nappes phréatiques, accélérant ainsi la remontée de la boue.


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Selon la texture de la boue, se forment des "cônes" où glougloute la boue (ci-dessus) ou

si elle est plus fluide, des coulées "cordées", qu'on pourrait qualifier "d'hawaiienne, si pas de coulée pahoehoe" (ci-dessous) - ©J-M. Mestdagh

 

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                                                                                ©J-M. Mestdagh


5030375330_32b7800a16_b-JMM.jpgLes boues se dessèchent ensuite en se craquelant, parcourues par des coulées, qui respectent le déplacement sinueux des fluides, en y créant des méandres. -

©J-M. Mestdagh

 

5029729499_1c690bddd4_b-JMM.jpg         Convulsions au sein d'une bulle en formation - ©J-M. Mestdagh

 

  A la surface de la boue se forme des efflorescences où se retrouve du borax, caractéristique des processus de volcans de boue roumains

 

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      Sommet d'un gryphon, terme qualifiant ce cône de boue - ©J-M. Mestdagh


Outre le risque possible d'une "éruption" qui pourrait projeter boues et brèches en hauteur, la dégradation des paysages est certaine ... seules y poussent quelques plantes, dont la RO_BZ_Berca_Mud_Volcanoes_nitraria_schoberi_fruit.JPG"garduraritsa" - Nitraria Shoberi, plante hermaphrodite halophile (qui a besoin de fortes concentrations salines pour vivre) originaire d'asie centrale et ici en limite extrême ouest de distribution. photo Radu Ana Maria.

D'autres halophiles, telles que l'Obione verrucifera, s'y rencontre aussi.

 

5029741645_84909b1e53_b-JMM.jpgMessage expressif mais éphémère, sur ce résumé de structures boueuses : boue craquelée, coulée onctueuse et petit cratère égueulé. - ©J-M. Mestdagh

 

Merci à mon ami, Jean-Michel Mestdagh, pour son partage de photos toutes récentes.

 

 

Sources :

- Mud-volcanoes of Romania. Preliminary data on the mineralogy of Pâclele Mari and Pâclele Mici Mud-Volcanoes - by E.F.Schniukov & al.

- Etude des volcans de boue Paclele Mari et Mici de Berca (Buzau) à partir d'images RSO Envisat à l'aide de la technique d'interférométrie différentielle (DinSAR) - par K.Hachemi, A.Abdellaoui, F.Grucu, A.Ozer et G.Visan.

- SVT Nancy-Metz - les volcans de boue de Berca - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

En 2006, un volcan de boue est apparu sur l’île de Java ; sa force destructrice et l’énorme impact écologique de ce phénomène ont monopolisé un temps les médias.

Bien que connus et vénérés depuis des millénaires, les volcans de boue demeurent un phénomène peu analysé jusque dans la dernière décennie.

 

Home_sunk_by_mud_flow-Sidoarjo.JPG         Indonésie, Java - volcan de boue Lusi - doc. Geological society.


Les volcans de boue sont le résultat de phénomènes géologiques particuliers, ...on parle ici de "volcanisme sédimentaire", donc rien à voir avec le volcanisme traditionnel

Qu’ont-ils alors de commun avec les volcans ?

Une morphologie commune, bien qu’à échelle différente : ils présentent tous deux un cône, un cratère, des émissions, et leur dynamique est liée aux gaz. Le matériel expulsé est cependant de la boue et non de la roche en fusion ou des cendres ... la qualité rhéologique de la boue va déterminer l'apparence du volcan : de type strombolien, si la boue est pâteuse, de type hawaiien, si elle set liquide.

Comme les volcans, ils sont présents tant sur les continents, où on a identifié plus de mille structures, que dans les océans, où les plaines abyssales et les pentes continentales en contiendraient dix fois plus.

 

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     Roumanie - Berca - cône volcanomorphe et coulées de boue - ©J-M. Mestdagh

 


z-IMG_8982-copie.jpg                   Etats-Unis - Yellowstone - Mud volcano - © Bernard Duyck

 

 

Où les trouve-t-on ?

 Pour l’Europe, les principales zones connues sont l’Italie, avec les Apennins, la Sicile et les îles Eoliennes, l’Islande, la Roumanie, la mer Noire, la mer Méditerranée au large de l’Egypte. En Asie, on en trouve en Iran, en Azerbaïdjan, au Baloutchistan, en mer Caspienne, aux îles Andaman, en Chine et en Indonésie. L’océanie n’est pas en reste, avec ceux de Nouvelle-Zélande. Et les Amériques en présentent sur leur partie nord, en Alaska, au Yellowstone (avec ici une nuance : on aurait affaire à des pots de boue - mud pots - et pas à des volcans de boue - mud volcanoes -), à Salton see et dans le golfe du Mexique ; en Amérique centrale, les Caraîbes et le Costa Rica en sont pourvus et en Amérique du sud, c’est vers la Colombie ou le Vénézuela qu’il faut se tourner.

 

kopf2002-2                   Distribution continentale des volcans de boue - Kpof 2002.

  Gas hydrate bearing sediments - USGS

Carte de distribution des zones off-shore de sédiments porteurs de gaz hydrate- doc. USGS.

Worldwide distribution of confirmed or inferred offshore gas hydrate-bearing sediments.


Ce petit tour d’horizon, non exhaustif, nous montre différentes structures, les unes froides, les autres chaudes et bien fumantes. Une association à des dépôts pétrolifères, au méthane et autres gaz d’hydrocarbures caractérisent les volcans de boue froids. Les boues plus chaudes sont quant à elles associées au géothermalisme lui-même dépendant du volcanisme, soit de point chaud, soit de zones de subduction, et à des émissions de sulfure d’hydrogène, de CO2 et d’hélium e.a.


Les volcans de boue apparaissent préférentiellement dans deux types de milieux.

- Tout d'abord, dans les zones de subduction. L'espace laissé libre entre les deux plaques est naturellement comblé par des sédiments qui s'accumulent, formant un prisme d'accrétion. Ensuite, les sédiments piégés sont expulsés : c'est l' éruption de boue. Des volcans de lave aussi apparaissent dans ce contexte.

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- Un autre contexte d'apparition est possible dans les deltas des grands fleuves. L'accumulation de couches successives de sédiments amène une compaction des couches profonde; selon le taux d'élimination de l'eau, on peut avoir un niveau boueux qui sera progressivement mis sous pression jusqu'à "éruption".

 

 

Sources :

- "Rien à voir avec le volcanisme traditionnel" - interview de béatrice Ledésert, université de Cergy-Pontoise / Journal du net.

- LAVE - revue n°139 / juillet 2009 - divers articles.

- Géol'images - fiche n°12

- USGS mud volcano - lien


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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

Le village traditionnel de Yakel :

apprécié par beaucoup, décriés comme artificiel par certains, il donne une idée de la vie des autochtones "qui n'aurait pas changée depuis des siècles".

 

30077_410454586440_645396440_4671391_1467142_n.jpg     Maisons du village de Yakel, sur l'île de Tanna - © Antony Van Eeten

 


L'accueil au village est marqué par l'appel du tambour fendu, tambour en bois creusé, planté en terre, qui orne la place de danse; il était utilisé pour transmettre des messages et rythmer chants et danses lors des cérémonies.

 

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                                                               © Antony Van Eeten


 

Vêtus uniquement de leur namba, l'étui pénien, ou de jupes d'herbes sèches parfois colorées, hommes et femmes partagent, dans le plus simple appareil, été comme hiver, des danses ou une tasse de kawa.

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© Antony Van Eeten


Les danses se résument en mouvements rudimentaires, peu chorégraphiques : les hommes dansent au centre, les femmes restent à l'extérieur de ce cercle, qu'elles entourent parfois dans une sarabande, les bras croisés pudiquement sur leur poitrine. Le prix de ces exhibitions est substantiel, en relation avec une perte d'authenticité ... (ce phénomène est généralisé chez les "peuples premiers" : les Maasai le pratique également en Tanzanie).
Chez les "cannibales" ? :

30127 409762371440 645396440 4654590 5852869 n                                                      © Antony Van Eeten
30127 409762521440 645396440 4654609 5686026 nLe visage noirci pour faire ressortir le blanc des yeux et des dents, ile miment des attitudes guerrieres. - © Antony Van Eeten

Une hutte en hauteur dans un banyan sert pour différentes cérémonies, e.a. la circoncision; les ni-Vanuatu se regroupent à son pied, le soir, pour boire et danser.

Yakel-tree-house---whl.travel.jpgYakel - rassemblement des garçons sur l'échelle d'accès à la maison suspendue dans un banyan - photo whl.travel

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                                                                © Antony Van Eeten

Les tambours-fendus font l'objet d'une mise en valeur au récent musée du quai Branly, aussi appelé musée des arts premiers, à Paris.
Musee_du_quai_Branly_IMG_1824---Deror-Avi.JPG    Tambours fendus du Vanuatu - Musée du quai Branly / Paris - photo Deror Avi.
Les tambours de gauche semblent jumeaux de celui qu'a photographié Antony van Eeten.

Le village de "John Frum":
Dans certains villages de Tanna, se perpétue le culte de John Frum, prophète d'un "culte cargo"; le centre du mouvement se trouve à Sulphur Bay, proche du volcan Yasur.

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Sulphur Bay : 300 personnes qui vivent et travaillent en collaboration, sans intervention d'argent, et pratiquent le culte de John Frum.
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Le village de John Frum, à Sulphur Bay - sous le panache du Yasur, Ulla Lohmann, guide Volcanodiscovery, fait les présentations  - © Antony Van Eeten

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                     Superbe portrait de ni-vanuatu par © Antony Van Eeten

Sur l'île de Tanna, un dieu du nom de "Kerapenmun", associé à une montagne, le Mont Tukosmeru, est vénéré. Un indigène du nom de Mancheri, sous le pseudonyme de John Frum, se fit passer pour ce dieu et fut à l'origine d'un culte en apparaissant à certaines personnes et en promettant «  maisons, vêtements, nourriture et transports ». Dans la mémoire de Tanna, cet homme apparaît en 1939; il annonce la guerre du Pacifique et l'arrivée des troupes américaines plus d'un an avant qu'elles ne débarquent aux Nouvelles-Hébrides. En 1941, sa « vision » se réalise.

Et les églises traditionnelles se vident de leurs fidèles : dès lors, John Frum sera considéré comme un prophète. Le culte de John Frum prône surtout le retour aux anciennes coutumes. Il fait figure d'esprit incarné pour lutter contre la colonisation franco-britannique et le pouvoir des missionnaires. Car la colonisation ne s'est pas déroulée sans heurts. Le culte de John Frum a été interdit par les missionnaires jusqu'à l'indépendance du Vanuatu en 1980 mais, malgré cela, il est toujours actif aujourd'hui à Sulphur Bay, sur l'île de Tanna, où vit une communauté de 300 personnes, vivant selon les principes établis par le culte. Ainsi, aucun argent ne circule, chaque personne travaille pour la communauté et a des tâches particulières à effectuer, celles-ci devant être effectuées sans attendre quelque chose en retour, comme le recommande le culte de John Frum. Chaque vendredi soir, les habitants du village et des alentours se réunissent pour chanter la gloire de John Frum à la manière d'une messe. Ses adeptes croient que John Frum sera de retour un 15 février (surnommé "jour de John Frum" à Vanuatu).

Les man Tanna (Tannais) ont durement subi le joug des missionnaires presbytériens. À la fin du XIXe siècle, ceux-ci ont imposé la « Tanna Law ». La société mourait physiquement, spirituellement et socialement. Elle a dû se remettre totalement en cause pour survivre. Paradoxalement, cette transformation ne passe pas par un rejet total des Occidentaux. Au contraire, les Tannais sont impressionnés par l'armée américaine, fraîchement débarquée dans leur archipel. Certains se laissent même enrôler dans les troupes pour participer à de menus travaux. Ils en reviennent avec le goût des défilés et des cérémonies ...

Ce nom de "John Frum" a comme possible origine les paroles de GI's lors de la seconde guerre mondiale, qui se seraient présentés aux indigènes comme "John from ...America" (John d'Amérique). Pour les man Tanna, "John" désigne communément et commodément l'homme blanc.

Les lieux de culte de John Frum sont matérialisés par des grandes croix peintes en rouge et entourées d'une clôture de bois, ces croix renvoyant à celles présentes sur les ambulances américaines que les adeptes ont vues lors de la venue de l'armée américaine lors de la Seconde Guerre mondiale. D'autre part, John Frum étant arrivé dans un grand bateau, ses adeptes affichent dans leurs maisons des photos de bateaux et de yachts.

(extrait de wikipédia)

 

Autre tradition : "le sandroing" : inscrit en 2008 sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l'Unesco.

En bichelamar, pidgin de base anglaise, sandroing (sand drawing) désigne le dessin sur sable, cendre volcanique ou boue.

 

00228-BIG.jpg                                   Sandroing - doc. Unesco culture.

  

Mais plus qu’une expression artistique indigène, cette « écriture » multifonction intervient dans de nombreux contextes : rituels, contemplation et communication.

Les dessins sont exécutés directement sur le sol, dans le sable, la cendre volcanique ou l’argile. À l’aide d’un doigt, le dessinateur trace une ligne continue qui se profile en arabesques selon un canevas imaginaire pour produire une composition harmonieuse, souvent symétrique, de motifs géométriques. Cette tradition graphique, riche et dynamique, est devenue un moyen de communication entre les membres des quelque 80 groupes linguistiques différents qui vivent dans les îles du centre et du nord de l’archipel. Les dessins font aussi office de moyens mnémotechniques pour transmettre les rituels, les connaissances mythologiques et d’innombrables informations orales sur l’histoire locale, les cosmologies, les systèmes de parenté, les cycles de chant, les techniques agricoles, l’architecture, l’artisanat ou les styles chorégraphiques. La plupart des dessins sur le sable ont plusieurs fonctions et niveaux de signification : ils peuvent être « lus » comme œuvres artistiques, sources d’information, illustrations de récits, signatures ou simples messages et objets de contemplation. Ce ne sont pas de simples « images », mais une combinaison de connaissances, de chants et de récits empreints de significations sacrées ou profanes. Un maître dans l’art du dessin de sable doit par conséquent non seulement connaître parfaitement les motifs, mais aussi comprendre leur signification. De même, il doit être capable d’interpréter les dessins pour les spectateurs.

Sources :
- Musée du Quai Branly - Vanuatu
- Université de Nantes - A propos du Vanuatu

- Countries and their cultures : ni-Vanuatu

- Sandroing - intangible cultural heritage of Vanuatu

- Voyage Vanuatu.fr - le John Frum de Tanna, un "cargo cult" particulier

- John Frum - wikipedia

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

Aujourd'hui nous visitons le Yasur, grâce aux photos d'Antony Van Eeten, prises en mai 2010.

La formation du Yasur comprend d'une part le petit cône pyroclastique haut de 365 mètres pour un diamètre basal de 3.000 mètres, d'autre part la plaine des cendres qui s'étend sur le côté nord-ouest.

 

 

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                                                                                                 © Antony Van Eeten

Emission tour à tour de panaches chargés de cendres (gris) ou composés de gaz et vapeur (plus blancs)


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                                                                                   © Antony Van Eeten

 

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                                                                                                       © Antony Van Eeten

 

 

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  Rappel topographique avec position des points d'observation et du parking - doc. G.Granger / GVP.


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                        Plusieurs cratères sont actifs  -  © Antony Van Eeten


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                                                                             © Antony Van Eeten

 

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                      Activité strombolienne "double"  -  © Antony Van Eeten

 

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           Graphisme parabolique des bombes incandescentes  -  © Antony Van Eeten

 

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                                                                               © Antony Van Eeten

 

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            Montée en vrille ... bombes en fuseau  -  © Antony Van Eeten

 

Selon le VGO (Vanuatu Geohazards Observatory) l'activité a commencé à augmenter début mars 2010, avec des émissions en provenance des trois cratères; elle s'est maintenue à un niveau élevé durant avril et mai avec de forts dégazages et des retombées de cendres sur les villages. Des bombes volcaniques "fraîches" furent retrouvées autour des bords des cratères, mais aussi  sur la plaine des cendres et le parking.

 

30127_409931541440_645396440_4658998_133221_n.jpg   Impact de bombe ... la taille fait réfléchir !  Le Yasur est un volcan dangereux ! - © Antony Van Eeten


Fin mai, nouvelle augmentation de l'activité et expulsion des bombes hors de la zone des cratères, menant à une interdiction temporaire d'accès au volcan (zone d'exclusion de 500 m.) Selon le VAAC Wellington, des panaches sont montés journellement à 1800 mètres du 29.05 au 10.06. Le panache du 1° juin s'est étendu sur 340 km², créant des perturbations aériennes.

Début juin, l'activité a diminué, avec des explosions moins fréquentes, mais une activité strombolienne continue marquée des des éjections occasionnelles de bombes.

 

30127_409907571440_645396440_4658338_7668297_n.jpg          Une explosion plus forte génère une belle gerbe - © Antony Van Eeten 

 

 

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                                                                      © Antony Van Eeten

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Les flancs du cône et les environs sont recouverts de cendres - © Antony Van Eeten

 

demain, les villages environnants ...

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Excursions et voyages

 

L'île de Tanna abrite le volcan en éruption le plus accessible au monde. Elle repose sur la partie de l'arc volcanique où la vitesse de subduction est d'environ 118 mm/an. La tectonique de la région est très active; les mouvements du sol ont soulevé Port Resolution, la ville voisine du volcan, de quelques vingt mètres au cours du siècle passé (mouvement vertical mesuré e.a. par la datation des coraux retrouvés en altitude, et de récentes mesures GPS).

 

L'activité volcanique de l'île a commencé il y a 3 millions d'années avec la formation de la série de Green Hill.

Elle se limite aujourd'hui au complexe du Yenkahe, dont la partie ouest de la caldeira est occupée par le Yasur, le plus jeune d'un groupe de centres volcaniques qui se sont érigés sur le volcan Tukosmeru, datant du Pléistocène.

Le horst du Yenkahe est localisé dans la fracture de Siwi, une caldeira en fer-à-cheval de 4 km. de large, associée à l'éruption de la séquence andésitique Siwi.

 

carte_spot_yasur_grande.jpgImage SPOT 1990 montrant l'emplacement du Yasur par rapport à la fracture Siwi, les failles et la zone hydrothermale et le dôme Ombus.

 

Le Yasur fut découvert par le capitaine James Cook en 1774, qui observa un petit cône de cendres (hauteur 350 m.) dont le cratère produisait à intervalles réguliers de petites explosions.

Plus de trois siècles plus tard, le scénario est identique : comme le Stromboli en Europe, le Yasur est en éruption presque permanente (activité strombolienne à vulcanienne).

 

Le Yasur est un cône pyroclastique non végétalisé avec un cratère sommital de 650 m. sur 500, qui contient trois bouches éruptives.

 

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2801yas1---M.Fulle.jpg                 Les 3 événts du cratère du Yasur - doc. M.Fulle in GVP.

 

Les périodes de forte activité se situent à des intervalles de 24 à 30 mois; la reprise d'activité après une période de repos se traduit par des émissions de cendres qui recouvrent la végétation. Les cendres du panache engendrent des pluies acides, dont l'action dévastatrice sur les cultures vivrières peut encore être renforcée par la passage d'un ou l'autre cyclone. Les dépôts massifs non consolidés sont aussi cause de glissements de terrains.

 

30127_409921386440_645396440_4658720_386456_n.jpg  Retombées de cendres sur le village proche de John Frum - © Antony Van Eeten

 

Depuis 1994, les phases d'activité importante sont couplées à l'émission de bombes volcaniques retombant hors du cratère; ces phases actives ont comblé le fond du cratère, rapprochant les sorties des évents à moins de 150 m. des bords du cratère.

 

yasur-bombes-sur-plaine-ouest---T.Pfeiffer.jpgLa plaine ouest du Yasur recouverte de bombes - avec l'aimable autorisation de tom Pfeiffer / Volcanodiscovery - un clic sur la photo vous mène vers son reportage de sept. 2010

 

vanuatu---Jaupart-et-Vergiolle-89-IRD.gifL'activité de type strombolien est animée par des remontées cycliques de larges bulles gazeuses le long des conduits caractérisant les trois évents. Ces poches de gaz se forment par la coalescence partielle d'une mousse gazeuse produite au niveau du toit du réservoir magmatique situé à faible profondeur. Les éjectas atteignent des vitesses initiales de 200 mètres par seconde, rendant les observations rapprochées hasardeuses à certaines périodes de forte activité. Coalescence des bulles au sommet du réservoir, montée et phase explosive - schéma IRD / Jaupart & Vergiolle 1988-89.

 

Yasur---Tom-Pfeiffer.jpg           Yasur - Volcano Picture Of the Week série 2010 - by Tom Pfeiffer.

           Activité strombolienne : dégazage et projections de lave (spaterring)


actu-8-7792.jpgActivité strombolienne : nuage de cendres initial perturbé par une décharge brutale de matériaux pyroclastiques sous l'action des gaz libérés - avec l'aimable autorisation de Thorsten Boeckel - un clic sur la photo vous mène à son reportage de juin 2010.

 

yasur-26-AVE.jpg                Activité strombolienne nocturne  - © Antony Van Eeten 05.2010

 

Demain, nous verrons en détail le reportage d'Antony Van Eeten en mai 2010.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Yasur

- Futura-sciences - Vanuatu: îles de cendres et de corail - IRD Suds en ligne - lien

 

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Publié le par Bernard Duyck
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Kuwae1.jpg

 

La caldeira Kuwae : 

Une grande caldeira, complétée de cônes post-caldeira sous-marins, sont situés au large de l'île d'Epi.

Kuwae2.jpgTongoa et Epi formèrent jadis une île plus grande appelée Kuwae. La légende raconte qu'une éruption cataclysmique a détruit Kuwae, ne laissant que deux îles plus petites.

Cet évènement date de 1420-1430 avant JC; une éruption du style de Santorin et considérée comme une des plus importantes des 10.000 dernières années, a pulvérisé 32 à 39 km² de magma, engendrant l'effondrement du volcan et la formation d'une caldeira ovale de 12 km. sur 6. (Monzier & al - 1994).

 

L'île d'Epi est constituée principalement de deux volcans datant du quaternaire, le mont Allombei à l'ouest et le Pomare, ou Tavani Kutali, à l'est.

Le Pomare, point culminant de l'île, possède trois cônes adventifs munis de cratères sommitaux bien préservés. Son flanc est est largement tronqué par la caldeira sous-marine, siège des éruptions historiques.

Le Tavani Ruro forme une extension d'Epi vers l'est, à laquelle il est rattaché par un isthme étroit.

 

East Epi, volcans sous-marins:

Trois cônes basaltiques et dacitiques sous-marins, connus sous la dénomination d'Epi A, B et C, sont situés sur la rive nord de la caldeira.

Des îles éphémères furent formées durant les éruptions de 1920 et 1953, et le sommet d'Epi B n'a été mesuré qu'à 34 m. sous le niveau marin lors d'une exploration en 2001.

 

 

vanuatu---Zone-d-Epi---Vataterm---IRD.jpg

 

Relevé bathymétrique effectué en 2004 par Ballu & al. / IRD- IPGP en 2004 - Vataterm - Alis, équipé d'un sondeur multifaisceaux.


 

Epi A Crater.  Cône circulaire de 6 km²avec cratère ouvert vers l'ouest - sommet à 124 m. sous le niveau de la mer.

Epi B Crater.  Le plus grand des trois cônes - superficie : 12 km² et sommet à 34 m. sous le niveau marin - volcan actif émettant des panaches de gaz et fluides; flanqué de 2 cônes subsidiaires.

Epi C Crater.  Cône circulaire de 2 km² avec cratère ouvert vers l'ouest - sommet à 169 m. sous le niveau marin.

 

 L'activité d'Epi a été répertoriée par John Seach depuis 1920 :


2004 Eruption in early March seen from the fishing boat Azur.

Epi---11.1997-Vanair-A.Dwyer---IRD.jpg1997 Surface discoloration - photo Vanair - Dwyer /IRD in GVP.
1988 Surface water more discoloured than usual.

1979 Eruption from S flank of Epi B. Submarine eruption.
1974 Central eruption.
1973 Surface discoloration observed in May and October.
1972 Surface discoloration observed in May and June.
1971 Surface discoloration observed in May, June, October, and November.

1961 Possible eruption.
1960 Submarine eruption. Three centres active between Lopevi and Epi. Activity coincided with eruptions of Lopevi.
1958 Submarine eruption with new island.
1953 Central, flank, and submarine eruption with a new island forming. Eruption occurred simultaneously at 3 vents. Large amounts of pumice formed and an island formed for a short time.

Des radeaux de ponces sont signalés sur environ 1.000 km².

1920 Submarine eruption with new island formed. Located between Lopevi and Epi. Violently active. 

 

La plage de 1,5 km à Lamen Bay est considérée comme la meilleure d’Epi. Il y a beaucoup de coraux peu profonds pour nager avec masque et tuba dans un cadre spectaculaire. La plage est une combinaison peu courante de sable volcanique noir au Sud, changeant brutalement en sable corallien blanc à a terminaison Nord. Les eaux sont sûres et pour couronner le tout, il y a des dugongs résidents. Un mâle en particulier est particulièrement amical, un compagnon de jeu sûr même pour les enfants. Il aime vraiment les gens qui viennent dans l’eau à sa rencontre.


dugong - Dr F.Schmoller Epi island resort

                         Dugong d'Epi -photo Dr.F.Schmoller /Epi Island resort   

 

Source : Global Volcanism Program - Epi

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Publié le par Bernard Duyck
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                      Vidéo de Lopevi par Geoff Mackley - YouTube.

 

 

Après ce tour d'horizon en vidéo, une analyse de Lopevi :

L'île-volcan de Lopevi est constituée par un stratovolcan de 7 km. de diamètre, culminant à 1.450 m.au dessus du niveau marin, mais 3.500 mètres depuis le plancher océanique. Elle est connue aussi sous le nom de Vanei Vollohulu.

Un petit cratère sommital, ébréché sur son pourtour NO., contient un cône de cendres.

 

crat.Lopevi-NW-flank---JM-Bore-inst-rech-develop-vanuatu.jpgLopevi - cratère et cinder cone intracratérique - photo JM Bore / inst. recherche et développement Vanuatu.


L'activité de ce volcan basaltique à andésitique n'est connue que depuis le milieu du 19° siècle et concerne tant le lopevi.jpgcratère sommital que les évents situés sur ses flancs, principalement sur une fissure coupant l'île du nord-ouest vers le sud-est;on a remarqué des cycles éruptifs animés d'une périodicité de 15-20 ans, avec des reprises d'activité plinienne situées pendant les mois de juillet-août pour la plupart.

Panache plinien et coulée pyroclastique de l'éruption du 9 juin 2003 - doc. Vanuatu Geohazrds Observatory/ Vanair - Ph.Leloup.

 

Lopevi-coulees-et-cratere---GVP.png

Topographie de Lopevi - in GVP /revised and updated by D. Charley and M. Lardy and drafted by A. Mabonlala, IRD. 1998.

 

Cette activité  cyclique entrecoupée de période de repos d'une ou deux décennies ont permis des tentatives de peuplement de la frange ouest de cette île peu hospitalière ; des va-et-vient sont ainsi associés aux phases éruptives, principalement en provenance de Paama, à 6 km., où la pression démographique est très forte. Les habitants ont été évacués  en 1939, 1960 et 1968, date à laquelle ils se sont fixés sur Epi d'où ils partent pour cultiver pendant plusieurs semaines leurs jardins sur Lopevi ... chaque année, ils pratiquent une cérémonie coutumière pour apaiser le volcan.

Les menaces que le volcan fait peser sur les îles voisines sont liées à ses panaches, cause de pluies acides et d'intoxication par pollution des eaux pluviales récupérées comme eaux de boisson. Une déstabilisation des flancs, sur lesquels s'accumulent depuis des décennies les produits volcaniques, fait peser une menace de tsunami sur les îles proches.

 

Lopevi-06.2003-Shane-Cronin-GVP.jpgLopevi - éruption de juin 2003 - les évents nourriciers des coulées de lave sont alignés sur une fissure radiale - photo Shane Cronin / GVP.


La surveillance de Lopevi est assurée grâce à l'observation satellitaire - Radarsat - à partir de différents capteurs (température, taux de SO2, images diverses). Les différentes coulées du volcan agrandissent l'île d'année en année.

 

Lopevi----K.Nemeth-massey-univ-jpgLopevi - coulées radiales agrandissant l'île, photographiées par K.Nemeth / Massey university.

 

Sources :

- Global Volcanism Program - Lopevi

- Futura-Sciences : Vanuatu, îles de cendres et de corails - IRD Suds en ligne  - Lopevi

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Le kava, kawa ou kava-kava (kawa kawa) est une plante originaire du Pacifique occidental.  Apparenté au poivre, ce que confirme son goût, son nom scientifique est Piper methysticum. Le kava est utilisé depuis des temps immémoriaux dans la vie religieuse, culturelle et politique de l'ensemble du Pacifique.

En Occident, on utilise le kava en infusion pour lutter contre les symptômes du stress, de l'anxiété et de la dépression.


Le kava, connu depuis plusieurs siècles par les îliens, est en fait la racine du poivrier sauvage, (piper methysticum, pipéracées) qui ne pousse qu'au Vanuatu et dans quelques îles avoisinantes.

Si la plante n'a qu'une apparence chétive, son rhizome est important, pesant souvent 10 kg, et exceptionnellement jusqu'à 15 kg.

 

racine-de-Kawa.jpg             L'impressionnante racine du Piper methysticum - doc. ethnopharmacologie.

Le rhizome du kava possède des propriétés anesthésiantes, myorelaxantes, stimulant et euphorisantes ; un effet anti-dépresseur a été mis en évidence récemment. Le kava est aussi un diurétique. Il est hypnotique à fortes doses.

Le rhizome contient une résine riche en substances aromatiques non azotées les kawalactones, dont la méthysticine, la kawaïne et d'autres dont les plus active appartiennent aux dihydro-5,6 kawalactones.

 

800px-Yaqona-bundle-Fiji-2010.jpgFaisceau de racines de kava utilisé pour des présentations dans les rituels culturels comme réception officielle de bienvenue, funérailles, cérémonies de réconciliation, etc (la boite d'allumettes donne l'échelle. - Doc. wikipedia.


Le rhizome peut être mâché, rapé ou consommé sous forme d'infusion et produit une boisson appelée à tort « thé au kava ». Le goût est aigre et piquant.

Les sensations durent quelques heures pour s'éteindre environ une douzaine d'heures après la prise.

L'usage de kava quelle que soit sa préparation (machée, pilée ou en réduit industriellement en poudre) peut amener à long terme des troubles de la vision et une incoordination motrice, pouvant aller jusq'à un syndrome parkinsonien. Il n'entraîne en principe ni dépendance, ni accoutumance. 5 à 10 grammes sont généralement utilisés.

 

La tradition :

 

John_LaFarge_-_Young_Girls_Preparing_Kava_Outside_of_the_Hu.jpg                     Peinture de john La Farge, artiste américain ( 1835 - 1910)

l'oeuvre s'intitule " Jeunes filles préparant le kava à l'extérieur d'une hutte à l'imposte décorée de fleurs".


Sur place sa consommation, vieille de plusieurs siècles, est ritualisée et régie par la coutume. Le partager est un signe d'amitié, d'ailleurs un proverbe dit : « On ne peut tuer tout de suite quelqu'un avec qui on vient de boire le kava »... l'histoire ne dit pas ce qui pouvait se passer ensuite.

Dans sa forme traditionnelle, le kava est préparé à partir du rhizome qui est mâché puis recraché sur une feuille de bananier. Laissé quelques heures au soleil, la pâte obtenue est ensuite filtrée avec un peu d'eau et consommée dans la coque d'une moitié de noix de coco évidée.


Une préparation modernisée a été popularisée, dans le cadre d'une "néo-tradition" par les « kava bars » aussi appelés « nakamal », terme désignant à l'origine une case tribale, lieu tabou où se retrouvent les hommes vers 17 h 00 pour consommer le Kava. Dans cette préparation, le rhizome du kava est mis à sécher puis réduit en poudre et conditionnée. Cette poudre est parfois mélangée à de la lécithine (un lipide) lors de la préparation avant consommation. Trempé dans de l'eau, le mélange est passé dans un mixeur, puis filtré. La pulpe dans le filtre est alors pressée puis retrempée plusieurs fois, avant d'être retirée. D'autres ingrédients sont parfois ajouté, comme de l'eau de coco, du sucre, du lait de soja, du cacao ou de la citronnelle.

Dans les tribus, l'usage du kava est sacré, et interdit aux femmes (dans certaines tribus de Tanna, les femmes peuvent exceptionnellement en consommer), dans des cas définis par le « Man blo Kustom » (littéralement l'homme de la coutume en bichelamar).

L'usage en est identique aux iles Fidji. En Nouvelle-Calédonie, le kava n'est pas traditionnel. Il fut introduit relativement récemment par les Ni-Vanuatu qui se sont installés dans l'archipel après l'indépendance de 1980. 

 

Problèmes toxicologiques :

La pratique de l'ethnopharmacologie et la mode d'utilisation de la phytothérapie a fait connaitre cette plante chez nous à la fin du 20° siècle. Elle a rapidement été interdite en europe et en amérique du nord, suite à la découverte de problèmes hépatiques liés à son absorption sous des formes modernes.

De tels problèmes n'ont pas été rencontré au Vanuatu chez les consommateurs occasionnels ... suite à la controverse, des études ont confirmé que ces problèmes graves étaient imputables à divers facteurs :

- non conformité avec les usages ponctuels et les techniques de préparations locales.

- devant la demande forte en plantes, on a utilisé des "peelings" de feuilles et tiges, qui contiennent un alcaloïde, la piperméthistine, toxique in vitro pour les cellules hépatiques, et non présent dans la racine.

- certaines préparations industrielles ont utilisé des procédés d'extraction par solvants, ce qui a permis la solubilisation d'alcaloïdes toxiques ... non extraits dans les préparations traditionnelles à base d'eau.

 

Ceci confirme une fois de plus qu'il ne faut pas banaliser la phythotérapie, et que les études ethnopharmacologiques doivent bien prendre en compte les us et coutumes de préparation des remèdes à base de plantes qui sont étudiés.

Son usage selon la coutume locale doit cependant se faire avec prudence et en l'absence de boissons alcoolisées et de prise d'autres médicaments. Un essai personnel ne m'a laissé comme souvenir qu'un goût "terreux" et une anesthésie passagère de la bouche, contrairement aux effets "psychédéliques" rapportés suite à l'ingestion de la plante sous forme de gélules (produit retiré de vente depuis).

 

Sources :

-National tropical Botanical Garden  - Piper methysticum

- dossiers thématiques de l'IRD - de la plante au médicament - lien.

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87-1--3.jpg

 

 

L'île et la caldeira d'Ambrym, avec les structures actives du Marum en rouge - doc. Nemeth & Cronin réf. ci-dessous en sources.

 

L'examen des parois verticales des cratères-puits (pit-crater) de la caldeira d'Ambrym, en particulier les parois du Niri Taten et du Mbwelesu (Marum), permet de constater la présence de portions solidifiées de lacs de lave, de réservoirs de magma nourriciers de spatter cones, d'intrusions et de sills (*) situés à un niveau superficiel, connectés à un réseau de dykes (**), dans l'épaisseur des dépôts pyroclastiques.


 

87-1--9.jpg Les parois du cratère Mbwelesu : le cercle hachuré montre une zone de roches volcaniques pouvant être le conduit  d'un petit puit d'explosion empli de matériaux pyroclastiques; le cercle plein délimite une zone d'intrusion magmatique dans un espace  empli d'agglomérats scoriacés. La surface supérieure irrégulière du lac de lave solidifié situé le plus haut indique que la relative mobilité du lac de lave durant le dépôt de tephra dans le pit crater et la capacité de la lave à "se faire une place" dans ce matériau non consolidé.

 

Les mécanismes de fonctionnement de la caldeira d’Ambrym et de ses principaux édifices volcaniques, le Bembow et le Marum, indiquent une stabilité de la source magmatique. Les cratères-puits qui s’y sont développés semblent avoir un rôle dans le drainage à grande échelle du magma, à partir du réservoir intracaldérique initial, en vue d’alimenter les éruptions de flanc, comme celles qui ont eu lieu en 1894 et 1915.

Il y a interaction entre les processus régissant d’une part  les niveaux magmatiques hauts ou bas dans les conduits supérieurs et d’autre part l’aquifère – eaux sous-terraines et de pluies – responsable des explosions fréquentes de type phréatique et phréatomagmatiques. Lorsque le niveau du magma baisse dans les conduits, des alluvions remplissent la portion basale du cratère jusqu’à former des lacs boueux. Le magma rencontre ces terrains gorgés d’eau lors de sa montée ; s’en suivent des éruptions explosives qui dégagent et approfondissent le cratère.

Occasionnellement, le magma atteint de tels niveaux qu’il y a formation de lac de lave. Ce lac de lave peut se refroidir et se solidifier, ou partiellement être drainé au travers de sill transversaux, ou même se vider totalement si la lave peut s’échapper latéralement en coulées de flanc, comme ce fut le cas en 1988-1989.

 

87-1--8.jpg Cratère du Mbwelesu : des sills intrusifs à plusieurs niveaux dans la couche de tephras qui constitue la paroi abritant les anciens lacs de lave, maintenant solidifiés.

 

87-1--11.jpg

Cratère du Niri Taten : un réservoir de lave (lava pond 2) a alimenté un sill superficiel (à droite) qui surmonte une zone de projection de lambeaux de lave (lava spatter) inclue dans les tephras constituant la paroi actuelle du cratère.


Les 3 photos légendées ci-dessus sont extraites du travail de K.Németh & al. réf.en sources.

 

Une caractéristique du Marum est la présence à faible profondeur d’un complexe de sills et dykes inter-connectés et de réservoir associé à des évents à activité de spattering.

Une fois refroidies, ces structures de sills et dykes ont une fonction importante de contrefort et interviennent dans la stabilité de l’édifice volcanique ; d’autre part, les réservoirs  enfouis de produits fondus sont capables de s’échapper au sein des dépôts pyroclastiques pour générer des coulées de lave inattendues, ce qui tend à une déstabilisation de l’édifice. De plus, d’importants réservoirs magmatiques peuvent garder une température élevée durant de longues périodes et offrir une voie de sortie « préchauffée » pour du magma frais remontant vers la surface.

 

Niri-Mwbelesu----dike---M.Fulle.jpgCratère du Niri Mbwelesu - au centre de la photo de Marco Fulle, un dyke plus clair -Un clic sur la photo vous mène vers des photos d'Ambrym - expédition 2000 / Volcanodiscovery.

 

 

silldyke-copie-1(*) : Sill : "filons-couches" plus ou moins horizontaux, respectant la stratigraphie du volcan.

(**) Dyke - dike : lame de roche magmatique infiltrée dans une fissure de l'encaissant et recoupant de ce fait d'autres couches de roches.

 

Source :

Volcanic craters, pit craters and high-level magma-feeding systems of a mafic island-arc volcano: Ambrym, Vanuatu, South Pacific - Karoly Nemeth & Shane Cronin
Volcanic Risk Solutions, Institute of Natural Resources, Massey University.

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