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Earth of fire

Actualité volcanique, Article de fond sur étude de volcan, tectonique, récits et photos de voyage

Articles avec #volcans et climat catégorie

Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Various historical documents recount the observation of a "mysterious cloud" observed from March 536 in the Mediterranean regions. This cloud has covered the region for about 18 months.

The cooling of the northern hemisphere was described by Procopius (born in the year 565, died around 500-?), a Byzantine historian, in his writings on the wars with the Vandals: "During this year, a sign of ominous occurred. The Sun gave its light without brightness [...] and it seemed to have as an eclipse, because its rays did not shine. " This climate change, the more prolonged of the past two millennia, characterized by very cold summers over large areas, has led to crop failures and famines.

Following which, there is a period of great migration, a contribution to the spread of the "Plague of Justinian" in the Eastern Roman Empire (the "Plague of Justinian" fell flat from 541 to 767 throughout the basin Mediterranean, with a peak in 592.) ... various factors that precipitated the decline of the Roman Empire.

Until now it was thought that these extremely cold periods were caused or aggravated by major volcanic eruptions, no accurate estimate of the role.

 

The Byzantine Empire under Justinian - doc histocollège - and the areas of The "Plague of Justinian"
The Byzantine Empire under Justinian - doc histocollège - and the areas of The "Plague of Justinian"

The Byzantine Empire under Justinian - doc histocollège - and the areas of The "Plague of Justinian"

A new study, which was contributed researchers from various countries led by scientists from DRI / Desert Reseach Institute of Nevada, and whose results have just been published in the journal Nature on July 8, revisits the timing of 300 volcanoes in the world, dating back to the beginning of the Roman period, and reveals their climate impact.

The study is based on analysis of more than 20 ice cores drilled in Greenland and Antarctica, the precise dating of the annual tree rings (dendrochronology) and on the study of historical documents. Specialists in fields as different, but complementary, as geology, climate, space but also history, have contributed to this work, which was used to assess possible links between climate variability and human history.

These interdisciplinary work in the area of ​​the volcano-climate have helped to show that fifteen of the sixteen coldest summers in the northern hemisphere, between 500 BC and AD 1000, are following major volcanic eruptions .

Climate disruption of the 6th century was preceded by two volcanic eruptions; yhe cooling was initiated by an eruption in the northern hemisphere around March 536, and intensified by an eruption located in the tropics four years later, attributed to Krakatoa. The cold summers persisted for about 15 years, with the before mentioned social consequences.

Iceland - lava fields left by the eruptions of Eldgjá now covered with moss - photo JM.Mestdagh

 

 Dendrochronological pic in 536 - Doc. Larssen.

Dendrochronological pic in 536 - Doc. Larssen.

 Iceland - lava fields left by the eruptions of Eldgjá, now covered with moss - photo JM.Mestdagh

Iceland - lava fields left by the eruptions of Eldgjá, now covered with moss - photo JM.Mestdagh

The study points to other eruptions with climate action, to name only the best known:

- In the 10th century, the fissure eruption of Eldgjá (934 - 942) will produce 450 megatonnes of sulfur aerosols with climate impact.

- In 1783, the Laki eruption disrupts the climate across Europe, generates a terrible famine, which will be one of the possible causes of the French Revolution.

- In 1815, the eruption of Tambora, in Indonesia, cause a new "year without summer" ... during which 200,000 people perish in Europe, already hit by the Napoleonic Wars.

- The eruption of Mount Pinatubo in 1991 will interfere, this time it seems positively with the global warming caused by humans, lowering the overall temperature of the northern hemisphere.

 

Iceland - the eruptive fissure of Laki - photo David Huguet

Iceland - the eruptive fissure of Laki - photo David Huguet

Pinatubo - 06/12/1991 plume seen from the American base Clark - doc.NASA

Pinatubo - 06/12/1991 plume seen from the American base Clark - doc.NASA

This study demonstrates if necessary the importance of the action of volcanoes on climate history and that of humanity on the one hand, and secondly the complexity of the volcano-climatology, that requires an action of specialized interdisciplinary teams.

 

Sources :

 - Nature - Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years -- Nature(2015) doi:10.1038/nature14565 Received 21 November 2014 Accepted 06 May 2015  Published online 08 July 2015  - link

repris par :

- Yale News - New timeline links volcanic eruptions to centuries of cold temperature extremes – link

- 20 minutes.ch - Les volcans à l'origine de bouleversements sociaux – link

- The Independant - Under a cloud: How volcanic ash brought civilisation to its knees  - link

Déjà traité sur ce blog :

Volcans et climat : le changement climatique en 535  / 27.06.2011 - link

En liaison :

Los Alamos National Laboratory - Were the Dark Ages Triggered by Volcano-Related Climate Changes in the 6th Century? - Ken Wohletz - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Divers documents historiques relatent l’observation d’un « nuage mystérieux » observé à partir de mars 536 dans les régions méditerranéennes. Ce nuage a recouvert cette région pendant environ 18 mois.

Le refroidissement de l’hémisphère nord a été décrit par Procope de Césarée (né en l’an 500- mort vers 565 ?), un historien Byzantin, dans ses écrits sur les guerres avec les Vandales : « Pendant cette année, un signe de mauvais augure a eu lieu. Le Soleil a donné sa lumière sans éclat […] et il a paru avoir comme une éclipse, parce que ses rayons ne brillaient pas ». Ce changement climatique, le plus prolongé des deux derniers millénaires, caractérisé par des étés très froids sur de vastes régions, a engendré de mauvaises récoltes et des famines.

En suite de quoi, on remarque une période de grande migration, une contribution à la propagation de la " Peste de Justinien " dans l’Empire romain oriental (La " Peste de Justinien " s'étala de 541 à environ 767 dans tout le bassin méditerranéen, avec un pic en 592.),  … divers facteurs qui ont précipité le déclin de l’Empire Romain.

On considérait jusqu’à présent que ces périodes très froides avaient été causées ou aggravées par des éruptions volcaniques importantes, sans estimation précise de ce rôle.

L'Empire byzantin sous Justinien - doc histocollège - - La "Peste de Justinien"
L'Empire byzantin sous Justinien - doc histocollège - - La "Peste de Justinien"

L'Empire byzantin sous Justinien - doc histocollège - - La "Peste de Justinien"

Une nouvelle étude, à laquelle ont contribués des chercheurs de divers pays sous la conduite de scientifiques du DRI / le Desert Reseach Institute du Nevada, et dont les résultats viennent d’être publiés dans le journal Nature le 8 juillet, revisite le timing de près de 300 éruptions volcaniques au niveau mondial, remontant jusqu’à début de la période Romaine, et révèle leur impact climatique.

L’étude se base sur l’analyse de plus de 20 carottages glaciaires effectués au Groenland et en Antarctique,  sur la datation précise des cernes annuels d’arbres (dendrochronologie), et sur l’étude de documents historiques. Des spécialistes dans des domaines aussi différents, mais complémentaires, que la géologie, le climat, l’espace, mais aussi l’histoire, ont contribués à ces travaux, ce qui a permis d’évaluer les liens possibles entre la variabilité climatique et l’histoire humaine.

Ces travaux interdisciplinaires dans le domaine de la volcano-climatologie ont permis de mettre en évidence que quinze des seize étés les plus froids dans l’hémisphère nord, entre l’an 500 avant JC et l’an 1.000, ont suivi des éruptions volcaniques importantes.

Le bouleversement climatique du 6° siècle a été précédé par deux éruptions volcaniques ; le refroidissement fut initié par une éruption dans l’hémisphère nord vers mars 536, et intensifié par une éruption située dans les tropiques quatre ans plus tard, attribuée au Krakatoa. Les étés froids ont persisté durant environ 15 ans, avec les conséquences sociales précitées.

  Pic dendrochronologique en 536 - doc. Larssen.

Pic dendrochronologique en 536 - doc. Larssen.

Islande - les champs de lave laissés par les éruptions de l’Eldgjá, aujourd'hui recouvert de mousses - photo JM.Mestdagh

Islande - les champs de lave laissés par les éruptions de l’Eldgjá, aujourd'hui recouvert de mousses - photo JM.Mestdagh

L’étude pointe d’autres éruptions  à action climatique, pour ne citer que les plus connues :

- Au 10°siècle, l’éruption fissurale de l’Eldgjá (934 – 942 ?) va produire 450 mégatonnes d’aérosols sulfurés à impact climatique.

- En 1783, l’éruption du Laki perturbe la climat de toute l’Europe, engendre une terrible famine, qui sera une des causes possibles de la Révolution Française.

- En 1815, l’éruption du Tambora en Indonésie cause une nouvelle année sans été … au cours de laquelle 200.000 personnes vont périr en Europe, déjà frappée par les guerres Napoléoniennes.

- L’éruption du Pinatubo en 1991 va interférer cette fois semble-t-il positivement avec le réchauffement climatique engendré par les humains, en abaissant la température globale de l’hémisphère nord.

Islande - la fissure éruptive du Laki - photo David Huguet

Islande - la fissure éruptive du Laki - photo David Huguet

Pinatubo - panache du 06.12.1991 vu de la base Américaine de Clark - doc.NASA

Pinatubo - panache du 06.12.1991 vu de la base Américaine de Clark - doc.NASA

Cette étude démontre si besoin était l’importance de l’action des volcans sur l’histoire du climat et sur celle de l’humanité d’une part, et d’autre part la complexité de la volcano-climatologie qui nécessite l’intervention d’équipes interdisciplinaires spécialisées.

 

Sources :

 - Nature - Timing and climate forcing of volcanic eruptions for the past 2,500 years -- Nature(2015) doi:10.1038/nature14565 Received 21 November 2014 Accepted 06 May 2015  Published online 08 July 2015  - link

repris par :

- Yale News - New timeline links volcanic eruptions to centuries of cold temperature extremes – link

- 20 minutes.ch - Les volcans à l'origine de bouleversements sociaux – link

- The Independant - Under a cloud: How volcanic ash brought civilisation to its knees  - link

Déjà traité sur ce blog :

Volcans et climat : le changement climatique en 535  / 27.06.2011 - link

En liaison :

Los Alamos National Laboratory - Were the Dark Ages Triggered by Volcano-Related Climate Changes in the 6th Century? - Ken Wohletz - link

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Dans un article du journal Nature de juillet, relayé par les Actualités du CNRS-INSU, les climatologues ont pointé une réponse quasi systématique de l’Oscillation Nord Atlantique – la NAO / North Atlantic Oscillation – après les éruptions volcaniques majeures.

Principale phase éruptive du Pinatubo vue de la base de Clark / Philippines –  doc Nasa 12.06.1991

Principale phase éruptive du Pinatubo vue de la base de Clark / Philippines – doc Nasa 12.06.1991

Qu’est-ce que l’Oscillation Nord Atlantique ?

C’est un phénomène atmosphérique et océanique, concernant principalement l’Atlantique nord, caractérisé par un va-et-vient des masses d’air, nord-sud au-dessus des régions arctiques et islandaises vers la ceinture subtropicale, la région des Açores et la péninsule Ibérique. Ces mouvements de masses d’air influe sur les variations de pression au sol, sur les variations des vents d’ouest moyens et sur le climat autour du bassin Atlantique.

Il est caractérisé par un indice, l’indice NAO.

L’indice NAO est calculé chaque année à partir de la différence de pression entre deux villes : Lisbonne au Portugal et Reykjavik en Islande, en prenant l’écart moyen de janvier à mars.

Un indice Nao positif  signifie que la pression au cours de l’hiver est plus élevée que la moyenne à Lisbonne , et plus faible que la moyenne à Reykjavik … avec comme conséquence, un anticyclone des açores plus puissant et une dépression Islandaise plus creuse.

Un indice NAO négatif correspond à l’inverse à un anticyclone des Açores plus faible que la normale en hiver, et une dépression Islandaise à peine plus creuse.

Ces changements de pression influencent le climat de l’hémisphère nord, et plus particulièrement le climat hivernal Européen.

Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus faible que d’habitude (NAO -), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Sud de l’Europe --     Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus forte que d’habitude (NAO +), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Nord de l’Europe. © Pablo Ortega - un clic pour agrandir.Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus faible que d’habitude (NAO -), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Sud de l’Europe --     Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus forte que d’habitude (NAO +), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Nord de l’Europe. © Pablo Ortega - un clic pour agrandir.

Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus faible que d’habitude (NAO -), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Sud de l’Europe -- Quand la différence de pression entre l’anticyclone des Açores (A) et la dépression d’Islande (D) est plus forte que d’habitude (NAO +), la trajectoire des tempêtes se déplace vers le Nord de l’Europe. © Pablo Ortega - un clic pour agrandir.

NAO positif et NAO négatif - Source :  Heinz Wanner, Institut de géographie climatologie et météorologie, Université de Berne

NAO positif et NAO négatif - Source : Heinz Wanner, Institut de géographie climatologie et météorologie, Université de Berne

Influence des éruptions volcaniques sur le climat hivernal Européen :

L’étude a mis en évidence le fait que deux ans après chacune des onze éruptions les mieux connues du dernier millénaire, l’indice NAO devient presque systématiquement positif. La dernière éruption du Pinatubo en 1991 a donné lieu à ce genre d’observation.

Le mécanisme n’est pas entièrement compris à ce jour, mais constitue une piste de prévisions des conséquences d’une éruption volcanique majeure sur le climat hivernal Européen.

 

Sources :

- Actualités du CNRS-INSU" - Prévoir les hivers européens en décryptant 1 000 ans d’histoire climatique - link

- Nature - A model-tested North Atlantic Oscillation reconstruction for the past millenium - by Pablo Ortega, Flavio Lehner, Didier Swingedouw, Valerie Masson-Delmotte, Christoph C. Raible & al.

Nature 523, 71–74 (01 July 2015) | doi:10.1038/nature14518 - link

- Ifremer - l'Oscillation Nord Atlantique - link

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat
Eruption de l'Eyjafjallajökull en 2010 - photo Artic images

Eruption de l'Eyjafjallajökull en 2010 - photo Artic images

L’Islande est depuis toujours un laboratoire naturel pour l’étude des changements climatiques. Environ 10% de sa surface est recouverte de quelques 300 glaciers … le réchauffement climatique leur fait perdre annuellement 11 milliards de tonnes de glace. Cette énorme masse qui fond contribue non seulement à la hausse globale du niveau de la mer, mais aussi au soulèvement de certaines parties de l’Islande, estimé à 35 mm/an.

Une étude récente de l’Université del’Arizona conjointement avec celle d’Islande, publiée dans Geophysical Research Letters, sur base des informations de 62 stations GPS, montre une vitesse de soulèvement et une accélération de celui-ci sur 27 stations, localisées de façon prédominante dans le centre de l’île.

Islande - à gauche, quelques glaciers (-jökull) parmi les plus importants - à droite, réseau géodésique GPS (triangles rouges) utilisés pour mesurer le soulèvement de l'Islande / Credit: Kathleen Compton/UA Department of Geosciences - un clic pour agrandir.Islande - à gauche, quelques glaciers (-jökull) parmi les plus importants - à droite, réseau géodésique GPS (triangles rouges) utilisés pour mesurer le soulèvement de l'Islande / Credit: Kathleen Compton/UA Department of Geosciences - un clic pour agrandir.

Islande - à gauche, quelques glaciers (-jökull) parmi les plus importants - à droite, réseau géodésique GPS (triangles rouges) utilisés pour mesurer le soulèvement de l'Islande / Credit: Kathleen Compton/UA Department of Geosciences - un clic pour agrandir.

Islande - zones de rift et volcans centraux - doc. in Geology of Iceland - Dr T.Weisenberger

Islande - zones de rift et volcans centraux - doc. in Geology of Iceland - Dr T.Weisenberger

Avec la fonte des glaciers, la pression sur les roches sous-jacentes diminue. Un des auteurs de l’étude précise : " les roches peuvent rester en phase solide à très haute température si la pression est suffisamment haute. Si vous réduisez la pression, vous abaissez effectivement la température de fusion " … le résultat est une sub-surface moins dure et un accroissement de la quantité de matériaux éruptifs, ainsi qu’un cheminement plus aisé du magma vers la surface. Une élévation de température suite à une baisse de pression constitue un environnement favorable à la fusion de roches du manteau, qui alimentent en magma les systèmes volcaniques.

L’histoire de l’Islande confirme cette réflexion : il y a 12.000 ans, lors de la dernière période de déglaciation, l’activité volcanique de l’île s’est accrue d’un facteur trente. Or celle-ci a pris plus de temps que la phase de fonte des glaciers actuelle boostée par les activités humaines … une extrapolation permet aux auteurs de la recherche de prédire un ratio de soulèvement de l’Islande de 40 mm par an pour le milieu de la décade prochaine, libérant plus de caldeiras et permettant le renouvellement plus rapide d’évènement perturbateurs de notre économie du type éruption de l'Eyjafjallajökull 2010.

Le feu et la glace ... un couple "infernal" - éruption de l'Eyjafjallajökull - 16.04.2010 - photo Marco Fulle

Le feu et la glace ... un couple "infernal" - éruption de l'Eyjafjallajökull - 16.04.2010 - photo Marco Fulle

Une fois les équilibres climatiques perturbés, la chaîne de catastrophes qui y sont liées risque de s’allonger.

Beaucoup de questions restent sans réponse : une augmentation de la fréquence des éruptions volcaniques va-t-elle s’ajouter aux sécheresses, inondations, feux de forêt, augmentation du niveau des mers, tempêtes, tornades, perte agroalimentaires, disparition des espèces … Pourrons-nous le vérifier de visu ? ... A quelle vitesse les systèmes volcaniques vont-ils réagir à la fonte des glaciers ?

 

Sources :

- American Geophysical Union – Geophysical Research Letters - Climate driven vertical acceleration of Icelandic crust measured by CGPS geodesy – by Kathleen Compton, Richard A. Bennett and Sigrun Hreinsdóttir - link

- Iceland Review - Glacial Melt Lifts Iceland, Triggers Eruptions - link

- Time Science - How Climate Change Leads to Volcanoes - link

- The Royal Society - How will melting of ice affect volcanic hazards in the twenty-first century? - link

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Le rift médio-arctique a longtemps été considéré comme géologiquement inactif … est-ce à cause de sa position reculée, de son importante couverture glaciaire, ou de son ratio d’écartement faible (0,05 cm / an) et de sa sismicité faible.

Le rift de la dorsale Gakkel a été frappé par un séisme de M 4,5 le 6 mars 2014 ; bien que de magnitude modérée, ce séisme est associé à un libération large de méthane dans l’atmosphère laissant supposer que les mouvements de faille ne sont pas limités à l’épicentre mais affectent l’entièreté du système de failles de la dorsale Gakkel, où des évents hydrothermaux sont documentés, mais en nombre et distribution mal connus.

Cette information montre que ce système d’évents est une source de chaleur et de fluides puissante, pouvant influencer le climat de l’arctique et la fonte de la calotte glaciaire.

Le rift médio-Arctique et ses différents bassins et dorsales
Le rift médio-Arctique et ses différents bassins et dorsales

Le rift médio-Arctique et ses différents bassins et dorsales

Les recherches sur la dorsale Gakkel ont débuté en 1999, lorsqu’un sous-marin à propulsion nucléaire a détecté la présence de volcans actifs le long du rift.

En 2001, des navires brise-glace ont permis la récolte d’échantillons rocheux et l’observation de nombreux évents hydrothermaux.

L’expédition du Woods Hole Oceanographic Institute (WHOI) en 2007 a découvert des dépôts pyroclastiques non consolidés, indiquant qu’une éruption sous-marine récente et forte a marqué une portion significative de la dorsale Gakkel. L’analyse chimique des dépôts indique une instabilité des lits volcaniques plus de dix fois supérieure aux résultats engrangés sur les systèmes de rifts océaniques profonds. L’analyse microbiologique montre aussi une vie chémosynthétique, connue pour être associée aux évents hydrothermaux.

Séismes le long du système de dorsale médio-arctique (points rouges) et les sites d’installation de sismomètres (triangles) – doc Awi.de

Séismes le long du système de dorsale médio-arctique (points rouges) et les sites d’installation de sismomètres (triangles) – doc Awi.de

Echantillons de Pillow lava prélevé sur la Gakkel ridge - photo Hannes Grobe / Alfred Wegener Institute

Echantillons de Pillow lava prélevé sur la Gakkel ridge - photo Hannes Grobe / Alfred Wegener Institute

Dépôts pyroclatiques photographiés et recueillis durant l’expédition WHOI de juillet 2007 sur la dorsale Gakkel – a. les matériaux pyroclastiques surmontaient une structure de pillow lavas  - b. Talus de blocs représentant vraisemblablement l’éjecta d’une explosion vulcanienne du volcan Oden – c. matériaux pyroclastiques, vitreux, et granuleux – d. fragment de la paroi d’une bulle provenant du dépôt pyroclastique – doc. Sohn & al. / WHOI / GVP

Dépôts pyroclatiques photographiés et recueillis durant l’expédition WHOI de juillet 2007 sur la dorsale Gakkel – a. les matériaux pyroclastiques surmontaient une structure de pillow lavas - b. Talus de blocs représentant vraisemblablement l’éjecta d’une explosion vulcanienne du volcan Oden – c. matériaux pyroclastiques, vitreux, et granuleux – d. fragment de la paroi d’une bulle provenant du dépôt pyroclastique – doc. Sohn & al. / WHOI / GVP

A gauche, coupe de la dorsale Gakkel -  à droite,autre coupe de la dorsale et de ses environs (exagérée) - un clic pour agrandir - doc. Hannes Grobe, Alfred Wegener Institute - own work, data from POLARSTERN Expedition ARK-VIII3 in 1991.A gauche, coupe de la dorsale Gakkel -  à droite,autre coupe de la dorsale et de ses environs (exagérée) - un clic pour agrandir - doc. Hannes Grobe, Alfred Wegener Institute - own work, data from POLARSTERN Expedition ARK-VIII3 in 1991.

A gauche, coupe de la dorsale Gakkel - à droite,autre coupe de la dorsale et de ses environs (exagérée) - un clic pour agrandir - doc. Hannes Grobe, Alfred Wegener Institute - own work, data from POLARSTERN Expedition ARK-VIII3 in 1991.

… Ceci implique que les ratios d’écartement et l’activité sismique ne sont pas nécessairement en corrélation avec l’intensité et la distribution du flux de chaleur, et ces constatations concernent tous les rifts océaniques profonds. Trop peu de climatologues ont considéré la chaleur induite au niveau du rift Médio-arctique comme une explication possible de la fonte glaciaire en arctique, et son lien avec la prolifération planctonique sous-glaciaire récemment découverte.

 

Sources :

- Climate change dispatch - Update on Geothermal Heat and Arctic Ocean Sea Ice Melt - link

- Global Volcanism Program – East Gakkel ridge at 85 E – link

- WHOI – Dive discover expedition 11 - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat
Sécheresse à Singapour, où la ville toujours verte a vu ses pelouses devenir rousses - photo cyriljeannesingapour / wordpress mars 2014

Sécheresse à Singapour, où la ville toujours verte a vu ses pelouses devenir rousses - photo cyriljeannesingapour / wordpress mars 2014

L’action des éruptions volcaniques sur le climat, par le biais des émissions stratosphériques de dioxyde de soufre et les aérosols d’acide sulfurique consécutifs sur le facteur température, n'est plus à démontrer.

Un autre effet sur le climat local est mis en avant par Wyss Yim Wai -shu, professeur de Sciences de la Terre à l’Université de Hong Kong et vice-président du team Unesco pour les changements climatiques.

Les éruptions de fin 2013/ début 2014 en Indonésie seraient responsables de sécheresse enregistrée à Singapour, Hong Kong et dans le sud de la Chine. Les panaches éruptifs du Sinabung et du Kélud ont tous deux atteint la stratosphère, modifiant au passage la température de l’air environnant et la circulation des masses d’air. En raison de l’emplacement côtier de Hong Kong et Singapour en bordure de l’immense continent asiatique, le changement de direction habituelle des vents a créé des conditions propices à la sécheresse. Les autorités de Selangor, province la plus peuplée de Malaisie, ont commencé à rationner l’approvisionnement en eau. L’agence de l’environnement de Singapour prévoit que cette sécheresse va durer jusqu’à la mi-mars.

Le panache éruptif du Sinabung le 2013.11.14 -  Credit @anthonywx - Twitter.

Le panache éruptif du Sinabung le 2013.11.14 - Credit @anthonywx - Twitter.

Il se base aussi sur l’histoire d’autres éruptions importantes : en 1963, lorsque le volcan Agung est entré en éruption sur l’île de Bali, le sud de la Chine a connu une des pires sécheresses de son histoire, et l’eau a dû être rationnée à Hong Kong. (VEI 5 / GVP)

En 1991, l’éruption du Pinatubo, aux Philippines, a été suivie d’une période de précipitations minimales, et la sécheresse remarquée à Hong Kong.(VEI 6 / GVP)

Mai 1963 - éruption du Gunung Agung sur Bali  - photo D;Mathews

Mai 1963 - éruption du Gunung Agung sur Bali - photo D;Mathews

Il fait également remarquer que selon le moment de l’éruption, son emplacement et son indice d’explosivité, une éruption peut par contre causer des inondations.

Celle d’El Chichon, en 1982 au Mexique, a répandu un nuage volcanique sur le sud de la Mer de Chine … et Hong Kong a enregistré sa deuxième année la plus humide.

La volcano-climatologie, science complexe et compliquée par l’intervention de nombreux facteurs environnementaux, a un futur champ d’investigation énorme !

A suivre …

 

Sources :

- S. China morning post - Indonesian volcanic eruptions may cause southern China drought, expert says .

- Global Volcanism Program - Agung - Pinatubo - El Chichon.

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

L’éruption mystère du volcan Samalas, voisin de l’actuel Rinjani, sur lîle de Lombok en Indonésie, a été déjà évoquée dans un article de 2012, avant la parution de l’article de Lavigne & Komorovski. L’article, intitulé " Fosse commune et éruption mystère : 1258 ", évoquait l’une des conséquence démographique de cette grande éruption. 


L’éruption ultra-plinienne du Samalas a expulsé un minimum de 40 km³de magma, accompagné d’un panache de cendres montant jusqu’à 43 km.

Elle a relâché d’énormes quantités de poussières et gaz volcaniques dans l’atmosphère, ce qui a plongé la terre dans un hiver volcanique. La trace de cette éruption a été constatée dans les carottages effectués dans les glaces des deux pôles.

 

unnamed.jpgArticle de Science et Vie : Samalas, ci-gît le volcan qui dévasta le monde il y a 800 ans " - doc. Michel Lecouteur.

 

recons_samalas.jpg

Reconstitution 3D du Mont Samalas (en noir, au dessus de la caldeira) et de l'actuelle topographie du Rinjani, sur la droite de l'image - doc. Lavigne and others (2013)

L’ampleur du matériel déplacé est perceptible au travers des traits noirs verticaux qui relient la surface de la Terre solide actuelle à la surface pré-explosion du volcan.

 

10.000-rupias---Rinjani.jpgBillet de banque Indonésien de 10.000 rupiah représentant le volcan Rinjani sur Lombok - Doc. Michel Lecouteur.


Quels ont été les conséquences climatiques et démographiques d’un tel cataclysme ?


On peut s’en faire une petite idée en consultant les chroniques et écrits de l’époque médiévale.

En Indonésie, le poème historique " Babad Lombok ", écrit en ancien Javanais, suggère une éruption catastrophique qui ensevelit la capitale du royaume de Lombok, Pamatan, avant le fin du 13° siècle.


En Angleterre, le Frère Matthew Paris, vivant à l’Abbaye St Albans dans l’Hertfordshire, a décrit dans son journal, " Historia Anglorum " : " un froid insupportable … qui affligea cruellement les pauvres, suspendu toute cultures, et tué le jeune bétail. "

 

anomalie thermique 1258 - Mann & alAnomalies de température moyenne en degré Celsius au cours des siècles - l'anomalie très forte de 1258 est a rapporter à l'éruption du Samalas - doc. Mann & al.


Illustration-from-London--British-Library--MS-Royal-14-C-VI.jpgIl rapporte qu’en juin, rien n’avait poussé, et en automne, rien ne ressemblait à une récolte. Le Peuple commença à mourir par milliers, en commençant par les plus pauvres.


Illustration from London, British Library, MS Royal 14 C VII, folio 6r, self-portrait of Matthew Paris.

 

" … les cadavres furent retrouvés partout, gonflés et livides, gisant par groupe de cinq à six … lorsque plusieurs corps étaient retrouvés, de grandes fosses étaient creusées dans les cimetières et un grand nombre de corps y furent déposés ".

Apparemment, l’une de ces grandes fosses était située dans le cimetière de Spitalfields à Londres, le plus grand site d’ensevelissement des temps modernes. La population de Londres est passée de 50.000 à 15.000 personnes, ce qui a bouleversé la capitale.

 

1258---3---archeology-.co.uk.jpg       L'ostéologue Walker examinant les os du cimetière de Spitalfields - doc. archeology.co.uk


L’ostéologue du MOLA, Don Walker, qui a daté au radiocarbone les ossements découverts, n’a pas pu relier cet évènement à une catastrophe connue de l’époque médiévale ; il s’est alors tourné vers des sources documentaires, dans lesquelles il est fait mention de " fortes pluies, qui ont causé des pertes dans les récoltes ; suite à l’échec de celles-ci, une famine survint … et plusieurs milliers de personnes périrent. "

Selon lui, " webcover spital bioarchc’est la première preuve archéologique de l’éruption volcanique de 1258 et elle constitue un excellent exemple de la complexité des connaissances pouvant être obtenues  au départ d’une preuve archéologique. Il est incroyable de penser qu’une telle catastrophe naturelle mondiale puisse être identifiée dans une petite zone de l’est  Londonien. "

Ses découvertes sont reprises dans une monographie du MOLA : " A bioarchaeological study of medieval burials on the site of St Mary Spital: excavations at Spitalfields Market, London E1, 1991–2007 ".


Bill McGuire, professeur de géophysique et des risques climatiques à l’University College of London, ajoute : "  ce fut certainement un évènement volcanique prodigieux, l’un des plus important des derniers millénaires. Par conséquent, ce n’est pas vraiment surprenant que l’une de ses conséquences fut une sérieuse augmentation de la mortalité à Londres. De par leur influence sur le climat, des grandes explosions volcaniques peuvent affecter n’importe quelle ville sur la planète, et une éruption aussi distante qu’en Indonésie attendre sans aucun doute la capitale anglaise et y faire des victimes ".

Le volcanologue John Eichelberger, de l’Université d’Alaska à Fairbanks, ajoute que les effets des éruptions volcaniques sur le climat sont bien documentés. Outre les cendres éjectées dans la stratosphère, " le grand coupable est le dioxyde de soufre, qui forme des gouttelettes d’acide sulfurique, non réflectives et ne laissant pas passer suffisamment de radiations solaires vers la surface terrestre. Il n’en faut pas plus pour perturber une saison et causer une catastrophe ". Une chute d’un à deux degrés Celcius peut raccourcir la longueur de la saison de croissance … avec ses conséquences sur les récoltes.


Un père Augustin, Henry Knighton, chroniqueur du 14° siècle a repris les écrits de M.Paris. Il note, pour l’année 1258, une perte massive de récolte, la famine et la peste touchant durement la ville de Londres.

  "Les vents du nord ont prévalus durant plusieurs mois, et lorsque le mois d’avril, de mai et une bonne part de juin furent passés,  seules apparurent une rare fleur ou un germe, avec un espoir incertain de récolte. De plus, la nourriture vint à manquer (la récolte de l’année précédente avait échoué), et une innombrable multitude de personnes pauvres décéda, et leurs corps furent retrouvés gonflés par la disette, livides, par groupe de cinq ou six, dans des porcheries, des ruelles boueuses et sur les fumiers. Ceux qui avaient des habitations hésitaient à abriter malades et mourants de peur de l’infection. "


En France, Richer (ou Richerus), un moine Bénédictin et chroniqueur Chronique frère Richer livre V chapitre VLorrain vivant à Senones, connu par dix manuscrits, a décrit l’horrible année 1258 " sans été ": des épizooties déciment le bétail dès le printemps, les blés pourrissent suite à l’été humide, les productions arboricoles sont réduites à néant.

 

Chroniques du Frère Richer - Livre V/ chapitre V


Traduit du vieux français : " Que dirai-je des fruits de cette année, vu que l'indisposition du temps était si grande qu'à peine l'ardeur du soleil pouvait rayonner sur la terre (...). Car au long de cet été les nues et brouillards pluvieux furent si fréquents qu'on l'eût plutôt estimé être un automne qu'un été. En premier lieu, le foin ne put être séché à cause des pluies incessamment tombées de l'air ; la moisson semblablement fut si abattue de pluies et d'humidité qu'elle fut retardée jusques en septembre. En sorte que dedans les épis, les grains germaient et qui pis est, comme la plus grande partie des grains fut mise aux greniers, elle se putréfia." (...) "Mais que pourrais-je dire de la vendange odieuse de ceste année, vu que personne n'en put tirer aucun profit ou émolument, et que telle chose ne se trouve par écrit être jamais advenue ? Quelle chose pourrait être plus misérable à dire, sinon qu'en tout cet été ne se put jamais trouver un seul grain de raisin propre à manger, même aux alentours de la Saint Rémi, (1°octobre) auquel temps naturellement mûrit le fruit de la vigne. Les raisins étaient si durs qu'il semblait qu'ils eussent imité la dureté des cailloux. … Mais de malheur un jour de la troisième semaine d'octobre, le vent septentrional usant de ses violences,, amena une si grande gelée que toute la vendange fut réduite en glace. Et ce non seulement advint en ce pays, mais aussi aux régions plus lointaines. "


Un autre Bénédictin, Guillaume de Nangis, de St Denis rapporte lui-aussi : "Au mois de septembre, il y eut en plusieurs endroits de tels déluges de pluie, que les moissons germèrent dans les champs et dans les granges, et que les grappes de raisin ne purent parvenir à leur maturité nécessaire. Ensuite les vins furent tellement verts, qu’on ne les pouvait boire qu’avec déplaisance et en faisant la grimace."


Le brouillard sec stratosphérique fut aussi remarqué, décrit comme un aspect brumeux persistant du ciel, et un noircissement total de l’éclipse de Lune en mai 1258, relaté par le chroniqueur et moine Bénédictin Anglais John de Taxter.

La couleur normale de la Lune en éclipse est rouge… mais en raison de la présence d’abondants aérosols volcaniques dans la stratosphère, la lumière incidente n’a pu être réfractéeet diffusée dans le cône d’ombre, la Lune apparaissant noire de ce fait. La transparence de l’atmosphère est altérée par plusieurs facteurs comme la présence de nuages, d’aérosols mais aussi par les molécules de l’atmosphère elles-mêmes...L'épaisseur optique d’aérosols ou AOT décrit plus spécifiquement à quel point les aérosols affectent le passage de la lumière à travers l'atmosphère, pour une longueur d'onde donnée.Pour que la Lune disparaisse effectivement, la profondeur optique des aérosols doit être de 0,1 ou plus. (Link 1963)

 

Sources :

- Extraits de chroniques fournis par Michel Lecouteur

- Chronique de Richer – 13° siècle- link

- MOLA :  A bioarchaeological study of medieval burials on the site of St Mary Spital: excavations at Spitalfields Market, London E1, 1991–2007

- Climatic and demographic consequences of the massive volcanic eruption of 1258 - R.B.Stothers

- Quantification volumétrique de l'explosion caldérique majeure de l'holocène : le volcan Samalas en 1257 (Lavigne & al. 2013)

- CNES - Mesure de l’épaisseur optique - link
- Current archeology - London's volcanic winter  / Août 2012 - link

- Current archeology - Reading the bones: Spitalfields' human remains - août 2012 - link

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Durant les mois d’hiver, entre les vacances d’Halloween et de Thanksgiving, des interruptions des vents dominants sur Big Island / Hawaii font augmenter les concentrations de gaz volcaniques et de particules.

 

Big-Island-VOG-2009-Space-shuttle-S125-E-006569.jpgBig Island / Hawaii noyée dans le VOG le 13.05.2009 - trois panaches sont visibles : au niveau du cratère de l'Halema'uma'u, de celui du Pu'u O'o et de l'entrée des laves dans l'océan -  photo Nasa Space shuttle S125-E-006569


Cette pollution volcanique en provenance du Kilauea est appelée VOG, une contraction de VOlcanic smoG.

Les composants du VOG connus pour affecter la santé sont le dioxyde de soufre et les particules fines appelées PM2,5 (particules de diamètres égal ou inférieur à 2,5 microns) toxiques en tant que tel ; de plus, la réaction du SO2 avec l’oxygène et l’humidité atmosphérique est à la base de pluies acides et corrosives pouvant polluer les eaux potables, et endommager la végétation.

 

Le Kilauea relâche de grandes quantités de gaz potentiellement dangereux depuis près de trois décades, en conjonction avec le début de l’activité sur la zone de rift Est en 1983.

 

map-1983-2000.jpg Carte du Kilauea, zone des cratères sommitaux et East rift zone, avec les coulées de lave entre 1983 et 2000 - carte HVO / USGS

 

En mars 2008, ces émissions ont augmenté avec l’ouverture d’un nouvel évent dans le cratère sommital Halama’uma’u … pour décliner ensuite en 2010, puis reprendre brièvement pendant l’éruption Kamoamoa en mars 2011.

 

hawaii omi 2008.04.26 Aura - OMI

26.04.2008 - Vog sur Big island / taux de SO2 mesurés dans la couche des 5 km. - doc. Nasa Earth Observatory - The OMI instrument is a Dutch-Finnish Instrument, provided to the EOS/Aura mission by the Netherlands and Finland. NASA MODIS image courtesy Jeff Schmaltz, MODIS Rapid Response team.

 

Kilauea---December-3--2008--when-the-Moderate-Resolution-Im.jpgBrouillard volcanique sur l'archipel Hawaiien le 03.12.2008 -  Moderate Resolution Imaging Spectroradiometer (MODIS) on NASA’s Aqua satellite captured this image

 

kilauea.jpg                     Mesure des gaz sur le Kilauea par les équipes de l'HVO / USGS

 

TradeWinds.gifDurant la période hivernale, lorsque les alizés sont "en panne" la moitié du temps, les zones peuplées de l'est de l'île sont confrontées à de très hautes concentrations en gaz volcaniques et particules fines, en raison de leur proximité avec les évents actifs. Le reste de l'année, les alizés poussent le VOG vers le sud-ouest.


Les alizés soufflants du NE, Trade winds, sont détournés par les hauteurs de Big island - Durant la "panne", un vent venant du SO, appelé Kona winds, peut souffler dans le sens opposé - schéma USGS / Univ. Hawaii

 

La réponse individuelle au VOG varie fortement d’un individu à l’autre, les personnes les plus sensibles étant celles qui soufrent de maladies respiratoires chroniques et d’asthme. Les effets à court terme du VOG sur la santé sont : des difficultés respiratoires, des maux de tête, des irritations oculaires et de la toux sèche. Les effets du mélange gaz/particules fines sur le long terme sont à l’étude.

 

VO-G---Honoluluadvertiser.jpgAffiche montrant les effets du VOG sur la santé et les moyens de s'en protéger - doc. Honolulu advertiser.

 

La pollution des eaux constitue aussi un problème majeur sur Hawaii, où nombre d’habitations ont un système de récolte des eaux pluviales à usage domestique. En 1988, les eaux potables de près de 40% des maisons utilisant ce système de récolte dans le district de Kona ont été polluées par du plomb, provenant du lessivage des toitures et des canalisations par les pluies acides.

 

 

Les agences de santé recommandent des actions de protection durant les périodes de VOG : confinement à l’intérieur durant les pointes, boire de grandes quantités d’eau, garder ses médicaments à portée de la main, et se maintenir informé sur la qualité de l’air.


Les autorités ont développé divers outils, accessibles on line, pour aider la population et les visiteurs à minimiser leur exposition à cette pollution volcanique. L’EPA – U.S. Environmental Protection Agency – met à disposition un tableau d’alerte basé sur des études environnemantales et de santé, à six niveaux matérialisés par des couleurs allant du vert (bon) au brun (dangereux).

 

 

 Good 

 Moderate 

 Unhealthy for Sensitive Groups 

 Unhealthy 

 Very Unhealthy 

 Hazardous 


Quatre sites web sont particulièrements intéressants :

- hiso2index.info : taux de dioxyde de soufre fournis toutes les 15 minutes pour 9 sites allant d’Hilo à Waikoloa par l’ Hawaï state department of Health.

- airnow.gov : le groupe AirNow renseigne sur les conditions courantes en PM2,5

- hawaiiso2network.com : le National Park Service fournit tout le quart d’heure des données sur les taux de gaz et particules dans le Parc National d’Hawaii, en plus des indications sur le terrain.

 

plumemap-2013.11.15.jpgCarte de l'Hawaii Volcanoes National Park  du 15.11.2013 / vers midi - en jaunâtre, la direction approximative et l'étendue des panaches gazeux de l'Halema'uma'u et du Pu'u O'o (dans lesquels les concentrations en dioxyde de soufre et particules fines sont dangereusespour la santé )  - doc. http://www.hawaiiso2network.com/

- weather.hawaii.edu/vmap : l’Université d’Hawaii à Mānoa fournit une carte interactive prévisionnelle, connu comme VMAP, permettant de planifier les activités d’extérieur.


Ces liens peuvent être utilement archivés en vue d’un voyage sur Big island.

 

Sources :

- USGS - Volcanic air pollution, an hazard in Hawaii - link

- Nasa Earth Observatory - Little island, big wake - link

- Hawaii 24/7 - Volcano watch : online tools help Hawaii breathe easier during trade winds time-out

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

... ou comment un volcan situé sous les tropiques a dévasté le Londres médiéval ?

  

Londres-1258---2----Archeology.co.uk.jpg

                       Fouilles à Spitafields - London - doc. archaeology.co.uk


Les faits :


Dans les années 1990, plus de 10.000 squelettes humains ont été retrouvés à Londres, sur le site de Spitafields, près du prieuré et de l’Hôpital St Mary Spital.

Différentes méthodes de datation indiquent quatre grandes périodes chronologiques de sépultures. Une analyse ostéologique effectuée sur un échantillonnage de 5.387 squelettes a permis de se rendre compte des conditions de vie des Londoniens au moyen-âge … de nombreux squelettes montrent des signes de maladie et de blessures.

Le cadre bioculturel montre que des famines et des épidémies ont sévi à cette époque.

 

41299001-Spitalfields-excavation-c-Museum-of-London-Archaeo.jpg                  London - le champ de fouille de Spitalfields - photo Museum of London / Archeology.

 

La cause de ces décès en masse :

 

Dans des récits monacaux, un moine rapporte qu'en 1258, " le vent du nord s’est installé durant de nombreux mois … Avril, mai et la plus grande part de juin s’étaient passé que de rares petites plantes ou bourgeons étaient visibles , et l’espoir de récoltes incertain.

Une quantité innombrable de personnes pauvres moururent et leurs corps furent retrouvés partout, gonflés et livides, couchés par groupes dans les porcheries, sur les tas de fumiers ou dans les rues boueuses. Des fosses communes furent creusées dans les cimetières pour accueillir tous ces cadavres. " … à l’époque, la seule explication possible était un châtiment divin !

 

Bien que d’autres facteurs soient intervenus pour générer la famine, tels que des conflits régionaux, une évidence scientifique, incluant la datation au radiocarbone des os et les données géologiques au niveau mondial, montre pour la première fois que des morts en masse au cours du 13° siècle furent causés par l’une des plus grandes éruptions des dernières 10.000 années.

Les gaz sulfurés ont formé un aérosol stratosphérique, aussi nommé dry fog, qui a bloqué une grande part de l’irradation solaire, altérant la circulation atmosphérique et causant un refroidissement de la surface terrestre. La destruction des cultures a amené famine, peste et la mort.

La trace d’une éruption en 1258 fut retrouvée dans les carottes glaciaires des deux pôles ; la localisation de cette éruption est admise comme "tropicale".

 

Anomalies-temperatures-1200-2000---Mann---al.-2012.JPG                    Anomalies de températures en °C entre l'an 1200 et 2000 - doc. Mann & al. / 2012

 

Mais quels sont le ou les volcans impliqués ?

Plusieurs candidats intéressants viennent d’être déclassés ; parmi ceux-ci, il y avait :

- EL Chichon au Mexique , avec deux éruptions importantes : l’une de VEI 4 en 1990+/- 150 ans et une autre de VEI 5 en 1360 +/- 100 ans.

- Le Quilotoa en Equateur , avec une éruption de VEI 6  autour de 1280 ( ?), rajeunie depuis peu.

- Deux volcans d’arabie saoudite, l’Harrat Rabat et l’Harra es-Sawâd, avec des éruptions en 1256 et 1250 +/- 50 ans. Bien que de VEI moins élevés, ces éruptions fissurales ont produit de grandes quantités de gaz sulfureux.

 

Rinjani----2002-Nasa-space-shuttle-ISS005-E-15296.jpg                       La caldeira du Gunung Rinjani - photo Nasa ISS 005-E-15296

 

L’AGU Chapman Conference on Volcanism and the Atmosphere en juin 2012, a vu l’éruption mystère de 1258 attribuée à un volcan indonésien par Franck Lavigne, du Laboratoire de géographie physique de la Sorbonne / Paris.

Ce dernier n’a pas voulu nommer le volcan incriminé … avant la parution de son étude, mais un candidat se détache du lot : le Gunung Rinjani et sa caldeira de 8,5 km. sur 6., qui se serait formée au cours du 13° siècle (datation au carbone : 1210-1260) …

Il faut donc attendre la parution de l'étude et la confirmation de ce diagnostic !

Sources :

170712-17-00-001_CA270-Cover-final1_SC.jpg- Current archeology - London's volcanic winter  / Août 2012 - link

- Current archeology - Reading the bones: Spitalfields' human remains - août 2012 - link

- Nature geoscience - Underestimation of volcanic cooling in tree-ring based reconstructions of hemispheric temperatures - by Mann & al 2012. - link

-  Museum of London archeology - A bioarchaeological study of medieval burials on the site of St Mary Spital: excavations at Spitalfields Market, London E1, 1991–2007 

- Mass grave in Londonreveals how volcano caused global catastrophe

- Scientists search for the explosive source of a disaster that wiped out almost a third of Londoners in 1258

 

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Publié le par Bernard Duyck
Publié dans : #Volcans et climat

Dans la rubrique trop peu utilisée "Parole aux lecteurs", je vous soumets "in extenso" l'article de Michel Lecouteur, climato-volcanophile, paru en 2012 sur "Terre et volcans", avec son autorisation expresse.

 

" "

 

LE KATMAI – VOLCAN QUI EN 1912 A EU UN IMPACT CLIMATIQUE SUR L'HEMISPHERE NORD





Cette année 2012 marquera l’éruption du KATMAI qui a eu lieu du 6 au 8 juin 1912. Ce volcan est situé sur la presqu’île d’Alaska, à 160 km de l’île Kodiak aux grizzlis géants. Cette éruption d’un VEI 6 est considérée comme une éruption majeure ayant eu un impact climatique important. Elle a envoyé dans la stratosphère 5 millions de tonnes de dioxyde de soufre.
Une étude financée par la Nasa estime qu'elle a provoqué une baisse des températures estivales dans l'hémisphère nord. Elle a en outre affaibli la mousson asiatique, réchauffé l'Inde, et refroidi l'Asie l'hiver suivant.
Les aérosols volcaniques ont été « efficaces » ; en effet dès le mois d'août 1912, on constate en France une baisse significative de la température (cf graphique pour les années 1907-1916- relevés température moyenne mensuelle pour les mois d'août à octobre à Paris, et les précipitations du mois d’août à Rouen)



De nombreux articles ont été écrits dans la presse régionale de l’époque : C'est ainsi que dans le Journal du Loiret, du 17 août 1912, on écrit : « L'automne anticipé – Pour une bonne farce, c'en est une que nous joue cet hiver qui vient s'asseoir au beau milieu de l'été. A la mer il fait froid, à la montagne, il neige. Ici nous sommes arrosés sempiternellement et nous grelottons. Les chapeaux de paille ont disparu, en revanche on a ressorti les pardessus. L'an dernier, à pareille époque, nous avions 35°, aujourd'hui nous avons 15° et nous souffrons du froid. »




A Rouen, nous ne sommes pas mieux traités. M. Raymond Coulon, secrétaire de la commission départementale de la météorologie, écrit :
« En août le mois commence par une longue dépression jusqu'au 9. Le 10 alors que le baromètre est en hausse, orage avec grêle et vent du nord. Une baisse assez profonde commence rapidement le 12 et dure jusqu'au 16, elle donne de la pluie. La baisse recommence le lendemain et dure jusqu'au 25 ; elle donne du vent du sud fort. Le 23 commence une nouvelle dépression qui se creuse profondément le 25, jusqu'au 30. En résumé ce mois a présenté une extraordinaire agitation barométrique et aucun des jours marqués comme beaux n'a été exempt de nuages. »

En septembre c'est la même chose, le mois est froid surtout la 1ère décade. Pendant la 2e et la 3e la courbe des maximums se tient en-dessous de la courbe décennale.
L'éruption a bouleversé le temps, d'après Guillaume Séchet de Météo-France ; du 8 au 14 mai 1912, les températures atteignent jusqu'à 33°C à Paris, 34° C à Toulouse et 36°C à Clermont-Ferrand.
Et brusquement après l'éruption de juin la vague de chaleur précoce de mai disparaît pour faire place à des températures restant constamment inférieures aux moyennes observées en cette saison. C'est ainsi qu'à Brest la valeur maximum d'août n'est que de 19°, 24° à Paris, etc...
Sans compter les innombrables tempêtes d'automne, alors que nous sommes en août, qui s'abattent un peu partout en Europe. C'est ainsi que dans le journal de Rouen du 16 Août 1912 on relève les tempêtes suivantes : Rennes le 14 août –
Dans la baie de St Brieuc, plusieurs bateaux ont été brisés contre les rochers.
A Saint-Quai-Portrieux le bateau de pêche Gambetta a fait naufrage...
A Saint-Brieuc, Guingamp, Morlaix on signale d'importants dégâts. La récolte du blé, encore non enlevée à cause de la pluie, à été emportée par l'ouragan.
Chalon-sur-Saône le 14 août – Une violente tornade a sévi sur différentes communes. Les eaux de la Saône ont été soulevées et lancées sur la Tuilerie Brusson où toutes les tuiles ont été arrachées..., des champs entiers ont été dévastés et les dégâts sont énormes.
Toulon, le 14 août – La température reste anormale. Dans toute la région, les orages d'hier ont causé des dégâts, le baromètre a faibli jusqu'à sept cent quarante. Nous avons eu comme température minimum 16° et maximum 21°.
L'Espagne n'est pas épargnée ; c'est ainsi qu'à Bilbao 14 barques de pêcheur ont fait naufrage, il y a 19 noyés. À Azzola le nombre de victimes des naufrages occasionnés par la tempête s'élève à 119 (le Petit Niçois du 16 août).

En Octobre de nouvelles tempêtes.
Dans le journal de Rouen du 1er octobre, on apprend qu'à Rouen « cette tempête était dans toute son intensité de minuit à quatre heures du matin, marins et mariniers ont dû veiller et doubler les amarres de leurs navires. Le vent hurlant lugubrement dans les rues, secouant les toitures d'où il arrachait tuiles et ardoises, a tenu les habitants éveillés une partie de la nuit. Sous les coups répétés de la tempête, agissant comme un bélier, une partie de la maçonnerie de la cathédrale s'est abattue vers trois heures du matin place de la Calende ».
En Seine-Maritime à Barentin, Le Havre, Londinières, le Tréport on ne compte plus les dégâts.
Toujours le 1er octobre on enregistre un cyclone à l'embouchure de la Loire qui occasionne bien des soucis. C'est ainsi qu'aux Chantiers de la Loire à Saint-Nazaire le barrage de la cale du cuirassé en construction «France» a été arraché presque entièrement, tandis que dans le bassin une vague dont on évalue la hauteur à plus de dix mètres faisait chavirer les petites embarcations et incliner d'une façon effrayante le paquebot «Versailles». Le cyclone n'a duré que l'espace de quelques minutes. Une pluie torrentielle lui a succédé, accompagnée d'un vent très violent qui souffle encore.

Phénomènes divers :
Toujours à Rouen M.Coulon enregistre les phénomènes suivants :
Coloration anormale des fruits –« le 4 septembre plusieurs personnes me font remarquer la coloration anormale des fruits. Les pommes, les poires sont beaucoup plus colorées que de coutume, malgré l'absence de soleil. Les fleurs des bégonias sont habituellement blanches, en ce moment elles sont roses. A quoi attribuer cette coloration?.... » écrit-il.
- Coloration anormale du ciel – le bleu du ciel, même par une très belle journée, prend quelquefois une teinte pâle, d'un blanc laiteux très caractéristique. En général elle ne persiste pas au-delà de quelques heures dans une journée. Cette année nous l'avons constatée presque journellement pendant toute la vague de froid dont nous avons été victimes tout l'été.
- M. Coulon a relevé la coloration du ciel d'un blanc laiteux la première fois le 28 juin et la dernière fois le 21 septembre 1912.

- Conclusion : Les différentes observations météorologiques, climatiques et optiques, constatées à cette époque, permettent de penser que l'éruption du KATMAI n'a pas été sans conséquence sur la vie quotidienne des français.






L'observation des deux graphiques montre bien que le mois d'août 1912 fut à la fois froid (12,55°) et pluvieux 155 mm.


Michel Lecouteur
Climato-volcanophile
Membre de Terre et Volcans à Rouen.                  " "

 


 

Merci à Michel pour sa coopération.

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